ALLAHABAD
par Akhbar, au pied du fort de briques rouges qui prolonge au loin ses murs à pic et ses larges tours; tout cela fait penser à un des grands mouvements de l'humanité, évoque l'idée d'une armée d'Orient, innombrable, attendant l'heure du combat, l'heure de l'assaut des muraiUes silencieuses. 11 faut que je nomme encore les centaines d'étendards multicolores perchés aux cimes des hauts bambous, parce qu'ils animent et caractérisent le tableau, lorsqu'on le contemple de loin.
Si l'on s'approche, si l'on se mêle à cette multitude, les sujets d'intérêt sont nombreux. Des fakirs, d'abord. Beaucoup de fakirs. Je n'en ai vu qu'un qui m'ait paru chercher ici autre chose qu'un bénéfice prélevé sur la piété des pèlerins. C'est un homme nu tout couvert de poudre jaune et qui s'était étendu sur une planche garnie de hautes pointes de fer. Contrairement à la manière de celui de Bénarès, U ne mendiait pas, il se déroba à mon appareil photographique, et lorsque j'eus le dos tourné, il se réinstalla sur son appareil, la figure
On le regardait à peine. Même des petits groupes qu'on devinait venus de très loin, à la manière dont ils restaient étroitement serrés, ne s'arrêtaient pas devant lui. Ils allaient, l'air étonné et sombre, avec un peu de l'allure des provinciaux venus à une expofdtion universelle. Les autres fakirs, au corps frotté de cendres, ou d'ocre, ou de rouge, ae tenaient immobiles, dans l'attitude classique, devant un linge étendu à terre et sur lequel les fidèles, en passant, jetaient l'aumône d'une pincée de riz. L'un d'eux, pour hâter et accroître la recette, faisait des pirouettes, des culbutes et l'arbre droit. Il éveillait le souvenir de la
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tête de Neuilly. D'autres choses le rappelaient encore, notamment une baraque toute semblable à l'une des plus petites de nos foires. Deux énormes faces grotesques y étaient offertes aux r^ards. Cela ressemblait tellement à un jeu de massacre, que je cherchais des yeux, à côté, les corbeilles contenant les boules :
— Exercez votre adresse, messieurs et dames 1
Non, ce n'étaient pas des masques proposés aux coups des passants, c'étaient des dieux montrés à leur piété. Plus loin, sous une tente, des vues, des images qu'on regarde, penché, à travers une lentille grossissante. Et plus loin f ncore, une autre tente, la seule peut-être dont le but fut l'amusement et où des Indiens faisaient des tours de cartes. Elle était d'ailleurs peu achalandée, comparativement surtout aux tentes sous lesquelles des prédicateurs, commodément assis, lisaient et commentaient, pour une foule attentive, les textes sacrés.
Il y avait aussi des marchands. Des marchands de pipes à eau, des marchands d'ustensiles de ména^, de mille choses encore. Mais ce qui dominait, c'étaient tes appels au sentiment religieux. Un au moins était assez agréable à regarder. L'entrepreneur avait eu l'idée de montrer des dieux réels, et il avait déguisé ses trois enfants pour les représenter. Il les avait enveloppés de tuile rose, et leur tête était ornée de carton découpé et argenté. Les faces étaient fort maquillées. Le tout donnait l'impression de tableaux vivants, mais rappelait surtout les hommes de bronze dont Paris fut aflligé il y a quelques années. Devant eux, le tapis traditionnel pour recevoir les sous.
Tout cela, c'était l'accessoire. L'essentiel, c'était le bain. Nous avons pris un bateau et nous notu
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