QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L'INDO-GHINE
Mon voy^^ en Indo-Chine est terminé. Je voudrais transcrire ici quelques-unes des impressions qu'il m'a inspirées.
Elles se groupent toutes autour de celle-ci :
L' Indo-Chine est inconnue en France.
Aujourd'hui, je ne puis comprendre qu'un touriste français s'en aille visiter les Indes ai^laises et revienne sans avoir poussé jusqu'à l'Indo-Chine ; c'est cependant ce que j'aurais fait moi-même sans l'insistance de mon ami Jean Ajalbert. Pourquoi ? Parce que rindo-Chine est inconnue en France.
On ne sait pas qu'il est plus facile d'aller à Saigon que d'une station à l'autre du Métropolitain avec correspondance. On ne sait pas qu'il y a là-bas des merveilles : un paysage marin, la baie d'Along qui est unique au monde, et des ruines, celles d'Angkor, qui peuvent ri valiser avec celles des temples d'Egypte. On ne sait pas combien il est doux de prendre contact avec la race jaune, avec l'exotisme, avec ta flore et la température des tropiques, tout en conservant la compagnie de nos compatriotes et le plaisir d'entendre parler français. On ne sait pas que nulle part, dans l'Inde, on ne verra une cour aussi mystérieuse, aussi lointaine que celle de Hué ; on ne sait
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pas que les tombeaux de Hué dooneut une idée exacte de ceux de Pékin, dont il sont la copie, avsc. cette différence qu'on peut franchir ici les seuils des salles sacrées dont l'entrée est, là-bas, interdite à tous.
Ce qu'on ne sait pas non plus, et ce qui devrait décider à ce voyage tous ceux qui peuvent le faire, c'est l'intérêt passionnant qu'offre, en Indo-Chine, le spectacle de nos efforts qui tous n'ont pas été infructueux.
On ne sait pas non plus que c'est un devoir, un réel devoir patriotique d'aller là-bas montrer à ceux des nôtres qui luttent avec courage — et ils .sont nombreux — que les Français de France s'intéressent aux Français d'Asie.
Si l'on ne faisait qu'ignorer l'Indo-Ghine, caserait déjà trop ; il y a pis : on la méconnaît.
Et souvent d'une incomparable façon. Plusieurs fois j'ai entendu des coloniaux me dire : « Savez-vous ce qu'on me demande le plus fréquemment en France? Ce que nous mangeons, comment nous sommes vêtus et logés. Je vous affirme qu'il y a encore, sur le boulevard, des gens qui croient que nous vivons dans des huttes, vêtus d'un pagne, en rongeant des racines. Et dans ce que je vous dis, ne faites pas trop grande la part de l'exagération. »
Une autre erreur est de croire que l'Indo-Chine est un paradis. C'est un paradis pendant plusieurs mois de l'année, pendant la saison des touristes, mais bien que l'état sanitaire de Saïgon, par exemple, se soit
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