‹ Voyage aux Indes et en Indo-Chine; simples notes d'un touristeChapitre 6 sur 24 · RÉFLEXIONS SUR L INDO-CUINE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR L INDO-CUINE

considérablement amélioré, il faut dire que l'été y est très dur et que la vie pour des Français y serait pénible et dangereuse même, ai elle n'était pas coupée par des saisons à Vichy. Dans le Tonkin, où il y a un hiver — (le thermomètre n'y tombe-t-il pas à 12 degrés) — la fièvre guette l'Européen, et, dans certaines régions, ne. le manque presque jamais. Les légumes et les fruits de France y sont à peu près inconnus lorsqu'ils ne peuvent être importés. Le plus robuste, après un certain temps, devient incapable de la résistance et des efforts qui, pour lui, en France, n'étaient qu'un jeu.

Quant à la vie « lai^e et libre n des colonies, il n'y a plus que quelques administrateurs, des chefs de poste et de rares colons pour la connaître. Le fonctionnaire des villes lutte péniblement pour équilibrer son budget. Et ce qu'on a pu vous raconter sur la multiplicité peu coûteuse des domestiques, sur leur zèle, leur complaisance, leur soumission ne sera bientôt plus qu'un souvenir, parce que, à notre contact, l'indigène a pris beaucoup de vices. Ce ne sont pas les meilleures de nos manières qu'il s'est d'abord assimilées.

L'idée qu'il est possible de s'en aller sans un sou aux colonies, et d'en revenir avec une fortune doit être, plus que toute autre, bannie. On peut, là-bas, faire fructifier des capitaux, et très probablement beaucoup mieux qu'en France, si l'on est inteUigent,courageux, de bonne santé, et servi par la chance. Mais l'homme pauvre ou ne possédant qu'un petit avoir qui se dirait : « Je ne réussis pas en France, je vais aller tenter la fortune en Indo-Chine b, celui-là courrait au-devant des pires déceptions et ne ferait que grossir le nombre des lamentables épaves, ellroi

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des fonctioimaires par leurs plaintes, leurs récriminations et leurs demandes de secours.

Même l'ouvrier robuste ou le cultivateur qui partirait sans autre ambition que de gagnersavie, risquerait le plus souvent de crever de faim ou à peu près, tout comme en France, avec cette seule différence qu'il crèverait loin des siens.

L'Indo-Chine n'est un pays d'exportation que pour des capitaux et des capitalistes. On peut, si l'on veut, y ajouter les fonctionnaires à condition qu'ils soient munis des recommandations politiquesles plus puissantes. Encore doivent-ils prévoir que les meilleures recommandations d'aujourd'hui, peuvent devenir demain des mauvaises notes (au changement de vent politique) et que chaque renouvellement de ministère, chaque période d'élections générales déverse sur la colonie de nouveaux appétits, de nouveaux arrivants, amis, ennemis même, déchets électoraux qu'il faut caser au banquet dont le menu n'est pas augmenté, et à qui il faut souvent faire des places par des mises à la retraite brutales et injustifiées.

Nous commettons aussi de lamentables erreurs en ce qui concerne les indigènes. Bien des gens croient avoir tout dit avec ce seul mot d'indigènes, et s'en servent pour désigner indistinctement (es noirs du Sénégal, les Arabes ou les Annamites.

11 y faut plus de nuances. Les Annamites sont des gens d'une civilisation plus ancienne que la nôtre, et plus parfaite sur certains points. Je n'en citerai qu'un ou deux. Avant notre arrivée, la débauche, l'alcoolisme et la misère leur étaient inconnus. Une

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telle solidarité unissait les gens de la même famille ou de la même commune, qu'il n'y avait pas un seul Annamite qui connût la faim s'il y avait de quoi manger dans son village. Et le rêve de nos socialistes, ilsTavaient réalisé. A certaines périodes, les terres de la commune étaient partagées entre tousles habitants.

Voilà pour le temporel. Quant au spirituel, ils s'étaient donné de la vie une explication qui les satisfaisait et leur assurait à ta fois la paix et l'espérance.

Enfin, leurs rapports étaient empreints d'une courtoisie, d'ime douceur extrêmes. Une politesse rafBnée présidait à toutas leurs relations, et si bien, qu'à leurs yeux nous sommes des gens grossiers, et que nous leur paraissons aussi mal élevés qu'un rustre eût pu le paraltie à la cour de Louis XV. Ils ne nous accordent qu'une supériorité, celle des arts mécaniques... Et en France même, il y a des gens sensés qui ne nous en découvriront pas d'autres, puisque celle de l'art peut toujours être contestée.

Un des travers du Français, un de ses jolis travers, c'est de vouloir être aimé. Il est de nos compatriotes, ici et là-bas, qui s'étonnent que ces peuples puissent résister à notre charme, à notre bonne grâce, à notre désir de plaire.

Leur résistance a ses raisons.

Il ne faut pas oublier tout de même que nous sommes venus dans ce pays sans y avoir été appelés par ses propriétaires, lesquels ne demandaient qu'une cbo&e, c'est que nous leur laissions la paix, et qui se résignaient très facilement à ignorer encore les bienfaits de notre civilisation.

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Mais nous, nous voulions à toute force la leur faire connaîtra, et comme ils s'y refusaient, nous avons commencé de les tuer jusqu'à ce que les survivants reconnussent enfla que nous étions plus ciriliaés qu'eux.

Nos intentions étaient certainement les meilleures du monde. Seulement, lorsque les premières relations ont dû triompher, pour s'établir, d'un malentendu de ce genre, il ne faut pas trop s'étonner si l'on rencontre un peu de froideur chez celui des deux qui a été la victime.

Et si encore, la conquête une fois faite, nous nous étiona montrés dignes de l'avoir entreprise 1 Mais les premiers pionniers de la civilisation, je veux parler de ceux qui suivent immédiatement le soldat et viennent un peu comme à la curée — à la curée d'une chasse à laquelle ils n'ont apporté aucun effort -r ceux-là ne sont pas tous des apôtres de l'humanité ni même des commerçants scrupuleux. Les meilleurs sont tout naturellement portés à abuser d'une autorité dont ils gardent le soin de fixer les limites. On a vite fait d'appeler révoltés et pirates ceux qui, contre tout espoir, luttent pour l'indépendance de leur patrie, et contre ceux-là, aussi contra le peuple qui les dérobe à nos armes ou qui les admira, nous nous sommes crus autorisés à l'injustice..., parfois même à la cruauté. On m'a affirmé en Indo-Chine, qu'il s'est trouvé des Français pour attendre sur les beiges d'une rivière, le winchester au poing, tes radeaux et les sampans cha^^ de marchandises, afin d'abattre le conducteur et de s'emparer du butin. On m'a encore affirmé que l'un de ces bandits -— ce n'est pas des Annamites que je parle, n'est-ce pas ? — vivait encore et occupait

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dans la colonie une situation enviable. Sans doute, cela n'est pas vrai. Cependant, qu'on ait pu le raconter devant dix personnes sans soulever aucun cri de protestation, cala en dit long sur ce dont étaient capGd>le8 ces premiers pionniers, de l'avis même de ceux qui les ont connus.

Mais ce sont là des histoires du lendemain de la conquête. Depuis, n'avons-nous donné à nos protégé que des motifs de nous aimer ? Non, certainement. Sans être aussi cruels, il y a eu bien des tyrans dans les villages conquis. Et hier encore, tout n'était pas pour le mieux. J'ai entendu narrer l'histoire d'un ancien conmiandant en qui s'était éveillée l'âme d'un Gessler, qui se promenait tout nu dans les rues du village où on l'avait envoyé représenter la civilisation, qui prenait les femmes de force, et exigeait de ses administrés les courbettes et les prosternations réservées aux mandarins. On me dira que ces choses-là sont coiu'antes au début de toute colonisation, mais c'est peut-être pour cela qu'on rencontre ime certaine résistance chez tous les colonisés.

Pour parler sérieusement, allons I la main sur la conscience, qu'avons-nous apporté à ces gens-là qui puisse nous faire aimer d'eux ? Ce que nous considérons comme des bienfaits, ce qui en est peut-être réellement, ils ne l'apprécient pas. Ils ont tort : il faut bien que je le reconnaisse. Nous avons fait des routes; pour être plus exact il faudrait dire: nous les avons forcés à faire des routes ; mais, au début, ces routes n'étaient que des tours d'inspection destinés à rendre la surveillance plus facile, et plus facile aussi la promenade bygi^que du soir, pour l'administrateur.

Nous avons froissé toutes leurs délicatesses. Nous

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l«ur «vous donné pour maîtres oeux-ljtd'eatra eux qui iMftvùent trahit, c«ux qui avaient livré leur pairie à l'ennemi ; noue avoue décerné A d'ancinu boys les titres qu'ils respectaient le plot ; nous avor» traité oomme des esclaves et tutoyé des vieillards honorés ; nous avons méconnu toute hiérarchie et bousculé du pied le vieil édihoe de superstitions, de préjugés, aussi de traditions vénéraÛee que leuts aïeux avaient élevé.

Et tout cela, nous le leur avons ïait payer.

Nous avons augmenté les impôts, nous en avons créé de nouveaux, sur le sel, sur le tabac, sur l'opium, sur l'alcool. Nous avons émis cette prétention de les forcer à boire un aloool qu'ils n'aimaimt pas, mais que nous avions avantage à fabriquer nous-mêmes et tel quel. Nous avons poursuivi, traqué, jugé, condamné, empnsonné, ceux qui, en secret, fabriquaient l'alcool rituel sans lequel le culte des ancêtres eet réputé nul. Nous voulons qu'ils fissent les aspersions religieuses avec notre drogue. C'est exactement comme si l'on voulait contraindre un prêtre catholique à dire sa messe avec de l'amer Pioon. Et cela, nous l'avons fait et nous le faisons encore, et nous le ferons encore pendant deux ans, parce que les traités passés avec les distilleries ne nous permettent pas de de ne pas continuer.

Vraiment nous n'avons pas su mériter l'afTection de nos 'vaincus.

Et cependant, nous n'avons pas fait que du mal,

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RÉFLEXION» »vn l'indo-chine 137

en lodo-Cbiofl. Nous y avons fait du bien, et beau> coup de bim. Seulement un certain nombre de nos oauvm bonnes n'étaient bonnes que pour nous. Par exemple, il était bon d'établir une voie de communication entre Saigon et le pays des Mois, encore sauvages. Seulement, il ne faut pas leur demander de nous être reconnaissants de les avoir contraints à construire cette route sur laquelle ils n'atiront jamais mis les pieds que pour y travailler de force, et dont le but est d'aller prendre possession d'une partie de leur mer de bambous afin d'en faire du papier... aussi de faciliter l'accès de leurs huttes à DOtce percepteur d'impôte. Car nous percevons un impôt sur les Mois... Et comme ils n'ont rien, on les force à travailler, eux qui ont tellement le travail en horreur qu'ils consentent à manger très mal et très peu plutôt que de s'y livrer. Pauvres gens 1

Mais nous avons tracé d'autres routes que celles des tours d'inspection et du pays des Mois. Nous avons véntobl^nent donné aux Annamites un certain nombre de bienfaits, et tout de même, l'exportation du riz, rien que pour le Tonkin, a plus que doublé pendant les huit dernières années. Des chemins de fer facilitent l'écoulement des produite. Un certain nombre de canaux d'irrigation et d'assainissement ont été creusés. Ce nombre est plus petit qu'il ne devrait être : il est important cependant. Rien que dans la « Casier d'Hanoi i, la surface inutilisable a été réduite à vingt mille hectares. Des milliers d'hectares ont été également gagnés au Cambodge, à peu de frais. La colonie, qui envoyait en France, en 1906, seulement 17.000 tonnes de mais, lui en a expédié SO.OOO tonnes en 1908.

La paix romaine existe. Pas complète, oertaine-

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ment, maia assez pour constituer une amélioration considérable de l'état du pays avant notre arrivée. La justice coûte presque aussi cher qu'autrefois. Mais c'est en raison des frais de procédure et non parce qu'il faut faire des cadeaux aux magistrats. C'est l'Etat qui touche et non plus le juge. Pour l'Annamite il n'y a pas grand changement, dîra-t-on. Il y a celui-ci cependant, que les sommes qu'il verse n'influencent plus le jugement.

J'arrive à la partie la plus agréable de ma tâche, celle où j'ai à parier du médecin et de l'instituteur.

Par le développement des œuvres d'assistance médicale et d'instouction, nous excusons notre présence dans ce pays, nous la justifions et nous méri* tons, cette fois réellement, la reconnaissance des indigènes.

M. Beau, un des meilleurs gouverneurs généraux qu'ait eus l'Indo-Chine — et un des moins connus — a conçu un programme d'assistance médicale dont l'exécution se poursuit d'une façon qui nous fait honneur. Nous sommes utiles à l'Annamite. Nous empêchons de mourir un grand nombre de ses enfants. Rien qu'à Cholen, grfice à M. Drouhet, à ses collaborateurs, aux souscriptions qu'il a su recueillir, la mortalité infantile est tombée de 66 à 22 pour cent. , Sur cent enfants qui naissent, quarante vivent donc, qui, sans nous, ne vivraient pas, (Il convient d'ajouter pourtant, qu'à Cholen ce sont surtout des Chinois qui profitent de ces bienfaits et non des Annamites). Des médecins font des tournées dans les villages, vaccinent et donnent gratuitement des conseils et des médicaments.

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RÉFLEXIONS SUR l'INDO-CHINE 139

Sur tout le territoire, des écoles et des hôpitaux s'élèvent. Les indigènes, qui ne sont pas des imbéciles, nous envoient leurs enfants et leurs maladesi, et si bien, que les écoles et les hôpitaux sont insuffisants.

Nos écoles n'ont d'abord servi qu'au recrutement de la classe — haïssable, sauf exceptions — des interprètes et des garçons d'hôtel. Elles n'ont d'abord créé que des déclassés vaniteux, arrogants et menteurs. Lorsque le nombre des établissements d'enseignement s'est augmenté, leur œuvre est devenue meilleure et j'ai vu des écoles professionnelles pour la sculpture sur bois, les broderies, la fonderie, l'incrustation et le dessin, que la colonie peut montrer avec fierté.

Les écoles de filles ont réussi au delà de toutes prévisions, mais le désir des indigènes de recevoir notre instruction est plus grand que notre zèle à la leur donner, et nous, qui sommes venus ici pour taire l'éducation de ce peuple, nous en sommes, encore, après vingt-cinq ans, à refuser les enfants qu'on amène à nos écoles, parce que nous manquons de locaux ou d'argent. Cela devrait nous faire rougir un peu.

Les indigènes ne nous savent-ils aucun gré de ces derniers bienfaits, qui, ceux-là, sont rérfs ? On se tromperait en le croyant, et je reverrai longtemps, dans mon souvenir, les efforts touchants des malades, dans les hôpitaux, pour se soulever, joindre les mains et faire, au pas«^ du médecin, les petits mouvements saccadés du salut chinois.

Mais nous avons des ennemis qui se chargent bien vite d'étouffer cette gratitude, et qui par des révé-

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lations de faits vrais ou faux ruinent notre prestige dans l'Mprit dm AnaamitaB. Cm ennemis sont tous ceux que nous avons mécontentés, mafidarùn et notables, et ce sont aussi des envoyés du dehors. Japonais ou Chinois.

Comment peuvent-ils trouver oréanoe auprès de ce peuple qui devrait tout au moins nous craindre, sinon nous admirer ?

CeM que nous avons perdu son estime.

Nous avons perdu la face, comme disent les Chinois.

Nous l'avons perdue individuelleineiit parce que beaucoup d'entre noua ont manqué de sang-froid, de dignité et d'hypocrisie.

Nous nous mettons trop facilement en colère.

L'Annamite va plus loin que l'auteur latin qui assimilait la colère k une courte folie. Pour lui, un homme en colère est un homme avih ; et, à en voir un, il éprouve le même sentiment de gêne, de répulsion, de dégoût, de honte que te plus délicat d'entre nous en face d'un homme oompUtement ivre. L'Annamite, qui ne montre pas facilement ses sentiments, ne peut pas résister à ta violence de celui-là, et je vois encore la physionomie à la fois ahurie, inquiète et méprisante du hoy qu'un sous-offieier injuriait, les yeux hors de la tête, parce que l'indigène ne comprenait pas le français.

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Et quant 6 notre d^ité, éooutez ces deux amodotes :

Un jottr, un ofRoier capture un pirate. Forcé de continuer sa route, t'offioier conBo son prisonnier à un subalterne avec les plus sévères recommandations de ne pas le laisser échapper. Il ajoute môme des menaces de punition grave, menaces justifiées par ce fait que ledit subalterne n'avait pas su empêcher une précédente évasion dans des circonstances analogues.

Et l'offlcier s'en va.

Voici le subalterne bien embarrassé. Il n'a que peu de monde avec lui, et la cagna qui doit servir de prison à son pirate ferme mal. Sûrement, pendant la nuit, l'homme s'échappera. Et alors c'est la sévérité des chefs, le châtiment, la cassation de grade peutêtre.

Savez-vous ce qu'il imagina ?

Ceci :

Il envoya un de ses soldats indigènes trouver le prisonnier dans la cagna, avec mission de se présenter à lui comme un ami, de l'inviter à s'échapper et de lui indiquer, à l'arrière, une issue dérobée.

Puis le Français s'embusqua, le fusil à la main, et lorsque le pirate, trahi, voulut s'enfuir, il le tira au déboulé comme un lapin et le tua net d'une balle dans les reins.

Il usait ainsi de son droit de tirer sur un prisonnier qui s'évade et se débarrassait lui-même d'un gros souci.

C'est très bien.

Mais vouIeE-vous vous mettre pour un moment à la place du soldat annamite et vous demander de

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quelle nature peuvent être les sentiments que cet acte lui a inspirés au sujet du Français ?

Le héros de l'autre histoire, qui est encore moins reluisante, fut un haut personnage de la colonie.

Une manifestation d'Annamites, sans armes, était venue se présenter devant la résidence, et calme, venait exprimer son désir de voir diminuer les impôts. Le fonctionnaire ordonna qu'on la dispersât par la violence. Pendant toute l'opération, il se tint prudemment à l'écart. Lorsqu'elle fut achevée, il s'avança dans l'espace laissé vide, et là, avisant un Annamite qui gisait à terre, évanoui du coup de crosse qu'il avait reçu, le représentant de la France le bourra de coups de pieds dans les câtes.

— Je n'oublierai jamais, disait un officier en racontant ce fait dont il avait été témoin, l'expression de mépris qui passa sur toutes les faces annamites.

Je meurs d'envie de dire le nom de cet individu. Mais, déplacé, il représente la France quelque part. Ne diminuons pas le prestige qu'il y peut avoir.

A observer un certain nombre d'entre nous, l'Annamite s'est aperçu que son vainqueur ne valait pas mieux que lui. Il a retrouvé en nous tous les vices dont il est pourvu. Il en a même découvert qu'il ne connaissait pas. Entendez bien que les boys placés auprès de fonctionnaires, de colons, de familles jionorabtes, n'allaient pas clamer au dehors les qualités de leurs maîtres, tandis que les autres couraient colporter avec joie le récit des turpitudes qu'ils avaient pu découvrir, récit qu'ils savaient amplifier

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RÉPLEXiOHS auR l'ikdo-chims 143

d'ailleurs, et qui était toujours bien accu^i par les vsincua.

Les An^aid... j'ainM mieux vous le dire tout de suite, les Anglais ne font pas beaucoup mieux que nous. Seulement... Ab I seulement, ils ont cette maniée d'être que nous nommons hypocrisie et qui n'est peut-être que le souci de la bonne opinion d'autrui. S'ils font mal, ils se cacbent. Ib atténuent la faute en n'y ajoutant pas le scandale ; ils diminuent un peu leur culpabilité en monU'ant qu'ils en ont honte. Nous, nous avons trop souvent l'air d'«n Stre fiers.

Quoi qu'il en soit, les Anglais ont réussi à donner d'eux-mêmes, à leurs sujets d'Asie, une meilleure opinion que nous aux n6tre6. Ils ont aussi moins de familiarité, moins de désir de plaire, partant moins de contacts et moins d'occasions de se montrer à leur désavantage. Ils ont moins de générosité instinctive : les principes de 89 ne sont pas dans leur sang ; ils ont aussi plus d'orgueil, et alors que nous nous sommes sentis gênés par les marques extérieures de respect que noue donnaient les Annamites comme à leurs mandarins, et gênés «u point d'interdire cw lays, les Anglais, eux, les exigent et les trouvent tout naturels.

Notre erreur a été de vouloir nous faire aimer par des gens que pour longtemps encore nous ne pourrons gouverner qu'en leur inspirant du respect.

Nous avons cru que les Annamites possédaient moins de mémoire et comme nous ne leur gardons pas rancune de les avoir conquis, nous ne comprenons pas qu'ils tardent tant à se consoler d'avoir été vaincus. L'bomme ne sait bien pratiquer l'oubli des offenses que lorsqu'il en est l'auteur.

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Cet oubli, cependant, serait peut-être venu aux Annamites si les victoires japonaises sur la RuBsie, racontées, commentées, exaltées à plaisir ne leur avaient apporté cette idée nouvelle qu'un peuple jaune pouvait battre un peuple blanc. L'espérance d'une revanohe possible, d'une conquête de l'indépendance perdue a empêché la résignation.

Et à l'intérieur même de l'Indo-Chine, un fait auquel on n'a pas attaché assez d'importance est venu fortifier cet espoir, c'est la résistance qu'a pu nous opposer un chef de bandes, un pirate nommé le Dé-Tham. Depuis vingt-six ans, il est en révolte ouverte et armée contre noua. Il n'y a pas plus de deux ans, en juin 1908, il s'en est fallu d'un cheveu qu'il ne nous reprit le Tonkin.

En quelques lignes, d'après les communiqués ofliciets et la collection de l'Aeenir du Tonkin, je vais résumer son histoire.

On verra si elle est de nature à relever notre prestige aux yeux des Annamites :

En 1889, quatre ans après Lang-Son, le Dé-Tham, âgé de trwite ans, est à la tête d'un millier d'hommes. On se décide à agir — et « afin d'en finir une bonne fois B on annonce une action énergique. Il s'ensuivit une série de combats au cours desquels le Dé-Tham noua fit une cinquantaine de morts et une centaine de blessés.

Quatre ans après, il s'emparait de deux Français, MM. Chesnay et Logiou, qu'il consentait à nous rendre contre une rançon que nous avons payée. Malgré la soumission promise, il continua ses actes de brigandage. On lui envoya un ultimatum et te général Galliéni prit la conduite des opérations — sans résultats. — En septembre 1897, la chasse reprend avec

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le même insuccès. M. Doumer, m pressé d'en finir pour contracter des emprunta et attirer des capitaux à la colonie », demanda à l'évêque espagnol de vouloir bien s'entremettre. Le 17 avril 1901, le Dé-Tham faisait sa soumission. Mais est-ce ce mot-là qu'il faut employer ? On lui céda une partie du territoire du Tonkin. C'est à ne pas croire, c'est la vérité, cependant : on lui accorda une concession, et s'il se rendit, ce fut avec les honneurs de la guerre, amenant avec lui des hommes armés et se dispensant des lays qui, pour les Annamites, sont les seules marques de respect. 11 serra la main de M. Doumer et reçut l'autorisation de garder vingt-cinq fusils pour — ne riez pas ! — pour se défendre contre les pirates ! En réalité, il garda quatre cents fusils à tir rapide, déclara aux Annamites que les Français, renonçant à l'espoir de s'emparer de lui, lui avaient demandé la paix (i) ne mentait qu'à moitié) et qu'il «vait exigé un territoire (il ne mentait pas du tout puisque nous lui accordions une concession importante).

Une fois installé, comme un roi, au Yen-Thé, il entretint des relations ofTîcielles avec les autorités françaises pendant que ses gens mettaient le pays en coupe réglée, pendant qu'il se fortifiait <( contre les pirates » et accueillait dans son Tief tous tes déserteurs, les prisonniers évadés, les mécontents qui avaient foi dans son étoile.

Fort de notre faiblesseet de la candeur par trop primaire du gouverneur général avec quiil avait traité, il résolut detenteruncoupdécisifjily a deuxans,en 1908.

Un complot fut ourdi qui consistait à empoisonner les soldats de la garnison d'Hanoi, à s'emparer des magasins d'armes et de la citadelle, à massacrer les Français et à se rendre maître du Tonkin.

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Le complot reçut un commencement d'exécution, et le 27 juin 1908, deux cents soldats de la garnison présentèrent les symptômes d'un empoisconement grave. La dose toxique avait été mal calculée et c'est à ce détail que nous devons de n'avoir pas à déplorer la plus épouvantable catastrophe avec toutes ses conséquences, dont la principale eut été de nous obliger à recommencer la conquête du Tonkin, car on peut être certain qu'un soulèvement général aurait répondu à l'appel du révolté victorieux.

On arrêta quelques-uns des coupables et on eui la preuve de la culpabilité du Dé-Tham.

Une fois de plus, on décida d'en Unir.

Une expédition composée de deux colonnes fut préparée dans le plus grand mystère et — vraiment, î'h^te à écrire ce qui suit par peur de n'être pas cru — et on envoya un uUimatam au Dé-Tham.

Puis, sans réfléchir que tant de solennité soulignerait l'échec toujours possible, on répandit à profusion dans le pays une proclamation demandant à la population de marcher avec nw troupes. Je cite une phrase : " Le gouverneur est résolu à aller jusqu'au bout. Tout est prêt. Il récompensera tous ceux qui l'aideront. Livrez-lui le Dé-Tham qui a violé toutes les lois. 11

Et le rédacteur ajoute que le Gouvernement n'acceptera pas la soumission du vieux pirate. La précaution était inutile, car à l'heure oà j'écris, le Dé-Tham court toujours.

Le 28 janvier 1909, l'attaque combinée eut lieu. Une des deux colonnes s'empara d'un fort d'où le Dé-Tham sut s'enfuir à temps et l'autre colonne dut reculer. Noua primes seulement le secrétaire de notre ennemi.

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Et les Annamites qui surent notre insuccès nous avaient vus partir avec deux mille hommes, de l'artillerie et des mitrailleuses. Quel efîet dut produire sur eux l'annonce qu'on leur fit ensuite, le 10 février, qu'un grade de mandarin et 2.000 piastres étaient promis à qui livrerait le Dé-Tham mort ou vif ?

Le lendemain de ce jour-là nous avions quinze blessés et six tués dans un engt^ment. Et le 5 mars un communiqué ofRciel disait : m Ou peut prévoir que dans un délai assez rapproché la question du Dé-Tham sera complètement résolue dans un sens désirable. » Deux ans vont bientôt s'être écoulés depuis. Le Dé-Tham a enlevé un troisième Français, M. Voisin, et nous en sommes réduits maintenant à lancer à sa poursuite un général annamite! Dételle sorte que, s'il se laisse prendre, cette victoire sera encore un échec pour nous, puisqu'elle montrera aux indigènes qu'un des leurs a réussi là où tes nôtres avaient échoué.

Il ne me reste plus qu'à rapprocher de ce récit la phrase suivante, extraite du dernier rapport de M. KIobukowsky :

» A mesure que nos protégés s'affinent à notre contact, leur sens critique se développe et, pour être sincèrement respectée, notre autorité doit avoir une base plus solide que celle du plus fort. »

Et si nous n'avons plus l'apparence même d'être les plus forts ?

On se trompe en France si l'on croit que la conquête de l'Indo-Chine est achevée. L'influence matérielle du Dé-Tham est, je crois, ruinée, et c'est pautêtre en Annam que nous aurons à agir avant peu,

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si tranquille que Hué puisse paraître et qudles que soient les démonstrations loyalistes du Conseil de Hégence. Nous avons, là, commis trop de fautes, et de trop graves pour que les événements ne nous forcent pas à en lendre compte. La déposition de Than-Thal, l'élévation au trône du fils d'une concubine, la nomination comme ministre d'un ancien boy - apostat, la répression sanglante de là révolte de Fal-Fo, l'an dernier ( — Il y a eu des morts ? ai-je demandé. — Oui. — Combien ? — On ne les a pas comptés); la maladresse aveclaquelle nous désignons à la population, en le faisant déclarer rebelle, un prétendant, descendant du grand Gia-Long, que je ne sais qui tient en réserve à Singapore ; tout cela, et aussi la dissimulation de quatre cents fusils à tir rapide que portait une bande qui s'est dispersée mais n'a pas rendu ses armes — tout cela, surtout s'il survenait une mauvaise récolte — peut donner des inquiétudes. D'autant plus que l'effectif de nos troupes à Hué est dérisoire.

Je puis me tromper. Ceux avec qui j'ai causé et qui m'ont dit ces craintes peuvent se tromper. Je crois que la tranquillité de rindo-Cliineti3ntàp3u de chose. Je crois qu'f^e est en équilibre instable. Tâchons de faire pencher la balance de notre côté. Pour cela, soyons justes, forts et bons.

Si nous cessons de commettre des fautes, nous pourrons, pendant un certain temps, jouir en paix de la fertilité de la Cochinchine et du delta tonkinois. Nous pourrons tirer profit du Haut-Tonkin ei, comme on le croit, il s'y trouve des mines, et nous aurons peut-être au Cambodge une agréable surprise.

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HÉFLEXIONB SUR l'INDO-CHIME 149

Le Cambodge fait à la fois penser à la Tunisie et à l'Egypte : à la Tunisie parce que notre instaUation s'est faite ici et là avec facilité, bénéficiant des leçona reçues dans le voisinage ; à l'Egypte, parce que comme elle, le Cambodge est arrosé par un fleuve à inondations périodiques et fertilisantes. Tout est à faire au Cambodge, et ce pays peut devenir un des plus riches de l'Asie, si les travaux de retenue des eaux y sont exécuta. L'Egypte, a-t-on dit, est un présent du Nil. hè Cambodge peut être un présent du Mékong. Et je ne serai pas surpris si, lorsque l'on procédera à ces travaux, on retrouve la trace de travaux du même genre abandonnés et oubliés. Les gens qui ont construit Angkor étaient bien capables de les avoir conçus et exécutés... comme le firent les Pharaons, là-bas...

Grâce à l'obligeance de S. E. Hoang Cao-Kitai, et à celle de son traducteur, le capitaine Jules Roux, de l'infanterie coloniale, j'ai pu avoir communication d'un manuscrit écrit par le premier, et qui traite des rapports de la France et de l'Annam.

L'auteur n'est rien moins que l'ancien vice-roi dti Tonkin. H est membre du Conseil supérieur de l'Indo- Chine, grand officier de la L^on d'honneur.

C'est un Annamite d'une haute intelligence ; on en jugera par cette courte analyse et par les citations suivantes.

L'ancien vice- roi, dans son travail, pose d'abord en principe que « les peuples qui se trouvent dans une

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150 L'iPi DO-CHINE

situation inférieure doivent pour leur propre développement, prendre appui sur ceux qui ont été favorisés. » Et il cite comme exemple ce fait que la France a été pendant quatre cents ans gouvernée par l'empire romain, « grâce à quoi elle est parvenue à la civilisation n.

Il déclare que son pays a eu tort de ne pas s'ouvrir au commerce avec nous, dès que la première demande lui en a été faite, soua Louis XIV, et tort aussi de nous résister en 1858, ce qui a amené la perte de la Cochinchine et encore en 1884, ce qui a amené notre protectorat.

• Notre paji s'est trompa, dll-ll, la faule Incombe à la nation tAut entière et si la France n'avait pas établi son protectorat sur nous, une autre puissance aurait pris sa place. >

Le vice-roi fait ensuite un court historique du gouvernement de son pays par la France ; et i) énumère généreusement nos bienfaits :

• SI nous embrassons d'un regard les actes des Français depuis leur arrivée dans notre pays, nous constatons qu'ils ont Tait de grandes et otites choses, comme la eréallon de BafgoD, de Tourane, de Halphong, qui n'étaient autrefois que des amas de boue et de sable.

Le progrès en a fait trois grandes villes, permettant aux navires de tous tes pays d'y venir commercer.

Une telle œuvre est con s id arable.

Chez nous, autrefois, les voles de communication faisaient défaut.

Pour cheminer, c'est surtout à pied qu'on allait et il n'y avait guère, pour le faire, que les routes mandarines.

Pour aller en bateau, on n'avait guère à sa disposition que des sampans, tandis qu'à l'heure actuelle, grâce à la France, il a été établi toutes sortes de moyens de transport : bateaui à vapeur traversant les mers, chaloupes à vapeur remontant les fleuves, chemins de rer, tramways.

Que ce soit par eau, que ce soit par terre, partout, partout, des communications existent.

Autrefois nos enfants, quand ils étalent atteints de va- ' rlole, mouraient en grande quantité. Les gens du peuple

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RÉFLEXIONS BUB l'iNDO-CHINE 151

étaient-Us malades, aacuo hApllal n'existait pour les traiter, alors qa'aujoard'hul, grâce au ftonvemement du protectorat, qnl a chargé des raédeclDS de faire des tournées de vaoclne dans lés diverses provinces, les enfants atteints de variole ne meurent plus.

D'autre part à Hanoi, ainsi que dans les grandes provinces, il existe des hâpjlaui, où les malades dépourvus de ressources, ont la faculté d'aller se faire soigner gratuitement.

Le protectorat a, en outre, fondé une école de médecine, â l'usagedenoscompatrloles, et j'ai la certitude que dans ta suite c'est par ceux qui en seront sortis que les babitants de notre pajs se feront soigner, ce qui diminuera dans une grande proportion le nombre des malades, ce qui augmentera chaque jour le chiffre ite la population.

Autrefois encore, les .produits de notre sol ne trouvaient pas de facile et rémunérateur écoulement.

Depnls le moment où, grâce é la France, on eut ouvert des routes BU commerce, tous les produits du sol purent étreexpédiés au dehors ; tels le paddy et le riz, doni la Cochlnchlne exporte, annuellement, 73J.0O0 tonnes, et le Tonkin 114.000, tels aussi d'autres produits agricoles et Industriels, dont le développement va, chaqnejour, en s'accroissent.

Ce sont là toutes choses profitables, sur lesquelles je pense que chacun est complètement fixé, sans qu'il me soli utile d'y Insister.

El pourtant, malgré tout cela, jusqu'à ce Jour, par son administration, la France n'a pas encore pu satisfaire tou^ les

Aussi considère- t-on, chei noua, que trois causes font obstacle à la bonne marche des choses dans notre pays.

La première est relative an poids des impôts.

La deuxième est Imputable à rinsulllsance des garanties qui ont présidé au choix de certains fonctionnaires annnmltes dont plusieurs ne sont pas dignes de la nomination dont Ils ont été l'objet.

La troisième relève de l'insumsance des efTorts du Gouvernement, qui ne s'appliquerait pas, de toutes ses forces, à développer l'Instruction. >

Le chapitre suivant a pour titre :

■I Du besoin de notre pays de se tourner vers la Franoe pour s'appuyer sur elle. "

On y lit ceci :

Il Voici cinq ans, qu'en Annam, en voyant le Japon vainqueur de la Bussle, l'Idée a germé qu'un petit peuple était capable de résister à une grande puissance.

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152 l'indo-chi»e

IlMMlrtaulléleUeaMOcitUoD, M parti, qui m soat remuée à rieUrlenr de Dotre paya ; fl en wt résulté tel pertl, telle notre asfoeleUon, qui le sont agités en deliors de chez doub. ■

L'auteur montre que cette idée est fausse, il déclare « qu'en cas de révolte, la France serait victorieuse n et que toute cette agitation intérieure ne peut mener à rien de bon.

Et enfin, il arrive au point essentiel, à la question la plus brûlante :

■ DemaDdODS-nou8 si doue sommes suscepUbl^s ou non d'être un Jour indépendants.

Deux occasions se sonl présentées qu'on n'a pas pu saisir.

Reste l'occasion â venir, la troisième louchant laquelle il nous est permis de garder quelque espoir.

Je veux dire par là que, désormais, les gens de notre pays doivent s'appuyer sur la France pour modifier le plan de leurs études.

S'il en est ainsi, dans la eulle, grâce aux progrès que nous aurons faite, Il est certain que la France sera la première i nous octroyer noire indépendance Intérieure, en ne gardant pour elle que le droit de noue représenter dans no! reUtlons extérieures avec les autres pajs.

Nous serons dans la même situation que le Canada et l'Australie. >

Rien n'est plus louable, rien n'est plus juste, plus généreux que cette ambition.

L'auteur termine ainsi cette partie de son ouvrage:

■ Soyons dés alors aeeurés qu'é ce moment, c'est d'elle-même que la France nous remettra le pouvoir de nous administrer en toute Indépendance, tandis que c'est sur aUe que nous nous appalerens. pour nous représenter au dehors. >

Nous ne devons pas rester insensibles à une si flatteuse manifestation de confiance.

Nous ne devons pas tromper un tel espoir.

Le rôle que le vice-roi s'attend à nous voir remplir

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HÉFLEXIOMS SIIB I.'iKDO-CHINE 153

est conforme à nos traditions, à notre esprit généreux, à notre mission dans l'humanité.

Comprise ainsi, la colonisation cesse d'être un acte de brigandage.

Si la force, si la supériorité donnent à une nation le droit d'intervenir par la violence dans les destinées d'un autre peuple, ce droit ne peut s'exercer sans l'accomplissement du devoir qui en est la contrepartie. Ce devoir, c'est de donner au plus vite au peuple asservi les moyens d'arriver le plus tôt possible à être digne de l'indépendance.

Un acte politique d'une suprême habUeté serait de dire aux Annamites ;

« Nous sommes, non pas vos maîtres, mais vos tuteurs. Lorsque vous serez assez grands moralement pour vous passer de notre appui, assez forts pour ne pas être une proie, assez riches pour faire bonne figure dans le monde, nous vous rendrons à vousmêmes, nous cesserons de vous tenir par la main, et, comme un fils que son père juge suffisamment armé pour les luttes de la vie, nous vous laisserons vous gouverner vous-mêmes, nous vous laisserons aller seuls sur le chemin que nous vous aurons désigné, et nous vous suivrons des yeux, paternellement, fraternellement, avec le désir d'être fiers de vous.

«C'est vous, par conséquent, qui fixerez la date de votre délivrance. Votre liberté est là. A vous de la conquérir. Voici des écoles. Voici de la science. Voici de la morale. Ce sont les armes nécessaires aujourd'hui. Prenez-les. Nous sommes venus vous les apporter et vous apprendre à vous en servir. Plus de désirs prématurés d'indépendance. Si aujourd'hui vous échappiez à votre tutelle, vous seriez une proie

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154 l'indo-chink

désigoée pour d'autres maîtres moins généreux. Ayez confiance en nous, et tiavaillez.

« Ce sera pour vous un jour glorieux, celui où nous pourrons cesser de vous traiter comme des enfants et vous considérer comme des frères cadets. »

...D'ailleurs, il faut nous habituera cette idée que quoi que nous fassions, nous ne conserverons pas r Indo-Chine indéfiniment.

Si nous ne la rendons pas aux Annamites, quelqu'un nous la prendra.

Ce quelqu'un, c'est la Chine.

Et le jour où nous serions aux prises, en Europe, avec une puissance voisine, ce jour-là, les Chinois s'empareraient de l'Indo-Chine avec la même tranquillité que les Italiens, en 1870, pour occuper les Etats du Pape. Et si les gens de Ssd^on pensaient à résister, les cent mille Chinois installés dans le fauboui^ de Cholen, sans avoir hesoin de se servir de fusils, leur en feraient vite passer la fantaisie. Il en serait de même partout en Indo-Chine, oà un Français est entouré de vingt Chinois.

Et croyez bien que les Annamites, si nous ne les avons pas transformés, tendraient les bras à ce Chinois qu'ils appellent encore Vonde ou le seigneur chinois, de même qu'ils disent avec respect, le seigneur tigre.Pendant mille ans', l'Annam a été tributaire de la Chine. Il saluerait avec joie le retour de ses maîtres d'autrefois.

Mais la Chine a-t-elle besoin de penser à la conquête ? L'Indo-Chine lui appartient déjà. Nous en sommes, il est vrai, les maîtres titulaires, les Chinois en sont les maîtres réels. Ils sont deux cent mille et

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RÉFLEXtOnt SUR t'lNDO-CHI»E 155

nous dix mille. Nous avons envoyé là-bas des soldats, ils y ont envoyé des marchands. Le rêve d'avoir une colonie où l'on va gagner une fortune dont on revient jouir dans son pays, c'est nous qui l'avons fait et c'est eux qui le réalisent. Nous administrons la colonie, eux l'exploitent. Le paysan annamite est pour nous un étranger, eux le connaissent, partent sa langue, lui prêtent de l'agent sur sa récolte, la lui achètent à bon compte, en lui laissant juste assez de quoi vivre, juste assez pour qu'il puisse encore labourer et ensemencer la rizière.

Tout le commerce est entre leurs mains. C'est eux qui drainent par les canaux la récolte de tout le pays. C'est eux qui possèdent et qui dirigent, à Cholen, les usines à décortiquer le riz et c'est eux qui s'en vont, les portefeuilles bourrés de piastres, se reposer dans leur pays natal.

La puissance commerciale de ce peuple est extraordinaire. Si dans un village jusqu'alors improductif des échanges deviennent possibles, il arrive bientôt, prévenu on ne sait comment, un Chinois très humble qui pour un salaire dérisoire s'emploie aux plus durs travaux. Revenez deux ans après : le Chinois aura un magasin, tout le village lui devra de l'argent et d'autres Chinois seront venus qui l'imiteront.

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