‹ Voyage aux Indes et en Indo-Chine; simples notes d'un touristeChapitre 7 sur 24 · L.eur st^idarité dépasse notre compréhen^on · texte numérisé non relu

L.eur st^idarité dépasse notre compréhen^on

Dans les boutiques, vous les voyez, aux heures des repas, attablés autour de la même table, le torse nu, sans que rien ne puisse permettre de distinguer le patron de l'ouvrier. Le repas fini, on se remet au travail sous la plus sévère des disciplines. Chez eux, pas de conflits du capital et du travail : ils pratiquaient la participation aux bénéfices avant que nous y pensions. Entre eux, une entente que rien n'altère.

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Pour une raison que j'ignore, ceux de Rangoon ont décidé qu'il n'y aurait paa, là, de Chinois traineurs de , pousse-pousse. L'entrepreneur qui avait fait venir des Chinois a été indemnisé et les coolies qu'il avait appelés ont été employés à d'autres besognes par leurs compatriotes.

Insensibles à la douleur, méprisant la mort, ils ont le courage facile, tranquille et durable. Leurs marins sont d'une audace qui étonne nos marins. A plus d'un capitaine français il est arrivé que, voyant en pleine mer, du haut de sa passerelle, une petite barque, par un temps où sur la Côte d'Azur on hésiterait à sortir un transatlantique, et, la croyant en perdition, s'en étant approché, il y trouvait des Chinois qui, tranquillement, péchaient.

Ils sont nombreux à défier l'arithmétique; ils sont forts, ils sont intelligents et enfin, alors que nous l'ignorons encore, il s'est résolument éveillé aux idées modernes, ce peuple endormi depuis des millénaires. Les Chinois refusent encore aux puissances européennes l'autorisation de construire des chemins de fer chez eux, mais c'est parce qu'ils veulent les construire eux-mêmes. Des offîciers que j'ai rencontrés et qui revenaient de Pékin me disaient l'admiration grande et la surprise plus grande encore qu'ils avaient éprouvées à voir manœuvrer une division tout entière de soldats chinois habillés, équipés et armés à l'européenne.

Voulez- vous me dire comment nous pourrons songer à défendre le Tonkin contre eux le jour oti, se trouvant trop à l'étroit, et gênés peut-être dans leur commerce, ils feraient franchir la porte de Lang-Son à un corps d'armée ? Sur toute la frontière nous n'avons pas un seul fort qui puisse leur

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RÉFLEXIONS SUR l'iNDO-CHINE 157

Opposer même un semblant de résistance. Que feraient contre leur masse les quelques bataillons de notre Légion étrangère ? II est bon d'ajouter que si notre agresseur possède une flotte il entrera en Cochinchine, par le cap Saint- Jacques, avec un peu moins d'aisance, mais sans beaucoup de peine. Nous savons si bien, du reste, que la résistance nous serait impossible, que nous avons supprimé notre défense navale dans la rivière de Saïgon.

Tout en envisageant sans trop de trouble ces éventualités, nous devons nous appliquer à marquer le peuple annamite de notre empreinte, le plus profondément possible, afin que quelque chose de nous, de notre génie persiste à vivre sur cette terre où tant de petits soldats sont tombés pour des intérêts qu'ib ignoraient ou pour une cause qu'ils ne comprenaient pas, afin que tant de morts n'aient pas été inutiles.

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