Voy. mon Rapport sur une mission, etc., chap. m
.cumulèrent des fonctions qui répondent assez bien à celles de nos maires, de nos juges de paix et de nos percepteurs ; ils devinrent responsables de la rentrée de Timpôt, qui s'établit sous forme de capitation et prit le nom de tributo.
Telle est, dans ses lignes générales, l'organisation qui fut donnée aux Philippines dès les premiers temps de la conquête et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, au grand avantage de la domination espagnole. La masse de la population dut voir bientôt d'un œil très favorable une religion et un gouvernement qui abolissaient l'esclavage et remplaçaient par des contributions et des prestations définies les exactions sans limites des datos; quant à ces derniers, se sentant abandonnés par leurs vassaux, ils furent encore heureux de conserver le pouvoir et les honneurs que leur laissèrent les conquérants, bien que leurs nouvelles fonctions ne fussent pas héréditaires, mais seulement électives; pendant longtemps elles devaient être en fait l'apanage des anciens seigneurs; il existe encore à Manille des descendants des souverains de l'archipel; ces familles jouissent toujours d'une certaine considération et n'ont jamais été un sujet d'inquiétude pour les Espagnols.
Le lecteur appréciera mieux la valeur de ce système de colonisation s'il veut bien me suivre plus tard dans l'intérieur de Mindanao, grande île en partie indépendante, mais où la domination espagnole gagne chaque jour du terrain. Remplacer l'arbitraire des datos par des règlements stables, et rendre les notables responsables de leur exécution, est une mesure dont l'efficacité ne s'est jamais démentie aux Philippines, car elle concilie dans la mesure possible les intérêts du peuple et l'amour-propre de l'aristocratie ; elle -épargne en outre au pouvoir central les détails compliqués d'une administration minutieuse, et surtout les rigueurs que nécessite toujours le recouvrement de l'impôt.
Depuis la lin du xvi® siècle, les Philippines ont subi bien des attaques; les Espagnols ont dû plusieurs fois repousser les entreprises des Hollandais et des Anglais. Un moment même ces derniers, en 1762, se rendirent maîtres de Manille et la colonie ne dut son salut qu'à la merveilleuse énergie de D. Simon de Ànda y Salazar, dont la conduite fut celle d'un patriote héroïque et d'un grand capitaine.
À diverses reprises, l'Espagne eut aussi à lutter contre les soulèvements des Chinois (en 1639 notamment) et des indigènes; les principales insurrections furent celles de Leyte et de Bohol en 1634; des Pampangos et des Ilocanos dans l'île de Luçon en 1813. Mais le grand adversaire de la domination espagnole, l'ennemi séculaire, toujours vaincu jamais anéanti, était Tlslam, fortement établi à Mindanao, à Bornéo et dans l'archipel de Soulou. On a vu que, lorsque les Espagnols arrivèrent à Luçon, ils trouvèrent les Malais mahométans ou Moros établis depuis peu sur les bords du Pasig; ce n'était là qu'un avant-poste, et ils en eurent facilement raison. Les Moros du sud de l'archipel opposèrent une tout autre résistance; l'Espagne n'a pu réellement en venir à bout que depuis la vulgarisation de la navigation à vapeur. Les péripéties de cette lutte et les causes qui l'ont si longtemps prolongée sont exposées dans plusieurs ouvrages, notamment dans celui de don Yicente Barrantes, auquel je renvoie le lecteur *.
Les Philippines ont souffert de fléaux inhérents à leur situation, éruptions volcaniques, tremblements de terre, vaguios ou cyclones, et aussi de lois économiques oppressives, qui ont longtemps paralysé leur commerce ' ; malgré