‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 15 sur 86 · Même remarque · texte numérisé non relu

Même remarque

3. Dont 10 000 Européens et 50 000 Chinois. Les Infieles (sauvages insoumis) seraient au nombre de plusieurs centaines de mille.

MANIUE 39

iribiU entier. (Le célibataire ne paye qu'un demi-tribut, quiy augmenté de certains droits pour frais de culte, sanctorum, etc., s*élève à 5 fr. 45 c. Il faut remarquer que le prix de la journée de travail, variable suivant les provinces, peut être évalué en moyenne à 1 réal fuerte ou 62 centimes 1/2.) Tout homme valide doit en outre :

1"* 40 journées de prestation personnelle pour Tentré* tien de routes et pour d'autres services ayant un caractère municipal ; 2^ quelques journées de service en qualité de cuadrillero. Les cuadrilleros forment une espèce de gendarmerie municipale et cantonale, commandée par le gobemadorcillo. Dans beaucoup de pueblos, les indigènes s'exonèrent de ces services, et les fonds qui proviennent de ces exonérations servent à solder des cuadrilleros permanents *.

Le clergé obéit à la haute direction de l'archevêché de Manille, qui a pour suffragants les évêchés de Nueva- Segovia et de Nueva-Caceres dans Tile de Luçon, de Jaro dans l'île de Panay et celui de Cébu. Le clergé séculier européen occupe les canonicats de Manille et quelques rares cures de l'intérieur. Le clergé séculier indigène, instruit dans le grand séminaire de Manille, est destiné

1. Le tribat est exigible pour les deux sexes au-dessous de soixante ans, à partir de seize ans pour les hommes et de vingt ans pour les femmes.

Voici le détail des charges personnelles supportées par un Indien homme (car les femmes ne doivent pas les T^oloi y iervicios) :

Demi-tribut, 6 réaox = 3 fr. 80 c.

Caja de comunidad (fonds commananx) | g n a ge

Diezmos ou Sanctorum (frais de culte), j ""

Somme comprise par les documents administratifs

sons le nom de tribut = 5 » 45

L'Indien peut s'exonérer des 40 journées de travail et du service de cuadrillero (charges désignées sous le nom de polos y aervicios) en payant la somme de 3 piastres =15 » >'

Total des sommes à payer par un Indien qui s'exonère des polos y servicios... =20 fr. 45 c.

en général aux cures les moins importantes. La grande majorité des cures est desservie par des religieux européens, élevés dans les noviciats d'Espagne, et qui, avant d'être dirigés sur les cures de Tintérieur, restent pendant une ou deux années dans les couvents de leur ordre à Manille, où ils achèvent leurs études théologiques et apprennent le dialecte spécial à la province où ils seront envoyés *. Cette mesure est imposée par les nécessités de la prédication et de la confession; mais ce n'est pas seulement pour Tadministration spirituelle des indigènes que la connaissance des dialectes est utile, et même indispensable. Le gouvernement espagnol aurait grand avantage à imposer à tous ceux qui sollicitent un emploi aux Philippines la connaissance du Tagaloc ou du Bisaya, au moyen desquels toute personne quelque peu lettrée acquiert facilement la connaissance des autres dialectes. Les Pères dominicains dirigent à Manille un établissement d'instruction secondaire et une université où ils enseignent la théologie, la philosophie et les sciences physiques et naturelles. Les Pères de la Compagnie de Jésus occupaient des postes nombreux dans l'archipel, notamment dans rile de Mindoro, avant la suppression de leur ordre en Espagne (1767) ; ils ne sont rentrés que depuis peu aux Philippines; à Manille, ils dirigent YAteneo municipal, vaste et magnifique établissement qui comprend un observatoire, une école professionnelle, un collège analogue à nos lycées, et une école normale d'in-

1. D'après don Agustin de la Gavada Mendez de Yigo, les Philippines renferment 802 paroisses desservies :

Par le clergé séculier (européen et indigène) 181

Par les Augustins chaussés. 196

Par les Franciscains 164

Par les Récollets 154

Par les Dominicains 89

Par les Jésuites 10

(Hktoria geografai, etc. de Filipvnoi, Manila, 1876.)

stituteurs indigènes; les cures qu'ils occupent sont très inférieures comme nombre et revenu à celles des autres ordres; elles sont presque toutes situées à Mindanao; la plupart des missionnaires qui les desservent sont isolés, perdus au milieu d'indigènes idolâtres et indépendants, et Dieu sait au prix de quelles fatigues, de quelle abnégation ces religieux parviennent à les conquérir à la fois au catholicisme et à TEspagne. Bien souvent dans le cours de notre voyage, nous rencontrerons les RR. PP. Jésuites, et nous trouverons toujours chez eux l'accueil le plus cordial et le plus efficace appui.

Ces quelques mots étaient nécessaires pour connaître l'organisation des populations que nous allons visiter. Notre consul à Manille, M. Léopold Dudemaine, nous reçoit de la façon la plus sympathique et s'empresse de mettre à notre disposition l'influence qu'il doit autant à son caractère qu'à ses fonctions. Nous allons avec lui rendre visite au Gouverneur général des Philippines, S. Exe. don Domingo Moriones y Morillo. Nous avons déjà eu à nous louer de sa bienveillance, car c'est d'après ses ordres que la douane a admis nos bagages en franchise. Le général nous accueille très cordialement, s'informe de nos projets et nous donne quelques conseils pour notre voyage; il nous promet spontanément une lettre circulaire de recommandation pour tous les alcades et gouverneurs des Philippines; quelques heures après nous recevons cette lettre (on verra que les intentions de M. le général Moriones à notre égard ont été parfaitement remplies). Nous trouvons chez le commandant en chef des forces navales, S. Exe. M. le contre-amiral don Rafaël Rodrigues de Arias y Villavicencio, une réception également sympathique. Son autorité s'étend sur tous les arsenaux et étabUssements de la marine aussi bien que sur l'escadre, qui, en dehors des forces attachées aux ports

itî Voyagé aux philippines et en malaisie

de Manille et de Cavité, comprend deux divisions, celle du nord (Cébu) et celle du sud (Zamboanga). « Partout où vous trouverez un marin espagnol, nous dit Tamiral, adressez- vous à lui avec confiance ; soyez sûrs qu'il facilitera vos études de tout son pouvoir. » Et, le soir même, nous recevons de M. de Arias des lettres pour les commandants du nord et du sud, qui auront pour nous le même effet que celle de M. le capitaine général Moriones. Je le dis avec la satisfaction d'acquitter une dette sacrée, les Espagnols sont hautement caballeros. Si on ignore la valeur de ce mot intraduisible en français, on l'apprendra suffisamment par la suite de ce récit.

Manille, avec son enceinte où le temps a mis des teintes brunes et dorées, est une ville d'un autre âge. L'activité y est concentrée dans quelques grandes artères; les autres rues, droites, bordées de vastes couvents, d'églises *, de casernes, et parfois des ruines du tremblement de terre de 1863, ont une physionomie sévère et solennelle, qui rappelle les premiers conquérants et le règne de Philippe II. La Ciudad, bâtie sur la rive gauche du Pasig, au bord de la mer, est surtout occupée par les ordres religieux, les troupes, et les services du gouvernement. Les faubourgs, très étendus, renferment une population bien plus considérable '. Binondo, Santa- Cruz et Tondo, sur la rive droite du Pasig, sont le siège du grand et du petit commerce européen, américain, chinois et indigène; à San-Miguel et San-Sebastian résident les fonctionnaires et tous ceux qui appartiennent au high life;

1. Saint-Augnstin (p. 53) donne ane bonne idée du style de ces églises, qui est aussi le même pour toutes celles des villes et des villages des Philippines.

2. La population totale de Manille {Ciudad} et de ses faubourgs, y compris les villages de la banlieue, s'élevait, à la fin de 1879, à 262 000 âmes, dont 17 950 pour la Ciudad, (D. Agustin de la Cavada, Annuario estadictico para 1881, Manila, 1881.)

dans tous ces quartiers, la plupart des constructions, moins massives que dans la ville fortifiée, sont couvertes en tuiles ou en zinc; pour voir en grand nombre les cases des indigènes il faut aller à Quiapo et à TErmita, où les bahay *, portées sur pilotis et couvertes d'une légère toityre de nipa^ régnent à peu prés sans partage.

Si plusieurs des rues de la vieille ville sont désertes et silencieuses, il est difficile d'imaginer un tableau plus animé que celui des quais de la rive droite du Pasig et des rues de Binondo, de YEscoUa surtout, centre du commerce. Les très grands steamers n'entrent pas dans le Pasig; ils doivent mouiller sur rade; mais tous les autres navires peuvent accoster les quais et, depuis le pont d'Espagne jusqu'à la capitainerie du port, ils se pressent sur trois ou quatre rangs. Les paquebots des lignes de Singapore, de la Chine, des services postaux de l'archipel, les voiliers de tous les points du globe, les caboteurs : bricks, goélettes, cascos, tartanes, embarquent ou débarquent leur cargaison avec une activité fiévreuse qui rappelle les docks de Londres et les ports de Marseille. Des embarcations légères sillonnent le fleuve portant à bord les employés européens ou indigènes et les courtiers chinois dont l'activité clairvoyante se déploie à Taise dans ce milieu cosmopolite. Seuls les buffles, uniques bétes employées aux charrois, restent impassibles et, toujours altérés, attendent avec résignation le moment où ils pourront se plonger dans la vase.

VFscolta représente à Manille le boulevard des Italiens ; c'est là que se trouvent les cafés, les bazars, les modes, les photographes et les pharmaciens. Pas plus en Europe qu'en Asie, je n'ai vu de pharmacies qui approchent comme

1. Maison ou cabane, en tagaloc. Les Espagnols appellent casas de nipa ces constructions rustiques couvertes avec les feuilles du nipa {Nipa lUtoralis, Palmiers).

nombre et comme luxe de celles de Manille. Tout en admirant leur excellente installation, le nouvel arrivant ne peut réprimer une certaine appréhension en songeant à rimmense quantité des maladies qui nécessitent une pareille profusion de médicaments. Qu'il se rassure ; la plupart des bodegas débitent infiniment plus de légers purgatifs, d'articles de toilette, de sodas et de limonades, que d opium et de quinine ; les pharmacies font une rude concurrence aux cafés; vers l'heure de l'Angélus, à la nuit tombante, les clients, assis à la porte de l'officine et fumant leur puro, témoignent qu'ils sont venus chercher des distractions et non pas des médicaments.

L'heure de l'Ângélus est le moment où les faubourgs de Tondo et de Binondo sont le plus animés; le coup d'œil que présente alors VEscolta est des plus vivants; la chaussée est sillonnée par les carromattas * où s'entassent les indigènes, par les calèches qui emportent les Européens aux promenades de Sampaloc et de la Luneta. L'allure des attelages est endiablée et la veterana ^ à pied et à cheval a fort à faire pour éviter les chocs et l'encombrement. Les manufactures de tabac ferment leurs portes, et des milliers de cigareras débouchant par le pont d'Espagne, jeté sur le Pasig, inondent les faubourgs d'une foule bigarrée '. Toutes ces ouvrières appartiennent administrativement à la race tagale qui peuple Manille et les provinces voisines ; en réalité, elles présentent le plus inextricable mélange de toutes les races, européenne, chinoise, négrito. Toutes'ces femmes, jeunes ou vieilles, laissent leurs cheveux flotter sur leurs épaules, et fument

1. Cabriolet à deux roaes, couvert; à Manille les indigènes seuls s^en servent.

2. Corps de gendarmerie spécialement chargé de la police de Manille.

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