Un réal fuerte ; la piastre se divise en buit réaux
4. Bejuco j esp. liane; nom donné à la tige de divers calamus (rotang des Malais) et passé dans tous les dialectes indigènes;
autre, malgré la loi; on ne voit point dans les maisons tagales cette morgue d'un côté, cet air froid et revéche de Tautre, que nous rencontrons de plus en plus dans nos grandes villes.
Plusieurs fois nous avons passé la soirée chez des notables de Balanga et chez le gobernadorcillo. En entrant, il est presque impossible de distinguer les maîtres de leurs serviteurs; les uns et les autres sont pieds nus et revêtus de vêtements identiques; ils mastiquent le buyo * et saluent de la même façon. C'est seulement quand nous sommes assis que les domestiques, toujours très nombreux, quittent le salon; ils se pressent alors dans Tembrasure des portes toujours ouvertes, car ils voient bien rarement un Européen autre que des prêtres et des fonctionnaires; leur tenue est à la fois libre et respectueuse, et ils ne dissimulent pas le plaisir qu'ils prennent à entendre les airs de piano et de harpe, accompagnement obligé de toutes les tertulias. Le mobilier des habitations tagales, même des plus riches, est extrêmement simple. Sauf les instruments de musique, comme les pianos, qui à cette distance de Paris et de Madrid représentent une somme assez considérable, on ne voit le plus souvent que des meubles sans valeur : sièges en bejuco de toutes formes, images de dévotion accrochées à la muraille; quelquefois un livre de piété imprimé à Manille dans ces dernières années et qui, par le papier et les caractères, a l'aspect des publications du xvn« siècle. Quelquefois cependant, quel(|ues statuettes, abritées sous un globe de cristal et représentant une scène pieuse, fabriquées à Manille, ont un prix élevé; les parties nues sont en ivoire et cor-
Fasage de ce moyen de correction se restreint chaque jour^ mais est encore infiniment trop répandu aux Philippines. 1. Le bétel.
rectemenl sculptées ; les vêtements sont couverts d*oraements en or massif.
Tout ce qui touche au culte est plein de richesse. On a vu que les églises, les clochers, les conventos (presbytères) étaient les seuls édifices construits en pierre. La nuit, en traversant les pueblos plongés dans Tombre et le sommeil, on aperçoit sur la façade massive des églises une large baie éclairée où la statue polychrome du patron du lieu apparaît comme le souverain immuable des fidèles qui dorment sous sa protection.
La foi des Tagalocs est entière, absolue; mais ici pas plus qu*ailleurs elle n'est un obstacle aux superstitions. Ainsi, passant un soir à côté d'une touffe de bambous, notre guide nous dit que, sous les rayons de la lune, de grands cavaliers blancs suivis de meutes viennent rôder et chanter autour de ces tiges élancées; l'apparition est toujours funeste; celui qui a vu les blancs fantômes dépérit et ne tarde pas à mourir. Les sensations perçues par. rintelligence inculte sont partout les mêmes, et les Tagalocs expliquent à peu près comme nos paysans illettrés rinfluence dépressive de la nuit et les causes de la phtisie pulmonaire.
Nous partons de Balanga le 15 août et rentrons le même jour à Manille.