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CHAPITRE IV

2 septembre. — Notre ami M. Génu nous accompagne à bord du Cébu,

A neuf heures du matin, nous larguons nos amarres; à midi, nous sortons de la baie de Manille. Nous entrons en relation avec M. Manuel Ruiz de Obregon, promotor fiscal de la province dAlbay, qui rejoint son poste; ce jeune magistrat parle couramment le français, et sa conversation est des plus instructives.

 sept heures du soir, nous nous engageons entre Luçon et la petite île de Maricaban ; la côte nord de ce détroit se peuple rapidement. A huit heures, nous mouillons en rade de Batangas^ capitale de la province du même nom, la plus riche peut-être des Philippines. C'est là que se rendent tous les voyageurs pour visiter le fameux volcan de Taal, que nous apercevons à l'horizon. Mais si nous nous arrêtions à toutes les altractious de Luçon, quand finirait notre voyage? Notre lot comprend surtout les régions peu connues et inconnues.

3 septembre. — Nous appareillons à deux heures du matin, et à sept heures nous stoppons dans la ravissante baie de Laguimanoc. Laguimanoc est un petit hameau de

quelques cases qui disparaît au milieu des cocotiers; on le dit destiné à un grand avenir ; c'est déjà le centre d'un commerce assez actif, surtout avec Pasacao. Dans la baie, sûre, mais qui n'a que quatre à cinq brasses de fond, sont mouillés huit navires de trois cents à cinq cents tonneaux.

Nous reparlons bientôt, longeant la côte de Luçon à faible distance. Cette côte tourmentée présente tantôt des falaises à pic, tantôt de hautes collines couvertes de magnifiques forêts.

Vers dix heures nous sommes par le travers de l'île Marinduque, où un large contrefort rappelle par sa coupe rectangulaire Taspect de Bonifacio. Marinduque est très peuplé et bien cultivé, surtout dans sa partie occidentale. Quant à la grande île de Mindoro, située plus au sudouest, c'était autrefois le grenier des Philippines : Mindoro avait été colonisé par les Pères de la Compagnie de Jésus; dans le siècle dernier, la suppression de la Compagnie porta un coup fatal à sa prospérité; les razzias des Moros ^ achevèrent sa ruine. Aujourd'hui, la population tagale, très réduite, est à peu près concentrée sur le rivage. Quelques Manguianes à moitié sauvages, qu'on dit être de même race que les Tagalocs, errent dans les épaisses forêts de l'intérieur qui couvrent les ruines des pueblos autrefois florissants.

A la hauteur de Marinduque, la côte de Luçon commence à changer d'aspect. Les forêts sont souvent interrompues par d'immenses prairies de cogon *. Cette graminée envahissante couvre de vastes espaces dans tout l'archipel ; elle s'implante le plus souvent sur les défriche-

1. Les Espagnols et les Indiens désignent sous le nom de Moros tous les Malais mahométans de Palawan, Mindanao, Soulou, Bornéo, etc.

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