‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 31 sur 86 · Bétel · texte numérisé non relu

Bétel

gui et le terrible monte *, mais presque toujours elle répare les pertes subies, et bientôt Tabject couli, le balayeur crasseux, vêtu d'une fine camisole, les ongles roses et la queue artistement tressée, trône derrière un comptoir, ou parcourt agilement la ville en qualité de courtier. Parvenu à ce degré d'aisance, l'économe Chinois se résout à deux grandes dépenses. Il se fait baptiser en choisissant pour parrain un Européen dont le crédit puisse lui être utile, puis il se marie; les Daragas * ne s'unissent pas très volontiers aux Chinois, mais, ici comme ailleurs, une pluie d'or surmonte bien des répugnances. Le Chinois prend donc une femme légale, et si ses moyens le lui permettent, plusieurs autres en dehors du sacrement, car au sujet de la polygamie tout Chinois, chrétien ou non, garde toujours les idées de la Chine. Désormais chrétien, marié, riche, le Chinois va devenir plus riche encore ; c'a été et ce sera toujours sa grande préoccupation. Parfois, atteint du spleen, il réalisera sous main toute sa fortune et s'embarquera furtivement pour Canton, abandonnant femmes et enfants; mais le plus souvent il mourra aux Philippines, laissant une nombreuse lignée de sangleyes ^ héritiers de ses richesses, de ses qualités et aussi de ses défauts.

C'est chez un de ces riches Chinois que M. le gouverneur Alvarez Guerra s'invite et nous invite le jour de la fête de Daraga, afin de nous faire goûter la cuisine du Célesle-Empire.

La maison du négociant Narcisso est vaste et d'une propreté exquise ; elle ressemble à celles de tous ses confrères. Au rez-de-chaussée, bâti en pierre, les magasins;

i. Jeux de cartes; le monte est analogue au lansquenet.

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