‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 34 sur 86 · Opérette · texte numérisé non relu

Opérette

4. Le format de ce volume n'a pas permis de reproduire ici cette habanera; je l'ai donnée dans le Tour du monde, 1884, 2« semestre.

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herbiers se garnissent de plantes et nos flacons de reptiles; M. Rey court les forêts en quête d*oiseaux; je mesure et photographie tous les types qui me tombent sous la main. Grâce à Tautorisation de M. le gouverneur Alvarez Guerra, je puis aussi prendre les observations de deux prisonniers Atas de Tlsarog. Ges Atas forment une population sauvage, entreprenante, énergique: parfois ils descendent de leurs montagnes en quête de quelque razzia. C'est dans une équipée de ce genre que nos deux Atas ont perdu leur liberté; après avoir razzié quelques buffles, ils se retiraient; atteints et cernés, ils ne se rendirent qu'après avoir tué à coups de flèche deux des cuadrilleros ^ armés de fusils qui les poursuivaient.

Ces Atas appartiennent à la même famille quelesTagalocs et les autres Indiens des Philippines. Dans Tarchipel, le mot Atas n'est pas un nom de race, il indique un état social particulier. De même que le mot Castila s'applique indistinctement à tous les blancs, celui d'Atas désigne certaines populations iasoumises qui, réfugiées dans des régions peu accessibles, y vivent dans l'indépendance. Ainsi, dans cette même province d'Albay, on comprend sous le même nom A' A tas les Négritos qui vivent dans le voisinage des eaux thermales de Tiwi, au nord de Tabaco; leur type, moins pur que celui des Négritos de la sierra de Marivélès, est fortement altéré par le mélange du sang bicol.

A l'exception des rares Atas de llsarog, les populations de la province ont des mœurs si douces que les études anthropologiques n'y rencontrent aucune difficulté. Du reste, les recherches de tout ordre sont rendues encore plus attrayantes par la beauté des sites parcourus. Quand nous

1 Milice indigène attachée an tribunal de chaque pueblo; tous les Indiens valides doivent à tour de rôle le service de cuadrillero.

draguons sur la côte méridionale du golfe, à Tombre des hautes falaises, la vague insensible nous balance au-dessus de massifs de madrépores et d'alcyonaires, dont les couleurs brillantes, tour à tour avivées et rabattues par l'azur mouvant des flots, feraient le désespoir du plus habile horticulteur. Dans les montagnes, nous trouvons des gorges profondes auxquelles les Ficus, les Diptérocarpées chargés de lianes, donnent un caractère de temple; sur les hauteurs, nos regards dominent un chaos de contreforts qui, pareils à des vagues immobilisées au milieu de la tempête, heurtés, tordus, furieux, convergent vers le Mayonou le Bulusan. C'est surtout aux dernières heures de la nuit que cette nature enchanteresse acquiert un charme inexprimable; c'est alors que l'Européen brusquement transporté dans ces régions peut se croire le jouet d'un rêve. Bien des fois, à la recherche de lépidoptères qui ne se laissent atteindre qu'à ces heures matinales, je parcours les environs d'Albay, au milieu des cases endormies sous les talisays * au sombre feuillage, que d'innombrables vols de lucioles illuminent de leur phosphorescence. Vénus brille alors d'un éclat tranquille, et la lune, dans son premier quartier, projette son disque cendré sur un rideau d'étoiles. Les aréquiers ^, les cocotiers, se détachent sveltes au-dessus du tapis frissonnant des rizières, et le soleil encore invisible dore de ses premières lueurs les cumulus condensés sur les flancs du Mayon. Nous sommes dans la neuvaine de la Nativité; en rentrant à Albay je trouve une longue procession de jeunes filles voilées, portant des cierges dont les lueurs pâlissent devant l'aube naissante; le cortège disparaît silencieusement dans l'église, comme empressé de dérober la célébration des mystères à la clarté profane du jour.

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