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Les Malais donnent ce nom générique aux arbres dont ils

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lignes, confondent leur feuillage et ne laissent filtrer quMne lumière affaiblie ; sur les plus hautes branches glisse de temps en temps un gibbon ^ lent et grave qui, sous ce dôme immense, nous apparaît comme le génie de la solitude.

Nous arrivons au bord d'un ravin large et profond. Sur la berge opposée prend naissance une colline élevée (contrefort du Bukit Kumunin), chargée d'une forêt aussi épaisse que celle que nous venons de traverser; au pied de la colline, comme étouffés dans cette masse de verdure, un maigre défrichement et une case qui parait lilliputienne à côté des arbres géants qui la couvrent de leur ombre.

Pang lima s'avance seul, chargé de verroteries et de tabac, avec la mission de préparer les Mantbras à notre visite, car rirruption soudaine d'êtres aussi extraordinaires que des blancs ferait fuir la tribu et rendrait toute explication impossible. La négociation n'est pas longue; notre guide nous crie bientôt d'avancer.

Les Manthras paraissent d'abord comme pétrifiés à notre aspect; quelques paroles amicales traduites par Pang Lima ont bientôt calmé leur défiance, et pendant que les femmes s'empressent de couper du bois et de faire du feu pour notre déjeuner, nous pouvons examiner à loisir et même mesurer le personnel que nous avons sous les yeux.

Comment s'éteint une race, tel est le titre qui conviendrait à ce tableau. Neuf adultes et quatre enfants composent cette tribu perdue au pied dii Kumunin^ et qui passe des mois entiers sans voir d'autres indigènes. Ces pauvres gens presque nus, affreusement sales, faméliques, cou-

relirent diverses gommes et résines et qui appartiennent pour la plupart aux familles des Abiétinées et des Diplérocarpées. 1. Hylobates entelloïdes (famille des singes anthropoïdes).

verts de maladies cutanées, présentent encore bien d'autres affections chroniques.

La case est aussi délabrée que ses habitants. Elle renferme un cadre en bois plein de cendres, où Ton entretient toujours quelques tisons embrasés, car s'ils s'éteignent, ce n'est pas sans peine qu'on parvient à les rallumer en frottant l'un sur l'autre deux fragments de bambou.

Dans un coin, quelques vases grossiers, quelques paniers, dont l'un contient tous les ingrédients du sirih ^ et, rencontre inattendue, une moustiquaire, acquise de quelque Chinois par voie d'échange ; les moustiques sont insupportables dans les forêts de Malacca et je m'explique la vénération dont paraissent entourés ces rideaux sordides, cent fois rapiécés avec des loques de toute provenance.

Ce que peut être l'agriculture de gens aussi misérables, aussi affamés, on l'imagine sans peine. Les instruments agricoles n'existent pas; pour établir la maigre plantation qui entoure leur case, les Manthras ont abattu quelques arbres et y ont mis le feu quand ils étaient encore à demi verts ; le feuillage, les petites branches et les lianes ont seuls été réduits en cendres ; alors, au moyen de bâtons pointus, on a pratiqué des trous dans les mailles de rinextricable réseau dont les arbres abattus couvrent le sol. Les Manthras ont semé quelque peu de riz, planté quelques pieds d'oubi manis ' et de manioc, puis ont attendu avec philosophie le résultat de tant d'efforts.

Les Manthras se livrent aussi à la chasse, et ils sont assez adroits ; mais ils ne connaissent que le parang ^ et

1. Bétel. La chique de bétel, dont Tasage est si répanda dans toute la Malaisie, se compose d'un fragment de noix d'aréquier (Areca Catechu, Palm.), enveloppé dans une feuille de sirih {Piper hetely Piperac), généralement enduite d*un mastic à base de chaux. La saveur de l'ensemble est celle de la menthe.

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