Trofidolemus Hombroni, abondant à Soulou
iSO VOYAGE AUX PHILIPPINES ET EN MALAISIE
un second coup Tenvoie à quinze piecjs en Vair ; il retombe, et, tandis qu'il cherche à reprendre son aplomb, ma baguette appliquée sur sa nuque et solidement fixée par mon pied maintient sa tête immobile; il est alors facile de Tamarrer avec un brin de ficelle au bout d'un bâton, et le voilà prêt à être plongé vivant dans Talcool, condition indispensable pour la conservation de ses belles couleurs. Cette capture, dont je connaissais la théorie et dont la nécessité vient de m'imposer la pratique, me conquiert sur-Ie-cbamp Testime du Soulouan. Il me mène à sa case, qui est grande et en bon état ; c'est un des rares propriétaires dont le bien-être ait survécu à la guerre et à la piraterie; je trouve chez lui toute une smala, vieux parents, enfants à la mamelle, nombreux esclaves de tout âge, nombreuses femmes surtout. Tout ce monde-là est à peu près nu. A Soulou comme dans les autres pays musulmans de TÂrchipely les prescriptions du Koran ne sont que très imparfaitement suivies; le climat rendrait d'ailleurs insupportable ce féredjé qui, aux Eaux douces d'Europe, protège de son ombre transparente les traits des favorites de Stamboul. Quand dans la ville espagnole les femmes maures rencontrent un Européen, elles font mine de se voiler avec leur écharpe, mais ce simulacre même est banni de l'intérieur des cases ainsi que presque tous les vêtements. Mon hôte me présente sa famille et me fait admirer sa demeure. Sa case n'a, à proprement parler, qu'une salle divisée par une cloison incomplète en deux pièces inégales; de petits coffres où tout Soulouan, libre ou esclave, met sa fortune, marquent la place où chacun s'étend pendant la nuit. Quelques gongs {agun en soulouan) et quelques porcelaines chinoises, un nombre foniiidable de lances et de kriss de toute forme, un vieux fusil à pierre transformé, tout rouillé, et redoutable surtout pour qui aura Timprudence
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d'en faire usage, tel est Tinventaire à peu près complet du mobilier.
On va chercher des noix de coco, et hommes et femmes paraissent apprécier sincèrement leur lait fortement addi^ tienne avec le rhum que je porte dans un flacon. Bientôt le maître de céans trouve ce breuvage un peu trop doux et ne se fait guère prier pour achever ma provision de spiritueux. La conversation devient animée ; accroupis sur le plancher ou étendus sur une vasle estrade en bambou, maîtres et esclaves y prennent part. Une grande familiarité règne entre les uns et les autres. Il faut être juste même à l'égard des pirates : ni les Soulouans, ni les autres Malais mahométans des Philippines, ni les sauvages de rintérieur des îles de TÂrchipel, n'ont jamais soumis leurs esclaves à cette exploitation méthodique, à ces cruautés raffinées dont hier encore je trouvais un exemple dans les récits de Darwin *. La barbarie de ces Moros ignorants et fanatiques est presque de la douceur si on la compare aux rigueurs des esclavagistes chrétiens. En général Tesclave de Soulou est passablement nourri, et son travail n'est pas excessif quand il n'est pas occupé à la pêche des huîtres perlières *; les châtiments sont rares, et, fait singulier, ne sont point empreints de cette férocité qui, à d'autres égards, donne un caractère particulier aux mœurs de cette population. Après quelque temps de surveillance, le captif tagaloc ou bisaya est délivré de ses fers; il peut se marier et fonder une famille. Mais, malheur à la famille du Soulouan libre que ses dettes réduisent à Tesclavage, malheur aux familles de ses