Plusieurs espèces de Rhizophorées
liud. J'y entre à 9 heures 30 minutes, à marée basse. L'embouchure est obstruée par une barre que je franchis par un chenal resserré dont la profondeur varie de 0"* 90 à 1™ 50. Mais aussitôt après j'arrive sur des fonds de 5 à 7 mètres. Les rives sont basses, chargées de palétuviers qui peu à peu font place aux Nipa.
Plusieurs cours d'eau se déversent dans la partie terminale du Sagaliud, et mon guide, après avoir interrogé les quatre points de l'horizon, se déclare incapable de reconnaître le vrai cours de la rivière. La plus grande partie de la journée se passe en tâtonnements sous un soleil ardent; nous trouvons le vrai cours du Sagaliud dans l'après-midi. Les palmiers Nipah font place à leur tour aux futaies de la forêt vierge. A partir de ce point, secondés par la marée, nous avançons entre deux murs de feuillage, au milieu desquels le Sagaliud roule ses eaux comme au sein d'une gorge profonde. Mes rameurs euxmêmes paraissent dominés par la majesté de ce magnifique paysage. De temps en temps le silence de cette imposante solitude est troublé par des cris rauques et des rugissements. Les arbres de la rive oscillent sous une poussée invisible et un fracas de branches rompues, de lianes déchirées, éclate près de nous, puis se perd peu à peu dans le lointain. Outre beaucoup de cerfs et de sangliers, ces forêts abritent des éléphants, des rhinocéros, des orangs-oulans et d'autres singes. J'essaye sans succès de leur envoyer une balle; le rideau de verdure qui les cache s'agite en tout sens, mais reste toujours impénétrable.
La nuit tombe rapidement, et mon praw heurte à chaque instant les arbres charriés par le courant. Malgré la fatigue de cette chaude journée, mes rameurs insistent pour avancer à cause des crocodiles, plus nombreux, paraît -il, dans le cours inférieur de la rivière; cependant, s'il faut
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rencontrer ces désagréables voisins j'aime mieux me trouver à bord du praw que bousculé et nageant au milieu du Sagaliud. Nous nous amarrons à un arbre, car les fourrés hérissés d'épines nous empêchent de prendre pied à terre. La fatigue aidant, je m'endors bientôt. Je suis réveillé par un bruit horrible; il me semble que la forêt s'écroule ; le praw, balayé par les branches et les lianes, subit un choc violent et se dresse avec une inclinaison de 45°; au renversement du courant, l'embarcation a évité et est venue se loger dans les branches d'un arbre à demi submergé. Notre sauvetage occupe la reste de la nuit.
8 février. — Au lever du soleil le praw est dégagé ; tout est en ordre; mes rameurs reprennent vaillamment leurs avirons. A 9 heures, la forêt est interrompue par un pelil défrichement qui s'étend sur les deux rives. Je suis au milieu des Buled Upih.
La rive, élevée et escarpée, est couverte par les arbres abattus qui la hérissent d un fouillis inextricable. £n ce moment paraît mon ami Târid, Buled Upih dont j'ai fait la connaissance à Elolc Pura, et qui parle passablement le malais. Il m'indique obligeamment un arbre long d'une vingtaine de mètres, au tronc uni et glissant dont les branches plongent dans la rivière; c'est le débarcadère des Buled Upih. Târid me montre avec complaisance le domaine de sa tribu, une dizaine de cases éparses au milieu d'un défrichement de 2 ou 3 hectares, que la forêt envahit déjà de toutes parts. Près de la rive, j'aperçois un petit abri élevé là pour défendre contre les sangliers la récolte de riz, laquelle vient d'être enlevée. Peu désireux de subir pendant plusieurs jours le contact des indigènes, je m'y installe, à la grande satisfaction de Târid qui gagne ainsi quelques piastres, tout en évitant de m'ouvrir son intérieur.
Prévenus par Târid, tous les Buled Upih, leur vieux chef en tête, viennent me rendre visite; une ample distribution de cigares et de miroirs établit les bases d'une harmonie durable, scellée quelques moments plus tard par des libations qui épuisent du coup toute ma provision de liquides. La jouissance des quatre piquets et de Vatap qu'ils supportent m'est solennellement reconnue ; le vieux chef m'assure de sa bienveillance et affirme que je tuerai plusieurs éléphants.
En attendant, je dîne d'un écureuil qu'une faim inexorable ne me permet pas de réserver pour mes collections. Le dénûment des Baled Upih n'est égalé que par leur paresse, et je vois bien que ma nourriture et celle de mes hommes dépendent de ma carabine.
10 février. Mardi gras. — Ce jour est encore plus maigre que les précédents, car je n'ai pu aller à la chasse. Je me dédommage en étudiant les Buled Upih . La question des portraits a été facilement résolue; mais ils montrent une grande répugnance à passer sous ma toise et à subir le contact des branches du compas ; je puis cependant prendre quelques observations anthropologiques de celte race intéressante, dont le type diffère nettement du Malais.
Les Buled Upih (hommes) dont les traits, presque européens pour quelques-uns, sont altérés chez d'autres par des métissages évidents, ont, d'après mes observations, une taille moyenne de 1583 millimètres * ; leur teint est relativement clair; leur force physique paraît peu inférieure et leur adresse au moins égale à celles de leurs voisins, Soulouans et Malais ; comme ces derniers ils sont intrépides rameurs; fort adroits à la chasse, ils tuent des rhinocéros et des éléphants avec de mauvais fusils chargés de lingots de plomb qui n'ont pas même le calibre.