Rapport, ch. m
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Les maladies de la peau, notamment le psoriasis et Fichtyose, paraissent plus rares chez eux que chez les Malais; il en est de même de Tépiiepsie et de la folie, si fréquentes pourtant chez les races en voie d'extinction. Les femmes ont une vieillesse précoce ; c'est là du reste un fait constant chez toutes les populations de ces pays-ci.
Les Buled Upih se disent originaires d'une île Babind'il (?), voisine de Tembouchure de la rivière Sagaliud et dont l'existence paraît au moins douteuse. Les montagnes de cette île seraient couvertes A' Upih (aréquiers), d'où le nom à'Orang Buled Upihy c'est-à-dire hommes de la montagne de l'Upih.
Ils auraient été autrefois fort nombreux, et auraient occupé la côte ; en effet on trouve des dénominations géographiques en dialecte buled upih, là où ces indigènes ont cessé de vivre depuis longtemps, Buled Sinsim, par exemple, à l'etitrée dé la baie de Sandakan, où il n'existe aucune trace de Buled Upih. Aujourd'hui on ne les retrouve plus que sur le Sagaliud et sur quelques points du cours du Kinobatangan (est de Sandakan) et à Labouk (ouest de Sandakan). Ils sont incapables de dire, même à peu près, quel est leur nombre. Les agents de la British Bornéo Company l'évaluent à un millier d'âmes dispersées en petites agglomérations.
Ils tendent à disparaître parce que leur paresse ne trouve pas dans l'intérieur l'existence facile que ces races aux besoins restreints se procurent sans peine sur la côte. L'idéal du Buled Upih consiste à être riche, puissant et à ne rien faire ; quand il ne chasse pas, il passe tout son temps à caresser sa chimère. Il aurait peu de chose à faire cependant pour mener une existence moins misérable; cette contrée fertile est déserte ; dans tout l'espace compris entre les rivières Sagaliud et Kinobatangan, sur une largeur moyenne de 60 kilomètres, il n'y a pas une seule case.
Mais les travaux de ragriciilture répugnent à ces indigènes; sauf quelques armes d'une qualité très inférieure, ils ne possèdent aucun instrument. C'est à peine s'ils récoltent un peu de riz et quelques patates ; ils mourraient de faim s'ils ne recueillaient des nids d'hirondelle et de la gutta-percha, qu'ils échangent contre du riz chez les Chinois établis dans les villages de la côte.
Cette incurable paresse explique leur rapacité et le tarif élevé de tous les services que je leur demande. Je proûte du reste de cet amour du gain, qui les détermine à passer sous ma toise; à ce mobile s'ajoute la croyance que je leur donnerai des drogues qui les rendront vigoureux; je leur fais entendre que pour régler les doses je dois d'abord m'assurer de leur force, ce que je ne puis faire qu'en les mesurant. Le dynamomètre dont l'aiguille mobile parle aux yeux me rend ici un bien grand service. Du reste leur avidité ne va pas jusqu'à me voler, ce qui serait bien facile dans mon abri ouvert à tous les vents, pendant que je chasse dans les forêts voisines. Le vol, comme tous les autres délits, paraît excessivement rare chez eux ; quant aux récidivistes, ils sont inconnus, car toute infraction aux usages, grave ou légère, est punie de mort.
La justice est rendue sommairement par le chef qui porte le nom de Rang lima; rhérédité est établie conformément aux préceptes du Koran. Les Buled Upih professent la même religion que les Soulouans, c'est-àdire un islamisme aux pratiques très simplifiées. Ils ont des prêtres {pandita) dont l'instruction doit être à peu prés nulle, même en matière de religion ; le pandita de Sagaliud articule à peine quelques mots de malais et me dit qu'il n'a aucun texte du Koran traduit en buled upih. Us admettent l'esclavage et seraient polygames si leurs ressources leur permettaient le luxe de plusieurs femmes ; par leur douceur et par leur respect pour les Européens,
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ils différent essentiellement des Soulouans ainsi que par leur répugnance aux agressions à main armée. Quand ils commettent un homicide, c'est au moyen du poison; ils passent pour assez habiles dans la préparation des breuvages toxiques, dont les upas^ si nombreux dans ces forêts, doivent fournir la base.
En somme Tinfériorité des Buled Upih à Tégard des Malais et des Soulouans tient beaucoup moins à leur intelligence qu'à leur caractère ; il en est de même parmi les nations les plus civilisées, mais je ne crois pas que la démonstration de ce fait soit nulle part aussi sensible qu'au milieu des populations qui vivent ou, plutôt, sont en train de s'éteindre, au contact de la race malaise.
La langue des Buled Upih appartient à la grande famille malayo-polynésienne et doit être rapportée au groupe des dialectes dont le tagaloc est le type, moins à cause de la similitude des mots que par celle des affixes; le buled upih paraît former une transition entre le malais et le suluan ; la parenté de ce dernier avec le tagaloc est immédiate '.
13 février. — Les oiseaux sont assez rares dans le voisinage, j'ai d'ailleurs le devoir de remonter le Sagaliud aussi loin que possible; l'astucieux Târid, qui tient à garder le plus longtemps possible un hôte qui paye bien, cherche à m'en dissuader en me faisant un horrible tableau de la difficulté de l'entreprise : les arbres tombés dans la rivière en interceptent le cours, mon praw est trop grand, il ne peut m'en procurer un plus petit, etc. Mais Târid, qui trafique souvent avec les Chinois d'Elok Para, connaît bien les piastres à colonne ', et ce talisman n*a pas tardé à agir. Târid trouve un praw léger, — une