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Rapport, ch. v

2. Qu^il ne faut pas confondre avec llle du même nom, habitée par les Moros, dans l'archipel de Soulou.

GOLFE DE DAVAO 229

tailleur, Taulre n'avait jamais quitté sa cabane. En peu de jours ils sont devenus cuisiniers, palefreniers et matelots ; ils s'acquitlent fort convenablement de ces divers services et de tous ceux que rend nécessaires le hasard de mes excursions.

Après quelques heures de navigation, j'arrive sur un point de la côte ouest de Samal appelé Binuni, J'y trouve plusieurs Samals, mais aucune trace de sépulture. Aujourd'hui mes recherches auront pour objet les vivants.

Ces Samals sont intéressants ; grands, solides, bien musclés, ils se distinguent des Moros et des Bisayas, non seulement par Télévation de leur taille et par l'ensemble de leur conformation, mais encore par la dimension des extrémités qui n'a rien de la gracilité malaise, et par les traits du visage; leurs pommettes très saillantes, leur barbe raide et abondante aux lèvres et au menton, leur donnent quelque chose de la physionomie du chat. Fiers, travailleurs^, assez industrieux, ils vivent dans une aisance relative, et leurs mœurs sont un peu moins féroces que celles de leurs voisins de Mindanao avec lesquels ils sont en hostilité depuis un temps immémorial. Quand Oyanguren arriva ici, rhabile et vaillant capitaine s'en fit promptement des alliés, et depuis lors ils ont toujours vécu en bons termes avec les Espagnols.

Dès que je mets le pied sur le rivage, un vieillard, qui certes ne soupçonne pas le but de mon excursion, vient à moi et me montre avec un certain orgueil une fabrique de sel. Une grande cuve en écorce est remplie de cendres obtenues en brûlant le bois flotté qui couvre la plage. Les cendres sont arrosées avec de Teau de mer en ébuUition ; la lessive est recueillie dans des vases qui, alternativement remplis et chauffés jusqu'à évaporation, renferment à la fin un sel gris, impur, mais qui, faute de mieux, est encore fort utile.

Cependant mon guide est en défaut ; il avoue qu'il n'a jamais vu de tombes, mais qu'il a entendu dire qu'il y en avait. Sous prétexte de chasse, j'ai beau chercher dans toutes les directions, je ne trouve aucun indice. Il faudra donc se contenter des observations anthropologiques. Au moment où je me décide à partir, je rencontre un trafiquant Bisaya qui, séduit par quelques piastres, m'entraîne loin des cases, me fait jurer de ne point révéler son nom, et me dit d'aller fouiller les ilôts Malipano, en vue de Binuni, à quelques encablures de la côte.

J'aborde peu de moments après sur le plus grand de ces ilôts, couverts d'une végétation serrée au milieu de laquelle abondent les Pandanus. L'îlot est constitué par la partie culminante d'un vaste banc de polypiers autour de laquelle il n'y a guère plus d'un mètre d'eau. Cette situation indique le mode de formation de l'îlot, produit par un soulèvement; il ne peut y avoir de doute à ce sujet; le sol est couvert de roches madréporiques creusées de grottes et de crevasses où l'action de la mer est manifeste. La netteté de ces traces, l'état de la végétation qui, bien que vigoureuse et touffue, ne comprend pas d'arbres âgés, tout indique que la date du soulèvement est récente, fait normal dans cette région volcanique quotidiennement ébranlée par les tremblements de terre. Au centre de l'îlot, à quelques pas de la plage, sous un abri formé par une roche madréporique, je découvre un véritable ossuaire. Cet abri, haut de 4 mètres environ, large et profond de deux ou trois, suffit à la tribu samale voisine qui ne doit pas déposer ici plus d'un mort par an. Sur le sol, gisent pêle-mêle un grand nombre d'ossements brisés, confondus, au milieu de détritus végétaux; un tréteau de palma brava * supporte deux cercueils juxta-

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