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GOLFE DE DAVAO 243

été éteintes afin que la jeune fille eût le loisir de se dissimuler derrière un des piliers qui font saillie dans la case.

Prenant son parti de ma présence, le pilote fait alors sa demande en bonne forme; il expose sa situation, ses espérances, le nombre de platos qu'il donnera aux parents et dépeint avec verve Texistence heureuse qu'il destine à sa future épouse.

Plusieurs parents prennent tour à tour la parole ; le fils aîné parait résumer les débats ; il est grave et solennel : une demande aussi courtoise lui paraît devoir être approuvée par la famille et obtenir une réponse favorable ; pourtant sa sœur est maîtresse de son cœur et elle seule a le droit d'en disposer : il l'invite à sortir de sa cachette et à parler librement devant la famille assemblée. La jeune fille résiste quelque temps; elle vient enfin s'asseoir à côté de nous, encouragée par les bruyantes exhortations des femmes et des esclaves. Un profond silence s'établit aussitôt ; la jeune Bagoba a la parole. Ce jeune homme, dit-elle, lui a fait l'honneur de la rechercher; ses parents pensent qu'elle doit agréer sa demande ; elle sait qu'elle doit écouter les conseils de sa famille qui lui a toujours témoigné tant d'affection. Pourtant, à l'idée de quitter ses vieux parents son cœur se serre, et elle pense qu'on voudra bien lui donner quelque délai pour se résoudre définitivement à une séparation aussi cruelle. — Beaucoup de jeunes personnes, bien élevées n'auraient pas une attitude plus digne en pareille circonstance.

Le pilote remercie et me dit qu'il sera marié dans quinze jours.

Cette scène montre un autre procédé de l'exploitation des sauvages par leurs voisms plus civilisés. Pour les Infieles, ces mariages sont de vrais mariages, non pas indissolubles, car ils admettent le divorce, mais qui ne peuvent être rompus sans motifs sérieux. Pour le Bisaya

au contraire, l'union avec une Infiéle n'a aucune importance et il troquera sa femme sans scrupule contre quelques cavans de riz. Il n'a pas même à tenir compte des présents qu'il a faits à la famille, car un Bagobo se croirait déshonoré si, peu de temps après le mariage, il ne donnait à son gendre en chevaux, résines ou autres denrées, une valeur au moins égale à celle qu'il a reçue de lui. Entre Bagobos, il n'en est pas ainsi : le mari qui répudierait ou vendrait sa femme arbitrairement, attirerait sur sa tête une vengeance terrible, mais le trafiquant bisaya en est quitte pour continuer son commerce sur un autre point.

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