‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 67 sur 86 · Buceros galeatm, Gm · texte numérisé non relu

Buceros galeatm, Gm

rebuter en augmentant les difBcuItés de l'entreprise. Pendant cinq mortelles heures nous remontons péniblement le courant au milieu de flots d'écume, glissant à chaque pas sur les roches polies ; douze fois nous sommes obligés de traverser le torrent en luttant contre des tour* billons furieux, pour gagner un point praticable, et souvent nous plongeons jusqu'aux épaules dans cette eau qui nous paraît glacée. Le paysage est, du reste, merveilleux; des deux côtés s'élèvent perpendiculairement à une hauteur de 50 à 100 mètres les berges formées d'un conglomérat sombre, sur lesquelles ruissellent de fraîches cascades. De longs rideaux de lianes et d'orchidées descendent jusque sur les eaux et voilent à demi de grandes cavernes encombrées de blocs roulés, que nous fouillerions bien si nous pouvions nous arrêter au milieu d'un chemin aussi difficile. Au-dessus de nous, une voûte épaisse de fougères arborescentes et d'amentacées tamise les rayons du soleil et produit les plus beaux effets de lumière sur les eaux qui se précipitent en une succession de chutes mugissantes. Nos Bagobos, simplement vêtus d'un court caleçon d'abaca aux reflets chatoyants, disséminés la lance au poing sur les rochers, donnent à ce tableau un caractère étrange, magique, et vraiment, si nous n'étions mouillés jusqu'aux os, harassés et couverts de contusions, nous pourrions nous croire le jouet d'un songe.

Nous quittons enfin ce torrent Tagulaya dont je me rappellerai toujours les merveilles et les difficultés ; nous gravissons un massif escarpé où, par places, les andésites percent l'humus^ et nous arrivons épuisés, vers midi, à quelques cases entourées de petits champs de maïs; c'est la rancheria de Tagaydaya, qui appartient au dato Bitily allié de Mani. Les Bagobos de Tagaydaya n'ont jamais vu d'Européens ; ils paraissent d'abord assez mé-

fiants. Rassurés, ils nous fournissent volontiers le peu de vivres dont ils peuvent se défaire; un de mes muchachos leur achète cinq poulets pour quelques verroteries qui ne valent guère plus de trente centimes.

Dans la soirée, Mani, Bitil et tous leurs hommes tiennent conseil et se livrent à des bitchara (discussion, conférence) interminables. Un de nos camarades, qui comprend fort bien le dialecte bagobo, nous apprend que, jugeant d'après l'épreuve de ce matin qu'il serait trop difficUe de nous décourager, les Infieles se résignent à nous conduire directement au pied du volcan.

8 octobre. — Un de nos camarades, éprouvé par la journée d'hier, est atteint d'un fort accès de fièvre; nous espérons qu'il sera demain en état de nous suivre ; malheureusement, son indisposition persiste. Les maigres ressources de la rancheria de Bitil, le peu de vivres que nous avons pu porter avec nous, ne nous permettent pas de différer l'ascension ; nous sommes donc contraints de laisser le malade à Tagaydaya avec une provision de quinine, sous la garde d'un de ses amis et des deux disciplinaires les plus fatigués.

Le 9, nous poursuivons notre route en gravissant le mont Pupuq, qui, de 789 à 1080 mètres d'altitude, s'étale en un large plateau couvert de lianes à fleurs roses S de bejucos et d'une végétation médiocrement élevée. La température du sol s'élève d'une façon sensible, et l'air est imprégné d'une odeur sulfureuse. Au pied du versant nord du mont Pupuq nous franchissons une des sources du torrent Tagulaya. Sur la rive opposée, constituée par un relief d'abord très escarpé, la végétation change complètement. Les essences qui dominent jusquelà font place à une forêt de fougères arborescentes de 10

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