‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 70 sur 86 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

4 novembre 1880. — Je me mets en route poiir Tintérieur. Mon projet est de traverser Mindanao en franchissant le massif central qui sépare les versants sud et nord de rîle. Parvenu sur les bords de la baie de Butuan, je contournerai la presqu'île de Surigao et, prolongeant la côte du Pacifique, je reviendrai à Davao en doublant le cap Saint-Augustin.

Ce trajet est difficile; les deux seules personnes qui Font accompli, en sens inverse, les RR. PP. Juan Heras et José Minoves, me communiquent libéralement tous les renseignements qu'ils ont recueillis ^ sans me dissimuler les obstacles probables. La saison n'est pas favorable; la mousson de sud-ouest n'est pas encore terminée sur le versant du golfe de Davao; plus loin, je trouverai la mousson de nord -est bien établie; des pluies abondantes sont donc à craindre. Mais je ne puis attendre pendant six mois le changement de mousson, qui, sur la côte du Pacifique, ne se produira qu'en mai.

1. Ils ont été publiés depuis dans les Cartas de los PP. de la Compania de Jésus, Manila, 1881.

Je pars dans Taprès-midi sur une grande et solide banca prêtée par don Basilio, ancien vactmador *■ de la province, qui m'a bien souvent rendu avec une extrême obligeance des services analogues pendant mon séjour ici.

Je prépare depuis longtemps cette excursion et je me suis entouré de toutes les précautions nécessaires pour en tirer profit. Mon sextant et mes chronomètres sont renfermés dans une caisse solide, légère et complètement étanche; des conserves alimentaires, arrivées récemment de Manille, renferment sous un petit volume une bonne quantité de vivres à l'abri des avaries. A Marcello et Lorenzo, j'ai joint deux autres muchachos : Florès, ancien matelot de l'escadre des Philippines, spécialement chargé de l'entretien des armes, et Francisco, cuadrillero de Davao, auquel M. le Gouverneur Rajal a eu l'obligeance de donner un congé. Tous ces muchachos sont des Indiens Bisayas. Enfin j'ai pris pour guide et pour interprète, faute d'en trouver un autre, un vieux trafiquant qui affirme avoir été en relation avec les Mandayas et connaître parfaitement leur dialecte; il a dû cacher dans mes bagages une petite pacotille, et il pense sans doute en tirer un immense profit, grâce à ma protection. Mais j'ai aussi une pacotille, laiton, verroteries, coco crudoy capa> ble, je l'espère, de surmonter les défiances des Infieles les plus sauvages. Enfin, comme dernier argument j'emporte deux fusils doubles, un pour moi, l'autre pour Florès, et une quantité très raisonnable de munitions.

Sorti du rio de Davao, je mets le cap au nord dans le détroit de Paquiputan ; un violent chubasco ^ me force à

1. Vaccinatear. Cet emploi est généralemeot rempli par des métis, qui reçoivent à Manille une instruction spéciale et sont ensuite envoyés aux frais du gouvernement dans les diverses provinces des Philippines.

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