‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 71 sur 86 · Grain · texte numérisé non relu

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A TRAVERS MIHDANAO 207

stopper devant le petit village moro de Laaan; bien à couvert avec mes gens bous une solide tente de Nipa, je regarde mes colis avec complaisance et me félicite de tes voir aussi bien condilionnés, lorsque mes quatre mucha-

Loreoza, muchacha bisayn. (Pbolo graphie da l'aDtenr.)

chos, prenant la mine allongée des grandes circonstances, m'avouent que, pendant le chargement, Lorenzo est tombé à l'eau avec la valise qui renferme mes noies et mes thermomètres. Pour la première fois, je me suis absenté — pas plus de deux minutes — pendant le chargement; c'est l'instant qu'a choisi Lorenzo pour se Laisser choir dans le rio de Davao avec un de mes colis les plus indis-

pensables. La pluie qui cesse et le veut qui se lève me permettent d'essuyer et de sécher papiers, thermomètres, baromètres, etc., qui n'ont pas été sérieusement endommagés. A 7 h. du soir je fais tirer la banca sur la grève de Cabayugan.

5 novembre. — Départ à cinq heures du matin. Retards résultant de calmes, puis de chubascos; passé la nuit un peu au nord du village moro de Lassan.

6 novembre. — Â neuf heures trente minutes du matin, j'entre dans le rio Tagum au moment où la mer baisse ; forcé de stopper par la violence du courant; remis en route avec le flot à deux heures après midi. Le cours du Tagum, qui se fraye un passage au milieu d'une plaine d'alluvions^ décrit une foule de sinuosités qui ne peuvent figurer sur la carte; les rives, d'abord basses, couvertes de palétuviers et de cogon, s'élèvent un peu en aval de Bincungan, rancheria de Moros assez importante, où je m'arrête à six heures du soir. C'est ici que fut massacré par surprise, il y a quelques années, l'infortuné D . José Pinzon, gouverneur de Davao, avec une partie de son escorte. Ces misérables pirates de Bincungan me témoignent beaucoup de mauvaise humeur, mais rien de plus, car ils ont payé cher leur trahison; l'un d'eux cède à mes gens quelques vivres dont il demande six réaux (3 fr. 75), puis, avec un air méfiant, il refuse d'en recevoir le prix en monnaie et prend en échange une brasse de coco crudo qui m'a coûté deux réaux.

7 novembre. — Le cours du Tagum devient plus sinueux et moins profond. Les sondes donnaient d'abord 6 mètres, maintenant le fond tombe parfois à 1 mètre et même moins; ma grande banca touche souvent. Je fais très peu de chemin et je n'arrive qu'à six heures du soir à Babao, premier village mandaya. Les habitants s'enfuient en me voyant accoster.

Le tirant d'eau de mon embarcation la rendant inutile, il faut la renvoyer à Davao avec son équipage et obtenir des Mandayas des pirogues légères et des rameurs. Mon interprète, chargé de présents, est envoyé dans la forêt à la recherche des fugitifs; il m'en ramène quelques-uns, mais, ainsi que je le craignais, il est loin de parler couramment le mandaya; heureusement ce dialecte a beaucoup d'affinité avec le bisaya ; après une interminable conversation, entravée d'un côté par la stupidité et l'effarement des indigènes, facilitée de l'autre par de nombreuses libations, nous arrivons à nous entendre. J'aurai demain trois légères embarcations qui sont amarrées à la rive et six rameurs qui les ramèneront lorsque la rivière ne sera plus navigable. Le salaire est fixé sans difficulté à une quantité quotidienne de riz, de tabac, de laiton et de verroteries.

8 novembre. — Au moment du départ, plus de rameurs ; tous les hommes ont fui de nouveau dans les bois; les femmes, restées dans les cases, me regardent d'un air hébété, sans qu'il soit possible de leur arracher une parole. Pendant que mes muchachos cherchent les rameurs, midi arrive. J'observe le soleil, et le calcul de l'observation me donne un triste résultat ; je suis par 7** 27' 3" latitude nord; Davao étant situé par 1^ l'34", je n'ai gagné que 25'29" = 47 kilomètres, dans le nord ; pour atteindre Surigao (9o 47'53"), il me reste encore à franchir une distance qui égale, à vol d'oiseau, 261 kilomètres.

Les Mandayas sont introuvables, mais les embarcations promises sont toujours amarrées à la rive. Tout mon casancapan * est embarqué dans ces trois pirogues; je renvoie à Davao la banca de don Basilio et me mets en

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