HOf contraction de holOf tète ; source de TAgusan
formant dans leur parcours une eUipse dont le grand dia-. mètre est orienté nord et sud ; au delà de la courbe ouest de cette ellipse coule vers le sud le Sahug; au centre prend naissance le Manat, tributaire de VAgusan^ qui se dirige vers le nord en suivant le versant extérieur de la courbe orientale. Dans tout ce paysage, je ne puis avec ma lunette distinguer un point qui ne soit recouvert d'un uniforme manteau de forêts.
Je n'ai plus d'incertitude sur ma route ; demain je serai sur l'Agusan. Je prends donc gaiement mon parti de la pluie qui redouble, et d'autant plus volontiers que les Mandayas du mont Hoagusan sont les plus aimables que j*aie rencontrés encore. Un peu de sucre oublié dans mes poches apprivoise les enfants; leurs mères me demandent alors si j'ai du sel, et le subtil Marcello en ayant découvert une livre environ au fond d'un sac, elles le croquent à belles dents, comme des chèvres.
Tout irait dooc au mieux si Lorenzo n'avait la malencontreuse idée de demander, à l'un de mes porteurs qui est borgne, quel est l'accident qui l'a privé d'un œil. Il parait que mon muchacho vient de se rendre coupable d'une insulte qui ne peut être lavée que dans le sang. Le porteur offensé est un Manobo, qui se trouvait je ne sais pourquoi chez Husip et qui s'est joint à ma troupe pour rentrer chez lui. Il jure qu'il se vengera d'une façon éclatante et disparait. Je n'attache pas grande importance à l'incident, car avant que le Manobo ait réuni ses parents, délibéré et préparé ses moyens d'attaque, je compte être loin.
23 novembre, 4 h. du matin — Le thermomètre est à -}- 21<>,5 centigrades. Nous sommes transis, et j'ai hâte de me mettre en route pour me réchauffer; mais la répartition des charges est une longue besogne; je ne puis partir qu'à 7 h. IS, accompagné pendant quelque temps
»par mes hôtes, qui me supplient de passer encore une journée chez eux, me promettant de tuer un sanglier et de faire une grande fête où il y aura beaucoup à manger.
Je descends sur le versant nord-est du mont Hoagusan en suivant le lit du torrent Tubiuin, lequel n*est qu'une suite de cascades qui tombent du haut de masses de calcaire terreux de vingt à quarante mètres de puissance entre deux berges d'argile. Les diverses variétés de bejuco et de balete dominent dans la végétation.
Le Tubuan me mène au rio Manat; j*y trouve deux pirogues où je m'embarque avec tout mon monde; quelques coups de rame, et nous entrons dans VAgusan, large d'une centaine de mètres.
Enfin ! je suis sûr d'arriver maintenant, car ce fleuve se jette au nord de l'île dans la baie de Butuan.
En quittant les hauteurs du mont Hoagusan, je suis entré dans le domaine des Manobos, race guerrière qui domine sans partage dans tout le bassin du rio Âgusan.
Nous remontons l'Agusan pendant deux kilomètres environ, et nous abordons devant quelques cases toutes neuves. Ce hameau (comme la plupart des autres) porte le nom de soa maître, Dagohoy, puissant dato manobo qui dispose de 50 lances. Mes Mandayas me disent que je trouverai là des embarcations et des esclaves, et, remontant dans les bancas qui nous ont portés, me quittent en me souhaitant un bon voyage.
Dagoboy est absent; son frère, bagani appesanti par l'obésité et par Tâge, m'assure que demain matin j'aurai deux pirogues couvertes et quatre rameurs.
L'observation de midi me donne une latitude de 70 47' 28". Je n'ai plus à parcourir que 130 kilomètres, en ligne droite, pour atteindre la baie de Butuan.
Dans l'après-midi je règle à nouveau mes chronomètres si malencontreusement perturbés par le passage du mont
Dalo moDobo du ceotie da Mindanaa. (Pholograpliia de l'iutaur.)
Hoagusan. Absorbé par les calculs d'heure, je ne prête aucune attention aux Manobos qui vont et viennent dans la case mise à ma disposition; quand la nuit est venue le bagani se présente solennellement devant moi ; il est accompagné du porteur borgne, insulté hier et qui, me dit-il, est son fils. Ils viennent demander satisfaction. Mon esclave a insulté un Manobo, parent d'un chef, l'esclave doit avoir la tête coupée. Lorenzo croit entendre son arrêt de mort et s'accroupit derrière moi.
Je réponds au bagani que cet homme n'est nullement mon esclave, car les blancs n en ont pas. Blanc ou noir, tout le monde est libre dans mon pays. On n'y tue que les assassins. Donc, je suis désolé de lui refuser ce qu'il me demande, et je l'engage à me laisser tranquille.
Les deux Manobos sortent sans répliquer. Je visite minutieusement avec Florès mes deux fusils ; le fusil à piston est absolument hors d'usage, je parviens à faire entrer deux cartouches à balle dans le Lefaucheux ; partirontelles? En tout cas il faudra toujours plusieurs minutes pour extraire les douilles ramollies qui adhèrent obstinément à l'âme rouillée.
Le bagani reparait au milieu de ces préparatifs.
c Tu es un homme puissant, me dit-il; en ta faveur, ton esclave conservera sa tête; mais l'insulte doit êlre vengée; je vais lui faire appliquer en ta présence cent coups de bâton. Livre-moi ton homme ou je' le fais saisir par mes guerriers. »
Le bagani faiblit, c'est le moment de payer d'audace. < Malheureux! » lui dis-je, apprends que chez moi le bejuco est inconnu. Regarde ces armes ; dans chaque tube il y a trois balles et six dans ce revolver; si tu as l'audace de revenir ici, je t'envoie tout cela dans le crâne. »
Je pousse le bagani dehors, et mes muchachos se barricadent de leur mieux; je rassemble mes instruments;
quand tout est préparé pour le départ, j'éteiss mon fanal ; tout est calme dans les cases voisines. N'entendant aucun bruit, mes muchachos, en vrais Bisayas, ne tardent pas à s'endormir; et, malgré la solennelle déclaration que je viens de prononcer, je suis obligé de leur faire distribuer par Lorenzo quelques coups de canne pour les tenir éveillés. Aux premières lueurs de l'aube j'aperçois à quelques pas deux embarcations dont deux esclaves vident l'eau. Je les immobilise avec mon revolver pendant que mes mucbachos, en un tour demain, chargent les bagages. Les amarres sont coupées, et je vogue enfin — avec les deux esclaves pour rameurs — sur l'Agusan, une vraie rivière celle-là, large, suffisamment profonde, et sans rapides. En quelques coups de rames je perds de vue les cases de ce stupide bagani.
Je trouve pourtant deux petits rapides insignifiants; partout ailleurs le fond varie de 1 à 3 mètres. Le courant est vif et la journée se passe vite à lever à la planchette le cours de la rivière dont les boucles, infiniment plus ouvertes que celles du Sahug, se déroulent rapidement sous mes yeux. Les berges sont en général peu élevées et inclinées; quand elles s'abaissent j'aperçois dans le lointain de longues files de montagnes bleues qui limitent l'horizon en tous sens. A midi j'atteins 7** 50' 40" lat. Nord. A deux heures après midi je dépasse Katugan^ village manobo. J'ai dit que le bassin de l'Agusan était le domaine des Manobos, les plus puissants et les plus redoutés des indigènes de Mindanao; leurs mœurs sont celles des Mandayas, et leurs entreprises sont plus redoutables, vu leurs moyens d'action plus considérables; leurs villages sont beaucoup plus peuplés et leurs cultures plus étendues.
La seule embarcation que je rencontre dans la journée est celle d'un trafiquant chinois qui va troquer son laiton et ses cotonnades contre de la cire et de la résine. « Je,
n'ai rien à craindre, me dit-il, tous les Manobos des environs sont mes débiteurs. »
Singulière religion de la dette chez des gens qui paraissent à première vue ne reconnaître d'autres lois que celles de la force. Un examen plus attentif montre chez tous les indigènes de Mindanao des qualités que beaucoup d'Européens devraient leur envier. Pour juger ces indigènes avec impartialité il convient de se rappeler quelques points de notre histoire. La nécessité de la Trêve de Dieu ne dénote pas une paix profonde ; encore sous Louis XIV les parents d'un gentilhomme loyalement tué en duel étaient, de par l'opinion, tenus de demander au roi la mort de son adversaire S et, quant aux esclaves, bien que la traite et l'esclavage des noirs soient abolis depuis peuj est-ce que, sans trop chercher, nous n'en trouverions pas encore chez nous? En somme, les Manobos et les Mandayas, comme les Bagobos et tous les autres indigènes, aiment le sang, l'abondance sans travail et les femmes de leurs voisins, mais du moins ils n'ont jamais songé à déguiser leurs appétits.
A 5 h. après midi, arrivé à Patrocinio, petite colonie de Manobos conquistados ou reducidos^ c'est-à-dire convertis au catholicisme. Généralement, quand une tribu accepte le baptême et se soumet à l'Espagne, les missionnaires l'amènent à quitter ses cases où les souvenirs de l'indépendance sont trop vivants, et l'établissent sur le bord d'un cours d'eau ; il est ainsi plus facile de la visiter. Ici les femmes et les enfants ne s'enfuient plus à mon approche; ils accourent au contraire sur la rive ; un enfant se détache du groupe et revient suivi de quatre personnages dont la mine grave indique des notables. L'un d'eux me salue en espagnol :