‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 8 sur 86 · MALACCA · texte numérisé non relu

MALACCA

en pikul^, malgré ses protestations indignées, sur Tépaule de Pang Lima, qui bientôt après se perd en voulant faire un détour; mais, grimpant sur un tronc abattu au milieu d'un défrichement, il hume l'air comme un chien de chasse et au bout de quelques secondes étend la main dans une certaine direction. Il a retrouvé la piste. Ces défrichements qu'on rencontre souvent aux abords des routes sont excessivement fatigants à franchir; il faut marcher sur les troncs abattus dans la direction la plus voisine de celle qu'on veut suivre; mais ces colosses sont parfois amoncelés les uns sur les autres à une grande hauteur, et leur ascension exige une gymnastique qui, surtout après une journée de fatigue, est fort pénible. La nuit est venue et complique la marche. Enfin de défrichements en jungles, et de jungles en forêts, nous arrivons à un hameau malais, où je prends une charrette à bœufs pour rentrer à Kessang. Pang Lima s'empresse de déposer son funèbre fardeau sur la charrette et refuse d'abord d'y monter; mais, la fatigue aidant, il s'assied sur le timon, morne, accablé. Cet état fâcheux se dissipe peu à peu sous l'influence d'un cigare, et bientôt, mollement étendu à côté du squelette, Pang Lima me jure qu'il est prêt à fouiller avec moi toutes les tombes de la forêt.

Le lendemain mon sauvage demande à un Chinois qu'il croit instruit des usages des blancs, quelle peut bien être la raison qui me pousse à recueillir des squelettes au prix de tant de fatigues.

« £h ! ne sais-tu pas, lui répond le Chinois, que cet orang puteh * est un grand magicien. Dans son pays, au moyen d'incantations, il rend les squelettes à la vie.

1. Malais. Deux fardeaux attachés aux extrémités d'une latte posée par son milieu sur Tépaule du porteur. C'est ainsi que se font les transports dans les contrées dépourvues de route en Malaisie.

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