‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 80 sur 86 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

SURIGAO — LAC DE MAINIT — COTE ORIENTALE DE MINDANAO — RETOUR EN FRANCE

Je suis admirablement bien accueilli à Surigao par le gouverneur, M. le colonel don Alberto Raccaj y Milagro, et par le R. P. Ramon Luengo, supérieur des Missions, religieux du plus aimable caractère et d'un profond savoir. Gomme tous les missionnaires que j*ai vus et que je dois rencontrer à Mindanao, le P. Luengo appartient à la compagnie de Jésus. Pendant mes diverses stations à Surigao, je loge chez M. D. Carlos Herrera, négociant espagnol, et chez le R. P. Luengo. Tous ces messieurs me témoignent une obligeance à toute épreuve; leur autorité, leur influence, leur connaissance du pays, ils mettent tout à ma disposition avec un empressement et une cordialité qui ne peuvent s'oublier.

Le P. Luengo me dit que, puisque je cherche des crânes, je ne saurais arriver dans un lieu plus favorable, et, le jour même, il envoie un émissaire dans l'île de Dinagat pour rapporter ceux qu'il y a vus. D'après son avis je me rends à Taganaan sur l'océan Pacifique, dans l'embarcation de M. Herrera, qui veut bien me servir de guide. ■

Nous arrivons à Taganaan avec une vitesse vertigineuse

SURIGÂO 311

en profilant des courants de marée, qui atteignent cinq ou six milles à Theure; cette partie de la péninsule de Surigao est abritée par de nombreuses îles ; la mer y est calme, et les difficultés de la navigation consistent dans les tourbillons dus aux chocs des courants contraires, qui, en certains points, se brisent les uns contre les autres. Ce fait est la conséquence de la différence des beures des marées sur les côtes est et ouest de la péninsule de Surigao; quand la mer est basse dans la baie de Butuan, elle est étale sur la côte du Pacifique. Les marées des Philippines présentent du reste de telles anomalies qu'elles ont reçu le nom de locas (folles), et que pendant longtemps on a désespéré de connaître les lois auxquelles elles obéissent. Les nombreuses îles de Parchipel opposent un obstacle à la libre propagation de la marée qui se forme dans le Pacifique ; à cette cause d'irrégularité se joint celle qui provient du rapport variable des ondes diurne et semi-diurne. La combinaison de ces divers facteurs produit les résultats les plus bizarres; ainsi à Basilan il n'y a jamais qu'une seule marée par jour, tandis qu'à Zamboanga le même fait ne se produit que pendant seize jours du mois lunaire ^

Je trouve à Taganaan le R. P. Jaime Plana, grand amateur d'histoire naturelle, qui fait immédiatement armer sa banca et me conduit dans le petit îlot où se trouve la grotte de Tinagho (le Secret), laquelle, malgré son nom, n'en est plus un pour personne. Elle renferme un grand nombre de squelettes, couchés pêle-mêle dans dans des cercueils en forme de pirogue. La fragilité de tous ces débris est extrême ; dans le nombre je recueille quelques exemplaires en bon état et fort intéressants, car ils démontrent qu'à une époque déjà éloignée les races

Page 1