CHAPITRE VIL
TABLEAU GÉNÉRAL DU PATS ÉLEVÉ ET DESERT COMPRIS ENTRE S. JOÂO D'eL REI ET LA SERRA DA CANASTRA.
ÉléTatioD du pays. — Sa végétation. — Occupatioa des habitaots. — Comment on élève les pourceaux ; le commerce de ces animaux. — Habitation des cultivateurs ; leurs mœurs. — lis sont moins hospitaliers que ceux des autres parties de la province de Minas ; comment Fauteur est reçu par Tun d'eux. — Avantages et inconvénients de leurs réunions dans les villages. — Fainéantise des hommes pauvres.
Pour me rendre à Paracatù et de là à Goyaz, je ne suivis point la route la plus directe (i); je m'en écartai, dans r intention d'aller visiter la Serra da Canastra , où prend naissance le Rio de S. Francisco , et qui sert de limite aux comarcas de S. Joâo d'El Rei (2) et de Paracatù.
Pour arriver à cette montagne, je me dirigeai à peu près vers Fouest-quart-nord-ouest , et je fis environ 45 lieues portugaises. Le pays que je parcourus dans cet espace forme une espèce de crête et doit nécessairement être fort
(1) La grande route de Goyaz passe par Bambuy, après avoir traversé Formiga (Eschwege, Bras, die neue Welt , 1 , 61).
(2) Je ne crois pas avoir besoin de dire que , ni en français ni en portugais, il ne faut écrire, comme a fait un moderne, Saint-Jean (PEl Rey (Suz., Souv., 279). La géographie n'admet pas plus que les sciences naturelles les mots hybrides.
élevé, puisqu'41 se trouve compris entre les commencements du Rio Grande ^ les sources des premiers affluents du S. Francisco (1) ; d'ailleurs nous savons , par les observations barométriques de M. d'Eschwege , que la fazenda de Vicentey située à 4 lieues de la petite ville de Tot^ioiulua, qui se trouve sur cette route, est élevée de S,465 p. anglais (55i mètres) au-dessus du niveau de la mer, et que le village de 5. Joao Batistay situé à 5 lieues de celui A*Oliveira où je m'arrêtai, se trouve à une hautébr de 3,â65p. anglais (994-,8) (2).
Ce pays est généralement montueux et présente une al« temative de pAturages et de bois; il existe même une véritable forêt auprès de Tamanduâ. L'herbe des campos n'a point ici l'excellente qualité de celle du canton de Rio Grande , et ce n'est que vers la Serra da Canastra qu'on trouve le capim frecha (herbe flèche), Graminée qui caractérise les meilleurs pâturages. En divers endroits, les campos sont parsemés d'arbres tortueux et rabougris, comme le sont ceux que j'avais parcourus entre le nord de la province des Mines et le Rio de S. Francisco (3).
Cest au delà de Formiga^ village situé à environ 24 lieues
(1) On Terra bientAt qae j*ai donné à ceUe crête le nom de Serra do ftio Grande e do S. Francisco , parce qu'eUe divise les eaux de ces deux ririères.
(2) EscHW., Bras, die neue Well, I, 23, 28. ~ « Ces lieux , dit aussi m d*Eschwege, doivent former le plateau le plus élevé non-seulement de « la provioce des Mines , mais encore de tout le Brésil , puisque leurs «eaux s*écoulent, d'un eàté, jusqu'aux dernières limites méridionales « de cet empire , et » de l'autre , presque jusqu'à ses frontières septen- « trionales. »
(3) Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro , etc., roi. II.
de s. Joâo d'El Rei, que Ton place, de ce côté, les limites du Sertâo ou désert; mais le pays commence bien plus tftt à être peu habité. Entre la fazenda appelée Capào dos Flores^ éloignée de 6 legoas et demie du Rancho do Rio das Mortes et celle du Capttao Pedro^ je ne vis qu'une habitation dans un espace de 2 lieues et demie ; le lendemain, je rencontrai une seule personne; le surlendemain, je n'aperçus même pas un voyageur.
Il existe encore des minières en exploitation dans les terrains qui avoisinent le plus le Rancho do Rio das Mortes Pequeno et S. Joâo d'El Rei ; mais celles des environs de Tamanduà et de Piumhy sont aujourd'hui entièrement abandonnées. On cultive la terre , on élève des bestiaux et l'on engraisse des cochons. A peu près depuis l'habitation du Capitâo Pedro , située à 9 lieues du Rio das Mortes , je vis , dans toutes les fazmdas, un grand nombre de ces derniers animaux , et ce sont eux qui forment la principale richesse des environs de Formiga.
Il faut, dans les habitations, être continuellement en guerre avec eux, et, en certaines circonstances, surtout, ils sont d'une impudence très-embarrassante. Je vais dire en deux mots quels sont les soins qu'on leur donne. On ne tient point enfermés les femelles , les verrats et les jeunes ; on les laisse errer en liberté autour des fazendas; deux fois le jour, on leur donne du maïs en épis, et, tous les deux mois, une petite portion de sel délayé dans de l'eau ; on examine de temps en temps s'ils n'ont point de blessures, et on les guérit avec du mercure doux. Quant aux pourceaux châtrés que l'on veut engraisser, on les soigne davantage ; on les enferme, pendant le jour, dans un currcdy et, pendant la nuit, on les fait entrer sous un hangar où l'on
étend de la paille de maïs, c'est-à-dire les enveloppes des épis ; on leur donne à manger trois fois le jour, ordinairement deux fois du maïs égrené, et la troisième du fubâ (1), des %nhames{Caladium esculentum) ou des carâs (Dioscorea data) (2) ; tous les quinze jours, on leur fait boire de Teau salée, et, dans les habitations où Ton fait des fromages, on remplace le sel par des rations journalières de petit-lait.
La race de pourceaux la plus commune dans ce pays porte le nomdeporco^ canastra (cochons malles). Cescochons sont ordinairement noirs; ils m'ont paru avoir les jambes plus longues que ceux de France, le corps plus court et le dos plus arrondi ; leurs oreilles sont redressées dans la jeunesse, an peu pendantes chez les adultes. On châtre ces animaux, mâles et femelles, à Fâge d'un an, et il leur faut
(1) Le fubà est la farioe de maïs simplement moulae ; la farinha est le maïs séparé de ses enveloppes , mis en bouillie à Faide de la machine appelée manjola, puis séché dans une chaudière peu profonde , et enfin réduit en une poudre grossière (voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro , etc., 1 , 135).
(2) On a vu que » dans le canton de Rio Grande , on donne aussi aui cochons des inhames et des carâs , et qu*en particulier mon hôte du rancho do Rio das Mortes Poqueno avait deui champs de carâs. Ici donc je ne pois être d*accord avec M. d'Eschwege , car il assure qu*on nourrit les cochons ODiquement avec du maïs , et que la disette de ce grain condamne ces animaux h mourir de faim ; il raconte même que , ayant conseillé i des agriculteurs de cultiver la patate pour en nourrir leurs pourceaux , ils lui répondirent qu'ils n'iraient certainement pas se donner la peine d'arracher des patates pour les cochons, enfin il ajoute que, lorsqu'on tient un pareil langage, il faut abandonner hommes et cocbons à leur malheureux sort (Bras, die neue Welt, I, 27, 28). Au reste, M. d'Eschwege écrivait tout ceci en 1814 , et il ne serait pas absolument impossible que l'usage de donner des inhames et des carâs aiu cerboos se fût introduit dans cette partie de la province des Mines de 1814 à 1819.
m VOYAGE AUX SOURCES
un an pour engraisser. Un pourceau moyen de cette race (1 ) pèse, quand il est gras, environ 6 arrobes (88 kil. 2 h.) (2).
On envoie les cochons par troupeaux à la capitale du Brésil , en leur faisant faire 3 lieues portugaises par jour. Les jeunes gens qui les conduisent se payent à raison de 6,600 reis (41 f. 20 c.) pour le voyage, et il y a 80 legoas de Rio de Janeiro au village de Formiga, qui peut être considéré comme le centre des affaires dans la contrée que je tâche de faire connaître. Les marchands de Formiga achètent les pourceaux dans les fazendas des alentours, où Ton en élève un très-grand nombre, si peu cx)nsidérables qu'elles soient, et, si je puis croire ce qui m'a été dit, un de ces marchands, à lui seul , en avait fait partir vingt mille dans Tannée 1818.
J'ai déjà dit que les cultivateurs de la comarca de S. Joâo d'El Rei soignaient moins leurs demeures que les fazendetros des cantons aurifères. Il est bien clair qu'il ne saurait y avoir d'exception pour une des parties de cette comarca qui s'éloignent lo plus des centres de la civilisation dans la province des Mines. L'habitation de Cachoeifinha, située un peu en deçà de Tamandué , a 5 lieues portu-
(1) Dans le canton deHio Grande, on élève, m*a-t-on dit, une espèce de cochons qu'on appelle porcos tatû (cochons tâtons); ceuirci auraient les jamhes encore plus hautes que les porcoi canaHra ; ils seraient beaucoup plus courts, plus ramassés ; ils auraient le dos plus arrondi et n'atteindraient jamais le poids des autres : on les châtrerait à sii ou sept mois, et ils seraient gras à un an. Si on leur donne la préférence dans le canton de Rio Grande , c'est , m*a-t-on ajouté , parce qu'on y trouve un débit facile du maïs , et qu'il n'en faut pas autant pour engraisser les porcos tatû que les autres pourceaui.
(2) Selon M. d'Eschwege, les cochons gras ne pèsent que de 4 à 5 arrobes.
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DU aïO DE s. FRANCISCO. 1»
gaises de long sur 2 de large : j'y vis un nombre considérable de bètes à cornes, de pourceaux, de moutons ; le propriétaire» M. le c(xpitào môr Joao Quintino de Oliveira, avait vendu, cette année-là, à Rio de Janeiro, des cochons pour ia valeur de deux contos de rets (15,000 fr.) , et c'était d'aillenfs un homme poli, dont la table annonçait assez la richesse ; cependant les bâtiments qu'il occupait étaient à peu près aussi négligés que ceux qui sont réservés pour les maîtres dans toutes les autres fazendas. Ils étaient, avec les cases à nègres, placés au fond dune vaste cour entourée de pieux qui avaient la grosseur de la cuisse et la hauteur d'un homme, genre de clôture fort en usage dans ce pays. D'une galerie (varanday (1) assez large dont l'extrémité avait été réservée pour former un petit oratoire, on passait dans une grande pièce sans plafond, sans aucune peinture, qui n'avait d'autre ameublement que des bancs de bois, quelques tabourets revêtus de cuir et une énorme damejeanne avec un pot en fer-blanc destiné à y puiser ; quelques petites chambres , qui ouvraient sur cette salle, n'étaient pas ornées plus richement qu'elle. Principalement au delà deTamandué, c'est-à-dire près du Sertâo et dans ses limites, les habitations se composent de plusieurs petits bâtiments isolés, mal construits et disposés sans ordre, au milieu desquels on distingue à peine le logement du maître. Je citerai celle de Dona Thomaziaj située entre le village de Piumhy et la Serra da Canastra. Elle avait une étendue assez considérable; j'y vis plusieurs esclaves, des bétes à cornes, un grand nombre de pourceaux ; et cependant.
(1) rai expliqué avec détaU , dans ma première relaiion, ce que sont les varandas.
au milieu de plusieurs maisonnettes servant de granges et de cases à nègres, la propriétaire habitait une misérable chaumière construite sans aucun art, et où l'on ne trouvait d'autre ameublement qu'une table avec de chétives bancelles (1).
J'ai à peine besoin de dire que les habitants de ces fazendas ne ressemblent point aux Mineiros des comarcas de Sahara, du Serro do Frio et de Villa Rica. Ce sont des hommes grossiers et ignorants. Ils ont les mêmes manières, à peu près, que nos paysans de France; mais il s'en faut bien qu'ils soient aussi gais et aussi actifs. Je ferai observer, de plus , que les cultivateurs de ce pays ont le corps extrêmement droit, tandis que nos paysans sont, en général , plus ou moins courbés, différence qui tient À ce que ceux-ci travaillent sans cesse la terre , tandis que les premiers se font remplacer par des nègres ou se bornent à soigner leur bétail.
[1) M. da Cunha Mattos, qui , en 1823, s'est reodu directement de Rio de Janeiro à Goyaz , a cependant passé , comme moi , par Oliveira , Cachoeirinha, Formiga , et a pu prendre une idée du pays que je cherche à faire connaître. « A peu de distance de Formiga, il fut reçu, dit-il , dans « une mai:»on qui était construite ayec de la terre et des morceaux de « bois qu'on n'avait pas même pris la peine de dégrossir. Dans la mu- » raille, on avait fiché un grand nombre de cornes de cerf ( veadoê ) aui- « quelles étaient suspendus divers objets : à celle-ci , une selle ; k celle-là, M un fusil ; plus loin, un chapeau ; ensuite une corbeille» puis un tamis, et <« immédiatement après une capote. La peinture que je fais de cette mai- « son, ajoute Tauteur, convient h tous les sitios et à la plupart des fa- M zendas. Bien peu de personnes connaissent les conmiodités de la Tie ; M elles habitent , pendant un grand nombre d'années, des propriétés qui « semblent destinées à être abandonnées h chaque quart d'heure. Les « maisons des villages sont un peu plus soignées ; mais, dans les faxen- N das, les cornes sans rameaui et fort courtes des ceris du pays sont les >• clous qui soutiennent le.s cadres dont Tappartement est orné , et ces
DU RK) DE s. FRANCISCO. ' 125
Quoique ces hommes habitent an pays éloigné et désert, on ne troave pas chez eax cette aimable hospitalité qui est si générale dans d'autres parties de la province des Mines. Je citerai, pour exemple, ce qui m'arriva dans une habitation très-importante. A mon arrivée, on fit placer mes effets dans une petite chambre humide et obscure, remplie de puces et de chiques {pulex penetrans)* Pour ne pas faire de peine au fils de la maison, avec lequel j'avais voyagé, je ne me plaignis point, et j'allai travailler sous la galerie (varanda). On me fit la politesse de défendre à Firmiano de mettre le chaudron au feu et l'on m'invita à dtner ; mais on ne me donna pas de quoi satisfaire l'appétit le plus modéré. José Mariahno et l'Indien furent entièrement oubliés, et seraient morts de faim s'il ne leur était rest^ un peu de haricots du repas du matin. Le soir, j'attendis inutilement qu'on m'offrirait un lit ; il n'en fut pas question. Cependant la chambre où l'on m'avait logé était tellement embarrassé par mes effets, tellement remplie d' insectes malfaisants, que j'aimai mieux faire faire mon lit dehors que d'y coucher. Ayant eu froid pendant la nuit, je me levai de fort mauvaise humeur, bien décidé à donner une bonne leçon à mon hôte. n se présenta et me souhaita le bonjour ; pour toute réponse, je lui demandai s'il savait lire, et je lé priai de jeter les yeux sur ma portaria (passe-port royal). A mesure qu'il lisait, je voyais sa figure se composer et son maintien devenir respectueux. « Je ne vous ai pas montré ce papier hier au soir, lui « dis-je, quand il eut fini ; je croyais qu'un homme de bien
« cadres , œ sont des seUes , des brides , des fàsils et autres objets sem- • blables. » ( fltn., 1 , 66.) Comme on ne tue pas des cerfs à chaque instant, je ne crois pas mentir en disant que le luxe de leurs cornes a ^té plus d*one fois remplacé par de simples morceaux de bois.
<c n'avait pas besoin d'ordre pour donner un gîte passable « au voyageur qui se présente d'une manière honnête; je « suis bien aise de vous faire voir que celui que vous avez « fait coucher à votre porte, lorsque vous avez une maison (( aussi considérable, est un cavaïheiro honoré de la pro- « tection particulière de votreToi. » Et, comme je connaissais les affaires de mon hôte, j'ajoutai à ces paroles une m *nace qui devait lui être extrêmement sensible. Le pauvre homme resta pétrifié; il se confondit en excuses et m'offrit toute sa maison. Pour unique faveur, je lui demandai de mieux recevoir les étrangers à l'avenir, et je m'obstinai à payer les petites provisions que j'avais faites chez lui.
Les cultivateurs passent leur vie dans les fazendas, et ne vont au village que les jours où la messe est d'obligation. En les forçant à se réunir et à communiquer les uns avec les autres, l'accomplissement des devoirs de paroissien les empêche, peut-être plus que toute autre cause, de tomber dans un état voisin de la vie sauvage. Il faut le dire, cependant, l'utilité de ces voyages à la paroisse serait bien plus grande, si le cultivateur pouvait en rapporter quelque instruction morale et religieuse ; mais les ecclésiastiques, dans la province des Mines, ne s'occupent point à instruire les fidèles (1), et, trop souvent, ils les scandalisent par leur conduite irrégulière.
Dans les pays très-civilisés, l'absence d'un enseignement religieux et moral conduit à un grossier matérialisme; dans ceux qui ne le sont qu'imparfaitement, elle mène à la superstition. Ainsi les habitants de la contrée que je tâche
(1) Voyez ce que j*ai écrit sut le clergé de la provioce des Mines, dans mon Voyage dans les provinces de Bio de Janeiro, etc., vol. I , p. 167.
de faire coniiaitre ajoutent généralement foi aux sorciers et aux loups-garous , et beaucoup de gens vont jusqu'à traiter d'hérétiques ceux qui se refusent à cette croyance.
Je viens de dire combien il est utile pour les cultivateurs qu'ils aient l'occasion de se rassembler quelquefois et de communiquer les uns avec les autres; mais je dois ajouter que les avantages de leurs réunions dans les bourgades et les petites villes sont malheureusement compensés par les dangers qui les y attendent. La population permanente des villages est, en efiTet, ici comme dans le reste de la province des Mines, composée, en grande partie, d'hommes oisifs et de femmes de mauvaise vie , et sous les ranchos des plus humbles hameaux un libertinage honteux se montre quelquefois avec une effronterie dont on n'a pas d'exemple dans nos villes les plus corrompues.
Compagne des mauvaises mœurs, la fainéantise est une des principales plaies de cette contrée. Dans un espace de 60 lieues , je fis des efforts inutiles pour me procurer un tocador, et cependant il existe partout une foule d'hommes pauvres et sans occupation ! Ceux qui sont mariés plantent sur le terrain d'autrui, et se* résignent à travailler pendant quelques jours pour vivre sans rien faire tout le reste de l'année. Les célibataires , et c'est le plus grand nombre , vont d'une maison dans une autre; ils vivent aux dépens de leurs compères et de leurs commères, et s'engagent souvent dans des parties de chasse qui durent plusieurs mois ; il faut bien qu'ils se vêtent, mais le plus léger travail leur suffit pour monter leur garde-robe, qui se compose de deux chemises et d'autant de pantalons d'une^toile de coton grossière. Outre le bonheur d'être oisifs, ils trouvent , dans cette vie nomade et indépendante , un autre
ayantage, celui de se soustraire à toutes les charges publiques, en particulier au service militaire. Dans le désert , l'administration ne peut exercer aucune surveillance, les lois restent sans force , ei beaucoup de gens y viennent des autres parties de la province, soit pour échapper aux poursuites de la justice, soit uniquement pour jouir d'une liberté sans bornes (1).
(1) « DtD8 UD campo où Ton aviit formé deux petites habitations , « je ris , dit da Canha Mattos {Itin., 1 , 71) , ao grand nombre d'arbres « fruitiers qui me prouvèrent que Ton pourrait tirer parti des pays dé- « couverts pour la culture de ces arbres , s*il régnait moins de paresse
« au Brésil et principalement dans la province de Bfinas Geraes Tout
« vagabond {txidio) qui possède une guitare a son pain gagné sans avoir a besoin de travailler, et trouve toujours des gens qui veulent Tavoir « chez eux. » (/(tn., I, 71.) Ceux-là, du moins, amusent leurs hAtes : ce sont les ménestrels du désert; mais tout vadio n'a point une guitare , il faut d*abord travailler pour pouvoir Tacheter.