‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 12 sur 43 · CHAPITRE VHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHI

COMMENCEMENT DU VOYAGE DE S. Jolo D*EL REI AUX SOURCES DU S. FRANaSCO. — LES VILLAGES DE CON- GEIÇÂO ET D'oUVEIRA. — LA VILLE DE TAMANDUA.

Départ da Rancho do Rio das Mortes Peqneoo. — Surface du pays sitaé entre le Rio das Mortes PeqaeDo et la faxenda de Tanque; sa TégétatioQ. — La fazenda de Tanque. Clergé. — Le village de Conceiçào, — Pays situé entre ce village et la faienda du Capào das Flores. Pays situé entre cette habitation et celle du Capitio Pedro.-^ DescriptioD de cette dernière faxenda. Réception qu'on y fait à Tau» teur. Culture. — Le Quina do Campo (Cinchona ferruginea). Influence de la constitution minéralogique sur la nature de la végétation. RéfleiiOQS sur Fetploitation des mines de fer. — Faxenda das Vertentes do Jacaré, Puces pénétrantes. — Pays situé au delà de cette habitation. — Le village ^Oliveira. Un rancho. — La faxenda de Bom Jardim. Costume des campagnards peu aisés. Un rêve. — Morro de Comacho, Faxenda da Cachoeirinha. Son propriétaire , M. Joào Odintino m Ouveira. — La viUe de Tamandu:* ; sou histoire; ses habitants; sa population; ses rues, ses maisons, ses églises ; maladies qui y régnent le plus généralement. — Histoire d'un homme bien portant mordu par un chien enragé.— Celle d'un lépreux mordu d'abord par un chien enragé, puis par un serpent à sonnettes.

J'ai dit plus haut que je n'avais pu trouver un tocador dans les environs du Rio das Mortes Pequeno, et que le principal magistrat de S. Joâo m'avait donné, pour le mpît€io môr de la ville de Tamanduâ, une lettre où il l'invitait à m'en procurer un. Le bon alferes José Pereira da L y

Silva voulut bien , en attendant , mettre en réquisition un homme qui reçut Tordre de m* accompagner jusqu'à Tamanduâ. Il me l'amena le 19 mars au matin , et je partis , après avoir pris congé de mon h6te, le vieil Anjo, de sa fille Doua Rita et de Dona Isabel , sa compagne. Le vieil Anjo pleurait en m' embrassant , et tous m'exprimaient leurs regrets. Anjo avait près de soixante-dix ans; il était dans une activité continuelle; il parlait, il riait, il grondait toujours, mais il ne passait pas un instant sans donner des preuves de la bonté de son cœur.

Ce fut cependant avec un grand plaisir que je quittai ce Rio das Mortes, où j'avais éprouvé tant de chagrins et d'inquiétudes, et dont je ne pouvais même prononcer le nom sans une sorte de frémissement. Au commencement du voyage, j'étais encore plongé dans une mélancolie profonde ; les idées les plus tristes m'obsédaient ; la vie me paraissait un poids insupportable. Mais l'exercice auquel j'étais forcé de me livrer, le travail , la vue de nouveaux objets m'arrachèrent à moi-même; bientôt je repris des forces , et mon courage commença à renaître (1).

(1) Itinéraire approximatif du Rancho do Rio das Mortes, près S. Joio d'El Rei , à la Tille de TamaDdail :

Da Rancho do Rio das Mortes Peqneno

à Tanqne, habitation 3 legoas.

Capào das Flores, habitation. 31/2

Capitio Pedro, habitation 21/2

Fazenda das Vertentes do Jacaré, habitation. 3 1/2

Oliveira, yiUage 31/2

Bom Jardim , habitation 31^

Cachoeirinha, habitation 3

Tamanduâ, ville 2

24 1/2 legoas.

Je sniYîs quelque temps le vallon où coule le Rio das Mortes Pequeno. À peu de distance du Rancbo que je venais de quitter, je passai auprès d'une chapelle qui est du nombre des succursales de la paroisse de S. Joâo d'El Rei (4), et qui porte le nom de 5. Antonio dos Mortes ; peu après, je traversai une grande minière du geure de celles dites de gvpiara (â), et, ensuite, je montai sur un morne élevé appelé Morro da Lagoa Verde (le morne du lac vert).

La végétation avait été, jusque-là, celle des fonds dans les pays découverts; j'avais vu des arbrisseaux et de petits arbres d'un vert très-beau, mais un peu foncé. Sur le morne de Lagoa Yerde, je retrouvai les plantes ordinaires aux campas; des Graminées, quelques autres herbes, un petit nombre de sous-arbrisseaux parmi lesquels dominaient les Composées.

Depuis mon entrée dans les eampos, je n'avais vu nulle part des mornes aussi peu arrondis, des vallées aussi étroites et aussi profondes que dans le pays où je voyageai , entre Lagoa Verde et la fazenda de Tanque^ dont je parlerai bientôt ; et, par une conséquence naturelle de ce que j'ai dit ailleurs sur la coïncidence de la végétation avec la disposition du sol , je trouvai dans ce canton autant de bois que de pâturages.

Du sommet de quelques mornes on découvre une im-

(1) Piz., Mem. hUt., vm, segunda part., 126.

(2) Dans It r/Cinération de gupiarCt on se borne à mettre à nu la sorf«€e aurifère » en la disposant de manière à opérer sur place une partie do lavage. Ce sont des terrains inclinés que Ton exploite ainsi. (Voyez mon Voyage dans les provinces ée Rio de Janeiro, etc., I, 247, i52.)

mense étendue de pays. Il existe dans les fonds des pazendos assez considérables. Les minières sont très-multipliées, et , à r époque de mon voyage , plusieurs d'entre elles étaient encore en exploitation ; toutes appartiennent au genre de travail appelé gupiara : on les reconnatt aisément dans le lointain à la couleur rouge des terres que Ton a mises a nu.

La position de la fazenda de Tanque (réseryoir), où je fis halte le jour que je quittai le bon vieil Anjo, est extrêmement agréable. Cette habitation a été bâtie dans une large vallée qu'arrose ïe Rio das Mortes Grande. Des mornes peu élevés, couverts de bois et de pâturages^ dessinent la vallée ; un peu au-dessus de la fazenda y est un petit lac qui fournit de Feau è un moulin à sucre, et, du côté opposé, on a une échappée du Rio das Mortes.

Le propriétaire de Tanque était un prêtre. Dans ce pays, un grand nombre d'ecclésiastiques se bornent à. dire la messe, et font d'ailleurs toute autre chose qu'exercer les fonctions du ministère sacré. Rien n'est si commun que les prêtres fazendeiros ; le meilleur apothicaire de S. Joâo d'E3 Rei était un ecclésiastique qui^ lui-même, préparait et vendait ses drogues ; dahâ cette ville, à ce que me dit le curé, un autre prêtre débitait des étoffes à l'aune. Que peut-on attendre d'honunes qui professent aussi ostensiblement l'dubli de toutes les règles? et je passe sous silence de bien plus grands scandales.

lorsque , après avoir passé la nuit à Tanque, nous voulûmes partir, nous cherchâmes inutilement le tocador que m'avait procuré Yalferes José Perdra da Silva ; il avait pris la fiiite. A la vérité , cet homme me suivait en vertu d'un ordre de son supérieur ; mais je l'avais prévenu que je le

DU RIO DE S. FRANGIS€0. t33

payenûs sur le pied de 100 reis par jour (62 c), et il était, depuis longtemps, sans occupation comme sans salaire. Hais pourquoi ces hommes travailleraient-ils? ils trouvent partout des gens qui tes nourrissent sans rien faire. Force nous fiit de partir sans tocador.

Parvenu sur le sommet des collines qui dominent la vallée où est située la fazmda de Tanque, je découvris une immense étendue de pays montueut qui présente plus de bois que de pâturages. Je Gs une demi-lieue, et j'arrivai an village (arraial) de la Conceiçào (conception) (1).

Ce village feit partie de la paroisse de S. Joâo d'EI Rei et en est une succursale. Il doit sa fondation à For qu'on trouvait autrefois dans son voisinage, principalement sur les bords du Rio das Mortes. Les mines se sont épuisées , et les habitants un peu riches ont été s'établir ailleurs ; ceux qu'on voit encore' aujourd'hui à la Conceiçào sont presque tous des hommes de couleur que le passage de quelques caravanes empêche de mourir de faim , et des mulâtresses qui trafiquent de leurs charmes. Cette histoire est celle de la plupart des villages de la province de Minas Geraes.

Celui de la Conceiçào est bâti sur la croupe d'un morne peu élevé. Les maisons qui le composent, au nombre de cent environ, sont très-petites, basses, presque carrées, couvertes, les unes en tuiles, les autres en chaume, pour la plupart écartées les unes des autres. Jamais elles n'ont dû offrir beaucoup de commodités, et aujourd'hui qu'elles

(1) U De ftat pas confondre ce village, dont le yrai nom est A'OMa Senhara da Ckmceiçào da Barra, avec celui de la ConceiçSo de Mato deniro, àtaé entre Marianna et Villa do Principe (voyez mon Voyage dans les provinces de Uio de Janeiro ^ etc., I, 31). Cazal indique aussi un village de la Cooceiçao dans Ja province de Goyaz {Cor. Bras., l, 347).

tombent en ruine » elles ne présentent plus que T aspect de la misère et de l'abandon.

Au milieu de ces demeures si pauvres» on est étonné de voir une église fort grande pour le pays et très-bien entretenue. L'intérieur répond au dehors; il est bien éclairé et orné, nourseulement de dorures, mais encore de peintures très-supérieures à celles qu'on voyait, à cette époque, dans celles de nos églises de campagne dont on prenait le plus de soin. Il parait que Ton a, dans le pays, beaucoup de dévotion à la Vierge de Conceiçào, car il existe, dans son église, un grand nombre de petits tableaux qui représentent des guérisons opérées miraculeusement par son intercession.

Cette église n'est pas la seule qu'on voie dans le village de la tonceiçâo. Tout chétif qu'il est, il en possède encore une autre plus petite que la première. La manie de multiplier les églises a été générale dans la province des Mines, et elle l'était même encore à l'époque de mon voyage. Il eût été plus chrétien de former des associations pour améliorer le sort des nègres que l'on affïranchit quand ils ne peuvent plu§ pourvoir à leur subsistance, ou bien pour empêcher que tant de jeunes gens ne deviennent des vagabonds (vadios), et tant de jeunes filles des prostituées.

Malgré l'état de misère où est tombé le village de la Conceiçào, il jette de la variété dans le paysage, et y produit un effet très-agréable.

A une demi-lieue de ce village, près la fazenda de Barra (confluent)^ je retrouvai le Rio das Mortes Pequeno, qui, en cet endroit, comme je l'ai dit, se jette dans le Rio das Mortes Grande.

Depuis Barra jusqu'à la fazenda du Capào das Flores,

W Rio DE $. FRANCISCO. t35

dans ufie éCendiie d'euTiron 2 lieues et demie^ je ne tra- Tersai pins qu'an pays généralement boisé. Presque partout , cependant, les bois primitifs ont été coupés et se trouvent remplacés par des capoeiras ; ils le sont même quelquefois par cette grande Fougère (Pteris caudataex Mart., le Çamambaia des Mineiros) qui fait tant de mal et que je n'avais aperçue nulle part depuis ma sortie des grandes forêts (1). Avec elle, je vis en abondance un Panicum (n* 666) qu'on appelle pegapega (2), parce que ses soies s'attachent fort^nent aux corps qu'elles approchent, et que quelquefois même elles retiennent les petits oiseaux. Où croît la grande Fougère, la terre est d'un rouge foncé, comme dans le canton de Matro dento (3) et ailleurs, coïncidence qu'il est bon de noter.

Je traversai une immense eapoeira qui avait été brûlée par accident^ et où les troncs noircis des arbrisseaux s'élevaient encore aii milieu des grandes Fougères. Ifi système d'agriculture adopté dans la province des Mines et dans d'autres parties du Brésil rend, comme je l'ai dit ailleurs, ces incendies très-fréquents, et c'est encore là un des inconvénients qu'il présente.

Depuis que j'avais quitté le Rancho4o Rio das Mortes, je rencontrais fort peu de bestiaux. On en élève beaucoup

U) Cette foQgère s*empare des terrains qui ont été mis plusieurs fois en culture et eUe les rend inutiles (voyei mon Voyage dans les prerinces de Rio de Janeiro, etc., 1, 294).

(2) Pega est la troisième personne du présent du Terbe pegar, qui signifie i^ attacher,

(3) Par le canton de Mata denlro ( Fintérieur des bois) , ^entends le pays situé dans la région des forêts au delà de la ville de Marianna et où plusieurs villages ont été distingués par ce nom même de ifoto denirOy tels que S. Miguel de Mato dentro, Itabira de Matro dentro, etc.

136 YOYAGfi AUX SOUECfiS

moins dans ce canton que dans celui de Rio Grande, sans doute parce que les pAturages n*y ont pas une aussi grande étendue. Ils me semblèrent composés des mêmes plantes que les campos où j'avais passé, entre les bois vierges et S. Joâo d'EI Rei, mais elles sont ici plus grandes et plus serrées ; on m'assura que, lorsqu'on mettait le feu à ces pâturages, l'herbe était beaucoup plus longtemps à repousser que dans les environs du Rio Grande, où elle est plus fine, et c'est là un des obstacles qui s'opposent à la multiplication du bétail. Je dois dire encore que Ton ne trouve point ici le capim frechdy cette Graminée qui caractérise les meilleurs pâturages. C'est principalement à la culture de la canne à sucre que se livrent les fazendeiros de ce canton.

Après ayoir passé la nuit à la fazenda du Capào dos Flores (le bois des fleurs) , je suivis , pendant quelque temps , une vallée humide, où des bouquets de bois étaient jetés çà et là au milieu d'une herbe épaisse. Le soleil n'avait pas encore beaucoup de force; le ciel était du plus bel azur; les vapeurs qui s'échappaient de la vallée répandaient dans l'air une agréable fraîcheur ;^ un calme délicieux se répandit, pour quelques instants, dans tous mes seps, et je jouis encore des beautés de la nature.

Nous étions au 21 de mars, et, depuis le 26 de février, époque à laquelle la sécheresse avait cessé , il y avait eu presque tous les jours du tonnerre et de la pluie : les pâturages n'avaient plus cette teinte grisâtre qui fatiguait la vue; presque partout les campos s'étaient parés d'une verdure qui rappelait celle de nos champs de blé, peu de temps après que le grain a levé.

Entre le Capâo dàs Flores et la fazetida du Capilào Pc-

dro^ je parcourus , comme les jours précédents , un pays moDtueux , où les bois sont au moins aussi communs que les pâturages. Ce pays coupé n*a point la triste monotonie des immenses pâturages du Rio Grande, et cependant on a le plaisir d'y jouir aussi d'une vue fort étendue. Il est seulement à regretter que le paysage ne soit pas animé par des habitations. La veille j'en avais moins vu que le jour précédent , et , entre le Capâo das Flores et le Capitâo Pedro , je n*en vis qu'une seule, celle de iMrangeiras {les orangers).

Depuis que le pays était plus boisé , les sous-arbrisseaux étaient devenus plus communs dans les pâturages, principalement vers le bas des mornes. Là, au milieu d'une herbe du vert le plus beau , Ton voit en grande quantité un Bauhmia k tiges nombreuses , de 2 à 5 pieds , et à feuilles entières (253), une Salicariée (263), une Corymbifère (506), VHyptii (223), et une autre espèce du même genre, à fleurs bleues et è feuilles très-odorantes (505).

En me rendant à la fazenda du Capitâo Pedro , je vis dans un pâturage un de ces quadrupèdes que Ton appelle, dans le pays, cachorros do campo , et qui sont si redoutables pour les bétes à laine. José Marianno lui tira un coup de ftisti ; mais son arme n'était chargée qu'avec de la cendrée et l'animal ne fut que blessé. Il vint à moi ; malheureusement il passa trop vite pour que je pusse le bien observer. Il me parut avoir la grosseur d'un chien qui serait dune taille au-dessous de la moyenne; son museau était un peu allongé , ses oreilles petites et droites , sa queue fort longue et horizontale, son pelage d'un gris bleuâtre; il ne courait pas, mais il fuyait en bondissant avec légèreté (i).

(1) M. le professeur Gervais pense que cet animal est le Canis campe$lri$ de M. le prince de Neuwied.

Du Capâo das Flores , je n'allai que jusqu'à la fazenda du Capitao Pedro^ qui en est éloignée de 2 lieues et demie. Cette fazenda , comme toutes les autres , est située dans un fond; les bAtiments qui en dépendent sont considérables , mais la maison du maître a été aussi négligée que dans toutes les habitations que j'avais vues depuis nion entrée dans la comarca de S. Joâo.

Lorsque je me présentai, on m'indiqua pour logement une écurie obscure et remplie de fumier. Je ne fis aucune plainte, tant que mes malles ne furent point déchargées ; mais , lorsque je fus armé de ma portaria , je dis au mattre de la maison que je serais désolé de l'incommoder, que cependant je le priais de vouloir bien m' accorder un gtte plus convenable. La lecture de la portaria produisit l'effet d'un talisman; on devint d'une politesse extrême, on fit placer mes effets sous la varanda , on me donna un lit ^ et l'on empêcha Firmiano, que, depuis longtemps, j'avais promu au grade de cuisinier, de mettre le chattdron au fm(i).

La fazenda du Capitâo Pedro a S lieues d'étendue ; on y cultive le maïs , les haricots , le riz , et l'on y élève des bêtes à cornes et des pourceaux. La position de cette propriété entre S. Joâo d'El Rei , la ville de S. José, le village d'CHiveira , la ville de Tamandué et le village de Formiga , assure le débit de toutes les productions du sol. Année commune, le maïs rend ici , dans les bonnes terres, 160 pour 4 . On cultive aussi un peu de coton dans les alentours du Capitâo Pedro; mais les terres fortes et rouges du pays conviennent peu à ce végétal , et on est obligé de sarcler

(1) Ost Teipression consacrée pour dire faire la cuisine.

trois OU quatre fois la terre où on te plante. Cest la canne à sucre qui parait réussir le mieux dans tonte la contrée que j'avais parcourue depuis le Rio das Mortes.

Un peu avant d'arriver à la fazenda du Capitâo Pedro, j'avais vu en abondance y sur une c6te , au milieu des pâturages , ce petit Quinquina à fleurs odorantes et à feuilles couleur de rouille (Ctnchona ferruginea, ASH.), qui crott en si grande quantité près de Villa Rica, Itabira de Mato dentro, etc. (4), et que je n'avais pas encore retrouvé depuis mon premier voyage. C'est dans les terrains ferrugineux que je l'avais observé alors, et , quand je fus arrivé i la fazenda du Capitâo Pedro, j'appris qu'il y avait, auprès de cette habitation , une mine de fer dans un morne appelé Morro do Palmital (morne du champ planté de palmiers). Une coïncidence si souvent répétée doit faire con-

(1) Sous le Dom de Remija, FiUastre de Candolle ^ séparé cette plante da genre Cinchona(ProdT., IV, 3^7), parce que, dit-il , la déhiscence D'est pas seulement septicide , mais que la feuille earpellaire se fend plus on moins dans son milieu. Si , comme je Fai montré ailleurs (Morphologie végétale t 714), ce faible caractère suffisait pour rétablissement d*un genre, il faudrait > pour peu qu'on voulût être conséquent , en faire vu du Verotiiea Anagalliê , chez lequel nous le trourons également. M. de HumboMt avait cru^anciennementqn'il ne croissait pas de puinquinas dans la partie orientale de l'Amérique du Sud ; puis il reconnut , après la découverte des Cinchona ferruginea, Remijiana eiVelloxii (Rapport verbal fait à F Académie des sciences sur un ouvrage de M. Auguste Saint- Hilaire, intitulé Plantes Uêuellèi des BrasiHeni, dans les Annales des sciences dP Orléans , VI, 168), qu'il en existe trois espèces au Brésil (peut-être de simples variétés d'une seule espèce) ; et , à présent, fl n'y en aurait plus à Fcst de FAmérique, parce que, avec les propriétés des Cinchona, leurs caractères et, en particulier, leur déhiscence, les plantes que je viens de nommer présentent, dit-on, une fente dans le milieu de leurs valves ! Si Fon devait admettre de tels principes, il faut convenir que les détails de la géographie botanique reposeraient sur des bases bien peu solides. Mais il y a plus : c'est tout simplement une faute d'impres-

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sidérer, ce me semble, la plante dont il s'agit comme l'indication de la présence du fer; ce qui prouve que la constitution minéralogique d'un terrain n'est pas toujours sans influence sur la nature de la végétation.

Quoi qu'il en soit, le propriétaire de la fazenda du Capitâo Pedro avait établi chez lui un petit fourneau de forge, où il fondait , pour l'usage de sa maison , le minerai du Morro do Palmital; mais il se plaignait de ne pouvoir faire que de l'acier. H paratt que, en général, le fer brut a au Brésil beaucoup de tendance è se changer en acier. Aux forges de Prata, où je passai, en 1818, on cherchait à remédier à cet inconvénient, en n'employant dans les fourneaux que les plus gros morceaux de charbon, et peut-être parviendra-t-on à y remédier dans tout ce pays , lorsque ses habitants connattront mieux l'art de fondre le fer. Il y a quelques années, le gouvernement du Brésil envoya en France un grand nombre de jeunes gens , en leur donnant l'ordre d'acquérir de la science; comment se fait-il qu'il

sioa on de copie qui changerait ainsi nos idées sur la distribution géographique des Quinquinas. En effet, après le passage où je dis, du fruit du Cinchona femAginea, dans nies Plantes usuelles des Brasiliens, n* U , que la capsule s'ouvre en deux valves par le milieu de la cloison , passage qui indique le plus clairemept possible unedéhiscence septicide, ce qui est entièrement confirmé un peu plus loin ( page 5), on lit , entre deux parenthèses, ces mots {déhiscence loculieide), qui, bien éyidemmcnt, sont le résultat d'une distraction ou d'une erreur de plume. Forcé de travailler très-rapidement , M. de Candolle n'a sans doute vu, dans ma description , que ces mots erronés , car il les répète dans la sienne en me citant , et c'est là ce qui l'a engagé à constituer le genre Remija. M. George Bentham a déjà reconnu, avec sagacité, l'erreur dans laqueUe est tombé l'auteur du Prodromus {Joum. bol., UI, 215), et de ses observations, ainsi que des miennes, il résulte que le genre Remija, fondé sur une méprise, ne saurait être admis par les botanistes.

D'aît pas imposé à quelques-uns d'entre eux T obligation d'étudier Texploitation des mines et la métallurgie? L'administration de la province de Minas Geraes, pays où l'on trouve à peu près tous les métaux , a entretenu deux jeunes gens à Paris; on croira. sans doute que l'on a fait cette dépense pour que ces jeunes gens apprissent è tirer, des richesses de leur patrie, le meilleur parti possible; tel n'a point été le but de leur long voyage; ils sont venus, m'a-t-on dit, de Minas à Paris, pour apprendre à arpenter.

Entre le Capitâo Pedro et la Fazenda dos Vertentes do' Jaearé, je parcourus un pays à peu près semblable à celui où j'avais voyagé la veille, mais peut-être moins boisé. Dans toute la journée, je ne vis que trois habitations, dont deux peu importantes, et je ne rencontrai qu'une seule personne : è mesure que je m'éloignais de S. Joào d'El Kei, le pays devenait plus désert.

La Fcaenda dos Vertentes do Jacaré (habitation des sources du Jacaré) (1) , où je fis halte , est située, suivant la coutume, dans un fond, près d'un ruiseau; dç tous côtés, elle est entourée de collines couvertes de pâturages et de bois , et elle présente l'image d'une profonde solitude.

On m'avait d*abord donné, dans cette faxenda , une chambre basse et obscure, dont je m'étais contenté; mais, à peine y étais-je établi que, moi et mes gens , nous eûmes les jambes et les pieds couverts de chiques (pulex pênetrans). Je demandai un autre local, et on me logea dans la varanda; mais je n'y fus pas mieux. Tandis que j'écri-

(n A proprement parler, le mot vertentes signifie versants; mais il est érident qae, au Brésil ou , dn moins, dans quelques parties du Brésil , on lui donne la signification que nous donnons k noire mot saurees.

vais, je sentais, à chaque instant, de nouvelles piqûres, et j'étais obligé de regarder mes pieds pour en arracher les chiques qui cherchaient à s'y enfoncer. Nulle part je n'en avais encore vu un si grand nombre. Il est difficile de croire que, avec des soins et de la propreté, on ne fftt point parvenu à empêcher ces insectes de multiplier d'une manière aussi effroyable.

Entre la Fazenda das Yertentes do Jacaré et le village d'Oliveira, qui en est éloigné de 3 lieues et demie, le pays montueux, coupé de bois et de pAturages, présente de vastes solitudes; là je ne rencontrai pas un seul voyageur, je n'aperçus point de bestiaux, je ne vis que deux habitations. Tune sur le bord du chemin et l'autre dans le lointain. La veille, j'avais beaucoup monté; ce jour-là, je descendis tout à coup d'une manière très-sensible. Peu après, je traversai , sur un pont en bois fort mauvais , comme le sont tous ceux de ce pays, la rivière de Jacariy qui prend sa source à la fazenda où j'avais passé la nuit et à laquelle elle donné son nom (Fazenda da$ Vertentes do Jacaré). J'avais monté pour parvenir à la source de cette rivière, puis j'avais descendu pour me retrouver sur ses bords. Immédiatement avant d'arriver au village d'Oliveira , je suivis un vallon assez agréable, d'où l'on a une échappée du village et où l'on voit déjà quelques maisonnettes.

A Oliveira, je me trouvai encore une fois confondu, sous un sale rancho , avec des trapeiros de toutes les couleurs. Dans tous les coins étaient des sacs de coton amoncelés, et des bâts couchés sur le côté les uns dans les autres. Deux ou trois feux allumés dans le rancho servaient à faire cuire le souper des muletiers. Une douzaine de personnes m'entouraient et s'extasiaient sur la patience de José Mariaono,

hU RIO DE S. FRANCISCO. 143

occupé i préparer des animaui. Les Mioeiros ont une antipathie remarquable pour les voyages par mer; mais, en revanche, ils aiment à voyager par terre. La liberté dont on jouit dans les ranchos plait surtout aux jeunes gens ; après une journée fatigante , ils savourent le repos nonchalamment étendus sur un cuir et occupés à jouer de la guitare ou à raconter leurs aventures.

Oliveira ou Nossa Senhora da OUveira (Notre-Dame de Tolivier), où je passai la nuit, est une des succursales de S. José, petite ville située, comme je Tai dit ailleurs, à 2 lieues de S. Joâo d'EI Rei (1). Ce village est du petit nombre de ceux qui ne doivent pas leur fondation à la présence de l'or ; il est uniquement redevable de son existence aux avantages de sa position. En effet, plusieurs routes importantes passent par ce point ; celle qui va de Barbacena au village de Formiga, celle du canton de Rio Grande à la fille de Pitangui, de Rio de Janeiro et de S. Joâo d*EI Rei à Goyaz, de Yilla da Campanha à Formiga, etc.

Le village d' Oliveira est situé, au milieu des mornes, sur la croupe d'une colline dont le sommet est très-aplati. Il se compose de deux rues dont la principale est fort large. La plupart des maisons qui la bordent n'ont que le rez-dechaussée, mais elles sont assez grandes pour le pays et couvertes en tuiles. En général , on a eu soin de les blanchir, et elles ont des portes et des fenêtres peintes en jaune avec une bordure rose, ce qui, au milieu des murailles blanches, produit un effet assez agréable (2). Une grande partie

(1) Piz., Mem. Mit., Vra, segunda part., 120 — Voyage dans le district des IHamanU, 1 , 263.

(2) Les maisons d'Oliveira ne sont point des palais ; mai:» on voit pourtant , d'après ce que je dis ici , qu'elles ne méritent pas le nom de

144 VOYAOE AUX SOURCES

de ces maisons, et même les plus jolies, ne sont habitées que le dimanche ; elles appartiennent à des propriétaires qui passent leur vie dans leurs fazendas et ne vont au village que les jours où la messe est d'obligation.

Oliveira possède deux églises dont la principale a été bâtie sur le sommet de la colline, au milieu de la grande rue, et à égale distance des deux rangs de maisons; elle est assez jolie dans Tintérieur. On a employé, pour Torner, une pierre d'un beau vert-pomme que le minéralogiste Pohl dit être du talc endurci (1).

On voit à Oliveira plusieurs boutiques tf étoffes et de mercerie qui sont très-bien garnies, des tavernes, une pharmacie et deux auberges dont chacune a un rancho. On y trouve aussi des tailleurs, des cordonniers, des serruriers, etc.

Je quittai bientôt ce village, et, jusqu'à la fazenda de Bom Jardim, je traversai encore un pays montueux, coupé de bois et de pâturages. Dans un espace de 3 lieues et demie, jusqu'à Bom Jardim, je ne rencontrai absolument personne, je n'aperçus point de bestiaux dans les pâturages ; je ne vis que deux chaumières et une fazenda assez importante d'où dépendait une sucrerie.

Je fis halte k Bom Jardim (bon jardin), sous un rancko ouvert de tous les côtés oà le vent nous incommodait beau* coup. Le mattre de la maison et plusieurs autres cultivateurs se réunirent autour de tnoi pendant que je travaillais.

huttes que leur donne le docteur Poh|. Je ne suis pas non plus d*accord avec ce voyageur, ni avec d'Esclrwege , sur le nombre des rues tfOliveira , car ils disent qu'il n'y en a qu'une dans ce village.

(1) Portai, Kanfel, Altarstâeke fand ich aus apfélgruneo verharietem TaUi {ReUe, I).

Tous étaient des blancs ; mais ils iie ressemblaient guère aux colons des comarcas de Sabaré, de Villa Rica , du Serro do Frio; par leurs manières, ils différaient peu de nos paysans français. Comme tous ceux des campagnards de cette contrée qui ont peu d'aisance, ils ne portaient qu'un caleçon de coton et une chemise dont les pans flottaient par-dessus le caleçon ; leurs jambes et leurs pieds étaient nus ; un large chapeau rond ombrageait leur tête, et, suivant F usage des Mineiros, ils portaient suspendus à leur cou un rosaire qui ne sert que d'ornement.

Auprès du rancho de Bom Jardim, où avait été placé mon bagage, se trouvait une petite chaumière abandonnée qui, de toute part, tombait en ruine ; ce fut là que je fis mettre mon lit pour éviter le froid qui , sur le soir, était assez vif. Malgré cette précaution, la température devint tellement basse, pendant la nuit, qu'il me fut presque impossible de dormir. Je rêvai que j'étais, à Noël, au chAteau de la Touche , près Orléans , où j'ai passé les jours les plus heureux de mon enfance (1). Mon père et ma mère s'étonnaient de me voir autant vieilli ; ce sont bien moins les anné^ qui en sont la cause que ceci , leur dis-je en mettant la main sur ma tète ; puis, à demi éveillé, je me repentis de n'avoir pas également porté ma main sur mon cœur ;

-1) Le château de la Touche appartenait à M. et à M"' d'Alotuie , non oncle et ma tante, qui , tons les deux , étaient adorés de leurs paysans. Quoique ancien seigneur, M. d*Alonne était encore maire à Tépoque de la terreur ; on le mit en prison pour n*ayoir pas dénoncé un malheureux éclusier qui paya de sa tète un propos imprudent, et presque toute sa commune fut appelée en témoignage : il ne s'éleva pas contre hti une seule voix ; on Facquitta , et le peuple , qui , au milieu de ses cnieUes erreurs , était pourtant bien aise de trouver des innocents , le porta en triomphe.

enfin je revins entièrement à moi-même, et je me retrouvai bien tristement dans mon misérable gite.

Je le quittai bientôt pour me rendre à Cachoeirinba, rhabitation du captlào môr de Tamandué> pour lequel j'avais, comme je Tai dit, une lettre de recommandation.

Le pays que je parcourus, avant d'arriver à ceîte habitation, est un pays plus montagneux que celui où j'avais voyagé les jours précédents ; les vallées y sont plus profondes, en même temps les bois s'étendent davantage, et, en général , on ne voit guère de campas que tout à fait sur le sommet des mornes. Celui de ces derniers qui domine la petite rivière de Comacho est le plus élevé de tous ; là, un vaste horizon s'ofirità mes regards, ei je trouvai quelques plantes que je n'avais point encore rencontrées depuis le conunencement de ce voyage.

A peu de distance du Morro de Comacho (le morne de Comacho) (1) est, dans un fond, une espèce de petit hameau appelé Curral (enclos pour le bétail], qui se compose d'une demi-doutaine de maisonnettes bAties auprès d'une fazenda de quelque importance. De cet endroit jusqu'à Cachoeirinha (petite cascade), il n'y a qu'Une demi4ieue.

J'ai déjà donné des détails sur cette dernière habitation dont le propriétaire, M. Joâo Quintino de Oliveira, oapitâo môr de Tamanduà, m'accueillit d'une manière parfaite. H n'en était pas de sa table comme de son logement (v. plus haut, p. 123). Elle était servie avec abondance, et, dans tous les pays, elle aurait passé pour très-bonne. On mettait devant chaque convive un carafon d'excellent vin de Porto,

(1) Ce Bom Tiendrait-il des mots guaranis coma, seins, et chwi, diese aiguë?

et , ce qui peut être cité comme une merveille, on y ajoutait un petit pain très-savoureux. Le maître de la maison faisait les honneurs de chez lui avec beaucoup de bonté, sans aucune affectation, et il était bien secondé par son aumônier.

A l'instant même de mon arrivée à Cachoeirinha, j'avais fait part à M. Joâo Quintino du désir que j'avais de trouver un tocadùr. Pour m'en procurer un, il avait, sur-le-champ, écrit à Tamanduà, qui est situé à 2 lieues de son habitation ; mais le tocador ne se présenta que le surlendemain. (Tétait un esclave pour lequel on demandait, par mois, 6,000 reîs (37 f. 50 c). Ne payant que 7,209 reis (45 fr.) à José Marianno, je ne voulus point consentir à accorder un prix aussi élevé. Je partis donc sans tocador; mais mon hôte me remit, pour le commandant (1) du village de Formiga, une lettre dans laquelle il lui donnait Tordre de me faire accompagner jusqu'à Piumhy par un pédestre (2).

J'avais été si bien traité dans la maison du capitào môr, il avait eu pour moi tant d'égards que je ne pus le quitter sans attendrissement. Cet homme portait sur sa figure l'empreinte de la bonté, et avait su se concilier l'estime de tout son voisinage.

Avant que je prisse congé du capitào môr, José Marianno était parti avec tout le reste de la caravane, et devait m'at-

(1) tes commandants {comandanteê) sont Dommés par les capUàes mbreê ; leun fooctioas (1816-1822) oot quelque chose d'aualogue à celles de 108 maires ; mais ils u'oot d'autorité que sur les hommes qui ne font poiot partie des gardes nationales {milicias). {Voyage dans lei provinces de Rio de Janeiro, etc., 1 , 374.)

(2) Les pédestres, comme je Fai dit aiUeurs, forment (1816-1822) une milice d'iin ordre inférieur.

tendre à S lieues de Cachoeirinha, dans la fazenda d'un nommé Marcos. Quant à moi , je m'étais dirigé vers TamanduÂ, accompagné de l'avocat de cette ville, du chirurgien et de Tadjudant du capitào môr, qui étaient venus passer deux jours à Cachoeirinha. Pendant tout le temps que je m'étais trouvé avec ces bonnes gens, la conversation avait presque toujours roulé sur la France ; les Mineiros ne pouvaient pas se rassasier d'entendre parler de NapoléoD Bonaparte et de l'histoire tragique de notre révolution.

Tamandué, où j'arrivai bientôt, doit ses premiers fondements à des criminels qui vinrent , il y a une centaine d'années (écrit en 1819], chercher un asile au milieu des bois dont ce pays est couvert. Ces hommes ayant tué un fourmilier dans le lieu où ils s'étaient fixés, donnèrent à ce lieu le nom de Tamandm (1) qui , en portugais comme eo guarani, désigne le mangeur de fourmis (2). On trouva de l'or dans cet endroit ; la population du village de Tamandu& devint plus considérable, et il fut érigé en ville, en l'année 1791 , sous le gouvernement de Luiz Antonio Furtado db Mendonça, vicomte de BarBacena, capitaine général de la province de Minas (3).

On voit encore autour de Tamanduà des minières considérables qui , aujourd'hui , sont entièrement abandonnées ; elles ont fourni beaucoup d'or, mais il fut dissipé par ceux

(1) EscHw., Br€U, Neue WeU, I, 29.

(2) Ant. Rdiz de MoNTOTi, Te$. g%Mr,y 353 bis, ^ Les Brésiliens dis» tinguent deux espèces de tamanduà ; le tamanduà bandeira , qui est le tamanoir (Myrmecophaga jubata, L.), et le tamanduà mirim, qqi est le tamanduà des Français {Myrmecophaga tetradactyla, h,; M. tamanduà, Cnv.).

(3) Piz., Mem. Mit., vni, segonda part., 56.

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qui Favaient recueilli, et leurs enfants demandent actuellement (1819) Taumâne, triste exemple des suites de la minération et de l'imprévoyance trop naturelle aux Mineiros.

Les habitants actuels de Tamandué sont des cultivateurs qui n'y viennent que les dimanches et les jours de fête, quelques marchands, des ouvriers et des hommes pauvres qui, profitant de Tabondance dont on jouit dans cette contrée, vont manger tantôt chez Tun, tantôt chez Vautre, et passent leur vie dans l'oisiveté.

Chef-lieu d'un termo et d'une paroisse, Tamanduà est administré par des juges ordinaire^. Sa population s'élève (4849) à environ 1,000 âmes ; celle du ressort de l'église paroissiale, qui s'étend dans un rayon de plus de 2 lieues, monte à 3,000 ; enfin celle de tout le termo s'élève à 24 ou 25,000 (1), et il y a, selon Pizarro, 30 lieues du nord au sud, sur 16 de l'est à l'ouest (2). Le nombre des habitants de ce pays a beaucoup augmenté depuis que l'agriculture et l'éducation du bétail ont pris de l'accroissement.

Le tabac est une des plantes que l'on cultive le plus autour de Tamanduà. Les environs de cette ville en eiporte^nt une quantité assez considérable.

On compte 36 lieues de Tamanduà jusqu'à Villa Rica, 24 jusqu'à S. Joâo d'EI Rei, 32 jusqu'à Sabarà (3). Cette

(1) Pizarro ( ^ r.) ne fait monter la popolatioa du termo de Tamandoâ qu'à 18,765 individus. Suivant Eschwege , celle de toute la paroisse s*élevait à 20,000 habitants ; mais cet écrivain a bien certainement pris la paroisse pour le termo. Quant je donne 3,000 Ames au ressort de la paroisse , il est clair ((u'il ne peut être question que de cette dernière , indépendamment de ses succursales.

(2) i/fjw. Mit., VIU, segunda part., 195.

(3) Selon Cazal (Corog., 1, 379), il y aurait 25 legoas de Villa Rica à

ville, située dans un fond , est entourée de mornes assez élevés, couverts de bois (1). Ses rues n'offrent aucune régularité ; elles montent et descendent et sont embarrassées par des pierres ; ses maisons, dont quelques-unes ont une assez jolie apparence, sont, en général , écartées les unes des autres et séparées par des murs de jardin ; mais, lorsqu'on jette les yeux sur la ville d'un point assez élevé, il résulte, des irrégularités qu'elle présente, un effet agréable pour le paysage. Kon-seulement par la blancheur des murs de ses maisons et la couleur des tuiles qui couvrent les toits, la ville contraste, dans son ensemble, avec le vert sombre des bois qu'on découvre de tous cAtés ; , mais un contraste de même genre résulte, en particulier, de la position de chaque maison, qui semble jetée au milieu d'une masse de verdure formée par les Bananiers et les Orangers dont les jardins sont remplis.

Tamanduà possède trois églises ; S. François de PaUle,

TamandoÂ, 15 de S. Joâo d*El Rei à la. même Tille , et 20 de SabarA. Pizarro admet les mêmes distances pour SabarA et S. Joio d*El Rei ; mais il place Villa Rica A 36 legocu de Tamandaâ, et Marianna h 56. Quoi qu*il en soit de tontes les antres évaluations , il y a bien certainement erreur dans Tune des dernières; car Marianna n*est, conune Ton sait,qa*A 2 lieues de ViUa Rica.

,{i) On a dit A M. Luccock que TamanduA était situé sur une hauteur {Sotes on Braz.f 482), au pied de laquelle coulait la rivière de Llambary, Fun des affluents du S. Francisco ; et cet écrivain ajoute que le nom de cette rivière tend h prouver que le Llama ( lama) a autrefois existé au Brésil. On va voir ce qvCil faut penser de ces assertions : TamanduéVest pas un village ; il se trouve dans un fond et non sur une hauteur ; il est placé, d'après la carte générale de Martins, et A peu près comme le dit Cazal {Corùg., 1 , 379), entre deUi petits ruisseaux qui seraient les premiers conmiencements du Lambary ; enfin ce nom, qui n'est point Llambary, a si peu de rapports avec le lama , que c'est tout simplement celui d'un Irès-pctit poisson.

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r église paroissiale, dédiée k saint Benoit , celle du Rcftalre , et, en entre, deux petites chapelles ; mais aucun de ces édifices ne mérite d'être dté.

D'après ce. que me dit le chirurgien de cette ville, Thydropisie est encore la maladie dont on meurt le plus ordinairement dans ce canton, et Féléphantiasis (morfea) n'y est pas rare.

Je ne puis m' empêcher de rapporter ici deux faits que je tiens du même chirurgien. Le premier s'était passé à Tamanduà, et me fut raconté devant plusieurs personnes qui ne le démentirent point. Un chien que l'on regardait comme enragé mordit plusieurs individus , mais tous en furent quittes pour les douleurs que leur causa la blessure. Un d* entre eux avait fait réciter des prières par un prêtre et crut leur devoir sa guérison. Quelque temps après, il alla voir le curé et lui raconta ce qui lui était arrivé. A votre place, lui dit cet ecclésiastique, je ne me considérerais point comme guéri, et, sans aucun délai, je ferais des remèdes. L'homme se retira pénétré de terreur ; le jour même, ou le lendemain , il eut une attaque d'hydrophobie et il mourut de cette maladie affreuse.

Le second fait s'est passé à Caeté, où le chirurgien de Tamanduà était alors. Un homme atteint de la morfea fut mordu par un chien enragé ; les plus tristes symptômes se déclarèrent, et on enferma le malade dans une petite chambre. Sa femme, étant allé lui porter de la nourriture, fut effrayée de l'état où il était, elle prit la fuite, et la porte de la chambre resta ouverte. Le malade s'échappa et se mit à courir dans la campagne ; cependant, quelques heures après, on le vit revenir parfaitement calme, disant qu'il avajt été mordu par un serpent à sonnettes et demandant un prêtre.

n se confessa dans la pleine jouissance de sa raison. On lui donna pour remède de l'alcali volatil ; il fut guéri de la morsure du serpent, tous les symptômes d'hydrophobie cessèrent, et, peu de temps après, Téléphantiasis avait entièrement disparu (1).

(1) G*est une opinioD généralement répandue dans plusieurs parties de TAmérique, dit M. le docteur Sigaud (voyez Timportant ouvrage intitulé Du climat el des maladies du Brésil , p. 387 et suiv.), que la morsure du serpent à sonnettes guérit la lèpr« et ne tue point le malade. Des faits racontés par plusieurs personnes décidèrent, dans ces derniers temps , un lépreux nommé Marianno José Machado à se faire mordre , à Rio de Janeiro, par un serpent à sonnettes ; mais, ajoute le même savant , il succomba au bout de vingt-quatre beures, après d'affreuses souffrances. Cependant M. Sigaud croit pouvoir conclure , des symptômes qui se manifestèrent chez l'infortuné Machado, que l'action du venin modifie la peau d'une manière spéciale , et qu'on doit espérer les résultats les plus heureux d'une inoculation conduite avec sagesse.

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