‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 14 sur 43 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA SERRA DA CAKASTRA ET LA CASCADE APPELÉE CACHOEIRA DA CASCA D'aNTA, SOURCE DU RIO DE S. FRAIfClSCO.

A quelle diatiie de montagnes se rattache la Serra da (kmailra, — L*aotear part aree José Bfarianno poor la risiter. — Pays sitaé au delii de Joio Dias. — Chaoïnières. Réponse 4n propriétaire de Tune d*eUes. — Le côté oriental de la montagne. — Défilé entre le côté méridional el la Serra do Rio Grande, — Description du côté méridional. — La cascade appelée Cachoeira da Caeca d'Anta, origine du Rio de S. Francisco. — La chaumière de FelUberto ; réception quMl fait à Fauteur ; portrait de cet homme. — L*auteur se rend au pied de la cascade. Description de cette dernière. — L'auteur se met en route pour retronYer sa cararane. — Chaumières Toi^ines de la Cachoeira da Casca d*Anta. Faibles ressources des habitants de ces chaumières. Leurs plaintes. Éloignement de Téglise paroissiale ; difficulté des enterrements. — Pays situé an delà de Joio Dias. Chars chargés de denrées. — Paxenda do Geraldo, — L*autear part a?ec Firmiano pour monter sur ta Serra da Canastra. — Le flanc de la montagne ; charmante cascade. Sommet ou chapadâo. Étendue. — L'auteur se met en route pour Araiû ; il tourne la Serra da Canastra. Cascade. — La Faxenda de Uanoel AnUmio SimSe$. — La cascade appelée Cachoeira do Roliim. Une autre cascade. — Pays situé entre Bfanoel Antonio Simôes et la fazenda de PaiolQueimado.

En m' éloignant du Rio das Mortes Pequeno^ je m'étais , comme on Fa vu, dirigé à peu près vers F ouest-quart-nordouest, suivant toujours une croupe élevée d'où naissent, du cAté du nord , les premiers affluents du S. Francisco , et, du

180 VOYAGE ADX SOURCES

cAté du sud , ceux du Rio Grande (i ] . Cest cette croupe qui borne, au midi , le vaste bassin du S. Francisco et de ses affluents, bassin formé, à Test, par la Serra do Espinbaço, et, à l'ouest, par une autre chaîne dont j'ai parlé ailleurs (2). Cette dernière divise, en partie, les eaux du nord du Brésil de celles du sud; elle forme une portion de Timmense système de montagnes que d'Eschwege a nommé Serra dos Vertentes, et a été appelé par moi , comme je Texpliquerai bientôt, Serra do S. Francisco e da Paranahyba.

Déjà, avant d'arriver à Formiga, j'avais aperçu, à l'horizon, la Serra da Canastra. Cette montagne, qui , semblable à un immense coffre, présente, dans le lointain, sa masse imposante, parait alors isolée , mais il n'en est réellement pas ainsi. Elle fait partie de la Serra das Vertentes, c'est-àdire, comme on l'a vu tout à l'heure, de ce plateau élevé ou cette chaîne qui, du côté de l'ouest, borde le bassin du S. Francisco.

Plus tard, j' aurai ocx^asion de parler de cette même chaîne ; ici je m'occuperai uniquement de la Serra da Canastra.

Depuis longtemps je savais confusément qu'il existait dans cette montagne ou dans son voisinage une cascade fort remarquable, mais personne n'avait pu me donner, à cet égard, aucun renseignement bien précis. Voulant visiter la cascade, je laissai à la fazenda de Joâo Dias Firmiano et Laruotte avec tout mon bagage et n'emmenai (9 ayfil) avec moi que José Marianne. Je partis persuadé que j'avais

(1) Je o*ai point vu la Serra Negra qui, seloD Gazai (Corog Bra%., I , 374 , 382), sépare , dans une grande étendue , la comarca de Sabarà de celle du Rio das Mortes ; mais il est évident qu'elle fait partie du plateau dont il s'agit ici , que peut-être elle le commence du côté de Test.

y^) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., I, 69.

à peine 3 lieues à faire pour arriver à la cascade et qu'elle tombait des montagnes voisines de la Serra.

A mesure que nous nous éloignions de la fazenda de Joâo Dias, le pays devenait plus montagneux, offrant toujours des bois dans les fonds et des pâturages sur les hauteurs.

Cependant nous avions déjà fait beaucoup plus de 3 lieues, et nous n'avions pas encore aperçu de maisons, quoiqu'on nous en eût annoncé plusieurs : aucun voyageur; point de bestiaux ; une belle solitude, mais une solitude profonde.

A notre grande satisfaction, nous rencontrâmes enfin une négresse à qui nous demandâmes le chemin, et j'appris, avec autant de surprise que de plaisir, que nous ne nous étions pas égarés un seul instant. José Mariannô savait saisir le moindre indice, il en tirait les conclusions les plus justes, et possédait Tart de se conduire avec sûreté dans un pays où un autre se serait égaré mille fois. Nous sûmes par la négresse que , quoique nous eussions fait beaucoup' de chemin, nous étions^ encore bien loin de la cascade.

Alors nous avions déjà passé plusieurs ruisseaux d'une limpidité que rien n'égale, entre autres ceux appelés Ribeirào da Prata (torrent d'argent), Riheirao da Capimvara (torrent du capybara), et , dans le reste de la journée, Dous en traversâmes encore d'autres, qui tous se joignent au Rio de S. Francisco.

A mesure que nous avancions, nous découvrions mieux la Serra da Canastra. Vu de plus près, son sommet cesse de présenter la même régularité; cependant il est bien loin d'offrir aucune de ces anfractuosités que l'on observe communément dans les grandes cbaines de montagnes.

Nous avions fait environ 4 lieues, quand nous aperçûmes

les premières chaumières, mais elles étaient un peu éloignées du chemin. Plus loin, nous en vîmes une sur le bord même de la route ; nous nous y arrêtâmes un instant, et l'on nous dit , comme la négresse à laquelle nous nous étions adressés en premier lieu, que nous étions encore à une très-grande distance de la cascade.

Je demandai au propriétaire de la chaumière comment il pouvait vivre dans une telle solitude. Je n'aime pas le bruit, me répondit-il ; mais je ne suis pas seul, puisque j'ai avec moi ma femme et mes enfants, et, excepté le sel , ma terre produit avec abondance tout ce dont j'ai besoin.

Jusqu'alors nous avions toujours eu devant nous le câté oriental de la montagne. Ce côté oflFre une pente plus ou moins rapide ; on y voit des pâturages , et presque nulle part il ne me parut inaccessible. A mesure qu'on se rapproche de la montagne, les maisons deviennent moins rares; nous vîmes aussi quelques plantations de maïs et quelques bètes à cornes.

Cependant nous nous étions dirigés un peu vers le midi , et bientôt nous arrivâmes à l'extrémité sud du côté oriental de la montagne. Là est une espèce de défllé qui sépare le côté méridional de la Serra da Canastra d'une autre Serra appelée Serra do Rio Grande. Celle-ci , beaucoup moins haute, beaucoup moins régulière que l'autre, se dirige à peu près de l'ouest vers le sud-est, et se rattache à d'autres montagnes plus orientales qui font partie de la comarca du Rio das Mortes. 11 paraîtrait aussi, d'après ce qui m'a été rapporté, que la Serra da Canastra et celle du Rio Grande se joindraient à l'extrémité occidentale de l'espèce de défilé qu'elles laissent entre elles. Quoi qu'il en soit, si , comme je le proposerai bientôt, on convient de donner un nom

général au (Uviseur des eaax du Paranahyba et du 8. Fraucisco, celui de Serra do S. Francisco e da Paranahyba ^ il fiRidrait dire que F extrémité de cette Serra est formée par la Serra da Canastra, car le Rio de S. Francisco natt du côté austral de cette dernière.

Dans le défilé dont j'ai parlé plus haut, nous nous trouvions fort rapprodiés de cette montagne. Là son sommet est parfaitement égal ; ses flancs, dans une grande partie de sa hauteur, offrent des rochers sillonnés, exactement taillés à pic et inaccessibles, au-dessous desquels des bois et des pâturages naturels s'étetident, par une pente asses douce, jusqu'à la partie la plus basse d'une vallée profonde ou coule déjà le Rio de S. Francisco. Les rochers, quoiqu'ils se présentent comme une sorte de muraille presque verticale, sont loin cependant d'être entièrement nus; cà et là il sont couverts d'un gazon trèshfin qui ne laisse apercevoir leur couleur grisâtre que par intervalles. Nulle part je n'avais vu une verdure aussi belle et aussi fraîche que celle des pâturages qdi, comine je Tai dit, s'étendent au-dessous des rochers à pic, et les teintes plus foncées des bois voisins ne lui étaient point inférieures en beauté.

Ayant traversé un bols dont la végétation était d'une fraîcheur extrême, nous arrivâmes à une chaumière et nous demandâmes la maison de Feliskerto, cultivateur, que nous savions demeuret' fort près de la cascade. Lui-même était présent et nous répondit qu'il allait nous servir de guide.

Nous nous enfonçâmes dans un bois, et bientôt nous commençâmes à entendre le bruit de la cascade. D'après des renseignements que Ton m'avait donnés quelques instants auparavant, je savais alors qu'elle tombait du côté

méridional de la Serra da Canastra. Tout à coup j'en aperçus le sommet, et bieutât je la découvris tout entière, autant, du moins, qu'on peut la découvrir du lieu où nous étions. Ce spectacle nous arracha, à José Marianno et à moi, un cri d'admiration. A l'endroit où l'eau tombe, les rochers à pic de la montagne s'abaissent un peu à leur sommet et laissent voir une crevasse large et profonde qui, formant un zig zag, nous parut se prolonger dans les deui tiers de leur hauteur. Du point, encore très-élevé, où s'arrête la crevasse, s'épanche majestueusement une belle n^ppe d'eau dont le volume est plus considérable d'un c6té que de l'autre. Le terrain qui s'étend incliné au-dessous de la cascade est fort inégal ; un mamelon, couvert d'un gazon verdoyant, cache la partie inférieure de la nappe d'eau, et, sur le cAté droit, descend vers elle un bois d'une teinte sombre. Telle est la source du Rio de S. Francisco.

La vue dont j'ai tâché de donner une idée est aussi celle que l'on a de la maison de Felisberto. Le soir, un clair de lune superbe me permettait de distinguer tous les objets , et la cascade semblait illuminée par le feu qui consumait un pAturage voisin.

Felisberto nous accueillit à merveille. Il habitait une humble chaumière dépourvue de toute espèce de commodité. Du lait et des haricots cuits dans de l'eau firent notre souper; pour lit, on me donna un matelas de paille de maïs, sans draps; mais tout cela était offert de bon cœur.

La maison de Felisberto est située sur le bord d'une route qui conduit aux parties les plus reculées du désert et au village de Desemboque , célèbre dans le pays par la fécondité des terres qui l'environnent. Cette route so-

litaîre suit, entre les deux Serras (i), le défilé qui les divise et qui peut avoir, m'a-t-on dit, 4 lieues de longueur. '

Mon hâte m'avait offert de me conduire le lendemain au matin au pied de la cascade qui porte le nom de Cnchoeira da Casca d'Anta (2) ; mais quelques occupations Ten empêchèrent, et il me donna pour guide son beaupère, Manoel Lopes , qui demeurait à une demi-lieue de chez lui. Avant de prendre congé de Pelisberto , je voulus lui faire accepter quelque argent; cela ne fut pas possible. Pendant que j'étais resté chez lui, cet homme m'avait montré une bonté, une tranquillité d'àme, une résignation aux volontés du ciel, une patience à supporter la pauvreté que Ton ne trouve guère que loin des villes. Felisberto, s'il vit encore 9 a sans douta oublié l'étranger qui vint de si lœn lui demander un abri ; moi, je crois le voir encore assis sur un banc de bois, dans une chambre obscure et sans meubles; je crois l'entendre me raconter avec calme les vexations dont il avait été l'objet : les exemples d'honnêteté et de vertus ne sont pas assez communs pour qu'on puisse les oublier.

Sur les onze heures (}u matin, nous partîmes, José Marianno et moi , dé la maison de Lopes pour nous rendre à la cascade. Après avoir traversé un bois touffu, en suivant un petit sentier peu frayé et embarrassé par des Bambous,

(1) La Serra da Canastra et la Serra do Rio Grande (voyez plus haut, p. m).

(2) Cachoeira signifie cascade. Ccuca d'Anta (écorce de tapir) est le nom que Ton donne an Drimys Granalensis , parce qu'on prétend que c'est le tapir ( anla ) qui a fait découvrir les propriétés excellentes de récorcc de cet arbre ( voyez mes Plantes ttsuelles des Brésiliens).

nous arrivAmes sur le bord du Rio de S. Francisco, qui, en cet endroit, est à environ une demi-lieue de sa source et peut avoir vingt à trente pas de largeur. Ses eaux, d'une limpidité et d'une fraîcheur extrêmes, ont peu de profondeur et laissent voir jusqu'au moindre caillou du lit où elles coulent. Je me déchaussai pour passer la rivière , et , comme elle est embarrassée par des pierres extrêmement glissantes, ce ne fut point sans quelque peine que je parvins sur l'autre rive.* Là nous trouvâmes un bois encore plus difficile que le premier, et Manoel Lopes, qui me précédait , était obligé , à chaque pas , de couper les Bambous et les branches d'arbres qui gênaient notre marche. Bientôt nous passâmes une seconde fois le Rio de S. Francisco,. et, après avoir traversé un pâturage naturel , nous trouvâmes les bords de la rivière tellement obstrués par des branchages, qu'il nous fallut marcher dans son lit. Jusqu'au pied de la cascade, il est rempli de grosses pierres glissantes, qui tantôt sont couvertes par l'eau, tantôt s'élèvent au-dessus de sa surface, et il m'eût été impossible d'avancer, si je n'avais été continuellement aidé par Manoel Lopes et José Marianno. Enfin , après une marche extrêmement pénible, nous parvînmes au pied de la Cachoeira da Casca d'Anta, que nous découvrions déjà depuis longtemps.

Chez Felîsberto, j'en étais à plus d'un quart de lieue et je ne la découvrais qu'imparfaitement. Je vais la peindre telle qu'elle s'ofi^rit à mes regards , lorsque j'en fus aussi rapproché qu'il est possible. Au-dessus d'elle on voit, comme je l'ai dit, une large crevasse; à l'endroit où elle tombe, les rochers forment une concavité peu sensible. De la mai- >on de Felisberto , la cascade m'avait paru n'avoir que le

tiers de la hAûteor des rochers ; après Fat oir examinée de différents points, je crois pouToir dire avec plus de certitude qu'elle en a les deux tiers. Je ne Fai point mesurée ; mais, d'après l'estimation probablement très-approximative de M. d'Eschwege, elle aurait plus de 667 pieds anglais (20S",2S) (I). Elle ne se précipite point avec rapidité, mais elle présente une belle nappe d'eau blanche et écumeuse qui s'épanche lentement et qui semble formée par de larges flocons de neige. Ses eaux sont reçues dans un bassin demi-circulaire, bordé de piertes entassées sans ordre; et de là, par une pente assez roide, elles s'écoulent pour former ce Rio de S. Francisco qui a près de 700 lieues de cours et reçoit une foule d'autres rivières.

En tombant , les eaux de la €achoeira da Casca d'Anta font un bruit que l'on entend d'assez loin , et en même temps elles produisent un brouillard extrêmement fin, que l'air , agité par teur chute, l)orte à une assez grande distance.

Des deux cAtés de la caiscade, les rochers humides, quoique taillés presque à pic , sont couverts d'un gazon fin et assez vert , qui ne laisse voir que par intervalles leur couleur noirâtre. Au-dessous des rochers , le terrain s'étend en pente jusqu'à la rivière : dans la partie la plus rapprodiée de la cascade , il n'offre que des arbrisseaux ; mais , quelques pas plus loin, il est déjà couvert d'épaisses forêts, où l'on voit une foule de Palmiers à la tige élancée et menue. La verdure de toutes les plantes est d'une fraîcheur

(1) lyEschwefSfi pense, eomme je rd dit , qae le roeber à pic a plus de 1,000 pieds {Bras, die Neue WeU, 1 , 102). Si Tob retranche le tiers de ce nombre pour la partie de la montagne supérieure à la cascade , il est clair que Ton aura 667 pieds.

eitrèipe , qu'entretient sans cesse le voisinage des eaux. Vis-à-vis de la cascade, rhorizpn est borné par des montagnes couronnées de rochers qui appartiennent à la Serra do Rio Grande.

Pour sentir combien cet ensemble est ravissant , qu od tàcbe de se représenter la réunion de tout ce qui charme dans la nature ; le plus beau ciel, des rochers élevés, une cascade majestueuse, les eaux les plus limpides, la verdure la plus fraîche, enfin des bois vierges qui présentent toutes les formes de la végétation des tropiques.

Après nous être éloignés de la Cachoeira da Casca d'Anta, nous retournâmes à la maison de Manoel Lopes , qui avait été d'une bonté et d'une complaisance extrêmes pendant tout le temps qu'il m'avait seni de guide , et qui ne se montra pas moins désintéressé que son beau-frère Felisberto.

Ayant partagé avec Lopes son dtné de bananes et de haricots noirs, je montai sur mon mulet, et, pour n'avoir pas autant de chemin à faire le lendemain , je me rapprochai de 2 lieues de l'habitation de Joâo Dias, où, comme je Fai dit, j'avais laissé mes gens et mon bagage.

Je couchai dans une de ces maisonnettes que Ton rencontre avant d'arriver à la Serra da Canastra, et dont j'ai déjà parlé. La moindre chaumière de Sologne offre plus de commodités que ces misérables demeures. Elles sont construites grossièrement avec des bàtofis croisés et de la terre glaise qui se détache de tous les côtés ; une herbe menue , arrachée avec la terre qui environne ses racines, forme leur couverture. L'intérieur est divisé, par des cloisons, en petits réduits obscurs qui n'offrent d'autre ameublement qu'une couple de bancelles et quelques-uns de ces

lits rustiques que j'ai décrits ailleurs (1) ; à la muraille pendent des hardes et une selle.

Ce qu'il y a d'assez extraordinaire, c'est que des hommes blancs habitent ces pauvres cabanes. Il est assez vraisemblable que les premiers qui se sont établis dans ces lieux écartés étaient quelques coupables poursuivis par la rigueur des lois. Leurs enfants , élevés dans la solitude , auront mieux valu qu'eux ; l'occasion et le commerce des hommes développent le germe des passions, il périt s'il reste sans aliment.

Les habitants peu nombreux des environs de la Serra da Canastra , qui paraissent avoir les uns avec les autres des liens de parenté , cultivent la terre de leurs mains; mais leurs denrées n'ont aucun débouché.

Les bestiaux qu'ils élèvent peuvent seuls leur procurer UB peu d'argent , et encore sont-ils obligés de faire des avances considérables pour le sel, qui est ici d'une cherté exorbitante. Des marchands de bétail viennent jusque dans ces lieux écartés et font leurs achats chez les propriétaires. On se plaint encore,' dans ce canton, des herbes vénéneuses qui, dit-on, nuisent aux bêtes à cornes; cependant il est permis de regarder cette assertion comme une conjecture formée pour expliquer la mort presque subite

(1) Ces lits s'appeUent girao». Voici comment od les forme : od eDfonce dans la terre» auprès de la muraiUe» qoatre pieux que Ton dispose, CD carré loug , comme les quenouilles de nos lits , et , sur chaque paire de pieux les plus rapprochés, oo fixe, avec une éeorce tenace et flexible, un morceau de bois transversal ; sur les deux morceaux de bois transversaux, oq' range des perches, que Ton couvre d*une natte ou d'un cuir écru , et c'est là que Ton dort , adossé contre le mnr et enveloppé dans une couverture ou une capote ( voyez mon Voyage dans le» province$ de Rio de Janeiro, 1 , 396).

des bestiaux , car personne ne peut montrer ces herbes dont il est tant question.

Un sujet de plainte mieux fondé , c'est la manière dont les dizimeiros (receveurs de la dîme) veulent que l'on paye l'impôt, refusant les denrées et exigeant du numéraire. Il faut convenir qu'il est difficile de donner de l'argent lorsqu'on ne peut presque rien vendre (1).

Tout le côté oriental de la Serra da Canastra dépend de la paroisse de Piumhy; mais, comme il y a environ 14 lieues portugaises jusqu'à l'église, les femmes ne font presque jamais ce voyage , et les hommes le font à peiné une fois dans l'année. A la vérité, un prêtre vient quelquefois dire la messe dans une petite chapelle qui est à une couple de lieues de la fazenda de Joào Dias (2) , et les habitants profitent de l'occasion pour se confesser et faire baptiser leurs enfants; mais cette occasion est extrêmement rare.

Comme les Brésiliens tiennent beaucoup à être inhumés dans les églises , et que le curé de Piumhy ne permettait point qu'on enterrât dans la chapelle dont j'ai parlé tout à l'heure, on transportait les corps à dos d'homme de laSerra jusqu'au village, et, pour me servir de l'expression du cultivateur chez lequel j'avais couché à 2 lieues de la cascade , les porteurs arrivaient presque dans le même état que celui qu'ils portaient en terre.

(1) J*ai déjà dit aiUears ce qu'étaient , à cette époque, les diximHroi et combien on avait à se plaindre d*eux. Je reviens sur ce sujet , dans cette troisième relation , au chapitre intitulé Tableau général de la province de Goyaz.

(2) C'est probablement cette chapelle qui formerait la succursale que Pizarro appeUe capella curcuia de S, Francisco , et dont j'ai dit quelques mots dans le chapitre précédent.

Je retournai i la fhxenda de Joâo Dias par le chemin que j'avais déjà suivi. On croira peut-être que, dans ces lieux déserts, je dus trouver beaucoup de quadrupèdes; je n'en aperçus pas un seul ; mais cela n'est point surprenant, parce que les habitants du Sertâo passent la moitié de leur vie à chasser et s'étendent très-loin de chez eux.

Après avoir quitté la faxenda de Joâo Dias pour me rendre à Araxé (i) , je traversai des pâturages dont Therbe , composée en grande partie de la Graminée n"^ 535 , est presque aussi haute et aussi serrée que le foin de nos prairies.

En passant par ces pâturages, je rencontrai une suite de chars qui, attelés de trois et quatre paires de bœufs, étaient chargés de lard et conduits par desblancs. Je demandai d'où ils venaient, et j'appris qu'ils étaient partis, il y avait douze jours, du village d'Araxà, et qu'on \ei conduisait à S. Joâo d'El Rei, où ils devaient arriver au bout d'un mois. Les firais d'un tel voyage sont peu considérables, parce que les conducteurs emportent avec eux ce qui est nécessaire pour leur nourriture et même le maïs destiné pour les bœufs. Malgré cela , il fout que les denrées trouvent bien peu d'a-

(1) Itinércire approxiviatif de la Fazenda de Joiio Bias aa viUage d'Araxa :

De la Fazenda de Joâo Dias h la Fazenda do

Geraldo, habitation 3 1|2 legoas.

Maooel Antonio Siindes, liabitation 2

Paiol Qoeimado, habitation 5

Ketiro da Jabaticabeira , chalais 3

Retiro de tras os Montes , chalais 8

Peripitiaga, habitation 2

Araxi , village 2

20 1/2 legoas.

cheteurs dans ce pays et y soient à bien bon marché pour qu'il y ait quelque avantage à leur faire faire un si long voyage.

A environ une demi-lieue de la fazmda de Joâo Dias, je traversai , au milieu d^un capào , le Rio de S. Francisco, qui , en cet endroit, peut avoir 20 pieds de largeur, et dont les eaux limpides conlent sur un lit de pierres et de cailloux. Comme il n'était pas tombé d'eau depuis quelques temps, cette rivière était guéable; mais, après des pluies un peu longues, elle cesse de Tétre, et il n'y 3 aucun pont pour la passer.

Entre Joâo Dias et la Fazenda do Geraldo,, où je fis halte, j'aperçus dans le lointain deux ou trois fazmdas assez considérables pour le pays ; mais je dois dire que, presque partout, ma vue, que rien n'arrêtait, pouvait embrasser un horizon immense.

Je ne revis la Serra da Canastra qu'après avoir fait plus d'une lieue. De ce cAté, celui de l'est, elle ne présente» comme on l'a vu , aucun de ces accidents si ordinaires dans les pays de montagnes; majs, par sa masse et son élévation , elle répand de la variété dans le paysage. La verdure des bois et des campos était alors si fraîche , le ciel , dans le voisinage de la montagne, avait une teinte si douce, que je ne pouvais , sans plaisir, jeter les yeux sur cette vaste et tranquille solitude.

A peu de distance de la Fazenda do Geraldo , je passai devant la chapelle de S. Roque (S. Roch), où unj)rêtre vient quelquefois dire la messe aux habitants du pays. Elle est isolée, située sur une hauteur, construite en bois et en terre, sans aucun crépi et dans l'état le plus misérable. Tout auprès, on a bâti une maisonnette et un ran-

DU RIO DE S. FRANCISCO. tdS

eho, pour recevoir ceux qui viemimt y entendre la messe.

La Fazenda do Geraldo est assez considérable. On y voit une vaste cour, des curraes (enclos pour le bétail) fort grands, une grange qui ne Test guère moins, des cases à nègres; mais, comme ailleurs, la maison du maître est petite et très-mal entretenue. On me plaça dads un rancho fermé, où j'étais parfaitement libre et à Tabri du vent et du froid.

Youlant monter sur la Serra da Canastra , je laissai , à la Fazenda do Geraldo, Laruotte et mon muletier, et je partis accompagné de l'Indien Firmiano.

A environ une demi-lieue de la fcaenda^ nous commençâmes à monter. J'ai déjà dit que le c6té oriental de la Serra focme une pente (k)uce et offre des pAturages dans les parties élevées, des bois dans les enfoncements. En suivant un chemin difficile et pierreux , nous traversâmes un bois d'une extrême, fraîcheur qu'arrose un ruisseau limpide, et nous arrivâmes à de vastes campos^ où tout récemment on avait mis îe feu. Cette portion de la Serra, noircie et dépouillée de verdure, avait assez l'aspect de certains terrains volcaniques de nos montagnes d'Auvergne. Le feu n'était pas encore éteint; je voyais une flansme rouge ^ pétillante s'étendre rapidement dans les gazons et des tourbillons de fumée s'élever lentement vers le ciel.

Arrivés à la moitié environ de la hauteur de la montagne, nous laissâmes sur notre droite une fort jolie cascade, n s'en faut qu'elle ait la majesté de la €achoeira da Casca d'Anta, mais elle produit dans le paysage un effet très-agréable. Elle peut avoir 30 à 40 pieds, et tombe du haut d'un rocher grisâtre et à pic, couronné par d'énormes touffes de lichens d'un blanc verdâtre. Quelques petits 1. 15

i94 VOYAGE AUX SOURCES

arbres 9 qui ont poussé dans les fentes du rocher , cachent en partie les eaux de la cascade, qui s'écoulent dans un ravin profond , dont les câtés sont revêtus du gazon le plus vert.

Continuant à monter, nous laissâmes, à droite et à gauche, tantôt des pAturages, et tantôt des bois au milieu des* quels un Vûchysia se faisait remarquer par une immense quantité de fleurs dorées, disposées en longues grappes.

Au bout d'une couple d'heures, nous arrivâmes au sommet de la montagne.

Lorsqu'on découvre, de Piumhy, la Serra da Canastra, elle semble avoir sa plus grande longueur du midi au nord, nais il n'en est réellement pas ainsi ; elle n'a, dans cette direction, qu'à peu près cinq legoas, tandis qu'elle en a beaucoup plus de dix d'orient en occident. Son côté oriental, celui qui se présente quand on vient de Piumhy, est à peu près d'une hauteur égale, mais elle va en s'indinantde l'est À l'ouest. A son sommet, elle offre, dans toute sa lon^gueur, un vaste plateau inégal que les habitants du pays sppdleiiiChapadào, mot quiest un augmentatifdectep^lda» et ne signifie pas autre chose que grand plateau (1). De là je découvris la plus vaste étendue de pays qui peut-être se fût offerte à mes regards depuis que /existais : d'un côté la Serra de Piumhy bornait l'horizon ; ailleurs ma vue n'était Ihnitée que par sa propre faiblesse, maie aacun village, aucune habitation, aucun point remarquable ne fixaient mes

(1) On croiiait » d'après réxceUente carte de MM . Spix et Martiu6,^e la Serra da Gabastra s'éteod depuis la Serra Negra (de Sabari) jusqu'au diviseur des eaux de S. Francisco et du Paranahyba ; mais ce que j'ai dit de cette montagne prouve suffisamment qu'elle commence ce grand diviseur et que, tout entière, clic en fait partie.

regardg; partout un terrain simplement ondulé et un mélange de pAturages naturels et de bouquets de bois; je n'apercevais pas même le village de Piumhy, sans doute caché par quelque morne.

Le Chapadào est entièrement inculte et inhabité; il n'a même pas encore de maître (1819), mais les propriétaires des fazendas situées au-dessous de la montagne envoient leurs ibestiaux pattre dans les parties le^ plus voisines de leurs habitations. Dans les mois de juin et de juillet, il gèle habîtodleraent sur le sommet de la Serra ; cependant les bètes à cornes n'en descendent point à cette époque, tandis qu'dles n'y veulent pas rester durant la saison des pluies, parce qu'il y tombe plus d'eau que partout ailleurst

Le plateau est traversé par un chemin très-battu qui est la continuation de celui que j'avais suivi, et qui a deux embranchements, dont l'un conduit au village de Desemboque et l'autre à celui de França dont je parlerai ailleurs. Je vis, CD plu^sieurs endroits, les traces des feux qu'avaient allumés les caravanes ; les voyageurs trouvent de l'eau dans la montagne, oiaîs ils y chercheraient vainement un abri.

Les parties les plus élevées du plateau , du moins celles que j'ai vues, ne présentent guère que des pierres amoncelées au milieu desquelles croissent abondamment plusieurs espèces de Canela d'Ema ( Vellozia) et la Composée n*' 572. Les parties les plus basses sont couvertes de pâturages où l'herbe est plus ou moins haute, plus ou moins épaisse, suivant que la terre végétale se trouve mêlée avec le sable dans une proportion plus ou moins considérable. Si quelque filet d'eau s'échappe sur un terrain en pente, la végétation y est plus fraiche et plus vigoureuse, et même, en certains endroits , il existe des bouquets de bois.

Depuis la Serra Negra, je n'avais vu nulle part une aussi grande variété de plantes que dans la Serra da Canastra. La famille qui y domine est celle des Composées. Plusieurs Eriocaulon y croissent aussi en grande abondance, et \k ils trouvent, comme dans les montagnes élevées de la Serra do Espinhaço, ce genre de terrain qu'ils préfèrent, un mélange de sable blanc et de terre végétale noire. La Gentianée n**575, la Convolvulacée n** 579, les Scrophularinées n'^SOl et 377, sont aussi très-communes dans les pAturages du plateau de la Serra da Canastra. Quant aux Mélastomées, si communes dans d'autres montagnes, je n'en trouvai que six espèces. D'ailleurs, en très-peu de temps, je recueillis cinquante espèces de plantes que je n'avais pas encore trouvées dans ce voyage, et dont plusieurs m'étaient entièrement inconnues.

En descendant de la Serra , je jouis délicieusement des beautés de la campagne. Le temps était frais, et des nuages blanchAtres parcouraient légèrement un ciel d'un blçu tendre, un peu plus brillant que celui du nord de la France pendant les beaux jours de l'automne. Cette continuelle alternative de bois et de pAturages, la diversité de teintes qui en résultait , le contraste de la plaine et de la montagne produisaient un effet charmant.

Dans toute ma journée, je n'aperçus d'autre mammifère qu'un singe. Comme je l'ai déjà dit, les habitants du Sertâo (désert] sont tous d'ardents chasseurs et détruisent les animaux dont la peau peut être un objet de commerce; je ne passais pas devant une habitation sans y voir une quantité considérable de grands chiens courants.

Lorsque j'étais à la Fazenda do Geraldo, ceux du propriétaire tuèrent un jeune tapir. Je donnerai ici quelques

détails sur son pelage pour contribuer à compléter ce que dit Fexact d'Azzara (1) des petits de cette espèce. Le jeune individu de la Faienda do Geraido avait le ventre entièrement blanc, le dos et les côtés d'un gris foncé couleur de cendre qui devenait plus pèle dans le voisinage du ventre et était coupé de lignes blanches longitudinales. De chaque côté du milieu du dos, trois de ces lignes s'étendaient dans toute la longueur du corps ; chacune d'elles avait environ 1 centimètre de largeur, et les bandes grises qui alternaient avec les blanches étaient larges d'environ 5 centimètres et tachetées de points blancs. Outre les six bandes blanches dont je viens de parler , on en voyait , sur les côtés, plusieurs autres incomplètes.

Pendant mon séjour à la Fazenda do Geraido, José Marianne chassa et prépara des oiseaux. Il était déjà fort habile dans cet art, et, quoique je n'eusse pas de tocadoTy la taxidermie ne paraissait rien prendre sur le soin des mulets.

Le chemin que je suivis en quittant la Fazenda do Geraido et qui mène au village d'Araxé, où j'allais bientôt arriver, est parallèle à la Serra da Canastra et s'en éloigne peu. Le flanc de cette énorme montagne continue à n'ofi'rir aucune anfractuosité remarquable, et, presque partout, il çsi revêtu d'une vefclure très-fratche. Je longeai d'abord tout le côté oriental , mais j'atteignis son extrémité un peu avant d'arriver à la fazenda de Manoel Antonio Simoes, où je 6s halte, et alors je tournai parallèlement au côté septentrional.

Je n'avais fait qu'une demi-lieue environ, à partir de la

(1) Es$ai iur ks quadrupèdes du Paraguay, 1, 3.

Fazeoda do Geraldo, quand je vis, à quelque distance, une belle cascade tomber du haut de la montagne, en »'épanchant sur des rochers gris&tres et k pic. Le sommet de ces rochers est couronné piir des bois, et quelques arbres oal poussé çà et là entre les fentes des pierres. Mais une cascade ediprunte une partie de sa beauté du contraste que forme le mouvement des eaux avec Timmobilité des objets environnants; quand on la voit de loin, elle parait aussi imnM>biIe qu'eux, et ne s'en distingue que par une différence de couleur; ce n'est plus qu'un tableau sans vie.

Le pays que je parcourus entre la Fazenda do GeraMo et celle de Manoel Antonio Simôes est montueux et offre en^ core une alternative de bois et de pAturages de la plus belle verdure. Les fleurs étaient peu nombreuses ; cependant un des pâturages que je traversai en offrait de jCharmafttes, une Mimose élégante (n* 41 i), une belle Gentianée à fleors bleues (n'' 206), et une Malpighiée à fleurs roses (n"" ii7).

La fazenda de Manoel Antonio Simôes me parut avoir été considérable, mais elle avait suivi le sort du vieillard décrépit à qui elle appartenait; tous les bâtiments qui en dé^ pendaient toïnbaient en ruine.

On m'avait indiqué , pour y placer mes efet» el H^y 1#ger, une des petites maisonnettes dont se composeat, &à général , les fazmdas de ce pays désert ; mais je la troutai si sale, si peu comnM>de, que j'en demaiidai une autre, en. traitant le pauvre vieillard unpeu cavalièrement. U n'avait réellement rien de mieux à m' offrir : la maisonnette Ait balayée, et je m'y établis; mais je craignais beaucoup pour la nuit la visite des pourceaux» car la maison n'avait point de porte, et ses murailles étaient simplement formées de grands pieux mal rapprochés. Mon vieil hôte m'invita à par-

tager son diner, et je tâchai d'expier ma première impolitesse par toute sorte d'égards.

U est difficile d'imaginer une position plus agréable que celle de la faxmda de Manod Antonio Simôes. Elle est située dans un fond, sur le bord d'un ruisseau limpide, et entourée par des collines peu élevées courertes de pâturages. Vers le midi, r horizon est borné par la Serra da Canastra, qui n'est guère qu'à un quart de lieue de l'habitation et d'où l'on Yoit tomber deux cascades peu éloignées l'une de Tautre.

La plus considérable est plus rapprochée du c6té oriratal de la Serra et porte le nom de Cachoeira do Rollim. A l'endroit où elle tombe, la montagne présente , dans son flanc, un enfoncement dont la forme rappelle, tf une nvinière imparfaite, celle d'un hémicycle. L'eau ne se préci* pRe point de la cime même de la montagne; celle^^i, qui est couronnée par un bouquet de bois, s'incline d'abord en formant une pente douce couverte de gaion; pais, tout à coup, elle n'offre plus que des rochers nus et à piç, et c'est dans la partie la plus enfoncée de ces rochers que slépanche une belle nappe d'eau plus blanche que la neige. On ne voit cependant pas l'eau tomber jusqu'au pied de la montagne ; elle semble s'arrêter vers le milieu de celle-ci , sur un second plan de rochers plus avancé, et là elle s'écoule dans une crevasse profonde cachée par des arbres. Dans la saison des pluies, la nappe d'eau devient, dit-on, très-considérable, et fait un bruit que l'on entend de fort loin. Audessous du second plan de rochers dont j'ai parlé tout à rheure, la montagne ne présente plus qu'une pente trèsdouce où s'écoule, sur un lit de pierres et de sable, la rivière de S. Antonio y que forment, les eaux de la cascade et dont

les bords sont dessinés par une lisière de bois. A droite et à gauche de la cascade, le flanc assez escarpé de la montagne est couvert de gazons au milieu desquels des rochers nus se montrent çà et là. Telle est l'idée que je pris de la Cachoeira do Rollim, non-seulement en la voyant de la maison de Manoel Antonio Simôes, mais encore en m'en rapprochant autant qu'il me fut possible dans le court espace de temps dont je pouvais disposer.

Quant à la seconde cascade, je la vis seulement de la maison de Manoel Antonio Simôes. A l'endroit où elle tombe, le flanc de la montagne présente^ dans une hauteur assez considérable, une pente qui n'd aucune roidearet offre des gazons. Au milieu de ces derniers, on voit une crevasse profonde, d'où s'échappent deux filets d'eau qui, après s'être écoulés sur des rochers à pic, forment aussi un ruisseau. Celui-ci , comme le Rio de S. Antonio , doit se réunir au S. Francisco ou à l'un de ses affluents.

Après avoir quitté la fazenda de Manoel Antonio Simôes, je passai le Rio de S. Antonio, et, pendant plusieurs lieues, je marchai parallèlement à celui des côtés de la Serra qui est À peu près tourné vers le nord , traversant la chaîne dans sa largeur et me dirigeant vers Araxé.

Le côté septentrional de la Serra da Canastra n'est pas, à beaucoup près , taillé à pic comme celui du midi , d'où s'échappe la Cachoeira da Casca d'Anta; cependant il est plus escarpé que le côté qui regarde à peu près l'orient; il l'est même assez pour paraître de loin presque vertical et contribuer à donner à la montagne cette forme de coffre qui lui a valu son nom.

Tant que je pus apercevoir la Serra da Canastra , je jouis d'une fort belle vue. Sur la droite, je découvrais une vaste

éteodue de pâturages, et j'avais à gauche la Serra du haut de laquelle tombent quatre cascades.

J'a?ais commencé à monter, n'étant qu'à peu de distance de la fazenda de Manoel Antonio Simôes, et je continuai è parcourir un pays très-montagoeux , où l'on trouve des mines de fer et qui offire de vastes pâturages parsemés de quelques bouquets de bois. Ce jour-là, je fis 5 legoas, et je n'aperçus pas une seule maisonnette, quoique souvent une immense étendue de terrain s'offrit à mes regards; je oe vis non plus la moindre trace det^ulture; je ne rencontrai pas un seul voyageur; de loin en loin, je découvrais seulement quelques bétes à cornes au milieu de pâturages qui me semblaient pouvoir en nourrir une quantité innombrable. Dans un esipace de 4 legoas^ à partir de la fazenda de Manoel Antonio Simôes , je ne trouvai pas une seule goutte d'eau, ce qui est étonnant pour cette contrée, où ordinairement on rencontre sans cesse des ruis-^ seau.

Depuis le canton de Rio Grande , je n'avais pas vu de pâturages aussi bons que ceux des environs de la Serra da Canastra : partout c'est la Graminée n** 335 qui y domine, ^, comme je l'ai dit» elle engraisse beaucoup les bestiaux, qui en sont très-friands. Entre Antonio Simdes et Paiol Queimado, dans les parties les moins élevées, où, de temps à antre , on brûle les pâturages, je trouvai ceux-ci de la plus belle verdure; sur les sommets , au contraire , où il parait que l'on met le feu très-rarement, l'herbe avait la même hauteur et la même teinte que celle de nos prairies, quinze jours avant qu'on la coupe. Des plantes autres que les Graminées ne sont pas. fort communes dans ces campos; je n'en vis presque point en fleur, et , malgré la longueur

du Toytge, ma récoRe entre Manoel Antonio Simôes et Paiol Queimado fut presque mille.

A peu de distance de la première de ces fazendoê, j'arais traversé d'immenses campos que Ton avait brûlés il y avait peu de jours. Dau» les parties de la province des Mines que j'avais ptreoumes jusqu'alors, on met le feu aux pAturages vers la fin du temps de la sécheresse , et c'est uoiquemeiit quelques parties réservées dans le canton de Rio Grande, pour les vaches à lait, que Ton incendiée d'autres époques. Ici, au contraire, où, dit-on, l'herbe ne sèche jamais entièrement, on met le fea aux pâturage? indifféremment dans tantes les saisons; mais les cultivateurs croient devoir ne le faire que lorsque la lune est dans son découn.

Dans la Serra da Ganastra et cheï Géraldo , j'avais été fort tourmenté par ces petites' mouches noires appelées Jbùrrachudoê (1), qui, après avoir piqué, laissent sur la peau une marque rouge; mais nulle part je n'en avais vu une aussi grande quantité que dans les pÂturages nouvellement incendiés dont j'ai parié tout à l'heure. <^ '"' sectes me couvraient le visage et les nrains, et j'élais obligé» pour les écarter, d'avoir sans cesse recours à mon mouchoir.

Il y avait huit heures que j'étais, parti de la fazefèda de Manoel Antonio Simôes , lorsque j'arrivai à celle de P(^^ Queimado (grange brûlée), où je fis halte. J'avais fait» comme je .viens de le dire, 5 legoas, et, dans ce pays, c'est une très-forte journée pour des voyageurs qui ont une

il) y ai parlé des borrachudos dans mon Voyage dans les province' de Rio de Janeiro, etc., I, 37. M. Pôhl, qui les a très-bien figan'»- '*^ nomme Simulium pertinaœ {Heise, I\

longue route à parcourir et marchent avec des mulets chargés de bagage.

Je ne saurais dire bien positivement quel point forme la limite de la comarca de S. Joàod'El Rei(l); mais il est vraisemblable que je la franchis dans cette journée, ou que je rayais passée la veille, lorsque j'avais commencé à suivre le côté septentrional de la Serra da Çanastra, pour traverser la cordiliàre dont cette montagne fait partie, et que j'appelle Serra do S. Francisco e da Paranahyba. De la comarca de S. Joâo, je passai dans celle de Paracatù et sur le territoire de la justice {julgado) d'Araxâ, qui en dépend «sjoafd'hiiiti819).

(1) De ce que dit d'Eschwege {Bras. JSeue Welt, I, 101), on peut seulement coDClure que la limite est dans la cordilière même, et CazaI [CoYog. Braz., 1 , 282) se contente d'indiquer celle-ci comme la limite.

SQé YOYAOE AUX SOURCES

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