CHAPITRE XI
COUP d'oeil général sur la comarca itk paracatu (1).
Limites et éteodue de la comarca de Paracatu. — Sa popalatioo. — Idée générale des chaînes de montagnes qu*on trarerse pour se rendre de Rio de Janeiro dans la comarca de Paracatu. — Da diviseur des eaui da S. Francisco et da Rio Paranahyba. ~ La Serra dos Ver lentes de Yon Eschwege. — Description eiacte due h Tabbé Cazal. — La Serra dos Vertentee de Ralbi. — Système de nomenclature pour les montagnes du Brésil. — Idée générale de la Serra do S. Francisco t da Paranahyba. — Rivières de la comarca de Paracatu. — Villes et villages de cette comarca. — Caractère de ses habitants. — Leurs demeures. — Leurs occupations. — Fertilité de leurs terres. — Manioc.
— Le capUn gordura ; ses limites; sa patrie. — Les bètes à cornes.
— Les moutons. — Surface du pays. — Sa végétation. — Sécheresse : disette. — Difficultés et ennuis des voyages dans ce pays. — Éléments de prospérité que renferme la comarca de Paracatu.
La comarca de Paracatu a été longtemps comprise dans celle de Sabaré et en était la partie la plus oc^^identale ; maison Ten sépara par un décret [alvarâ) du 17 juin 1815 (2), et un autre décret du 4 avril 181G réunit à la nouvelle comarca les justices {julgados) d*Araxé et de De-
(1) Pour biei^comprendre les premières pages de ce chapitre, il est bon d*avoir sous les yeui une carte générale du Brésil , par eiemple , celle de Brué.
(2) Celte date est empruntée à Cazal {Corog., I, 392).
semboque, qui jusqu'alors avaient appartenue la province de Goyaz.
Cette comarca est formée de deux parties : Tune au nord, plus orientale, Tautre au midi, plus occidentale, qui, comme deux cases de même couleur dans un échiquier, se touchent par un de leurs angles; et la chaine que j'appelle Serra do S, Francisco e da Paranahyba est la ligne qui borne la partie la plus orientale du côté de l'ouest, tandis qu'elle borne la partie la plus occidentale du cdté de l'est. Si l'on veut indiquer d'une manière plus précise les limites de la comarca de Paracatù, on dira qu'au sud le Rio Grande coule entre elle et la province de S. Paul ; qu'au nord elle est bornée par la Cartmhanha (1), qui, lors de mon voyage, la séparait de la province de Femambouc; qu'à l'ouest le grand diviseur des eaux du S. Francisco et du Tocantins (2), le Rio S. Marcos et le P^iranahyba la séparent de Goyaz (5) ; enfin que ses limites orientales sont le Rio de S. Francisco, XAhaiié, YAbaité do Sul et la partie la plus méridionale de la Serra das Vertentes (Eschw.) , partie que je nomme, comme on va le voir, Serra do S. Francisco e da Paranahyba.
Cette immense subdivisiond'une immense province com-
(1) Tài dit aiUeurs que l'on avait écrit Carynhanha et Carinhanha, On trouve aussi dans Cazal Carinhenha et Carynhenha , et c*est ce dernier mot qa'a admis Gardner. Dans le pays , j'ai entendu prononcer Carunhanha , comme a aussi écrit Pizarro.
(2) Ce diviseur est celui que j'appelle , comme on le verra plus bas , Serra do S. Franciscù e do TocatUins.
^3) Ce que je dis ici sur les limites occidentales de la comarca de Paracatù doit servir h rectifier celles que j'ai indiquées ailleurs, sur la foi de Pizarro, pour Minas Geracs et Goyaz {Voyage dans les provinces de Mo de Janeiro, etc., 1 , 79).
prend plusdeSdegrésde latitude, et, suivant d*Eschwege(i), 3,888 legoas carrées, sur lesquelles, d'après le même auteur, il existait, en i 821, une population de 24,772 habitants, ce qui ne Sait pas même six individus par lieoe carrée (2).
J'ai dit colleurs (3) qu'une chaîne de montagnes qu'on doit appeler Serra do Mar se prolon^, le long de la mer, dans une grande partie du Brésil; qu'une autre chaîne, presque parallèle à la promise, mais plus élevée, la Serra do Espinhaço ( Escbw^ ) , s'avance à pea près du nord-est de la province de S. Paul, ne laissant guère qu'une distance de 50 à 60 lieues entre elle et la cordilière maritime; qu'elle divise les eaux du Rio Doce et du S. Francisco, et va se perdre dans le nord du Brésil ; qu'à l'ouest de celleci , le terrains' abaisse peu à peu jusqu'au Rio de S. Francisco , mais que , toujours dans la direction de l'occident , le sol s'élève , pour la deuxième fois , jusqu'à une chaîne qui sépare les eaux du même fleuve de celles du Paranabyba (4). C'est cette dernière chaîne qui , du côté de l'est ,
(1) Bull, Férussac gc, géog., XVU, 97^
(2) SuiTant ^n iable^a eavAjr^^a gouvernement par VoUvidor de Sabara , et cité par Pizarro et par le desembargador A. R. Veloso de Oliyeira {Annaes Fluminses)^ la population de la coniarca de Paracatù «omit monté, en 1^16, à 59,05S faabitaats. U est diffîciJe de savoir lequel iles écax cbifees, «différents Tun de l'autre, est le plus eiact : ce qu'il y a de sûr, c'est que f ai rencoatfé bien peu 4» monde dans ce pays. «
(3) Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro ,eic,, I,«9.
(4) En faisant connaître pour la première fbis cette disposition d'une partie du sol brésilien , j'ai écrit , comme a fait récemment le célèbre géographe Balbi , que le diviseur d'eaux dont je parle ici s'étendait entre les affluents du S. Francisco et ceux du Parannâ : il eût été plus exact d'indiquer le Paranab^ba, ainsi que je le fais à présent, car le Parannâ est
sépare la comarca de Paracatù de. celle du Rio das Mortes ou de S. Joào d'£l Kei » comme c'est elle qui , du cdté de roccideot» la sépare de la province de Goyaz (1) ; et, par conséquent, elle est, ainsi qu'on Ta vu, entre les deux parties de la comarca. Tune au nord-est et l'autre au sudouest, ce que serait la ligne formée par deux cases d'échiquier se touchantseulement par un de leurs angles. Cette cbaioe se continue vers le sud, puisqu'il n'y a, entre la Serra da Canastra , qui en fait partie , et les montagnes de la Serra do Rio Grande, qu'un défilé de très-peu d'étendue (voirie chapitre précédent); elle donne passage au Rio Graade, fournit quelques petits afDuents à ce dernier, et, prenant le nom de Serra de Mugyguassu, elle s'avance dans la province de S. Paul , où elle parait former une sorte de noeud avec la partie de la Serra do Espinhaço , appelée Serra da Mantiqueira (2). Du côté q[)posé, elle se prolonge, vers le septentrion , jusqu'aux limites de la province de Piauhy, bornant toujours le bassin du S* Francisco; mais S4> à l'eat^ çlle ne cesse de donner des affluents à ce fleuve, à l'ouest elle n'en envoie au Paranahyba que dans sa partie méridionale, et, plus au nord, c'est au Rio do Tocaotins qu'elle fournit des eaux.
Considérée seulement comme diviseur des eaux du S. Francisco et du Paranahyba, il est bien clair qu'elle ne
formé par la réunioo du Paranahyba et du Rio Grande, et aucun afQueut Tenant de la chaîne dont il s'agit ne se jette immédiatement dans le Parannâ (voyez €àz;, Corog., I; 205, et la carte gonôrale de MM. Spix et lUrtias). J'avais aus^i donné le nom de plateau au diviseur des eaux du s. Francisco et du Paranahyba ; celui de chatuc ou de cordillère eut été plus convenable.
il) Caz., Corog,, 1, 319.
v2) Bras, r^'eue Well , 1 , 50. — Vo\ez aussi la carte de Brur.
s'étend pas au delà des sources de ces deux rivières, dont la première coule vers le nord et la seconde vers le sud , ou , si l'on aime mieux, elle sera limitée par deux autres diviseurs d'eaux qui lui sont à peu près perpendiculaires : l'un qui , partant, au sud, du versant oriental , va, comme je l'ai dit, rejoindre la Serra do Espinhaço, et fournit tout à la fois des affluents au Rio Grande et les premiers affluents du S. Francisco dont il borne le bassin ; l'autre qui, à Textrémité nord, se rattache au versant occidental et d'où naissent, du côté du septentrion , les sources du Rio do Tocantins et, au midi, celles du Corumbâ, En un mot, la chaîne ou plutôt la portion de chaîne qui divise les eaux du S. Francisco de celles du Rio Paranahyba peut être représentée par le corps d'un Z entre les deux lignes transversales qui le bornent, et qui représenteraient, si je puis m' exprimer ainsi , Tune, la tète du bassin du S. Francisco, l'autre celle du bassin du Tocantins.
Dans un morceau du plus haut intérêt où il fait parfaitement connaître la surface du Brésil, d'Eschwege indique une Serra dos Vertentes (i) qui formerait une vaste courbure et diviserait les eaux du nord de celles du sud, comprenant la Serra da Canastra, les Pyreneos et les montagnes du Xingù et du Cuyabi. Là , malheureusement, se borne la description du savant écrivain, qui ne dit, d'ailleurs, ni où finit ni où commence cette Serra das Vertentes ; et peutêtre même la seule induction doit nous faire croire qu'il considère les Montes Pyreneos comme en faisant partie. Si la Serra das Vertentes se compose tout à la fois des Montes Pyreneos et de la Serra da Canastra, elle changerait de di-
(1^ BrasHien die ISeue Welf , 1 , 101.
rection dans son étendue, elle formerait, comme dit Fauteur allemand, une vaste courbure, et comprendrait en même temps d^ tètes de bassin et des limites latérales; or on peut demander ce que serait , dans ce cas , le prolongementdu diviseurdes eaux duS. Francisco et du Paranahybà, prolongement qui, dans une étendue immense, suit la même direction que ce diviseur, qui continue à limiter le bassin du S. Francisco et à envoyer des affluents à ce fleuve, tout en fournissant des eaux, de son revers opposé, au Rio do Tocantins; il faudrait sans doute le considérer comme un simple chaînon de la Serra das Yertentes» mais une suite de monts et de hauteurs limitant le même bassin et s*étendant parallèlement à une de ses rives , sans déviation aucune, doit certainement être considérée comme une chaîne unique; le chaînon, au contraire, serait la croupe qui, partant des Pyreneos continus eux-mêmes, avec d'autres monts plus occidentaux, forme un angle avec la chaîne véritable, ne la prolonge point dans une même direction, s'arrête à elle et ne forme la limite latérale du bassin d'aucun fleuve (1).
Cazal y bien moins savant que le colonel allemand, mais dont l'exactitude et les longues recherches méritent la plus grande estime, ne distingue point, à la vérité, les deux
(1) Si M. Luiz Antonio da Silva e Soasa {Memoria eslatica da provincia de Gcyaz , 1832 ) parait professer une opinion analogue à celle de M. d'Escbwege , da Cunha Mattos partage entièrement la mienne. Il regarde comme une seule chaîne , qu'il appelle Serra Gérai , les montagnes qui commencent an midi de la Serra da Canastra, arrivent au Utgisiro dos Arrependidos et se continuent jusque dans la prorince de Piaoby ; puis il reconnaît que la chaîne à laquelle appartiennent les Montes Pyreoeos, tout en aboutissant à la Serra Gérai, forme pourtant un autre système (Itinerario, etc., II).
21P TOYAGE AUX SOURCES
parties de la chaîne ; ceHe qui, plus méridionale, envoie des eaux au Rio Paranabyba, et l'autre qui, au nord, en fournit au Tocantins; mais, d'ailleurs, il reconnaît parfaitement que cette chaîne, quoique changeant souvent de nom, est réellement une, qu'elle se dirige du sud au nord, séparant Goyaz de Minas et de Femambouc, et qu'elle est seulement interrompue par des défilés (baqueirèes) (1).
Le vague qui règne dans la description de la Serra das Yertentes est tel que M. Martius paraîtrait croire (S), comme j'avais d'abord fait moi-m6me, qulEschwege limite cette Serra au diviseur des eaux du S, Francisco et du Rio Paranahyba, tandis que l'exoellent géographe Balbi, donnant une idée de l'ensemble des eroupes qui séparent toutes les eaux du nord de celles du midi, étend la Serra das Vertentes depuis la frontière de la province de Cearé jusqu'à l'extrémité méridionale de celle de Matogrosso, et ne parle des Serras Negra, da Canastra, da Marçella et dos Cristaes. que comme d'un chaînon d'une vaste chaîne (3).
Dans un tableau rapide, il est philosophique, sans doute, de faire voir d'un coup d'œil et même d'indiquer par un seul nom l'ensemble des montagnes qai, se prolongeant
(1) Corografia, l, 319. — M. F. Denis, à qui Tod doit les recherches les plus consciencieuses sur Thistoire du Brésil et son état actuel , a consacré le nom de père de la géographie bréiUienne^ que jVais ccu pouvoir donner à Fabbé Manoel Ayres de Cazal. J'ai yu aussi avec grand plaisir que, h Rio de Janeiro, on rend toute justice à Tauteur de la Corografia Braxilica, qu'un long séjour en Amérique et la nature d« ses travaux peuvent faire compter parmi les auteurs bréailiena {Min. Bras.t 52).
(2) neUe, n.
(3) Abrégé de Géographie, -^ Je n'ai pu nuiUieareqseinent consulter que la première édition de ce bel ouvrage.
en demi-cercle de Test vers T ouest, embrasse la moitié de rAmériqQe du Sud ; mais, pour peu que Ton veuille descendre dans quelques détails, il faudra des noms particuliers, surtout lorsqu'il s'agira des chaînons et des contreforts, et il est clair qu'on ne présenterait réellement rien à l'esprit, si, en parlant du diviseur des eaux du S. Francisco et du Paranahyba , du Xingû et du Paraguay, on disait également que l'on a traversé la Serra das Vertentes. Les habitants du pays ont nommé isolément les montagnes qu'ils avaient à parcourir , chacun dans leur district, et le géographe comme le voyageur, pour éviter toute confusion, doit conserver ces dénominations religieusement, sans en restreindre et sans en étendre la signification. Mais, si un seul nom ne suffit point pour tous les diviseurs d'eaux réunis, les noms restreints à chaque élévation particulière détruisent toutes les idées d'ensemble. Je croirais donc qu'outre le nom, en quelque sorte générique, de Serra das Vertentes que Ton peut admettre, si l'on veut, dans le sens queluî attache M. Baibi , il est bon d'en donner un à chaque diviseur de deux grands fleuves.
On sent que de telles dénominations, pour être adoptées par les habitants du pays, ne doivent rien leur rappeler qui soit étranger au pays même, et je crois qu'on ne saurait en proposer de plus méthodiques que celles qui présenteraient pour chaque diviseur la réunion des noms des fleuves dont il sépare les eaux , à peu près comme le nom de plusieurs deuos d^rtements se composede celui de deux des rivières qui y coulent. Mais, pour former les noms de nos départements, on aurait pu souvent choisir d'autres rivières que celles que l'on a préférées, tandis qu'il n'y a rien d'arbi- * traire dans les dénominations que je propose, et une con-
naissance exacte de la géographie brésilienne les ferait nécessairement composer par tout le monde de la même manière. Ainsi cette chaîne qui , comprenant la Serra Negra (de Sabaré), s'étend à peu près, de l'est à l'ouest, de la Serra do Espinhaço à la Serra da Canastra et forme la tète du bassin du S. Francisco, serait la Serra do S. Francisco e do Rio Grande ; j'appellerai Serra do S. Francisco e da Paranahyba (1) le diviseur qui s'étend de cette première chaîne, ou, si l'on veut, des sources du S Francisco à la ligne des sources du Corumbâ ; je donnerai le nom de Serra do S. Francisco e do Tocantins au prolongement plus septentrional de ce même diviseur, d'où s'échappent tout à la fois les premiers affluents du Tocantins et de nouveaux affluents pour le S. Francisco; la chaîne qui, venant de Matogrosso, se dirige d'occident en orient, comprend les Montes Pyreneos, fournit les premières eaux du Tocantins (2) et du Corumbà , forme la tète du bassin de chacune de ces deux rivières , sera la Serra do Corumbâ e do Tocantins; enfin la Serra do Espinhaço (Eschw.) comprendra, dans la seule province de Minas, au midi, la Serra do 5. Francisco e do Rio Doce, et, plus au nord, la Serra do S. Francisco e da Jiquitinhonhay etc.
(1) Cazal et Pizarro oot écrit 0 Paranahyba ; mais j*ai passé deux fois cette rivière, et je trouve, dans mes notes, les endroits où je Tai traversée indiqués , Tun par le nom de Porto da Paranahyba , et l'autre par celui de Porto Real da Paranahyba. Au reste , les mêmes auteurs ont écrit 0 Parahyba , et, dans le pays, on dit bien certainement Provincia da Parahyba , Dislrilo da Parahyba ?fova , S. Joào da Parahyba , Porto da Parahyba. — Je dois dire aussi que , sur les lieui , j'ai entendu prononcer Parnahybaf h peu près comme a écrit M. Gardaer.
(2) Ou sait que le Rio do Tocantins porte d*abord le nom de Rio dos Ahnas.
Ces noms, je Tavoue, ont F inconvénient d'être longs, parce que ceux dont ils se composent ne sont point monosyllabiques , comme les noms d'un grand nombre de nos rivières; mais des noms composés et d'une grande longueur sont bien loin d'être étrangers à la géographie brésilienne, ainsi qu*on en a pu voir des exemples dans cette relation et les deux précédentes (1).
Je reviens à la Serra do Francisco e da Paranahyba, dont la digression à laquelle je viens de me livrer m'a peut-être éloigné trop longtemps.
Au nord de la Serra da Canastra, qui forme le commencement de cette grande chaîne , je traversai celle-ci dans sa largeur, pour me rendre au village d'Araxi , qui est situé an-dessous de son versant occidental ; pendant une quinzaine de jours je suivis ce versant; je ne remontai sur le sommet de la chaîne que pour y faire environ 5 legoas, et ensuite je descendis le versant oriental, que je côtoyai jusqu'à Paracatù ; je ne puis donc indiquer la suite bien exacte des montagnes qui formant l'ensemble de la chaîne. Je dirai cependant qu'elle se prolonge à peu près dans un espace de 3 degrés et demi , changeant sans cesse de nom , et que ses sommets les plus élevés se trouvent dans sa partie la plus méridionale. Après la Serra da Canastra , dans la direction du sud au nord, viennent successivement, selon d'Kschwege, les Serras do Urubu, da Marcella, d'Indaiâ et d' Abatte (2).
(1) El. : Rio Grande de S. Pedro do Sul , S. Miguel e Aimas, Calas AUas de Maio detUro , S. Antonio dos Montes Claros , etc.
(2) D*Ëschwege dit que la portion de chatoe formée de ces cinq montagnes se dirige vers la rive gauche du S. Francisco, le traverse en formant la chute de Pirapord, et va se rattacher, dans les Minas Novas, à la Serra do Espinhaço {Bras, yeue Welt, 1 , 50^. On pourrait croire, d'après
Au delà de ce point, aucun auteur ne me donne de renseignements certains, et, comme je ne suis monté sur le sommet de la chaîne qu*à 3 Ijeues et demie du passage du Paranaliyba, c* est-à-dire à une distance qui ne peut guère être moins de i degré de la Serra d'Abaité (i), je ne saurais rien dire de cet intervalle (3). Parvenu au sommet de la chaîne, je me trouvai sur un vaste plateau a|^é encore Chapadào (grand plateau) (3), et qui, si je dois croire ce
cela , que la Serra do S. Francisco e da Paranahyba ne s'étend point, aa nord , plus loin que TAbaité ; mais il ne saurait en être ainsi , et ce q«*B8chwege loL-iiènie dit ailleurs pronre qbe telle n*a point été sa pensée : la direction qu'il attribue h la chaîne au delà de la Serra d'Abaité est sans doute celle de quelque contre-fort oriental. D'après le même écrivain, on appliquerait le nom de Mata da Corda h la chaîne partielle formée par les cinq Serras ; mais Caul dit expressément {Ccrog., 1 , 382) que ce nom est celui d'un bois qui s'élève entre les deux Abaité, et le nom de Mata (bois) rend cette opinion plus que plausible.
(1) Voyez la carte générale de MM. Spix et Marlius.
(t) La carte générale de MM. Spix et Martius indique , sous le nom de Serra doi Crittaet , une portion de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba plus méridionale que Paracatû, et un passage de Cazal {Corog,, I, 382) tendrait réellement à faire croire que telle est la position de la Serra dos Grittaes ; mais, s'il n'existe pas deux montagnes de ce nom , il y a certainement ici une erreur. On me parla, dans le pays, d'une Serra dos Cristaes que je ne visitai point , parce que je savais qu'elle avait été parcourue par le docteur Pohl : Or, par la relation fort intéressante du voyage qu'y fit ce savant (BeUe, Î63) , on peut voir que la Serra da$ Criêtaes , où il a été , se trouve située à l'ouest, hors de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba; que, pour y arriver, Pohl fut obligé de passer le Rio de S. Marcos et d'entrer dans la province de Goyaz ; que , arrivé k la Serra dos Cristaes, il n'était qu'à peu de distance de S. L%uia de Goyaz , et qu'enfin cette montagne ne peut être qu'un contre-fort ou une portion d'un contre-fort du diviseur des eaux du Paranahyba et du Tocanlins. Ce que je dis ici est, au reste, confirmé par Mattoa (/(., U , 185).
(3) On a vu que le plateau qui termine la Serra da Canastra porte auivsi le nom de chapadào. Ce mot est en quelque sorte générique et désigne tout grand plateau.
qui m'a été dit, a presque 6 legocis de longueur et 5 de largeuFy sans aucune discontinuité. Après le Chapadâo ytent la Serra dos Pilôes; mais ce fut là que je descendis pour côtoyer le versant oriental et me rendre à Paracatû. A environ 9 lieues de cette ville, je montai sur un autre grand plateau , qui est encore la continuation de la Serra do S. Francisco et da Paranahyba; et, après avoir, pour la troisième fois, traversé cette chaîne dans la partie qui porte le nom de Chapada de S, Marcos, j'arrivai, du côté occidental^ au Registre dos Àrrependidos, limite de la comarca de Paracatû et de la province de Goyaz, Ce qui caractérise d'une manière particulière la Serra do S. Francisco et da Paranahyba , c'est cette suite de plateaux qui la terminent et qui lui donnent quelque rapport avec les Alpes de la Scaudinavie (1).
Les deux versants de cette Serra et ses contre-forts fournisseot un grand nombre de rivières , parmi lesquelles on en compte de diamantines , telles que l'Indaiâ et l'Abaité , et dont la plupart arrosent la comarca de Paracatû. Mais ce ne sont pas les seules rivières fournies par la Serra do S. Francisco e da Paranahyba et par ses contre-forts qui coulent dans la comarca de Paracatû; au nord du chef-
(1) Le plateau de S. Marcos se prolonge josqti^au village de Coaros, sur la Serra do Francisco e do TocanUiis , et là il se coofond probablemaot aree ceiui que M. Martius iRei$e, U) appeUe Chapada dos Couros, ott/da moios» ce dernier doit se présenter après lui dans la direction du DonL Ce fut aussi un plateau que trouva M. Gardner au sommet de la mèine Serra , lorsqu*il la traversa entre les villages de S. Pedro et de N. S. da Abbadia pour se rendre de Goyaz à Minas ; par conséquent, il est fort vraisemblable que la Serra do S. Francisco e do Tocautins, qui , en réalité , n*est que la continuation de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba, est , à son sommet , aussi plate qu'elle.
Heu» cette comarca est traversée par d'autres affluents du S. Francisco , qui naissent de la continuation de la même chaîne.
Si Ton excepte Paracatù , il n'existait, lors de mon voyage, aucune ville dans toute la comarca. Quatre villages étaient des chefs-lieux de justice (julgados) , savoir, Salgado, dont j'ai parlé ailleurs (1), S. Bomâo, situé sur les bords du S. Francisco (2), Araxâ et Desemboque, à l'ouest de la chaîne ; mais il faut que les autres bourgs ou hameaux, qui n'avaient pas le même titre que ceux-là, fussent bien peu importants , puisque , au rapport de M. d'Eschwege , Desemboque ne comprenait, en 1816, qu'une soixantaine de maisons. Dans un espace d'à peu près 70 legqas ( au moins 85 lieues communes de France), depuis l'extrémité nord de la Serra da Canastra jusqu'à Paracatù , je ne traversai d'autres villages qu'Araxé,où l'on comptait, en 1816, soixante-quinze maisons (3) , et Patrocinio , où , à l'époque de mon voyage , il n'en existait qu'une quarantaine ; je trouvai à peine un chétif hameau dans une étendue de 25 legoasy entre Paracatù et la frontière de la province de Goyaz ; enfin, lorsque, à mon retour de cette province, je fis
(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro^ etc., 11, 407.
(2) L. c, 428. — Depuis mon voyage , S. Româo, comme Araxâ , a été érigé en viUe ( Gardner , Travels , 413); mais il ne parait pas que son nouveau titre ait influé en rien sur sa prospérité, car Pizarro faisait monter sa population, en 1822, à 1,300 individus, et, d'^pfès Garduer, on n'en comptait que 1,000 en 1840. Ce qui prouve, au reste, combien les choses changent peu dans les pays déserts , ainsi que j'ai eu occasion de le dire ailleurs , c'est que les détails donnés par le naturaliste angli^s semblent être un simple commentaire de ce qu'écrivait Tabbé Manoel Ayres de Cazal en 1817.
(3) Esciiw., Bras, \etir WcU, I, (ifi.
encore plus de 20 legoas dans la comarca de Paracatû pour me rendre à S. Paul , je ne vis que quelques pauvres aldects d'Indiens civilisés. La comarca de Paracatû n'est donc autre chose qu'un immense désert.
Je n'ai point visité toute cette partie de la comarca comprise entre le S. Francisco et la chaîne qui , du côté de l'ouest y fournit les affluents de ce fleuve; mais il est naturel de croire que ce désert est encore moins civilisé que celui que j'avais parcouru sur la rive droite du S. Francisco, puJsqu'U est plus éloigné du pays que l'on peut considérer comme le centre de la civilisation dans la provioce des Mines. Paracatû, qui compte déjà une existence assez ancienne , qui fut jadis riche et florissant, doit renfermer une population plus intelligente et plus policée que celle des déserts environnants. Mais je crois pouvoir dire que la population du pays que je traversai pour arriver à cette ville est le rebut de la province des Mines. Les commencenàents du district d'Araxà datent de nos jours, et l'on sait que, ce bourg fut peuplé non-seulement par des cultivateurs dont les terres commençaient à s'épuiser et d'autres qui n'en possédaient point encore, mais par des débiteurs insolvables et des criminels qui cherchaient à se dérober à de justes châtiments. Lors de la réunion dujulgado d'Araxà à la province des Mines , d'Eschwege , qui avait été chargé par l'administration de faire un rapport sur cette contrée, s'aperçut, étant à Patrocinio, que les habitants s'éloignaient de lui , et il sut bientôt que ce canton reculé était devenu l'asile d'hommes qui , ayant commis des crimes ou devant de l'argent au trésor royal , avaient fui de Minas.
Pour retremper une telle population , il eût fallu pouvoir l'instruire et l'attacher au travail; mais de qui les ha-
bitants de ces déserts recevraient-ils quelques leçons de morale et de religion, ou même l'instruction la plus élémentaire? et pourquoi travailleraient-ils, quand leurs besoins si peu nombreux sont satisfaits? Dans ces contrées, l'isolement détruit l'émulation ; la chaleur du climat invite à l'oisiveté, on n'exerce plus son intelligence, on ne pense plus, et l'on tombe dans une sorte d' hébétement grossier.
Un grand nombre de vadios (oisifs) parcourent le canton d'Araxé et désolent les propriétaires en volant leurs bestiaux (1). Dans ces déserts, les hommes établis vivent éloignés les uns des autres; ils ne connaissent point la société, ils ne connaissent que la famille : les vadios ne connaissent ni l'une ni l'autre. On peut les comparer à ces plantes parasites qui , étrangères au sol, épuisent les végétaux utiles dont ils tirent leur substance et ne produisent que de mauvais fruits.
S'il y a quelque remède à l'espèce d'abrutissement dans lequel est tombé le peuple de ce pays , c'est naturellement du clergé qu'il seml)lerait qu'on est en droit de l'attendre. Quand on songe cependant qu'il n'existe qu'une demi-douzaine de paroisses dans toute la comarca de Parac^tù , on doit sentir que les pasteurs, lors même qu'ils seraient animés d'un véritable zèle , trouveraient de grands obstacles dans r extrême dissémination des habitants , si peu nombreux, de cette vaste contrée. Mais on sait combien, en général, le clergé brésih'en fait peu pour l'instruction du peuple qui lui est confié, et il y a encore moins à espérer
(1) M. Gardner dit aussi que toutes les caravanes qui arrivent k S. Romio ont à se plaindre des vols de chevaui, eitrémement communs dans ce canton {Trav., 418^.
des ecclésiastiques de la comarca de Paracatû que de ceux des pays voisins. Cette comarca , en effet, ue dépend pas de révèché de Marianna (1819-22); elle appartient à celui de Fernambouc, dont le chef-lieu est éloigné de 450 à 500 legoas^ et, par conséquent, aucune surveillance ne saurait être exercée sur le clergé de cette partie du Brésil (1). Les prêtres peuvent impunément suivre les exemples des laïques qui les entourent, et leur conduite ne saurait manquer de réagir ensuite sur ces derniers. La Klivision des évêchés du Brésil serait, je le répète, indispensable; mais où trouverait-on des sujets assez vertueux , assez éclairés pour occuper les sièges épiscopaux , et en même temps assez courageux pour s'opposer aux abus et assez prudents pour éviter les écueils qu'ils rencontreraient à chaque pas?
Lorsque je parcourais la partie orientale de la province des Mines, charmé de Thospitalité de ses habitants (2), de
(1) Yoiei commeot s'exprime, à ce sujet, Monsegnor Pizarro, prêtre sincèrement catholique, auquel on doit un travail immense sur les églises dn Brésil et la géographie de cette contrée : « De l'énorme distance « qu'il y a de Paracatû k Femambouc , il résulte que les charges ecclé- « siastiqaes les pins importantes tombent entre les mains de sujets im- « béciles et sans conscience ,' qui ne savent même pas quels sont leurs « devoirs, et, trop souvent ces honmies deviennent la cause principale de « la raine des églises et même de celle de la chose publique, non-seule- « meot parce qu'ils sont ignorants et saos expérience, mais encore parce • qu'ils vivent loin de l'oùl vigilant de leurs évèques. » (Mem, hi$toriciM,vm, part. 11,217.)
(2) M. Gardner, qui était au Brésil de 1836 à 1841 , fait un très-grand éloge de l'hospitalité des Brésiliens en général ; cependant il ajoute que ceUe des habitants de Minas n'est plus ce qu'elle était à l'époque de mon vojage, et U en accuse les relations fréquentes que les Mioeiros ont eues a?ec les Européens , principalement avec les compagnies anglaises {Tratels, 4ùS). Par conséquent, grâce k leurs compatriotes, Mawe, Luccock et Walsh ne seraient plus aujourd'hui reçus dans les Mines c^nime ils le
2t0 VOYAGE AUX SOURCES
leur politesse, de leur intelligence, je m'étais bientôt Identifié avec leurs intérêts et leurs besoins ; ils étaient pour moi des amis , presque des compatriotes. Dans les déserts de Paracatu , je redevins un étranger. Depuis Araxà jusqu'à une faible distance du chef-lieu de la comarca , dans un espace de 48 legoas, je ne trouvai, je crois, qu'une
forent il y a pcn d'années , et c*est ainsi que se vérifient les paroles que j'écrivais en 1830 : « Souvent le voyageur honnête a porté la peine des torts de ceui qui Font précédé. » U est fort à craindre aussi que les Français ne soient pas accueillis avec une eitrême bienveillance par ceux des Brésiliens qui auront lu un article de M. de Cbavaignes , inséré dans la Reme des deux mondes et reproduit dans Touvrage intitulé Souvenirs, p. 2QP : tt J'ai eu plus d'une fois k maudire, dit l'auteur, i'hospittlité
« que ce peuple accorde si généreusement Vous devez vous soumet-
« tre à des formalités cérémonieuses toujours déplaisantes ; vous devez
« causer ou écouter quand vous voudriez dormir Accablé de qu^'
« lions sur le but de votre voyage, sur l'opinion que vous avez du Bré- « sil , il vous faut parler cette langue portugaise si dpre et si goltu- « raie. » Ces phrases ont eicité à Rio de Janeiro les réclamations les plus vives (Slinerva Btaziliense, 711 ). Les Brésiliens peuvent répondre que, dans tous les pays du monde, l'étranger honnête se fait un defoir de se gêner pour celui qui veut bien l'accueillir, et en même temps ils peuvent me citer comme un exemple des égards et des soins que 1 oa prodigue à celui qui , voyageant chez eux, tombe réellement malade. 1» peuvent dire que, partout et dans tous les temps, depuis celui d'Homère jusqu'il nos jours, on a questionné l'iiomme qui vient de loin , et^c « nos ancêtres les Gaulois se tenaient sur les grands chemins pour de- « mander aux voyageurs ce qui se passait dans leur pays. ( Mbnbch., « Hfst., I , chap. I). » Quant aux reproches faits k leur langue, les Brésiliens s'en consoleront facilement ; car il parait que l'aiuteur, lorsqu il • écrit , l'avait k peu près oubliée : la plupart des mots qu'il cite comme portugais ou sont espagnols, ou n'appartiennent k aucun langage ; ^^^ sierra (pour serra), ciudad (pour eidade), de la (pour dfl), goberna'dor ( pour govemador) sont espagnols , et on chercherait inutileihen r dans quelque dictionnaire que ce fût, corcoval (pouk* corcovado), <**** roail ( pour arraial) , alquiere (pour aUfueire) , cachoiera (pour cachoeira), cabres (pour cabras), etc.
personne avec laquelle je pus m' entretenir quelques instants.
D'après tout ce qui précède » je n'ai pas besoin de dire que les grossiers habitants d^ désert qui s'étend de la Serra da Canastra à Paracatii , et probablement ceux de la plus grande partie de la comarcGy ne connaissent aucune de ces commodités auxquelles nous attachons tant de prix, ^ et ne font même aucun effort pour embellir leurs demeures. Ils occupent des chaumières petites et obscures , et, lors même qu'une fazenda a quelque p^ d'importance, la maison du propriétaire ne se distingue pas des cases de ses nègres. Le désordre caractérise ces misérables demeures, toutes construites en terre. Il ne s'y trouve point de meubles, et le peu d'effets qu'on y aperçoit gti dispersé à droite et à gauche. Pour ne pas laisser tout ce qu'on possède par terre ou sur les giraos , on ne connaît d'autre ressource que d'enfoncer dans les murs des morceaux de bois auxquels on suspend sa selle ^ ses éperons et de inauvaises hardés.
A l'endroit appelé Sapé^ situé à 10 lieues de Paraeatû^ je trouvai deux ou trois maisonnettes écartées les unes des autres. L'une d'elles , qui. n'avait point de porte, se composait de deux petites pièces propres et bien balayées; comme elle était sans habitants , je m'y établis , et je trouvai que depuis longtemps je n'avais été aussi bien nulle part. Qu'on juge par là des autres gîtes que j'avais occupés.
Le costume des gens de ce pays n'est pas plus magnifique que leurs habitations ; mais, pour être juste, il faut dire que, si leurs vêtements sont souvent déchirés, ils sont du moins presque toujours propres.
Qu'on ne siroagine pas que toute cette population soit
composée d'hommes de couleur. A la vérité, sur la route de S. Paul à Goyaz , je traversai des aldecis d'Indiens métis dépendants du territoire d'Araxé; mais la plus grande partie des habitants de ce julgado sont des blancs. Arrivé près de Paracatù , je trouvai enfin un propriétaire dont la malson était mieux soignée que tant d'autres et avec lequel je pus causer : ce qui est assez remarquable, cet homme était un mulâtre.
A Paracatù même, on exploite encore quelques minières. D'ailleurs, dans la partie de la comarca que j'ai parcourue entre la Serra da Canastra et la frontière de Goyaz , tout le monde se livre à la culture des terres et surtout à l'éducation des bestiaux. Les habitants du territoire qui s'étend de la province de Goyaz à celle de S. Paul, c'est-à-dire entre le Paranahyba et le Rio Grande , sont aussi des agriculteurs.
Depuis Araxà jusqu'au Paranahyba, dans un espace de 32 legoas , les terres de moyenne qualité rendent en maïs 200 pour 1 , et ont, par conséquent , une grande fertilité. Les environs mêmes de Paracatù sont propres à tous les genres de culture. Enfin entre Goyaz et S. Paul , sur la route qui mène à cette dernière province, on trouve des terrains d'un très-bon rapport. Ceci doit suffire pour faire voir combien cette contrée, aujourd'hui si déserte, pourrait nourrir d'habitants, et combien elle a été favorisée par la nature.
Au nord du Paranahyba, on commence à planter du manioc, ce qui tend à prouver que le pays est déjà plus chaud et moins élevé; car cette plante , commune dans ta partie duSertâo que j'avais parcourue en 1817, ne se voit point dans les contrées hautes et tempérées. Le même végétal se
DU RIO DE S. FRAlfOSCO. 22S
cultive avec avantage aux environs de Paracatû, et il en est probablement ainsi diois toute la partie de la comarea qui s'étend au delà de cette ville.
U ne parait point qu'à Touest de la Serra do S. Francisco e da Paranabyba, du moins jusque vers la hauteur de Paracatu, ou, plus exactement encore, vers le i?"" d^ré de latitude sud , la grande Fougue (Pteris caudata^ ex Mart. ) et le Capim g^n'dvra (MeUnis mimUifloray Palis; — Tristegù glutino$ay Nées; — Capim melado, à Rio de Janeiro) s'emparent, comme dans la partie orientale de Minas, des terrains qui ont été quatre à cinq fois en culture (i). Hais à peine me trouvai-je sur le versant oriental de la Serra que je coamiençai à revoir la dernière de ces plantes , le
(1) « Lorsque, à l'oneot de la Serra do Espiobaco, ou a fait, dans an « terrain , an petit nombre de récoltes, on y Toit naître une très-grande « foof ère éoL genre PtsrU. Une Graminée vîsqneose , grisâtre et fétide , « appelée Capim g9T€wra mx iMrbe à la giaisM, aacoède bientôt à cette
• cryptogame ou croit en même temps <pi*eUe. Alors presque toute»
• les ^utres plantes disparaissent avec rapidité , et Tagriculteur, ne
• pouTioC plus espérer voir naître de nouveaui arbres sur son terrain, « dit que eeM-ti ^ ftriu tma reêêur {Vo^foge dMM Us ptimincêê
• de Rio †Janeiro, etc., 1, 194), • J'ai dit, en parlant du Capim gofdura, que le 17* 40' degré de latit. S. formait sa limite septentrionale, mais cela ne doit s'entendre que du pays dont je parlais alors, celui qui se tro«ie lilaé k Test de U Sarra do Eipinhaço, k pan près août les mêmes méridiens que Villu Rica, Villa do Principe et les pays circoDToisins. On verra, plus tard , que j'ai retrouvé cette même Gramint^e, entre le 16* et le 15* degré (Escbw., Piz.), dans la province de Goyaz , en morendant de Santa Luzia à Villa Boa. M. Gardner dit qu'il Ta observée ii pluiemr» degréi, tu noid du 17*, laraqo^ traversa la «hataie des moatagnes <pû séparent Goyaa de AGnaa el de FemaBsbouc ; il ijouie que, daoa cts contrées , elle ne cvett qu'auprès des maiaoM ; il \m parait évident mtlfSki y a été transportée par W» cararnes, et il pense qu'elle ne tardera pa§ à se lépandte davantage, (Trovalf , 475).
Capimgordura. Elle n'est point indigène dans ce pays (1); les habitants disent qu'elle vient des colonies espagnoles et qu'elle a d'abord été cultivée comme fourrage. Aui environs de Paracatù , plus au nord et probablement en beaucoup d'autres endroits , elle n'envahit les terres que lorsqu'on'ne les laisse point reposer assez , ou lorsque le feu y prend par accident, ce qui malheureusement n'est pas rare. Dans le canton de Tapera, à peu près à 10 legoas de Paracatù, le (Japwngfordura s'élève quelquefois, m'a-t-on assuré, à la hauteur d'un homme; ses tiges faibles, couchées les unes sur les autres, forment des lits épais, et, lorsqu'on y met le feu , elles fournissent, comme lescapoeirasy asseï de cendres pour fumer la terre , que l'on peut ensemencer ensuite. Je n'ai pas besoin de dire que , dans ce cas , ta Graminée dont il s'agit, ordinairement si nuisible à Tagriculture, ne présente plus aucun inconvénient.
Il est assez remarquable que, tandis que le Capim gordura, malheureusement si commun à l'est de la Serra do Espinhaço, ne dépasse pas beaucoup le versant occidental de. cette chaîne , il se soit, au contraire, répandu à l'orient de l'autre chaîne qui limite le bassin du S. Francisco, et qu'il ne se trouve plus à l'occident de la partie méridionale de celte dernière. Ici il est bon de se rappeler que, à Test de la Serra do Espinhaço, s'étendent de vastes forêts, et que, à l'ouest , phis loin même que la Serra do S. Francisco e da Paranahyba, il n'eiiste que des campas. Ainsi le Capi^
(1) Voyex ce que j'ai dit , diDS mon Voyage au district des J>^' tnanlf, etc., 1, 220, sur les diverses opinious qu'on a, en d'autre» «odroits , relativement A la patrie de cette plante M. Gardner assure, ^in» que moi {TraoeU, 477) , que les agriculteurs brésiliens ne la considèrent point comme indigène» et tout ce qu'il ajoute tend k le confirio^i'.
DU BIO DE S. FRANCISCO. t9&
gordnra se trouve dans des régions végétales fort dilférentes, celles des forêts et des campoSy et, ensuite, on ne le yoit que dans certaines parties d'une même région, ce qai tiod à proayer, de plus en plus, que des circonstances fortuites ont introduit cette plante à Minas Geraes.
Les pâturages naturels qui couvrent une si immense portion de la comarca de Paracatû la rendent aussi fovorable à réducidion des bètes à cornes qu'elle Test à Tagriculture. la nécessité de donner du sel au bétail doit, il est vrai, diminuer les bénéfices d'un grand nombre de cultivateurs, mais cette nécessité n'est point générale. Comme dans la partie orientale du Sertâo (1), il existe, auprès de Paracatû, des terrains salpêtres qui remplacent le sel pour les bêtes à cornes, et il peut être également remplacé, dans plusieurs cantons, tels qu'Araxé ; Patrocinio, les environs de Farinha Podre, par des eaux minérales que les animaux savourent avec délices.
Outre les bestiaux, il y a, dans les fazendas voisines d'Araxé, et encore ailleurs, des troupeaux de moutons. Avant l'arrivée du roi Jean YI au Brésil , on ne songeait point , dans ce canton , à élever des bêtes à laine ; mais le goût des Européens pour la chair de ces animaux et le prix élevé auquel on les payait encouragèrent les cultivateurs à en former des troupeaux. Eux-mêmes ne mangent point leurs moutons, et, en général , ils témoignent de l'horreur pour cette viande (â); mais, du c6té d'Araxé et peut-être dans d'autres parties de la comarca, les propriétaires fa-
(1) Voyage dans les provincet de Rio de Janeiro, etc., 1 , 318.
^2) Un autear anglais a prétendu que les Brésfliena ne mangeaient pas la chair des montons » parce que Fagnean est nn symbole pour les chrétiens ( Luccocft , NoU$ on Drazil ). Je n*ai rien entendu dire qui I. 13
briquent dans leurs maisons des tissus de laine grossiers.
Entre la Serra da Canastra et Araxà, à l'ouest de la grande chaîne, le pays est montagneux ; j'eus même à traverser une petite chaîne qu'on appelle Serra do Araœây et qui ne peut être qu'un contre-fort de la grande Serra do S. Francisco e da Paranahyba. Ayant quitté Araxâ, je traversai encore d'autres petites chaînes, celles qu'on nomme Senras do SalitrCy do Dourado et da Figueireda; mais, en général , le terrain est ondulé, quelquefois plat , et les collines, arrondies et très-larges à leur sommet, s'inclinent par une pente insensible. Après avoir passé du cûté oriental de la Serra do S. Francisco et da Paranahyba, je fis plusieurs lieues dans une plaine. Au delà de Paracatù, à peu de distance de cette ville , je me retrouvai encore dans un pays plat; mais je ne tardai pas à monter sur le plateau qui termine la Serra do S. Francisco e da Paranahyba , et c'est ensuite que j'arrivai à Goyaz.
A son sommet et sur l'un de ses versants, celui qui est tourné vers le village d'Araxà, la Serra du même nom présente des arbres tortueux et rabougris : d'ailleurs, dans un espace d'environ 12 à i^legoas, depuis la Serra da Canastra jusqu'à la rivière de Quebra anzol , je ne découvris, dans la campagne, que d'immenses pAturages entremêlés de bouquets de bois. Au delà de Cachoeirinha ^ lieu situé un peu {dus loin qu' Araxé, je commençai à trouver plus de variété. Ce sont encore, il est vrai , des pAturages et des bouquets de bois ; mais tantôt les premiers sont simpl^hent composés
jastifiAt cette asseriioD : ce qu'il y a de certain, c'est que la chair des moatoDS est, dans les {Nirties chaudes du Brésil , infiDÎment moins bonne qu*en Europe.
de Gramens, d'autres herbes et de quelques sous-arbrisseaux, tant4^t Us offrent des arbres rabougris, épars çà et là au milieu des herbes. Cette alternative assez singulière tient érideimneot aux différences du sol, car, lorsque celui-ci prend une couleur rouge, il donne toujours naissance à des arbres épars, tortueux et rabougris, et, plus la teinte de la terre est foncée, plus ces arbres sont nombreux. Après avoir passé le Paranahyba et traversé le diviseur des eaux de cette rivière et du S. Francisco, je me trouvai, comme je Tai dit, dans une plaine, et là je ne vis plus sur mon chemin que des camfos parsanés d'arbres rabougris; mais, parvenu au sommet d'un morne élevé, voisin de la ville de Paracatû, et qrii lui a emprunté son nom. Serra de Paracatû, je reconnus qu'il y avait encore dans cette plaine des pâturages simplement herbeux mêlés parmi les autres; enfin, au delà de Paracatû, j'observai encore la même alternative.
Ce pays diffère donc, dans l'ensemble de sa végétation , de la partie du Sertâo que j'avais parcourue en 1817; car je n'avais guère vu, à l'orient du S. Francisco, que des campos parsemés d'arbres rabougris (1). Au reste, on sait que les pâturages* simplement heii)eux appartiennent aux cantons les plus élevés de la région des campos; il est à croire qu'ici, quand je commençai à apercevoir des arbres épars au milieu d'une partie des pâturages, le pays n'était déjà plus aussi haut, et, vraisemblablement, si j'étais descendu vers le Rio de S. Francisco et que je me fusse porté davantage du côté du nord, j'aurais trouvé des arbres dans tous les pâturages.
n y a aussi , dans les phénomènes de la végétation , une
(i) Voyex mon Vf^ffoge dans lei provinces de Rio de Janeiro , etc., U,202.
diflFérence fort remarquable entre ce pays et le Sertâo oriental du S. Francisco (1). On sait que, pendant la sécheresse, les bois de ce désert se dépouillent entièrement de leurs feuilles (2). D'après les renseignements qui m* ont été donnés, il n'en est pas ainsi dans la comarca de Paracatû, depuis l'endroit où j'y entrai jusqu'au village de Patrocinio ; car, dans cet espace, quelques arbres seulement, tels que Ylpé (Bignonée) et les Gameleiros (espèce de figuier), perdent, chaque année, tout leur feuillage. Je sais aussi que, sur le Chapadâo , les bouquets de bois ne se montrent jamais entièrement dépouillés. Quant au reste de la comarca^ je n'en pourrais rien dire sous ce rapport J'ai montré que la sécheresse était la seule cause de la chute des feuilles dans les catingas de Minas Novas et celles du Sertâo oriental ; si donc , dans la partie de la comarca de Paracatû , dont je viens de parler, les arbres conservent leur feuillage , cela doit tenir à c^ que cette contrée, plus élevée, est aussi moins sèche.
Au reste , s'il y a , pour la végétation , quelques différences entre le Sertâo oriental et la portion de la comarca de Paracatû que j'ai parcourue depuis la Serra da Canastra jusqu'à Goyaz, les ressemblances sont bien plus sensibles. Nous avons, dans les deut pays, des campos qui, parsemés d'arbres rabougris , présentent le même aspect. Les ruisseaux sont ici, comme dans le Sertâo oriental, t)ordés d'une étroite lisière d'arbres serrés, grêles, élancés, souvent rail) Je n*ai pas besoin de dire que je veui seulement parler ici de la partie que j*ai parcourue en 1817.
l2) Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro , etc., U , 122, et mon Tableau de la végélation de la province de Minas GeraeSy publié dans les Annales des sciences naturelles, 1'* série.
DU RIO DE S. FRANaSOO. 229
meus dès la base et en partie dépouillés de feuilles. Avant d'arriver à Patrocinio, je vis, pendant plusieurs jours, dans les parties les plus basses des campos , des espaces assez considérables d'un terrain spongieux et noirâtre, ou croissent, au milieu d'épaisses Graminées, la Gentianée (484) , des Xyris et des Eriocaulon : le désert que j'avais parcouru, lors de mon premier voyage, m'avait offert des marais du même genre.
L^ détails de la végétation m'offrirent entre les deux contrées encore plus de rapports. J'avais pu raisonnablement espérer de faire une riche moisson de plantes , en m' éloignant peu d'une chaîne qui donne naissance à deux des plus grands fleuves de l'Amérique, et surtout en la traversant ; mais je fus désagréablement trompé dans mon attente. La plupart des plantes que je voyais autour de moi étaient celles que j'avais déjà observées , il y avait environ deux ans , près du Rio de S. Francisco , dans une contrée pourtant beaucoup plus septentrionale, et sans doute beaucoup moins élevée. Parmi les arbres rabougris des campos, je retrouvai à peu près les mêmes Légumineuses, les mêmes Salicariées , des BIgnonées à fleurs jaunes , les mêmes Apocynées, des Vochysiées, et, entre autres, le Scdvertia ewwallartodara , Aug. S. Hil., aux fleurs tout à la fois si parfumées, si bizarres et si belles, et enfin cette espèce connue sous le nom de Quina do campo ou de Mendanha, dont récorce remplace le Quina du Pérou, et que j'ai, avec étonnement, reconnue pour être uuStrychnos (Strychnos pseudoquina, Aug. S. Hil.) (1).
La saison pendant laquelle je traversai la comarca de Pa-
1 1) Voyez mon oorrage intiiulé PlanUt usuelleê des BrasilienSf I.
racatu était d'ailleurs peu favorable à la récolte des plantes; elles avaient déjà perdu leurs fleurs , et les firuits n'étaient point encore mûrs.
La sécheresse qu'il avait fait, cette année-là> contribuait encore à rendre les fleurs plus rares. L'herbe était, an commencement de mai , vers Patrocinio, presque aussi sèche que celle des campos du Sertào oriental Test ordinairement en août et en septembre , et la campagne avait une teinte jaune ou grisâtre qui affligeait les regards.
Le dé&ut de pluie avait occasionné une disette générale. Le maïs, qui , dans ces contrées, remplace T avoine, manqua souvent à mes mulets. Souvent aussi j'eus beaucoup de peine à renouveler mes provisions de fkrine et de haricots ; je fus privé de riz pendant plus de trois semaines, et ces comestibles formaient ma seule nourriture.
Ce voyage fut aussi pénible qu'il était peu fructueux pour la science. Au milieu de ces campos^ où il n'y a point d'ombrage, la chaleur était excessive, et, à la fin d'une journée ennuyeuse et fatigante, je ne trouvais qu'une nourriture grossière , de l'eau pour boisson, un gtte détestable et des hôtes ignorants et stupides.
Cependant, malgré les tristes détails que je viens dé donner sur mon voyage dans la comarca de Paracatû, il n'en est pas moins vrai que cette comarca renferme tous les éléments de la richesse et de la prospérité. Non-seulement on y trouve de l'or et des diamants (1), mais encore du fer et de l'^tain (2). Diverses plantes y offrent à l'homme
(1) n se trouve des diamaDts, selon Pizarro, dans les Rios da PrcUa do Sono, Abaité, S, Antonio, Andaia, Preto.
(2) Piz., Mem, Mit,, vni, segunda parte, 2U.
DO RIO BE S. nUNOSCO. 381
des remèdes salutaires, tels que le Quina do campo [Strychr nos pseudoquina, Aug. S. Hil.), que j'ai déjà cité. Les terres sont fertiles , et d'immenses pAturages peuvent nourrir de nombreux troupeaux. En plusieurs endroits, des eaux minérales dispensent ragriculteur de donner au bétail le sel, denrée si chère à l'intérieur; et ces eaux pourraient être utilement employées pour la guérison de plusieurs des maladies qui afOigent notre espèce. Enfin les campagnes sont arrosées par une foule de ruisseaux et de rivières; elles le sont par le Paranahyba , l'un des commencements du Rio de la Plata, et le S. Francisco, l'un des plus grands fleuves de l'Amérique, qui, par la suite, auront la plus grande importance pour l'exportation des produits du sol. Lorsqu'une population plus nombreuse se sera rendue dans ce pays, aujourd'hui si désert, lorsqu'à l'aide de conmiunications plus fréquentes quelques lumières y auront pénétré, il ne saurait manquer de devenir florissant.