ARAXW ET SES EAUX MINÉRALES
Faxenda de Paiol Queimado; son rancho.-^ Retira da Jabuticabeira, Les propriétaires des cantons voisins d*Araià sont-ils riches? — Une cascade. — Pays situé an delà du Retiro da Jabaticabeira. — RHiro de Troi-oS'MonUi. Réception qa*on y fait à Fantenr. — Serra do Araxà. -> Faxenda de Peripitinga. -> Araxi. Histoire de ce TiUage. Son administration civile et ecclésiastique. Son nom. Sa situation. Ses maisons ; sa pl^ce publique. Ses églises ; réfleiion sur leur multiplicité. Ses habitants; leurs moeurs. Commerce de bestiani. Culture des environs. Éducation des bètes h cornes. — Visite aui eaux minérales. De quelle manière on y traite le bétail. Goût des animaux pour ces eaux. Précautions qu'il faudrait prendre. — L'auteur obtient un tocador. — De quelle manière les fidèles se placent à Téglise ; le cos^ tume qu'ils y portent.
Après m'étre éloigné, comme je F ai dit, de la Serra da Canastra, je parvins, à la fin d'une longue journée de voyage (16 avril) , à la fazenda de Paiol Queimado [grange brûlée). Aussitôt que le propriétaire me vit venir de loin avec ma caravane, il fit balayer un petit rancho^ ouvert de tous les cAtés, qui était en dehors de son habitation, et l'on n'avait pas encore achevé ce travail lorsque nous arrivâmes. Je fus fort sensible à l'attention que Ton voulait bien avoir pour moi et à la politesse mielleuse avec laquelle on m'accueillit ; mais il paraît que le rancho que l'on m'avait donné pour gîte n'était pas autre chose que la demeure ordinaire des
cochons. Toute la nuit , il fallut faire la guerre à ces animaux , qui venaient ronger nos bAts et réclamer leur domicile , et aucun de nous ne put fermer l'œil , à cause de Teffroyable quantité de puces qu'ils avaient laissées dans le rancho.
Le lendemain , nous partîmes très-tard. Le peu de sommeil dont nous avions joui et F extrême chaleur qu'il faisait avaient rais tout le monde de mauvaise humeur , et nous traversâmes tristement un pays fort montueux , couvert encore de pâturages entremêlés de bouquets de bois.
Ces pâturages, comme ceux que j'avais parcourus précédemment, se composent en grande partie de Graminées, principalement de celles n*" 335 , et le petit nombre d'espèces qui croissent au milieu de ces plantes appartiennent surtout à la famille des Composées et au genre Vemonia. Une végétation analogue caractérise en général les campas simplement herbeux.
La belleGentianéen''100 est fort commune sur un morne très-élevé qui se trouve à un quart de lieue du Retira da Jahuticabeira (1) , où je fis halte.
Ce retira ou chalet dépendait de l'immense fazenda de Quebra anzaL II se composait d'une grange et d'une misérable chaumière où le vent pénétrait de tous les côtés , et qui n'avait d'autres meubles que quelques-uns de ces lits rustiques dont j'ai déjà parlé. C'était là cependant qu'un des fils du propriétaire de la fazenda de Quebra anzol demeurait ordinairement avec sa femme, et cette fazetida n'avait pas moins de 9 legaas de longueur.
(1) JatuiicaJbeira est le nom vulgaire du Myrtu» cauli/lara, Mari., trbre qui , comme je Fai dit ailleurs , fournil Tun des meilleurs fruits do Brésil méridioual.
Ici se présente naturellement une question. Ces hommes sont-ils réellenaent dans F indigence, ou ont-ils de la richesse avec toutes les apparences et les habitudes de la pauvreté? Excepté le sel et quelques nègres qui leur rapportent un intérêt raisonnable, ils n'ont, pour ainsi dire, rien à acheter, et, d'un autre côté, ils vendent certainement beaucoup de bestiaux, puisque, après le canton de Rio Grande, cette partie de Minas Geraes est celle qui en fournit le plus à la capitale du Brésil. Il semble donc que les fazendeiros de ce pays devraient avoir beaucoup d'argent, et pourtant la manie de thésauriser ne s'accorde guère avec le caractère généralement imprévoyant des Brésiliens de rintérieur. Il est extrêmement vraisemblable que ces hommes , dont les établissements sont tout nouveaux , ont commencé sans avances , qu'ils ont acheté leurs esclaves et ce qui semble leur propriété à crédit, peut-être même en payant des intérêts fort usuraires, et que, par conséquent, Hs sont pauvres, puisqu'ils ne possèdent qu'imparfaitement c^qui parait leur appartenir (1).
Quoi qu'il en soit, je ne puis m' empêcher de raconter ici un fait dont j'ai été témoin. Dans une des fazendtis du julgado d'Araxé, José Marianne présenta au maître de la maison des bagatelles qu'il avait à vendre. Celui-ci trouva tout extrêmement joli, mais il se récria sur sa misère; à l'entendre, il n'aurait pas eu un vintem. Cependant je vis autour de sa maison tant de moutons , de pourceaux et de bêtes à cornes, que je n'eus point, je l'avouerai, la tentation de lui faire l'aumône, et, an moment où j'allais par-
(1) M. d*Eschwege assure, en 1816, que le prix d'un nègre nouveau, achet<^ 150,000 reis , sYlcvait , après quatre ans de crédit , h la somme de 280,(MK) (Bras., I, 71).
DO RIO DE S. FRANCISCO. 2a5
tir^ an marcbaiMl de bestiaax qai se trouvait là me dit qu'il Tenait d'acheter dans cette propriété cinquante bœufe à 4,800 reis (30 fr.).
Je reyiena au Retiro da Jabuticabeira. II est situé dans un fond y entre des mornes couverts d'une herbe rase ; et, au-dessous de la chaumière, coule un ruisseau dont les bords sont garnis d'une lisière d'arbres et d'arbrisseaux touffus entr^nélés de Palmiers. A une petite distance du retiro, le ruisseau se précipite du haut d'an rocher en formant une cascade charmante. Ici l'eau ne tombe point verticalement, mais elle s'écoule par bonds sur une masse de rochers très-irrégulière qui descend obliquement. A droite et à gaache.de la cascade, qui peut avoir 50 à 60 pieds de bauteor , sont des arbres, des arbrisseaux, des Fougères et d'autrea végétaux. Je récoltai quelques plantes auprès de cette jolie chute d'eau, mais je fus accueilli par des nuées de moocheroDS qui me couvraient les mains et la figure, lorsque j'étais un instant ^ns agiter mon mouchoir.
Au delà de Jabuticabeira, le pays est élevé et montagneux. Sur les hauteurs, je tj'ouvai le terrain mêlé de sa- Me et de pierres ; la végétation était moins vigoureuse que dans les fonds , les Graminées moins serrées et moins touffues. Parmi les plantes peu nombreuses qui croissent au milieu d'elles, les plus communes sont le Smithia n"" 436, la Campanulacée 437 et l'Amarantacée 438 qui caractérisent les campoê pierreux ou caillouteux.
Toujours une vue très-étendue, mais qui n'offre absolument que d'immenses pâturages, et, dans les fonds, des bouquets de bois. Une profonde solitude, presque point de bestiaux, pas une seule chaumière, quelque loin que les regards puissent s'étendre ; personne dans les chemins.
23fi VOYAGK AUX SOURCES
Depuis Jabuticabeira , j'avais fait 5 lieues dans ce pays désert, lorsque je m'arrêtai au Reliro de Tras-os-MorUes (le chalet d'au delà des monts) , qui dépend d'une fazenda assez considérable. Là je trouvai encore quelques chaumières dispersées, et auprès était une manjola (1) avec une grange dont les murs étaient remplacés, comme cela a souvent lieu dans ce pays, par de longs bâtons très-rapprochés les uns des autres et retenus en haut et en bas par d'autres bâtons transversaux.
Lorsque j'arrivai , je demandai à une négresse où je pourrais passer la nuit ; elle me répondit qu'il n'y avait de place nulle part. Le maître de la maison était absent ; j'allai , sans cérémonie, parler à sa femme, malgré l'indiscrétion qu'il y a, dans ce pays, à faire une telle démarche. Dans une chaumière construite comme la grange dont j'ai parlé tout à l'heure, mais plus petite, je trouvai deux femmes jolies et assez bien mises, et je les priai de me donner un abri. Avec un air encore plus impoli et plus dédaigneux qu'embarrassé. Tune d'elles m'envoya à la manjola; mais, comme il aurait autant valu me dire de coucher dehors, je fis connaître qui j'étais, je réclamai un gîte dans la grange, et j'allai le prendre presque avant qu'on me l'eût accordé.
Il paraît que la maîtresse de la maison n'était à ce retira qu'en passant et pour faire les honneurs d'une partie de chasse. Peu de temps après arrivèrent les chasseurs pour lesquels la grange avait été réservée. C'étaient des proprié-
(1) La manjola est la machine , eilrêmement simple, à l'aide de laquelle OD commence la préparation de la farine de maïs dont on saupoudre les aliments et qu'on appelle farinha. On donne le nom de fiUni h la farine proprement dite, rt^ultat de Faction du moulin sur le maïs i Voyage dans les provinces de Bio de Janeiro, etc., 1, 106 el 235^.
taires aisés du voisinage et tous des blancs, car on en voit dans ce canton beaucoup plus que de mulâtres. Je leur trouvai à peu près les manières qu'avaient, à mon départ de France, les petits bourgeois de campagne de nos départements.
Après avoir quitté le retiro dont je viens de parler , je commençai à monter la Serra do Araxà. Je découvrais de tous côtés une vue fort étendue, mais elle n'offrait encore que des pâturages parsemés de capoes. A mesure que je m'élevais, le terrain devenait plus sablonneux, et je voyais cà et là des espaces assez considérables couverts de pierres. La Serra do Araxà, qui a plusieurs lieues de longueur, n'a pas une hauteur considérable ; cependant je fus longtemps avant d'arriver à son sommet , parce qu'il me fallut, auparavant, monter et descendre plusieurs fois. Ce sommet offre une plate-forme où le terrain est pierreux et sablonneux; il y croît çà et là des arbres tortueux et rabougris, et j'y retrouvai quelques-unes des plantes que j'avais déjà recueillies dans la Serra da Canastra , telles que la Radiée n"" 380, la Gentianée n*" 375, et, dans les endroits pierreux, la Composée frutescente n*" 37â.
Du côté qui regarde le village d'Araxé, la montagne est très-escarpée. Son flanc, couvert de rochers, présente encore, par intervalles, des arbres tortueux : ce sont principalement le Eklmeyera speciosay Aug. S. Hil., Jùss., Camb. (vulgairement Malva do Campo) , qui alors était chargé de beUes fleurs roses et couleur de chair ; quelques individus du Vochyiia n*" 356, et la Composée n*" 373. Certains endroits sont presque uniquement couverts d'une espèce du beau genre Vellozia [Canela dema) , dont les tiges, grosses comme le bras et presque toujours simples, n'ont pas plus
de 1 pied à 1 pied et demi de haut et se terminent par un bouquet de feuilles.
On descend la montagne par un chemin pierreux, extrêmement difficile, et , lorsqu'on e^t au bas , on se trouve dans une plaine ondulée où l'on revoit encore des pâturages et des bouquets de bois. Sur la gauche est une petite forêt qui surpasse tous les capdes en étendue. C'est là que se trouvent les eaux minérales et fangeuses que les habitants de ce canton font boire à leurs bestiaux pour remplacer le sel.
A peu de distance de la Serra do Araxà , je fis halte à la fazenda de Peripitinga (1) qui , comme celles de tout ce pays, n'offrait que des maisonnettes éparses au milieu desquelles il était difficile de distinguer F habitation du maître.
Celui-ci était du nombre des chasseurs que j'avais vus au Retiro de Tras-os-Montes. Je l'avais trouvé plus poli que les autres, et je ne fus pas étonné d'apprendre qu'il était né et avait été élevé dans la comarca de Sabaré. Il me logea dans sa grange, mais en me faisant beaucoup d'excuses de ne pas avoir un meilleur gite à m' offrir ; et, pendant tout le temps que je restai chez lui , sa complaisance ne se démentit pas un seul instant.
Quoique nous fussions dans l'automne des tropiques, j'éprouvai, en quittant Peripitinga, une chaleur très-forte ; depuis longtemps même je n'en avais ressenti une semblable, ce qui vient sans doute de ce que le pays n'est plus aussi élevé. Cependant, quand nous traversions quelque bouquet de bois arrosé par un ruisseau, comme le sont tous
(1) Peripitinga vieut peut-être des mots guaranis piri , jonc , et pi- UungOt qui sent mauvais. — M. d'Eschwege a écrit Perepetinga»
ceux de ce pays y nous éprouvion3 une fraîcheur délicieuse. Au delà de Peripitinga , le terrain qui s'étend au pied de la Serra do Araxé présente encore quelques inégalités ; mais, à un quart de lieue du village , on ne découvre plus qu'une belle plaine couverte de pâturages et bordée par des
C'est dans cette plaine , sur une pente peu sensible , qu'est situé le village d'Araxâ [arraial do Araxâ). Avant d'y arriver, on voit çà et là quelques jolies chaumières entourées d'Orangers et de Bananiers. L'aspect du village, dont tontes les maisons , lors de mon voyage , étaient encore nouvelles, la verdure des pâturages, les bouquets de bois dont ils sont parsemés, la beauté ravissante du ciel , cet air de gaité qu'ont si souvent les pays de plaine, tout cela formait ua ensemble charmant.
J'avais une lettre du capitao mar de Tamanduà pour le juge ordinaire (Juiz ordinarto) d'Araxà. J'envoyai José Mariaono en avant, pour la remettre à son adresse. Le juge habitait la campagne ; mais la personne qui gardait sa maison dit à mon muletier que nous pouvions nous y établir. Pendttit que l'on déchargeait les malles , le juge arriva. Cétait un bon et joyeux campagnard , qui me reçut fort bien. Je le priai de me procurer un tocador, un mulet, une paire de malles, et il m'assura que je n'aurais pas de peine à être servi. Depuis S. Joâo d'El Rei, de semblables promesses m'avaient été faites partout, et sans doute de bonne foi; mais on a déjà vu de quelle manière elles s'étaient réalisées.
La découverte du pays où est actuellement Araxé et celle des eaux minérales qui existent dans son voisinage sont
•i«0 VOYAGE AUX SOURCES
dues à des nègres fugitifs , venus de Minas Geraes pour se cacher dans ce désert. Un vieillard qui s'était établi à Araxô , il y avait environ trente ans , à Tépoque de mon voyage (J819) , me dit qu'il n'y avait trouvé qu'une pauvre chaumière. Bientôt on répandit, dans toute la province des Mines, que ce pays ét^t d'une extrême fertilité, qu'il oflrait une immense étendue de terrain sans propriétaire , qu'on y trouvait de vastes pâturages , et qu'on pouvait y élever dç nombreux bestiaux, sans faire la dépense de leur donner du sel. Des criminels poursuivis par la justice, des débiteurs insolvables, des cultivateurs dont les terres ne produisaient plus avec la même abondance, d'autres qui n'en possédaient point encore , accoururent en foule. On vit des familles se réunir, pour traverser avec plus de sûreté un pays sans habitants et arriver jusqu'ici. Cependant ceux de ces hommes qui avaient l'habitude du crime s'y livrèrent avec plus de hardiesse encore, quand ils se virent éloignés de toute espèce de surveillance, et, à l'époque où la nouvelle colonie commença à se former, les meurtres y furent très-fréquents. Lors de mon voyage , les premiers habitants étaient morts pour la plupart ; des communications beaucoup moins difficiles , un accroissement très-considérable de population avaient diminué les chances d'impunité ; mais, si les mœurs se sont adoucies peu à peu, elles sont restées extrêmement grossières.
Quoique les premiers qui s'établirent dans ce pays vinssent de Minas Geraes, ils reconnurent l'autorité du gouvernement de Goyaz. De cette manière, ceux des colons qui étaient poursuivis par la justice se trouvaient avoir changé de province et rendaient leur châtiment plus difficile; et.
d'uD autre c6té, les agriculteurs pouvaient obtenir des sesmarias (1] de 3 lieues, telles qu'on les donne dans la province de Goyaz; tandis que, dès lors, on n'en accordait plus que de 1 lieue dans celle de Minas Geraes. Le gouvernement reconnut Araxâ comme appartenant à Goyaz ; on fit de ce village le cheMieu d'une paroisse , et , vers 181 1 , on rérigea enjiUgado ou chef-lieu de justice, en y créant des juges ordinaires.
Cependant les habitants honnêtes ne tardèrent pas à sentir les inconvénients qu'il y avait à dépendre d'une province dont les magistrats étaient à environ 140 lieues d'eux ; ils réclamèrent la réunion de leur pays à la province des Mines, et elle fut effectuée par une ordonnance (alvara) du 4 avril 1816 (2).
Àraxà fait actuellement partie de la comarca de Paracatâ, et dépend entièrement de la province des Mines pour ce qui concerne le militaire et pour l'administration civile. Mais, comme la province de Goyaz est très-pauvre et que les dépenses deâ provinces , en général , sont uniquement prises sur leurs revenus, on a conservé à celle de Goyaz les impôts qui se lèvent dans les deux julgados contigus d' Araxà et de Desemboque (1819).
(1) La sesmaria est I« qauitité de terre qae donne Tadministration aoi particuliers qui en demandent.
(2) D'Eschwege raconte qne, rers cette époqne, il fût chargé d'une ouasion dans ce ^istritt, et que certaines personnes, afin de satisfaire de petites ambitions et des riralités de bourgade^ tAchèrent de le décider, par des présenté, à user de son influence pour faire ériger Araxà en TiUe , sous le nom de Villa Viçosa ; mais d*Escbwege rejeta les présents et jugea , dit-il , que des militaires valaient mieux pour maintenir Tordre dans le pays que les suppôts de la justice (Br(u, îieue WeU , 1 , 51). — Araxà a réellement été érigé en yiUe par un décret du 13 octobre 1831.
La paroisse dont Araxâ est le chef-lieu comprend deux succursales, Patrocinio et S. Pedro d'Alcantara (1). Sur 36 lieues de longueur, elle ne contenait pas, en 1819, plus de 4,000 individus. La plus grande partie des habitants de cette paroisse sont des blancs , ce qui ne doit pas surprendre , puisqu'elle est voisine de la coniarca de S. Joâo d'El Rei , où les blancs sont plus nombreux que dans- les autres comarcas.
Il est fort vraisemblable que le nom d'Araxà a été donné à ce pays par ces Paulistes (habitants de S. Paul) aventureux, qui jadis parcoururent l'intérieur du Brésil avec tant tf audace, et qu'il vient des mots guaranis ara echâ, chose qui regarde le jour (2). Je dois dire cependant que les habitants du pays expliquent ce nom d'une manière fort différente, et, toute ridicule que me paraît être leur explication , je vais la rapporter ici. Comme je l'ai dit, ce canton fut découvert par des nègres qui vinrent s'y réfugier de différentes parties de la province des Mines. Ces hommes, devenus audacieux, sortirent de leur désert et allèrent inquiéter les fazendeiros les moins éloignés ; mais on envoya contre eux des soldats qui en prirent le plus grand nombre. On s'était imaginé qu'il y avait, dans le pays où ils s'étaient retirés, un ruisseau très-riche en or, et, comme ils répondaient à toutes les questions qu'on leur faisait à cet égard : Ha de se achar (on le trouvera) , on fut frappé de ces paroles répétées sans cesse et mal prononcées, et le nom d'Àraxé en est, dit-on , resté au pays.
(1) Piz., Mem. hUL, V, 243.
(2) Je sais redevable de cette étymologie, comme de beaucoup d'autres, h UD EspagDol-Américaio fort versé dans la langue guarani.
Araxé est ^itué à rextrémité d'un vaste pâturage , dans tine plaine où l'horizon se trouve borné en partie par des bois et en partie par la Serra de Monte Alto , qui n'est qu'une continuation de celle d' Araxâ et se termine par une plate-forme. Ce village s'étend, par une pente peu sensible, jusque sur les bords d'un ruisseau très -étroit, de l'autre cAté duquel sont des collines couvertes de bois et de pAtnrages.
En 4816, on ne comptait à Araxà que 75 maisons (i). Toutes sont petites, et, lors de mon voyage, il n'y en avait que deux qui ne fussent point bornées au simple rez-dechaussée. Ces maisons sont couvertes avec des tuiles dont la couleur est très-péle , et bâties en terre et en bois ou avec des adobes (2). Toutes ont un très-petit enclos formé par 'des murs fort bas et en terre.
On voit à Araxâ une place allongée , très-large et régulière ; mais les maisons qui ne donnent point sur cette place sont dispersées çà et là , presque sans ordre (1819) (3).
L'église est bâtie vers l'extrémité la plus élevée de la place, et, conformément à l'usage général, elle est placée à une égale distance des deux rangs de maisons. Tout récemment (1819), on a aussi commencé à construire deux chapelles ; njpiis on eût beaucoup mieux fait de rebâtir réglîse paroissiale, qui est fort petite et tombe en ruine.
(1) Ce chiffre est emprunté à d'Eschwege (voyez Bras, Neue Welt, 1,66).
(2) Les adobes soot des paraUélipipèdes de terre glaise sécbés au soleil et qui peuyent avoir euTiroo 1 pied et 1/2 de long sur 4 ponces d'épaissear {Voyage dont les proviiues de Rio de Janeiro, etc., 1, 119).
(3) Ici je ne suis point d'accord avec d*Eschwege qui dit que Ton voit des mes droites à Araxâ.
La multiplicité des églises et des oratoires dans les villes et les villages de la province des Mines n*est due, comme f ai déjà eu occasion de le dire, qu'à la vanité des confréries. Chacune veut avoir son église particulière et fait des efforts pour qu'elle l'emporte sur celles des confréries rivales (1819).
Pendant les jours ouvrables, la plupart des maisons d' Araxâ restent fermées; leurs propriétaires n'y viennent que le dimanche, pour entendre la messe, et passent le reste du temps dans leurs.plantations. Ceux qui habitent le village toute la semaine sont des ouvriers , dont quelques-uns ne manquent pas d'habileté, des honnnes sans état , quelques marchands et des femmes publiques. Ce que je dis ici , on peut à peu près l'appliquer à tous les villages de la province des Mines.
Comme dans le reste de cette province , le nombre des fenmoes publiques est ici très-considérable (1). Chaque oisif [vdulio) a une maîtresse avec laquelle il partage le fruit de ses petites escroqueries , et qui, à son tour, fait vivre son amant du produit de quelques galanteries passagères. On assure cependant qu'il y a ici beaucoup de gens mariés ; mais on y respecte peu la fidélité conjugale.
Il s'en faut bien que les habitants d' Araxâ aient cette politesse qui distingue ceux de la partie orientale de Minas Geraes. Leurs manières sont, en général, grossières et dédaigneuses. On entrait dans la maison où j'étais logé sans
(1) Quoique la liste, publiée par Bfattos, des misères trop réelles qae ces créatures répandent autour d'elles dans les villages du Sertio ne dépasse pas trois lignes , je ne pourrais la traduire ei» français sans faire naître un excessif dégoût.
saluer, sans proférer une parole; on me regardait travailler, et l'oD s'en allait comme on était venu. Je dois dire cependant que j*ai trouvé à Arax& deux ou trois personnes honnêtes et complaisantes, et je mettrai à leur tète l'ecclésiastique qui enseigbait les enfants.
Les habitantsd*Arax& ne se sont point encore avisés(1819) de faire eux-mêmes le commerce des bestiaux , branche presque unique d'exportation que leur pays fournisse. Ce sont les marchands de la comarca de S. Joâo d'EI Rei qui profitent seuls des bénéfices de ce conmierce. Ils vont dans les faxendasy ils y achètent le bétail , et, à l'époque de mon voyage, ils payaient les bœufs 4,800 reis (30 fr.).
Gomme partout ailleurs, on ne plante ici que dans les capôes; les campas sont entièrement réservés pour les troupeaux. Ce pays convient également à tous les genres de culture; mais, quoiqu'il soit réellement très-productif, on exagère beaucoup sa fertilité dans le reste des Mines. Les terres moyennes, plantées en maïs, rendent 200 pour 1 ; maîs,excq>té lecoton,les produits de laculturene sauraient avoir aucun débouché, à cause de la distance qu'il y a de cette contrée aux villes et villages un peu considérables. On ne peut guère, non plus, faire marcher des pourceaux vivants d'ici à Rio de Janeiro , et le sel est trop cher pour qu'il y ait de l'avantage à y envoyer du lard.
Les bètes à cornes forment donc la richesse de ce pays. Comme je l'ai déjè dit , les pâturages sont excellents , et les eaux minérales qui se trouvent dans le voisinage d'Àraxl dispensent le cultivateur de donner du sel à ses bestiaux. La multiplication des bètes à cornes est telle que celui qui ne voudrait point augmenter son troupeau et qui, par exemple, posséderait cent bètes pourrait, chaque année.
en vendre cinquante. Cependant les colons se plaignent beaucoup de plusieurs causes qui mettent obstacle à F accroissement de leurs troupeaux , la morsure des serpents, la vase épaisse qui borde la plupart des ruisseaux et d*où les animaux ne peuvent plus se retirer lorsqu'ils y enfoncent , surtout enfin ces morts subites qui ont lieu principalement dans la saison de la sécheresse et que Ton attribue à des herbes vénéneuses. Les fazendeiros disent aussi que beaucoup de bestiaux leur sont volés par ces hommes oisifs et sans état [vadios) , si nombreux dans le pays et qui en sont la plaie.
Ck)mme ce district ne compte qu'un petit nombre d'habitants, et que les hommes libres y ont autant de peine qu'ailleurs à se décider à travailler, la main-d'œuvre y est fort chère, malgré l'abondance et le bas prix ordinaire des vivres. Les cultivateurs sont donc dans l'impossibilité d'enclore leurs pâturages et de les diviser, comme cela se pratique dans le canton de Rio Grande. Il e^n résulte que les bestiaux ne peuvent recevoir les mêmes soins que dans ce .canton, et qu'il s'en perd un grand nombre. Enfin, quand le troupeau d'un cultivateur, revenant des eaux minérales, passe sur les terres d'un autre cultivateur, il arrive souvent qu'il s'y môle quelques-uns des bestiaux de ce dernier, et, malgré la marque qui les distingue, ils ne reviennent pas toujours à leur véritable propriétaire (1). .
(1) Aux reoseigoements qae je donne ici sur les bestiaax 4il canton d*Âraii , j'ajouterai quelques détails qui se trouvent dans \eBr(uiUen die Neue Welt de M. d*Kschwege. Cet écrivain dit que les vaches d'Araxà mettent bas depuis le mois d^août jusqu'au mois de janvier ; qu'elles ne donnent qu'un lait maigre et peu abondant; qu'on chAtre les jeunes taureaux à deui ans et qu'on vend les boeufs h quatre.
Les fazendas ont une étendue immense; il n'est pas rare d'en voir de 8 à 10 lieues de longueur. Cependant les cultivateurs, qui , pour la plupart , ne font que commencer leur établissement, ont en général peu d'aisance; on en compte à peine un ou deux qui possèdent mille bétes à cornes, et celui qui a huit à dix esclaves passe déjà pour riche.
Je ne pouvais guère séjourner à Araxâ sans aller voir les eaux minérales auxquelles ce pays est, en grande partie, redevable de sa population. Je partis de très-bonne heure ; le froid se faisait sentir assez vivement. Je passai d'abord par un pâturage composé seulement de Graminées et d'au- Ires herbes, et ensuite j'en traversai un second où des arbres rabougris croissent çà et là. Quelques-uns commençaient à perdre leurs feuilles (25 avril) ; l'espèce de Pachira que Ton trouve ordinairement sur les taboleiros cobertos et qu'on appelle Paineira dô campo [Pachira marginata, Aug. 8. Hil., Juss., Camb.) avait déjà presque entièrement perdu les siennes.
A l'extrémité du p&turage dont je viens de parler, j'entrai dans un bois assez épais. Enfin, après avoir fait, depuis Araxà, environ 1 lieue et demie, par un chemin très-battu, f arrivai au lieu où sont les eaux minérales et auquel on donne, dans le pays, le nom de barreiro (glaisière).
Dans une partie du bois où les arbres serrés et touffus donnent un ombrage épais, on voit un espace d'environ 5 on 600 pas de circonférence qui est entouré d'un mur d'appui, et n'offre qu'une boue noire et compacte. C'est au milieu de cette boue, dans cinq ou six endroits différents, que s'échappent les sources d'eau minérale.
Elles sont claires , d'une couleur rougeâtrc, et elles ont
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un goût amer qui, en même temps, rappelle celui des œufs gâtés. L'indication de ce petit nombre de caractères montre assez qu'elles sont sulfureuses , et , par conséquent , elles pourraient être employées pour la guérison de toutes les maladies dans lesquelles on conseille des eaux de cette nature, et, en particulier, des maladies cutanées , si communes au Brésil (1).
Le barreiro est une propriété publique. De 10 lieues à la ronde, les fazendeiros y amènent, tous les mois, leurs bètes à cornes, et chacun a son jour indiqué par le juge. On fait entrer les bestiaux le soir dans l'enclos, on les y laisse la nuit; ils boivent tout à leur aise, et on les fait sortir le lendemain. Les bètes très-maigres refusent quelquefois de boire l'eau du harreirOy mais on la leur fait avaler de force. Souvent plusieurs fazendeiros confondent leurs troupeaux et les font entrer ensemble dans l'enclos. Une des principales occupations des cultivateurs , dans les pays de campos, est de réunir, chaque mois, leurs bestiaux : ils montent à cheval, galopent dans les pâturages, souventpendant plusieurs jours , et amènent le troupeau à la fazenda^ soit pour lui donner du sel , soit , comme dans les environs d'Araxà et de Salitre ou Patrocinio, pour les mener aux eaux minérales.
Tous les animaux ont un goût extraordinaire pour ces j3aux désagréables. Jamais je n'avais vu une aussi grande quantité d'oiseaux que dans cet endroit. Des nuées de perroquets et de colombes volaient sur les arbres voisins, en
(1) Voyez ce que je dis, dans le chapitre suivant, des eaux minérales de Salitre , qui paraissent avoir les plus grands rapports avec celles d'Araxî.
faisant entendre un ramage confus et étourdissant, et venaient en foule se poser sur la fange du barreiro. Les chasseurs se mettent en embuscade derrière les arbres , et d'un seul coup de fusil ils tuent souvent un grand nombre d'oiseaux. Autrefois il venait aussi , dans ce lieu , beaucoup de cerfs, de pécaris et d'autres quadrupèdes; mais on leur a fait la guerre avec tant d'acharnement, qu'aujourd'hui il n'en parait presque plus.
Il est une précaution que l'on néglige et qui cependant serait, je crois, nécessaire pour entretenir toujours, dans le barreiro y la même abondance d'eau ; ce serait de le faire nettoyer. Les nombreux bestiaux qui s'y promènent sans cesse, délayant la terre dans l'eau, forment ainsi une boue épaisse^ et les anciens du pays prétendent qu'ils ont déjà bouché quelques sources (1).
Je passai quelques jours à Araxà, et je n'y fus point trompé dans mes espérances comme à Piumhy et Formiga. Non-seulement je pus acheter un mulet et des malles, mais encore, à mon départ, j'emmenai avec moi un tocador. C'était un jeune homme blanc auquel je donnais 5,000 reis (18 fir. 75 c.) par mois. Il s'appelait Marcellino. Ses traits étaient agréables; il avait une figure ouverte, et je ne lui vis jamais un instant d'humeur. Si on lui avait donné quelques principes, peut-être même s'il eût été seul avec moi, Prégent ou Laruotte, il eût fait un excellent serviteur. Marcellino avait une fort jolie voix, et , plus d'une fois , ses chants charmèrent mes ennuis au milieu des déserts. Je passai un dimanche à Araxà et je vis les fidèles ras- Ci) D*£8cbwege ditqo'U existe dans le Toisinage des eaux une mine de fer qui pourrait être utilisée {Brai, Neue Welt, 1 , 67, 08).
semblés dans l'église. Là comme ailleurs les femmes étaieat accroupies dans la nef, et les hommes plus rapprochés de l'autel. Telle est la puissance de la coutume que, malgré la chaleur qu'il faisait, les hommes et les femmes étaient tous également enveloppés dans de grandes capotes d'étoffe de laine.