‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 17 sur 43 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

VOYAGE DARAXA A PARACATU .

Caehoeirinha. ~ La rivière de Quehra-anioi. — Ceup d*œil général ^r le pays sîlaé aa delà du Quebra-anzol. ~ La faxenda de Francisco José de Sfalos. — Serra do Salitre, — Eaux minérales de Salitre, — PAtorages. — Fazenda de Damaso. — Produits du pays. — Tillage de Patrocinio, Chiques. — Faxenda do Arruda. — Serra do Dowado. — Fazenda do Leandro, — Les habitations de ce pays situées favorablement. — Sources minérales de la Serra Negra. — Pays situé au delà de Leandro. — Hameau de Campo Alegre. — Le borily.

— Pays situé au delà de Campo Alegre. — Le Rio Paranahyba. Une belle soirée. — Moqiiefn. — L'auteur monte sur le sommet de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba. Le Chapadào. — La Serra et le Silio dos PiWes, Manioc. — L'auteur descend la Serra du côté de Torient.

— Fazenda do Guarda môr. — Sapé. Peinture de la végétation. — ' Fazenda de Joào Gomes, Son propriétaire. — Le poste de Santa Isabel. — Histoire d'un contrebandier. — Serra de Paracalû. — L'auteur arrive à la ville du même nom.

Je quittai Araxâ pour me rendre à Paracatù (1). Le premier jour, je ne fis que 2 lieues et demie et jç m'arrêtai à une maisonnette appelée Cachoeirinha (petite cascade). On m'y logea sous un appentis très-étroit, qui était ouvert par devant, et des animaui de toute espèce vinrent, pendant la nuit, troubler mon sommeil. Le froid contribua beaucoup

(1j Itinéraire approximatif d'AraxA à Paracatù :

aussi à m' empêcher de dormir ; nous y étions d'autant plus sensibles, moi et mes gens, que nous passions les journées dans des campos où il n'y a pas le moindre ombrage et où la chaleur est excessive.

Le jour suivant , je fis 4 lieues et n'aperçus qu'une fazenda et quelques misérables cabanes rapprochées les unes des autres. Je fus étonné de voir, dans ces dernières, une douzaine de jeunes filles couvertes de haillons, quoique blanches et extrêmement jolies.

Le terme de cette journée fut la rivière de Quebra-anzol (brise-hameçon) (1), qui prend sa source à la fazenda du

D'Araxâ à Cachoeirinha , maisonneUe 2 1/2 legoas.

— bords du Quebra-anzol 4

~ Francisco José de Matos , habitation. 3 1/2

— Damaso , habitation 3

— Patrocinio , viUage 2 1/2

— Arruda, habitation 3

— Leandro , habitation 4

— Campo Alegre , hameau 3 1/2

~ bords du Paranahyba 6

~ Moquem , en plein air 3

— Sitio dos Piloes, chaumière 5

— Guarda mér, habitation 2

— Sapé, maisonnette 3

Joâo Gomez, habitation 3

— Guarda de S. Isabel, poste militaire. 5

— Paracati'i, ville 2

55 legoas.

Dans son utile Hinerario , M. da Cunha Mattos indique avec détail la distance de Patrocinio au Paranahyba. Nous différons en quelques points ; mais je crois que , de longtemps , on ne saura, avec une entière certitude, qui de nous a raison , et il serait possible que nous oous fussions un peu trompés tous les deux.

(1) C'est à tort que Cazal a écrit Quebra-anxoei { Corog., 1 , 350 ) et Eschwege Quebre ansol.

même nom , d'où dépend le Retiro da Jabuticabeira , et se jette dans le Rio dos Velhas (1). Ici le Quebra-anzol peut avoir la largeur de nos rivières de troisième ou de quatrième ordre, et ses rives présentent, de droite et de gauche, une étroite lisière de bois.

Nous trouvAmes sur le bord de Teau une pirogue, dont nous nous servîmes pour passer de l'autre côté. Là sont quelques chaumières et une misérable venéhy qui dépendaient du même propriétaire. On me donna l'hospitalité dans le meilleur local; c'était une chambre tdlement petite que mes malles pouvifient à peine y tenir, et dont rentrée n'était point fermée. Cette fois encore, le froid me priva du sommeil.

Le pays que je parcourus aju delà du Quebra-anzol est ondulé, comme celui que f avais traversé les deux jours précédents, et il ofiHre également une alternative de vastes pâturages et de bouquets de bois.

A partir d'Araxé , on a évité de faire passer le chemin par des bois , pour ne point se donner la peine de faire des percées , et de là il résulte que le voyageur reste toiqours exposé à l'ardeur du soleil des tropiques.

Dans un espace de 3 lieues et demie, du Quebra-anzol à la fazenda de Francisco José de Motos, je ne vis aucune maison, je ne rencontrai personne dans le chemin , j'aperçus à peine une demi -douzaine de bètes à cornes au milieu des pâturages.

Lorsque, dans les mois d'août et de septembre 1817, je parcourais la partie du Sertào qui s'étend à l'est du S. Fran-

(1) Ce Rio dos Velhas ya grossir le ParaDahyba et ne doit point être coofooda arec un antre Rio das Vèlbas, beaucoup plus conna , qui est QD des principaui affluents du S. Francisco , du côté de Torient.

t54 VOYAGE AUX SOORCES

cisco, vers le nord de la profince des Mines, lesl)ois et les campas étaient dépouillés de verdure, et rien ne me récréait la vue. Il n'en fut pas de même ici ; les ondulations variées du terrain, ces bois d'un vert foncé qui offrent des compartiments de différentes formes au milieu des pâturages , les diverses nuances de verdure que présentent les campos suivant répoque à laquelle on y a mis le feu, f alternative des pâturages simplement herbeux et de ceux où croissent çà et là des arbres rabougris, tout cela produit un très-bel ensemble. Dans les endroits un peu élevés, on a l'image de l'immensité, et d'une immensité sans monotonie.

En quittant le Porto do Quebra-anzol, c'est ainsi qu'on appelle le lieu où l'on passe cette rivière, je traversai d'abord un pâturage uniquement composé d'herbes, puis un immense taboleiro coberto , et en6n un second pâturage , qui me conduisit jusqu'à la fàzenda de Francisco José de MatoSf où je fis halte.

J'ai dit ailleurs (i) que l'on appelait taboleiros cobertos les collines où des arbres rabougris croissent çà et là au milieu des herbes, et taboleiros descobertos celles qui donnent uniquement naissance à des plantes herbacées et à des sons-arbrisseaux. Entre Cachoeirinha et la fazenda de Francisco José de Matos, je trouvai les taboleiros cobertos UB peu moins verts que ceux de Formiga , mais aucun arbre n'y avait encore perdu ses feuilles (26-27 avril). Ici, comme ailleurs , les arbres des taboleiros sont tortueux et rabougris; ils ont 8 à 15 pieds de hauteur, une écorce qui ordinairanent se rapproche de celle du liège et souvent des

(1) Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro , etc., Iî,99.

feuilles dures et cassantes. Parmi eux , je retrouvais toujours ayee abondance une Malpighiée à grandes feuilles cotonneuses, des Qualea^ des Bignonées et des Légumineuses. Sur les iaholeiros qui s'étendent au delà des deut rives du Quebra-anzol , je vis aussi beaucoup d'individus du n* 457 hisy dont le feuillage rappelle si bien nos peupliers, et un grand nombre de Yochysia n"" 356 , dont les belles grappes de fleurs jaunes attirent une prodigieuse quantité d'oiseaux-mouches. En quelques endroits , ces arbres sont plus rapprochés; dans d'autres , ils le sont moins : il y a même des pâturages qui ofl'rent une nuance entre les taholeùros cobertos et descobertos , car on y voit quelques arbres rabougris, mais seulement de loin en loin. Les arbrisseaux et les sous-arbrisseaux qui croissent au milieu des herbes, entre les arbres des taMeiros cobertos, sont plus nombreux que ceux qui naissent sur les taboleiros descobertos. Comme les plus communs, on peut citer des Cassia, des Malpi- ^liées et l'Euphorfoiacée n*" 479.

La fazenda de Francisco José de Matos (nom d'homme), où je fis balte après m'ètre éloigné du Quebra-ânzol , est située sur le bord d'un ruisseau, entre des collines assez élevées. Quoique cette fatenda ne soit pas des moins considérables, elle ne présente, comme tant d'autres , qu'un amas de maisonnettes disposées sans ordre et parmi lesquelles on distingue à peine l'habitation du maître. On me logea encore dans une cabane sans fenêtre , dont l'entrée ne fermait point; mais, du moins, elle était assez propre.

A peu de distance de Francisco José de Matos se trouve une petite chaîne de moAtagnes qui porte le nom de Serra do SalùrCy et ne peut être qu'un contre-fort de la Serra do Francisco e da Paranahyba. Ces montagnes sont pierreuses,

très-sèches et couvertes de Graminées, au milieu desquelles on voit de loin en loin quelques arbres rabougris, principalement Je Kielmeyera speciosa, ASH., J., Camb.; quant aux Graminées, ce sont le Capim frexa, le n° 325 et un petit nombre d'autres espèces. Du haut de la Serra, on découvre une vue extrêmement étendue, qui oflFre encore d'immenses pâturages et des bouquets de bois dispersés çà et là. Si cette petite chaîne porte le nom de Serra do Salitre , ce n'est point qu'on y trouve du salpêtre; mais on a imaginé de l'appeler ainsi , parce qu'il existe dans son voisinage des eaux minérales que l'on a crues sans doute imprégnées de cette substance, et qui, comme celle d' Araxà, peuvent remplacer le sel pour les bêtes à cornes.

Après avoir traversé la Serra do Salitre , j'aperçus de grands bois, au milieu desquels je vis une multitude de beaux arbres qui étaient couverts de fleurs roses et produisaient un effet charmant entre les masses de verdure dont ils étaient environnés (probablement des Chorisia speciosa).

C'est dans les bois dont je viens de parler et qui , dit-on, peuvent avoir 6 legoas de longueur que sont les eaux minérales dites do Salitre, Comme celles d' Araxâ, elles appar* tiennent au public; mais on assure qu'elles sont plus abondantes. On ajoute que les sources sont entourées de murs, que l'eau est conduite dans des auges où les bestiaux la boivent, et qu'ils ne peuvent, en aucune manière, boucher les sources comme à Araxà (i).

(1) J'ai arancé aiUeurs {Voyage dans le district des Diamants, etc., n , 277) que le père Leandro do Sacramento ayait fait Tanalyse des eaux d'Araxâ : ce sont celles de Salitre qu*a analysées ce savant religieni. Eschwege dit que ces dernières lui parurent plus fortes que celles

Daas lo«8 les pâturages que je vis le jour où je traversai la Serra do Salitre (29 avril) , Therbe, aussi mûre que celle de nos prés lorsqu'on les fauche, avait une teinte grisâtre qui fatiguait la vue. On n'y mettait pas le feu, me dit-on , parce que la sécheresse durait cette année-là depuis trèslongtemps et que l'herbe n'aurait point repoussé. Au reste, on n'a pas, dans ce canton, d'époque fixe pour brûler les pâturages ; ce sont les besoins du bétail qui, à cet égard, servent de règle au cultivateur.

La fazenda de Damaso (nom d'homme) , où je fis halte, au delà des montagnes de Salitre, a peut-être moins d'apparence que celle où j'avais passé la nuit précédente; mais

d*Araiâ ; qa'ime odeor de soufre se répand dans leur roisiikige ; qo^eUes ont OD goât de pourri , d*abord on peu salfbrenx, ensuite piquant, enfin amer , et qoe , lorsqu'on les emploie pour se la?er les mains , elles les rendent glissantes comme quand on fait usage du saron. Une quantité de 50 lirres d*eau de Salitre qu'Eschwege fit éraporer lui procura un peu plus d*une demi-li?re d*un sel amer et un peu piquant , et c'est ce sel dont l'analyse , faite par le père Leandro» a été publiée dans le Braiilien die New WeU (I, 74). Escbwege pense , d'après cette analyse et ce qu'il a lui-même observé sur les lieux , que les eaux minérales de Salitre peuvent être conseillées contre les maladies du foie ; que le sel qu'on en retire serait utile dans diverses fabrications, et que Ton ferait une spéculation excellente en l'extrayant par l'évaporation solaire, pour renvoyer dans les parties du Serlào qui ne possèdent point de daftedonrù$ ( sources d'eaux minérales ), et où le sel comnkun se paye 6,000 reis (37 fr. 50 c.) le sac de 66 livres. Après avoir pris connaissance de l'analyse du père Leandro, M. Bahrd, cbimiste célèbre, membre de llnstitut , m'a dit que la composition des eaux de Salitre lui paraissait évidemment analogue à celle des eaux suUàreuses d'Europe; que le sel qu'on pouvait en extraire serait utilement employé dans plusieurs procédés industriels, notamment le blaùcbissage ; qu'il pouvait être donné au bétail , mais que , pour l'homme , il ne remplacerait point le sel marin. J'ai à peine besoin d'ajouter que ces eaux devraient être conseillées pour la guérison des maladies cutanées.

ses bAtiments sont disposés avec on pea plas d'ordre. Le propriétaire me parut être un excellent homme , supérieur à tous les fazmdtiros que j'avais vus depuis un certain temps.

Il me dit que les terres de son pays conviennent à tons les genres de cultures. Au bout de cinq ans» les capoeira$ sont déjà en état d'être coupés (1) ; le capim gardura (Me- Unis minutiflùra ) ne s'empare point des terrains que Von a mis en culture, et le bois repousse après chaque récolte D'ici on commence déjà à envoyer les productions du sol à Paracatu, éloigné d'environ 40 lieues; le coton seul s'expédie pour Rio de Janeiro. Jusqu'à Bari)acena (2) , on fait ordinairement voyager cette dernière denrée sur des chars a bœufs , qui portent 80 arrobes , et à Barbacena on charge sur des mulets. La location d'un char, du village de Patrocinîo à Barbacena, était de 14- oitavas (105 fr.) , à l'époque de mon voyage. Le coton , dans les derniers temps , avait valu 600 reis (3 fr. 75 c), satis être dépouillé de ses semences. Ici encore ce sont les bestiaux qui font la princi-

(1) Un Toyageur a écrit qu'en laissait reposer la terre peûdai.t Tiogt ans, ayant d'y jeter de nouyelles semenees (Suz., Souv., 262). U est iocootestable qoe, dans le maarais système de colture adopté dns le Brésil tropical , on ne saarait donner aux terres on trop long repos ( Esciw., Broi., I ) ; oMis, ponr ponroir les laisser liagt ans sans rieo rapporter, il faudrait que les Brésiliens en eussent encore plus qu'Bs n'en possèdent. Dans les parties de la province des Blines qui aroisineot sa capitale , on ooupe d'ordinaire , au bout de cinq » six ou sept ans , les bois (capoeiroi) qui ont remplacé les forêts vierges. Quand ils ont poussé pendant vingt ans, ces bois , alors appelés capoirdes, ont presque acquis la vigueur des forêts primitives.

(2) Voyez mon Vofiage dans les provinces ds Rio de Janeiro, etc., 1 , 117. — M. Balbi , dans son excellente Géographie wniverselle^ a écrit Barbasinas : j'ai déjà relevé cette erreur, qui appartient à Havre.

pale richesse du cnttivatëur. Des marchands viennent les acheter chei les propriéfaMres , et ils enlèvent même les moutons » qu'ils payent de 2 à 5 patacas (4 à 6 Ar. ).

Au delà de Damaso » je trouvai encore des taboUirai cobertoi et de$cobertoêj d'autres mixtes, et enfin des bouquets de bois dans les enfoncements. Je traversai aussi un petit espace de terrain, dont la végétation me rappela, pour Tas^ pect, les carratcos ou forêts naines de Minas Novas (1); des individus serrés et nombreux du Bauhinia (510 ftii), à tiges étalées , à rameaux ordinairement disposés sur deux rangs, fiirmaient un fourré de 3 à 5 pieds, au milieu duquel s'élevaient çà et là des arbres de moyenne grandeur.

Entre Damaso et Patrocinio, je rencontrai une caravane assez considérable , qui venait de Goyaz et allait à Rio de Janeiro. Elle appartenait à un homme qui faisait ce voyage une fois chaque année, et employait cinq mois pour aller et autant pour revenir. Il prenait à Rio de Janeiro les marchandises destinées pour les négociants de Goyaz, et faisait payer 33,000 reis (200 fr.) la charge d'un mulet. Mais, quand il retournait de Goyaz à la capitale, il emportait pour son compte de la toile de coton et du coton en laine, parce qu'avec des frais aussi considérables les marchands de Goyaz croyaient ne pouvoir trouver aucun avantage à exporter les denréea de leur pays (2).

A 8 lieues et demie de Damaso , je fis halte à Patrocinio (arraial do PaUroemo ott NtmaSenhora doPairoeimo). Ce

(1) Voyci mon Voyage dans le» pro>vince$ de Rio de Janeiro , etc.,

(2) Vojei ce que je dis , sar les transports de Goyaz à Rio de Janeiro, ao chapitre de cet ouvrage intitulé , Commencement du voyage de la cilé de Goyaz à S. Pouf. — Le Mato Groao, etc.

petit village (1) , ordinairement appelé Salitre^ doit son origine aux eaux minérales qui, comme je Fai dit, se trouvent dans ses environs; il n'avait pas, lors de mon voyage, plus d'une douzaine d'années d'existence, et, d'après le nombre de maisons indiquées en 1816 par d'Eschwege, il aurait doublé dans l'espace de trois ans. Il est situé sur la croupe arrondie d'une colline dont les flancs sont couverts de pâturages, et qui est dominée par d'autres collines un peu plus élevées. En 1819, on y comptait une quarantaine de. maisons très-petites , bâties en terre et en bois, couvertes en tuiles et sans crépi. Ces maisons, disposées sur deux rangs , forment une place allongée au milieu de laquelle est une petite chapelle construite, comme les maisons elles-mêmes , en bois et en terre. Patrocinio est une succursale d' Araxà et a un desservant. Comme partout ailleurs, les maisons qui composent ce village appartiennent à des fazendnros qui n'y viennent que le dimanche (2). Ceux des habitants de Patrocinio qui y restent habituellement sont quelques ouvriers , deux ou trois petits marchands, des oisifs [vadios) et des femmes publiques.

José Marianno était arrivé au village avant moi, et, d'après mes ordres, il était allé demander un gîte au desservant; mais la maison de cet ecclésiastique s'était trouvée si petite qu'il n'avait pu nous recevoir. Une autre maison que Ton venait de finir et qui n'était pas encore habitée fut indiquée à José Marianno par le commandant , et ce lut là que je

(1) M. Pohl donne à Patrocinio le titre de viUe. A Tépoqae où il voyageait (1818), Paracat'i seul portait ce titre dans toute la cofnarca. C'est aussi à tort que le même auteur a écrit Padrocinio, trompé sans doute par la prononciation de son pays.

(2) M. Gardner a retrouvé le même usage dans le nord du Brésil.

trouvai mes effets. Lorsque j'arrivai au village , José Marianno se hâta de me prévenir que cette maison était remplie de chiques (bichos do pé) ; je n'y restai qu'un instaflt, et j'eus les pieds couverts de ces insectes. Moi et mes gens nous primes le parti de nous établir dehors; pendant que nous travaillions, tous les habitants nous entourèrent, et je les trouvai beaucoup plus grossiers encore que ceux d'Araxà (1). Pour la première fois, depuis Rio de Janeiro, je passai la nuit à la belle étoile, et il est à remarquer que ce fut dans un village.

On a vu que je m'étais éloigné de la grande route de Rio de Janeiro à Goyaz , pour aller voir la source du S. Francisco. J'étais rentré dans cette route avant même d'arriver à Patrocinio, et pourtant, dans un espace de 3 legoaSy entre ce village et la Fazenda do Armda, je ne rencontrai qu'une seule personne et je ne vis aucune habitation.

Partout l'herbe était presque aussi desséchée que celle du Sertâo de Bom Fim et Contendas, dans les mois d'août et de septembre (2); cependant je vis un grand nombre d'individus du Vochysia n" 502 dont les grappes verticales et extrêmement nombreuses avaient souvent plus de 2 pieds de longueur.

Pendant cette journée, Larnotte m'avait paru triste, mais je l'avais inutilement questionné pour en savoir la cause. Quand nous fûmes arrivés à la Fazenda do Arruda (nom d'honune) (3) , où je fis halte , José Marianne lui visita les

(1) Voyez ce que j'ai dit plas haut, page 245, sur les babitaDts d*Arai<'i.

^2) Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., II.

(3) C*est sans doute cette fazenda qui a été désiguce par Pohl soua le oom impropre de Fazenda d'Arrwio Velho.

202 VOYA0E âUZ SOORŒS

pieds et en tira, une ehiquaiitaiDe de chiques. Ces animaux, comme je l'ai dit aîUears, se trouvent principalement dans les maisons Inhabitées et qu'on ne nettoie pas.

La saîsoB des autres insectes était passée depuis longtemps ; je ne trouvais qu'un petit nombre d'espèces à ailes nues.

La Fazenda do Arruda dont je viens de parier est située au pied d'une petite chaîne de montagnes fort peu élevée qui commence^ m'a-l-on dit, vers le village de Patrocinio et qu'on appelle Serra do Dourado (1). Dans l'espace de

(1) Pohl et Esobwege s*aecordeot à dire qu'elle 8*étend dé Test à Tonest. Le premier l'appelle Serra (fOurada , et le second Serra dos Doirados. Le nom indiqué par Pohl est évidemment inexact ; car le mot ^Owa^da n'appartient pas à la langue portugaise. — Pohl n*a pas tout vu fans doute, et qui pourrait tout f«ir? mais U raconte avec simplicité et bonhomie ce qui a fixé son attention , et il mérite beaucoup de confiance. S'il lui a échappé quelques légères erreurs , cela tient , en grande partie , à ce qu'il ne possédait qu'imparfaitement la langue portugaiae. Pour bien comallre le pays où Ton voyage , il est essentiel de comprendre ses habitants, et c'est certainement parce que Biawe et Luccock ne possédaient pas cet avantage qu'ils se sont trompés tant de fois. On a été blessé, à Rio de Janeiro, de la manière dont M. Jacques Arago a parlé du Brésil ; muis oet écrivain appartient k une tout autre catégorie que les deui Anglais dont je viens de citer les noms, il n'a certainement pas eu la prétention de faire faire des progrès à quelque branche que ce soit de la géographie ou de Thistoire naturelle : homme de beaucoup d'esprit, il aura simplement voulu amuser ses lecteurs; il a devancé l'époque des impresHoM de voyage. Quant à feu Jaquemont, doat ou s'est également plaint au Brésil, on peut jusqu'à un certain point le justifier : ce n'est pas lui qui a publié son voyage. S'il avait eu le bonheur de revoir sa patrie , il aurait senti , mûri par les années et par la réfleiion, que, dans un livre publié aux frais des contribuables et soui les auspices du ministre de Finsiruction publique, il ne pouvait, sins la plus grave inconvenance, publier des morceaux empreints d'un athéisme grossier ; il aurait senti que, s'il est permis de peindre un pays huit fois plus grand que la France , de parler de sa capitale , de sa ma-

DU RIO DE s. FRAIIGISOO. M3

1 lieue environ, je la oMoyai à une certaine distance; je m'en rapprochai ensuite, et, après avoir passé un ruisseau assez profond qui porte le nom Dauradmho (1), je commençai à monter. Au bout de quelques instants, nous eûmes traversé la Serra dans toute sa largeur. Elle est trop peu élevée pour offrir une végétation fort différente de celle de la friaine ; aussi n'y trouvai-je pas une espèce que je ne possédasse d^'à.

Depuis la Serra do Dourado jusqu'au hameau de Campo Alegre^ le pays est montueux. Des endroits les plus élevés, qui sont caillouteux, on découvre une vue immense et toujours une alternative de bois, de ictboleiros ccbertos et de taboleiros descobertas, mais, d'ailleurs, on n'aperçoit aucune habitation; dans toute la journée, je ne vis qu'une chaumière qui est située près du Douradinho. L'aspect de la campagne était d'une tristesse extrême; partout T herbe était desséchée et avait une ttinte grisâtre qui affligeait les regards. Un très-petit nombre de plantes étaient en fleur ; je me contenterai de citer la Bignonée n"" 506, qui croit abondamment sur plusieurs taboleiros descobertos.

A 4 lieues d' Arruda , je fis halte à une pauvre chaumière à laquelle on prétend donner le nom de fazenda^ Fazenda do Leandro (nom d'homme). Un nègre, qui était à la porte de cette chaumière, me permit de faire décharger mes

rine, de sod cibotage, de son commerce, de ses finances, da chef de son gonrernement, des rapports des provinces avec la métropole, da sort des esdaves , des diverses classes de la société, de la nature des débats

parlementaires , ce n*est pas après nne relâche de douze jours.

(1) M. da Conha Mattoe écrit, pent-étre avec raison, Ribeirao dos D<mradinho8 ; il parle aussi du Rio dos Dourados.

!t64 VOYAGE ADX SOURCES

effets dans une petite chambre. Sa mattresae seule était à la maison et elle ne parut point (1).

Les fazendas de ce canton sont assez fevorablement situées; elles trouvent un débit facile de leurs produits à Paracatûy où Ton peut arriver en dix jours avec des chars à bœufs , et elles ont pour leurs bestiaux des eaux minérales. A 6 legoas de Leandro, il en existe des sources de même nature que celles d'Araxé et de Salitre, dans une petite chaîne de montagnes appelée Serra Negra (3). Ces sources appartieitnent également au public, et Teau y est reçue dans des auges où le bétail va la boire*

Au delà de Leandro, le terrain, dans l'espace de 1 lieue, est presque plat. Plus loin, je passai près d*une chaumière que Ton décore du nom de Fazenda dos Minai, et j'entrai de nouveau dans un pays montueux. Le chemin y est très-beau et suit presque toujours les parties les plus élevées. Là on jouit d'une vue fort étendue; mais on ne découvre encore que de vastes solitudes. La verdure n'avait de firatcheur que dans les pâturages incendiés depuis peu de temps, et ceux-là étaient extrêmement rares.

Comme le feu consume avec une très-grande rapidité l'herbe des pâturages, il ne brûle point le tronc des arbres dispersés sur les taboleiros tobertos et ne fait que les noir-

(1) Voici un exemple qae donne d'Eschwege des précaations que prennent les femmes de ce pays pour ne point se faire voir. Ce savant officier fut reçu dans une habitation du canton de Patrocinio par une femme dont le mari était absent, et qui lui donna le moulin pour gtte. On lui fit à souper; mais, comme la maîtresse de la maison ne voulait point se montrer, elle se glissait avec sa fille derrière le moulin et faisait entrer les plats par un trou (Bras., I, 80).

(2) On a YU que , dans la province de Minas , il existe plusieurs montagnes de ce nom.

cir. U dessèche les feuilles, mais bientôt elles sont remplacées par d'autres.

A 3 lieues et demie de Leandro, je m'arrêtai à une espèce de petit hameau composé de quelques pauvres chaumières éparses çà et là. Auprès de ces cabanes on construisait, à répoque de mon voyage, une petite chapelle, et Ton prétendait en faire une succursale de la paroisse d'Araxà (1).

Lorsque je passai par Campo Alegre (champ joyeux), c'est le nom du hameau, il s'y trouvait un prêtre que les habitants avaient fait venir de Paracatù , et cette circonstance avait attiré un grand nombre de cultivateurs.

Le lendemain, la messe fut célébrée dans la chapelle encore inachevée. Un toit couvert en tuiles s'élevait déjà audessus de quelques poteaux. Des feuilles de palmier remplaçaient les murailles; d'autres feuilles jetées sur la terre tenaient lieu de plancher. Il me semblait être au temps ou le christianisme jeta ses premiers fondements en Amérique.

J'étais logé à Campo Alegre sous un toit qui s'étendait entre deux chaumières. L'espace qu'il recouvrait était ouvert sur le devant et sur le derrière ; du côté de la cour, il était fermé par de longs bâtons. Toute la journée, des femmes passèrent le nez entre ces bâtons pour examiner ce que nous faisions ; les hommes venaient causer, personne

(1) Eq 1824 , le bameaa de Campo Alegre avait déjà été décoré du nom d'amUal , et sa petite chapeUe , dédiée à Sainte- Anne , était devenue, eomme on Tavait désiré» une succursale de Féglise paroissiale d'Arax». Le nouvel arraial se composait alors d'une quarantaine de maisons et portait le^nom de Santa Anna do Pouso Alegre, auquel on substituait, dans Fusage ordinaire, le sobriquet de Carabandella , dû à rbabitode qu'avait un propriétaire du voisinage de parler d'un esprit malio appelé de ce nom (Mattos, Itin., î , 89).

266 VOYAGE AUX SODBGES

ne travaillait, et la conversation de ces braves gens offrait si pen d'intérêt qu'ils eussent aussi bien fait de garder le silence.

Je profitai de mon séjour à Campo Àlegre pour aller herborisa. Je côtoyai un ruisseau bordé, conune le sont tous ceux de ce pays, d'une lisière étroite d'arbres grêles et serrés , mais je retrouvai les plantes que m'avaient ofiTertes, en i81 7, des localités semblables au milieu du désert oriental du S. Francisco : le n"" 566 dans les parties boisées ; les Gentianées 521, 524, 577 dans les terrains marécageux et couverts d'herbes qui s'étendent, comme cela a lieu ordinairement, derrière la lisière des bois.

Ce fut ici que, pour la première fois depuis le commencement de ce voyage, j'eus le plaisir de revoir le bority (Mauritia vinifera, Mart.), Palmier à la fois si élégant et si utile (1), ce qui indiquait, si je ne me. trompe, que le pays où je me trouvais alors est moins élevé et plus chaud que celui où je venais de voyager.

J'ajouterai que mes gens tuèrent à Campo Alegre deux oiseaux quç je ne connaissais point encore, et jusqu'alors Prégent et ensuite José Marianne n'en avaient préparé aucune espèce qui ne fit partie de ma collection du voyage de 1817.

Au delà de Campo Alegre , je parcourus , pendant une

(1) Voyez mon Voyage dam les prwincei de Rio de Janeiro, etc., U , 343. -^ Comme je Tai déjà dit ( I. c.) , j*a?âis écrit , daos mes ootes » àwili, orthographe qa'oot adoptée BfM, Martius, Gardner et Kidder; c'est unicpiemeot poiir me conformer à ceUe d'un écrivain du pays, Tabbé Pizarro, que j'ai , pentrétre à tort, imprimé bority. On prononce comme s'il y avait , en français , bouriêi ; mais on sait que , dans la lan* gue portugaise, le son de ïo se confond bien souvent avec celai de Vu.

DU RIO DE s. FRANCISCO. 267

couple de lieues, ud pays presque plat. Je traversai ensuite une petite chaîne de montagnes arides et caillonteases , qui porte le nom de Serra da Figueireda ( nom de femaie) , et qui , comme les Serras do Araxà , do Salitre , do Dourado , doit être un contre-fort de la*grande Serra do S. Francisco e da Paranabyba. Enfin, jusqu'à ce dernier fleuve, je ne vis phis qu'un terrain montueux.

La campagne avait toujours une teinte grisâtre qui affligeait les regards; la chaleur étÀit excessive, et, à mesure que noQS marchions , il s^élevait une poussière rougefttre qui nous desséchait le gosier et salissait nos vêtements. Aucune maison , aucune trace de culture , point de bestiaux d«is les pâturages, aucun voyageur dans les chemins, presque point de fleurs, point de changement notable dans la végétation; toujours les plantes que j- avais recueillies dans le désert oriental du S. Francisco. J'étais désolé de faire pour si peu de chose un voyage si fatigant , et presque tenté de ne p(»nt aller jusqu'à Villa Boa.

Après avoir fait 6 Ugoas depuis Campo Alegre, j'ai;rivai enfin sur la rive gauche du Paranabyba (5 mai). Là il peut avoir la largeur de nos rivières de troisième ou quatrième ordre; son cours est très-lent; une lisière de bois épais le borde des deux côtés, et quelques chaumières sont éparses sur sa rive droite. Nous le passâmes dans une étroite pirogue, et je m'établis gous un rancho ouvert de toute part, situé sur le bord même de la rivière. Le Paranabyba est , dit-on, fort abondant en poissons. Les espèces qu'on y pèche sont appelées, dans le pays, dourudo, piranha (i),

(I) Mon Voyage 4ans les fyrovincei de Rio de Janeiro, etc., Il , 399, roatient des détails sar le dangereui poisson appelé piranha. D'après M. Spix, je Tavais rapporté au MyleJes macropon\ns , Cuv.; mais il est

currnatân^piicii^paracanjuba (peut-^tre mieux fyracanyti6a) , suruby (1) , jahû , ttÂbarào (2] , ptampara^ piau , mandy, traira et tamburé.

II y avait encore une heure de jour lorsque j'arrivai au Paranahyba; je me mis à mon travail. Un soleil brûlant me dévorait; des nuées de moucherons me couvraient la tète et les mains; chaque mulet qui passait F eau faisait voler autour de moi des tourbillons de poussière; j'étais au supplice., Avec la nuit, tout changea ; alors la lune éclairait les objets dont j'étais entouré; une fraîcheur délicieuse avait remplacé l'ardeur du soleil ; un calme profond régnait dans toute la nature; à peine entendait-on le bruit de quelques petites cigales, et la voix agréable de Marcellino ajoutait un charme de plus à ceux de la soirée.

Au delà du Paranahyba (3) , je traversai un pays plat , borné de tous côtés par de petites montagnes. Toujours des

éyident que cette détermination n*est pas exacte etqne la piranha est le Serrasalme Piraya dé Cnvier, puisque ce savant a fait sa description du Serrcualme Piraya d'après un individu que j*ai moi-même envoyé du Brésil (voyez Mem. Mus., V, 368, 69).

(1) M. Gardner préfère écrire suribim. J*ai dit ailleurs (i. c.) combien on est em)>arrassé pour Torthographe des noms brésiliens de lieux , d*animani et de plantes, et queUes raisons me font adopter la manière d'écrire de Fabbé Pizarro.

(2) Le nom de lubarào est celui d'un poisson de mer ; il a été transporté par les Mineiros à un poisson d'eau douce.

(3) Très-peu de temps après mon voyage, le gouverneur de Goyaz, Manoel Ignacio de Sampaio , qui succéda à Fernando Delgado , dont je parlerai par la suite , fît ouvrir un chemin plus court que celui que j'ai parcouru, mais beaucoup moins intéressant pour l'observateur : ce chemin, qui porte le nom de Picada do Correio de Goyaz (percée du courrier de Goyaz ), était déjà transitable en 1823 , puisque ce fut celui que suivit alors M. le général Raimundo José da Cunha Mattos ( lïinerario, 1,93).

DO RIO m s. FRANCISCO. 269

{^mjK» et des bouquets de bois, toujours la même sécheresse , toujours aussi peu de plantes en fleur.

Je passai devant trois fazenda$ composées chacune de quelques misérables chaumières; mais, voulant gagner du temps, je pris le parti de ne m'ârrèter à aucune de ces maisonnettes et de coucher à la belle étoile.

Je fis halte dans un bois , sur le bord d'un ruisseau limpide, au lieu appelé Moquem (1). Comme les caravanes ont coutume de s'arrêter en cet endroit, la place où mes malles furent déchargées était assez bien nettoyée. Mes gens suspendirent à de grandes lianes une partie du menu bagage ; ils dressèrent pour moi un petit toit qu'ils couvrirent avec des cuirs, puis ils s'étendirent auprès du feu qu'ils avaient allumé. Tandis que j'écrivais mon journal , les rayons de la lune pénétraient à travers les branches d'arbres qui s'étendaient en voûte au-dessus de nos tètes; un profond silence régnait autour de moi et n'était troublé que par le chant de quelques cigales.

Là je me trouvais au pied de la longue Serra do S. Francisco da Paranahyba. Presque aussitôt après avoir quitté Moquem, je commençai à monter, et, ayant suivi une pente douce d'environ une demi-lieue, j'arrivai au sommet de la Serra. Ce sommet présente un vaste plateau qu'on appelle encore Chapadào (grand plateau), et qui, comme on l'a vu plus haut (p. 214) , a presque 6 legoas de longueur, et, m'a-t-on dit, 5 de large, n e^ couvert de pâturages naturels , dont les uns sont

(1) Ce nom se retroave dans d'aptres parties du Brésil ; il y a à Goyaz on Hio Moquem et un petit village appelé de la même manière ( Ckz,, Corog:, 1 , 336, 346). Le root moqtiem signifie boucan, et moquiar, btmraner.

composés d'herbes et les autres d'herbes et d'arbres rabougris. Dans les endroits un peu bas, on aperçoit des bouquets de bois, et là, pour la seconde fois dqpuis le commencement de ce voyage, je revis le Palmier du désert , l'utile borùy [M(mritia vinifera, Mart.), aux larges feuilles en éventail.

A rentrée duChapadâo, le sol n'offre qu'un sable blanc et fin, mélangé d'une faible portion de terre végétale, et j'y trouvai un assez grand nombre de plantes intéressantes, comme cela m'était toujours arrivé dans des terrains semblables» Là je vis une espèce de Vdloxia (canda (tEma), à feuilles radicales; la Composée n*" 547, que j'avais déjà récoltée , comme plusieurs autres du même genre et d'un genre voisin, dans des localités pareilles; enfin les petites Melastomées n*^ 549 et 550. Bientôt le terrain changea de nature; il redevint rougeàtre, comme il l'est ordinairement sur les tabolmros cobertoi, et, dans son ensemble, la végé« tation ne différa plus de celle des éampoê que j'avais par^ courus les jours précédents.

En plusieurs endroits du Chapadâo, on découvre une vue fort étendue. D'ailleurs , depuis le point où je commençai à voyager sur ce plateau jusqu'au lieu appelé SiUo dos Pi- Ides, éloigné de Moquem de 5 Ugoas^ on ne trouve aucune maison. L'eau estxare ; cependant il' eiiste qudques petites sources dans les enfoncements.

Pressé par la soif, je m'approchai de l'une d'elles et j'y trouvai deux jeunes mulâtres qui mangeaient de la farine délayée dans l'eau de la fontaine, mets frugal qu'on appelle/ocufta. Ils m'engagèrent à manger avec eux , accompagnant leur offre de cette aimable politesse si commune chez les habitants de la partie orientale dç Minas, mais

si rare parmi ceux des déserts que je parcourais alors. Je fis halte au 5t(id dos Piloes , misérable chaumière dont rentrée n'était pas même fermée, qui n'avait point de fenêtre, et où Ton ne voyait d'autres meubles que des giraoi ou lits rustiques. J'étais logé dans la principale pièce, et je n'avais pas même assez de place pour pouvoir me retourner. Gqpendant c'était au propriétaire de cette chétive demeure qu'appartenait le Chapadâo. Il aurait pu ^ tir^ parti pour élever des bestiaux; mais la cherté du sel ne le lui permettait pas. C'est ici que l'on commence à cultiver le manioc, ami des contrées chaudes. Le maïs, cpii, du côté d'Araxi, rend 300 pour 1 dans les terres moyennes (voir plus'haut, p. 245), ne produit plus que 130 sur le Chapadâo.

La continuation de ce plateau porte le nom de Serra dos Piïbes (montagnes des pilons) (1). Au delà du sitio du même nom (Sitio dos Pildes), je marchai encore , pendant environ trois quarts 4'heure , toujours sur le même plateau, ensuite je commençai À descendre, et, après avoir Eût une demi-lieue, j'arrivai dans la plaine. Alors j'avais traversé la/ Serra do S. Francisco e da Paranahyba; je me trouvais au bas du versant oriental de cette chaîne, et je continuai à le longer jusqu'au delà de Paracatu.

La pente qui condsit du Chapadâo à la plaine est asseï douce; le terrain y est pierreux et ,présente des Vdlozia , ainsi que la Composée 647; d'ailleurs je ne trouvai dans ces lieux aucune espèce que je n'eusse pas déjà récoltée, et je n'y vis presque point de fleurs. En descendant du Cha-

(1) Ce D*est ni Serra SpUoens, ni Serra de Spiloens, comme Ta écrit M. Pohl (ReUe, I, 244-5).

272 VOYA€E AUX SOURCES

padâo, on jouit d'une vue fort étendue et assez agréable. De grands bois, qui étaient encore d*une verdure trèsbelle, bordent le plateau; au delà sont, des pAturages, et l'horizon est borné par de petites montagnes. Le chemin que je suivis, étant arrivé dans la plaine, est parallèle à la grande chaîne. Il traverse des pAturages couverts d'arbres rabougris , d'autant plus nombreux et plus serrés que la terre prend une couleur plus rouge.

La chaleur, ce jour-là (9 mai) , pouvait à peine se supporter, le temps étant lourd et couvert, et cependant il ne tomba que quelques gouttes d'eau. A la vérité, nous n'étions point dans la saison des pluies ; mais il eût été bien i désirer qu'il survint quelque averse; car la sécheresse excessive excitait les plaintes de tous les cultivateurs. La récolte du riz et celle du maïs avaient été presque nulles , et les denrées étaient excessivement chères.

Après avoir fait 2 lieues depuis le Sitio dos Pilôes, je m'arrêtai à une fcamda qui portait le nom de Guarda màr. Si on l'appelait ainsi, ce n'est pas qu'elle appartint alors à un guardamôr; mais son premier propriétaire l'avait été, et la plupart des fazendas conservent le nom de celui qui en a jeté les fondements. Quoi qu'il en soit, je vis ici plusieurs nègres , et le possesseur actuel paraissait avoir quelque aisance. Cependant sa maison n'était encore qu'une chaumière mal arrangée; car, il faut le dire, le désordre caractérise toutes les habitations qu'on rencontre dispersées dans ces déserts.

On me logea dans une grande pièce où était placée la manjola, et, pendant que j'écrivais, on faisait, près de moi, de la farine de maïs ( farinha ). Le bruit criard de la math ;o/a m'étourdissait; j'étais aveuglé par la fumée du four-

neau, et il fallait, de plus, que je fisse la guerre aux chiens qui venaient ronger le cuir de mes malles.

On jouit, dans ce canton, d'un grand avantage. A 5 legoas deGuarda môr, il y a, dans la Serra, des eaux minérales qui , comme celles d'Araxé, de Salitre, de la Serra Negra, remplacent le sel pour les bètes à cornes.

Au delà de Guarda môr, le chemin traverse un pays très-plat et se prolonge parallèlement à la continuation du Chapadào, ou, si Ton aime mieux, de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba , que Ton doit naturellement avoir à sa gauche.

Dans un espace considérable, où le chemin est fort large, les arbre» assez élevés.se touchaient-presque tous par Textrémité de leurs branches, et entre eux croissait un nombre considérable d'arbrisseaux et de sous- arbrisseaux , ensemble qui produisait un effet très-agréable. D'ailleurs les arbres rabougris qui dominent dans les campos me parurent appartenir toujours aux mêmes espèces.

Après une marche de 3 legoas , à partir de Guarda môr, je fis halte à Sapé, lieu ainsi appelé à cause de la Graminée du même nom qui croit dans son voisinage (Saccharum Sapé, Aug. S. Hil.). Dans le même endroit , je revis en grande abondance le capim gordura , dont l'odeur résineuse remplissait iair , et que je n'avais pas rencontré à l'occident de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba.

Au delà de Sapé le pays est encore plat. J'avais , à ma gauche, la continuation des montagnes de Pilôes, qui, peu à peu , vont en diminuant d'élévation , et à ma droit^ s'étendaient d'autres petites montagnes.

Le chemin est toujours fort beau et traverse, en serpentant^ des pâturages où , suivant là nature du terrain , les

t!é VOYAGE AUX SOUEŒS

arbres et les arbrisseaux sont plus ao moins Dombr^u. Quoique alors il D*y en eât presque point eu fleuret que leur forme générale soit la même , puisqu'à peu près tous sont tortueux et nAKuigiris , cependant ils varient tant dans les détails que leur ensenable produit un effet charmant, surtout lorsqu'ils sont très-rapprochés les uns des autres. A côté de la Légumineuse n"" 575 , dont les feuiUes , finenaent décx)upées, atteignent jusqu'à 3 pieds <de longueur, sont des Malpighiées et des Apocynées qui ont les leurs parfaitemept entières, larges, roides et cassantes. De petits Palmiers contrastent, par la simplicité de leurs fonnes, avec les rameaux si divisés des arbres voisins , et Ton voit une Apocynée confondre son feuillage lisse et luisant avec les feuiHes cotonneuses et blanchâtres d'une Malpigfaiacée. Les sous-arbrisseaux qui croissent sous ces différents arbres ne sont pas moins variés qu'eux. De p^tes Malpighiées aux feuilles simples se mêlent à des Cëtsda qui ont les leurs flnement découpées, et les folioles extrêmement rapprochées de ces dernières plantes contrastent aussi avec le feuillage également découpé, n^is extrêmement lèche, de la Bignonée n** 506. De distance à autre, on voit à droite et à gauche du chemin des endroits bas et marécageux , où rherbe, très-épaisse, est d'un vert assez gai : là point d'arbres tortueux variés pour le feuillage , absolument aucun contraste; le seul bority se montre (lans la partie la plus humide de ces eiq>èces de vallées, tantêt isolé, tantôt par petits groupes; les jeunes individus n'offrent qu'une touffe de feuilles en éventail , qui sortent de terre portées sur de longs pétioles , les autres s'élèvent conmie des colonnes surmontées d'un panache superbe. A 3 lieues de Sapé, je reçus l'hospitalité daifê une fa-

DU lUO DE S. FRANCISCO. 275

xenda qui porte le nom de Joào Gomes. Elle appartenait à HD mulâtre , et cependant elle avait an pen plus d'apparence que celles où j'avais fait halte depuis Araxà ; on pouvait du moins distinguer la maison du mattre des cabanes de ses nègres. Je fus aussi beaucoup plus content de la conversation et des manières du mulâtre que de celles de tant de blancs chez lesquels je m'étais arrêté depuis un mois (V. p. 933). Alors je me rapprochais de Paracatu; le prcqpriétaire de la fazenda de Joâo Gomes appartenait à une pq)ulation plus ancienne; les campagnards que j'avais vus précédemment étaient la lie des diverses comarcas de la province de Minas Geraes.

Les campoê que je traversai, après avoir quitté Joào Gomes, <mi un aspect riant, et offraient encore une trèsbelle verdure; cependant, il feut l'avouer, quelque jolis que soient les catnpo« d'arbres rabougris, on finit par être fatigué de ne jamais voir autre chose. D'ailleurs, dans les 5 mortelles lieues que je fis entre Joâo Gomes et le poste militaire de Santa Isabel, je n'eus pas le plaisir de recaeillir une plante que je ne possédasse point encore ; je passai même des demi-heures entières sans apercevoir une fleur.

Depuis trois jours, le tonnerre se faisait entendre , il tombait de l'eau tous les jours, et cependant la chaleur était encore insupportable. J'étais néanmoins bien heureux que le temps se ftA mis à la pluie, car, auparavant, la température s'élevait toujours davantage.

Entre Joâo Gomes et le poste militaire de Santa Isabel , je passai plusieurs petites rivières qui prennent leur source dans la Serra do S. Francisco e da Paranahyba et vont se jeter, par des intermédiaires, dans le S. Francisco, savoir:

le Riberào (torrent), YEscuro Grande, XEscuro Pequeno et enfin le Santa Isabel, Les eaux de ce dernier et de FEscuro Grande sont sujettes à donner des fièvres intermittentes, ce qui vient sans doute de ce que leurs bords sont marécageux.

Auprès du Santa Isabel a été bâtie la maisonnette où Ton a établi un poste de militaires du régiment de cavalerie de Villa Rica : c'est là que je fis halte. Je montrai mes papiers au caporal qui commandait le poste , et j'en fus trèsbien accueilli.

Le poste ne se composait que de deux soldats tirés d'un détachement de neuf hommes cantonnés à Paracatù. Ces militaires étaient chargés de faire la visite de tous les ballots venant de.Goyaz , afin de s'assurer s'ils ne contenaient pas des diamants et de l'or en poudre. Ils devaient empêcher aussi qu'on ne passât des piastres d'Espagne, sans un coin aux armes de Portugal , que le gouvernement* par une fraude indigne, faisait mettre sur ces monnaies, les portant , après cette formalité , de 780 reis ( 4 fr. 88 c. ) , leur valeur réelle, à une valeur fictive de 960 reis (6 fr.).

Le poste de Santa Isabel avait encore une autre destination : on y faisait payer un droit de 375 reis (2 fr. 24-0.) par arrobe, sur toutes les marchandises qui étaient sorties de Goyaz pour être vendues à Minas Geraes. Je n'ai pas besoin de faire sentir combien il est absurde d'exiger des droits sur les productions d'une, province lorsqu'elles passent dans une autre ; combien, surtout, il est absurde de mettre des droits de sortie d'un pays conune Goyaz , qui , dans son éloignement seul , trouve déjà tant d'obstacles à Texportation de ses produits.

Ce fût à Santa Isabel que j'appris la fin des aventures

d'un contrebandier français qui m'avait inspiré quelque intérêt par la force de sa volonté et sa persévérance. Pour ne pas courir le risque de compromettre cet homiùe , je n'avais rien écrit, dans mon journal, de ce qui le concernait; je vais ici raconter son histoire aussi fidèlement que me le permettra ma mémoire. Lorsque, au retour de mon voyage dans le district des Diamants, je repassai par Villa do Principe, le curé de cette ville, M. Francisco Rodrigues Ribeiro de Avellar , me demanda si je voulais recevoir la visite d'un de mes compatriotes, qui alors se trouvait dans le pays. Il y avait un an environ que, à l'exception de mon domestique , je n'avais aperçu aucun Français; j'acceptai avec plaisir l'offre de l'excellent curé. Btentdt je vis paraître, dans ma chambre, un homme vêtu d'une redingote grise, âgé d'une trentaine d'années, mince et très-grand , dont la tète était ronde, la figure rouge et commune. Nous nous mtmes à causer. Cet homme, qui vivait au milieu d'étrangers dont il fallait qu'il se défiAt dans tous les instants, Alt ravi sans doute de trouver un compatriote avec lequel il pouvait enfin parler sa langue , s'entretenir de son pays, de ses intérêts et de son avenir; bientêt il se laissa aller à tout l'abandon de la confiance et il me raconta son histoire. Il était né , je crois , à Rodez et y exerçait la profession de boucher, lorsque ta destruction du gouvernement impérial l'entraîna à faire de mauvaises aflaires. A cette époque, le voyage de l'Anglais Mawe dans l'intérieur du Brésil lui tombe entre les mains , et dès lors il ne rêve plus que diamants et richesses. Persuadé qu'il peut faire fortune au Brésil par la contrebande des diamants , il part pour Marseille et de là il se rend à Lisbonne ; mais c'était à Rio de Janeiro qu'il voulait arriver. Il va trouver le consul de

France à Lisbonne, tâche de Tintéresser, et le supplie de lui indiquer les moyens de passer au Brésil. Le consul l'adresse à un officier portugais qui allait s'embarquer pour Rio de Janeiro sur un bAtiment de guerre. L'officier .avait besoin d'un domestique; il prend le Français , ne lui promettant d'autre salaire que son passage; c'était la seule chose que celui-ci désirât. Jamais , me disait-il , homme n'avait été mieux servi que cet officier; j'allais au devant de ses désirs , je les devinais dans ses regards. Le bâtiment arrive heureusement au Brésil. L' officier , sensible aux attentions de son domestique, lui dit alors que, quoiqu'il lui eût seulement promis le passage , il serait charmé de faire quelque chose pour lui. On assure , lui répondit le Français, qu'il y a un peu d'argent à gagner dans le pays des Mines; je serais bien reconnaissant, si vous pouviez me faire avoir un passe-port pour cette province. L'officier connaissait l'intendant général de la police ; il sollicite le passe-port et l'obtient. Mon Français part pour Villa Rica; il s'y lie avec un contrebandier anglais établi dans le pays, travaille quelque temps avec lui, puis il le quitte et se rend dans le Serro do Frio. Là il parvient à se faire ieitier dans tous les mystères de la contrebande des diamants, fait connaissance avec les nègres qui volaient ces précieuses pierres, et pénètre dans le district dont l'entrée était si sévèrement défendue. Les chemins secrets pratiqués dans les lieux les plus difGciles par les anciens garimpeiros (i) lui deviennent bientôt familiers, et, lorsque je le vis, il

(1) Les garimpeiros étaient des hommes aventureux qui, réunis en troupes , faisaient la contrebande des diamants et se réfugiaient dans les montagnes les plus escarpées {Voyage dans le districl des Diamants, eUi.,l,2\).

DU uo M s. numisco. 279

avait àé^ cMimeiicéà gagner quelque argmt^ Qoand cet homme eut adievé son récit» je tâchai de le détourner du métier aventureux auquel il se livrait; je lui en r^résentai toQB les dangers, et lui répétai que, si on voulait (aire un exemple, ce serait certainement lui, étranger, sans amis, sans protecteurs» que l'on sacrifierait. Mais les diamants pouvaient Tenricbir ; il était déddé à courir tous les risques pour parvenir au. but qu'il avait poursuivi jusqu'alors, et mes représentations Airent inutiles. Je le décidai cependant à écrire à sa famille, à laquelle il s* était promis de ne donner de ses aouvdles que lorsqu'il aurait foit fortune , et il convint qu'il m'apporterait sa lettre le lendemain» pour que je la fisse passer à Rodez. Mais cet bcmime se repentit sans doute de la confiance qu'il m'avait montrée; il ne revint point, et je fus plus d'un an sans entendre parler de lui. Enfin, lorsque j'étais au poste de Santa Isabel, le caporal me dit que, quelque temps auparavant, il avait arrêté un de mes /compatriotes dans le district des Diamants ; je lui fis des questions sur cet homme, et, aut détails qu'il me donna , je ne pus douter que ce ne f&t le contrebandier de Rodez. Le caporalsortait lui-même en cachette du district des diamants, par des chemins détournés, loi^'H aperçut un homme qui se glissait le long des rochers. Vêtu en bourgeois et se trouvant avec u&e femme» il ne fit rien pour prendre cet homme ; mais , de retour à son poste , il rendit compte à ses camarades de ce qu'il avait vu. Les soldats se mirent en embuscade et Us arrêtèrent le contrebandier, qu'ils reconnurent pour un Français; cependant celui-ci les pria avec tant d'instance de le laisser aller qu ils y consentirent. Cette leçon ne le guérit pourtant pas de son inconcevable opiniâtreté. Il fut bientôt dénoncé comme étant

caché dans une des maisons de Tun des services (1) du district des Diamants. On ceme la maison pendant la nuit, il s'échappe ; on le poursuit , il s'échappe une seconde fois , et il en fut quitte pour la perte de sa bourse, que les soldats se partagèrent et qu'il avait laissée tomber, sans doute pour occuper ceux qui le poursuivaient et pour gagner du temps. Le caporal ajouta à son récit que cet homme s'était retiré dans les environs de Sabarà, et je ne sais ce qu'il sera devenu. Il egt fAcheux qu'une si singulière persévérance n'eût pas un plus noble but.

Peu après avoir quitté le poste de Santa Isabel , je commençai à monter sur un morne élevé qu'on nomme Serra de Paracatu. Sur le flanc de ce morne et sur son sommet , on jouit d'une vue extrêmement étendue. J'y découvrais toute la plaine que j'avais traversée les jours précédents, et au delà les montagnes qui la bornent. Les bouquets de bois, les pâturages composés seulement de Graminées et ceux où s'élèvent de petits arbres forment, lorsqu'on les voit de loin, des compartiments variés d'un eflfet trèsagréable. En descendant la montagne on aperçoit, à peu de distance , la ville de Paracatu , située sur la droite, au pied de quelques collines.

J'étais porteur d'une lettre de recommandation pour le sargento nwir Alexandre Pereira e Castro. On m'avait dit qu'il était à sa maison de campagne dont on m'avait mal indiqué le chemin ; mais , après avoir erré longtemps au milieu des pâturages , j'arrivai S l'entrée de Paracatu.

(1) On appelle service f {serviçM) les lieux où, pour extraire des diamants, on a établi une troupe (Iropa) , nom que Ton donne à nue réunion d'esclaves dirigeas par des employés libres {Voyage dans le disirici des Diamants, etc., I, 89).

Là quelqu'un m'apprit que le sargento môr se trouvait à la ville ou à UD lavage d'or qu'il possédait dans le voisinage. J'envoyai José Marianne pour s'en assurer. Le sargento môr n'était point à la ville ; mon messager alla le chercher à son lavage, et je passai deux heures exposé au soleil le plus ardent , sans pouvoir trouver le moindre ombrage. Rarement je fus aussi fatigué que ce jour-là.

292 TOTAGe AUX SOURCES

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