‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 18 sur 43 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

PA&ACÀTi;.

Histoire de Paracatû. ^ Par qui cette ville est aajoard*faui peuplée. — Son admimstration ctrile. Le sooTerain mal obéi par les magistrats. — PopnlattoQ de Paracatù et de la paroisse dont cette y|lle est le cheflieu. — Situation de Paracatù. — Les ruisseaux qui Tentourent. Rues : maisons ; jardins. — Place publique. — Fontaines. — Eglises.— H6tel de Tille. — Tavernes ; boutiques ; commerce, ^ Eiploitation des mines. — Ressources de la ytlle de Paracatù. — Culture des terres. — Bétail.— EiporUtions.— Disette.— Portrait du sargetUo mér AuziN-

DRI PERBIRà B CASTRO.

Les Paulistes qui allaient à la découverte de nouvelles terres ne traversaient jamais un ruisseau sans éprouver le sable de son lit pour s'assurer qu'il ne contenait pas de Tor. Ceux qui découvrirent Goyaz furent conduits par le hasard au lieu où est aujourd'hui situé Paracatù ; ils trouvèrent de l'or en abondance dans le ruisseau qui porte le nom de Corrego Rico et consignèrent ce fait dans leur itinéraire (1).

Longtemps après, cet itinéraire tomba entre les mains de José Rodrigues Froes, qui appartenait à une famille recommandable de S. Paul. Il part seul avec deux esclaves noirs,

(1) On raconte même que , pour mieui faire reconnaître Tendroit désign(^ , ils y avaient ri^uni deux Palmiers avec uuc chaîne.

Dy RIO 1>E s. FRANCISCO. 288

traverse des contrées encore inhabitées, et» en 1744, il arrive enfin au lien qn'il cherchait avec tant de courage et d'ardeur.

Ayant trouvé certains poissons d'un goût agréable dans le Corrego Rico, il imagina de donner au pays qu'il venait de découvrir le nom de Pyra-c€Uu (bon poisson) , qu'il emprunta k la langue des Indiens de la côte [lingêa gérât) » fidèle à l'usage généralement adopté par les anciens Paulistes. Les travaux des mineurs ont détruit les poissons qui vivaient dans le Corrego Rico ; le nom de Pyracatû s'œi altéré et l'on on a fait Paracatù. Cependant quelques personnes qui ne sont point étrangères à l'histoire du pays conservent encore le nom primitif (1 ) .

Les succès de José Rodrigvies Froes surpassèrent ses espé^ rances. H retira du Corrego Rico une quantité d'or considérable , et il alla porter à Sabaré le firuit de ses travaux. Il fut nommé guarda m6r (S) et on lui accorda la data de fté^ vence [data de preferencia] (3),qu'îl est d'usage de concéder i ceux qui découvrent des mines. Froes retourna à Paracatù avec un grand nombre d'hommes qai voulaient partager les trésors des mines nouvelles ; beaucoup de gens vinrent également de Goyaz : enfin la réputation des richesses du pays fut bientôt telle, que plusieurs Portugais européens traversèrent le désert pour se fixer à Paracatù.

Dans les commencements on tirait, sans aucune peine,

(1) Le cachet de la poste' porte même le nom de Pirc^calû (1819).

12) Le QMarda môr est up magistrat chargé de la distribution des terrains aurifères {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, tiCt 1,239).

(3) On entend par data l'étendue de terrain aurifère que le guarda môr peut donner à chacun.

une grande quantité d'or du Corrego Rico et de quelque ruisseaux voisins, les Corregos de S. DomingoSy de S. Antonio et de Santa Rita. Les mineurs de Paracatû achetèrent un grand nombre d'esclaves (i), et en peu de temps s'éleva une ville nouvelle.

Alors on faisait venir à grands frais les vins et les autres marchandises d'Europe à travers le désert ; on dépensait des sommes considérables pour les fêtes d'église ; on eut des musiciens; on eut un petit théâtre, et les nègres euxmêmes, dans leurs réjouissances, répandaient, dit^n,de la poudre d'or sur la chevelure de leurs meilleures danseuses (2).

Cependant toute cette opulence ne pouvait être de longue durée. Chacun jouissait de ses richesses, personne ne fonda une fortune durable. Là plupart des premiers colons, qui étaient des célibataires, ne songeaient point à l'avenir, et les gens mariés, entraînés par l'exemple des autres, se montrèrent aussi imprévoyants.

Les mines des environs de Paracatû sont loin d'être épuisées, mais peu à peu elles sont devenues d'une exploitation plus difficile. L'amour et la reconnaissance ont fait affranchir un grand nombre d'esclaves (3) ; les autres sont morts , et ils n'ont pu être remplacés. A peine aujourd'hui

(1) Le fameux Felisbierto Caldeira Brant , qui , sous radministraUoo de Gomes Freyre, fut le troisième fermier des diamants du Brésil, et qui , accusé de malversations, fut mis en prison à Lisbonne , où il mourut, était, selon Southey ( Hist., III, 62i), un riche mineur de Paracatû.

(2) Voyez Pintroduction à mon Histoire des plantes les plus rematquables du Brésil et du Paraguay.

(3) Ceci suffirait pour prouver que Ton a induit en erreur M. Jacques Arago, lorsqu'on lui a dit que les Brésiliens u'affrauchissaieut point leurs nègres.

(1819) compte-on à Paracatù deux ou trois personnes qui s^occupent en grand de l'eitraction de Tor; la population de c^tte ville a singulièrement diminué, et l'on n'y voit plus (pi'un très-petit nombre de blancs qui généralement sont peu riches, et auxquels le climat et l'oisiveté ont fait perdre cet esprit entreprenant dont leurs pères furent animés.

Il existe à Paracatù beaucoup de mulâtres; mais ce sont les nègres libres et créoles qui forment aujourd'hui la majeure partie de la population de cette ville. Leurs femmes filent du coton pour faire de grossiers tissus; quelques hommes ont des métiers, le plus grand nombre va de temps en temps chercher un peu de poudre d'or dans les ruisseaux- voisins. Presque tous vivent dans une extrême pauvreté; mais ils ne trouvent point que ce soit acheter trop cher le bonheur de passer la plus grande partie de leur temps à ne rien faire. On peut croire aisément que des hommes sans occupation et sans principes sont enclins à plus d'une sorte de vice. Le vol , qui natt de l'oisiveté et qui la favorise, est un de ceux que l'on reproche le plus aux nègres de Paracatù; très-souvent ils enlèvent des bestiaux aux cultivateuris du voisinage.

Pendant longtemps Paracatù fit partie de la comarca de Sabaré. Ce fut d'abord un simple village, puis un chef-lieu de justice (julgado) > et enfin un décret du 20 octobre 1 798 en fit une ville sous le nom de Villa de Paracatù do Principe (1). Dans l'espace d'environ dix-huit ans, Paracatù resta le chef-lieu d'un termo administré par un juiz de fora; mais, le 17 mars 1813 (2), on érigea ce termo en chef-lieu

(1) Ce nom de Paracatù do Principe a'est employé que pour Icj ftcles publics; dans Tusage habituel, on dit simplement Paracalû.

(2) Cette date et la précédente sont empruntées à Pixarro.

de comarcay et, comme Je Tai déjà dit, par un décret da i avril 1816, on réunit à la nouvelle comarca les justices d'Araxé et de Desemboque. Il fut décidé aussi que Paracatu, ayant un ouvtdor^ n'aurait plus de juiz de fora, mais seulement deux juges ordinaires (juizes ordinarios) et un juge des orphelins [juiz dos orfaos).

A répoque de mon voyage, il y avait déjà un certain temps que le nouvel ouvidor de Paracatû était nommé; mais il n'avait pas encore songé à quitter le lieu de sa résidence. C'était alors un usage général dans le Brésil que les administrateurs ne se rendissent à leur poste que fort longtemps après leur nomination. On a vu des capitaines généraux rester plusieurs années à Rio de Janeiro, avant de partir pour leurs gouvernements, paraître à la cour, et marchander avec le roi sur le prix de leurs services futurs. On connaissait toute la faiblesse du prince et on en profitait.

Quoique détaché de Sabarà, Paracatû continuait,, lors de mon voyage , à en dépendre pour ce qui concerne la fonte de l'or (1). A la vérité, V ouvidor de cette dernière viHe est aussi intendant de l'or ; mais te métal extrait de tout le territoire de Paracatû devait être fondu à Sabarà. Il y avait, dans le chef-lieu de la comarca nouvelle, deux maisons (casas depremuta) où l'on échangeait l'or en poudre contre des billets (bilhetes de permuta), et , tous les trois mois , on faisait à l'intendance de l'or (tntendencia d*ouro] de Sabari

(1) Si , de 1822 à 1829, oo n*a point créé à Paracttû d'établissement pour la fonte de Tor {ccua da fUndiçào) , M. Walsh s'est trompé qnaod il a dit que , à la dernière de ces époques, il en existait, è Minâs, dans chaque chef-lieu de ccmxarca (Notes, II, 138V

la remise de celai qui avait été réuni dans les maisons de change (1).

Quant au spirituel, Paracatn est le chef-lieu d'une paroisse qui, autrefois» s'étendait jusqu'à Salgado (2), et qui a été rédaite successivement, à mesure que le Sertâo s'est peuplé davantage. Aujourd'hui (i8i9), elle a 30 lieues dans sa plus grande longueur et environ 16 de largeur; mais, dans cet immense territoire, elle ne comprend qu'une population de 7«00(> âmes, dont 3,000 dans Paracatu et un rayon d' environ 1 lieue. Ce qui prouve, au reste, combien cette ville a perdu de son importance, depuis que ses mines ont commeoeé à s'épuiser, c'est que, suivant Pizarro, on y comptait 12,000 habitants en 1766, et alors sa population n'était déjà plus aussi considérable qu'elle l'avait été dans l'origine (3).

Paracatu est situé aux limites d'une plaine, sur la partie la plus basse d'un vaste plateau qui couronne un morne peu élevé et qui s'étend par une pente presque insensible. Ce morne est entouré de quatre ruisseaux, et se rattache , par nne*8orte d'isthme, à la montagne appelée Morro da Cfu% cbv Aimas (montagne de la croix des âmes du purgatoire) , dont il n'est rédl^nent que la continu^on , car il en sait exactement la pente.

Trois des ruisseaux dont je viens de parler prennent leur source dans le Morro da Cruz das Aimas, savoir : le Cor-

(1) Mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc. ( 1 , 338 et soir.)» contient des renseignements sur les casas de permuta, les hilheles de permuta, et tout ce qui a rapport k la circulation et à la fonte de Tor.

(2) On trouvera des détails sur Salgado dans mon Voffage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., U , 407.

(3) Mem. hUl., vm, segunda part., 213,

rego Rico (ruisseau riche) (1), le Corrego dos Macacos (ruisseau des singes) et celui de 5. Domingos, ïje Corrego Rico, dont j*ai déjà parlé, doit son nom à la grande quantité d'or que les premiers mineurs tirèrent de son Ht , et fait à lui seul le tour d'environ la moitié du Morne sur lequel est bâti Paracatù ; le Corrego dos Macacos baigne un des côtés du morne et se réunit bientôt au Corrego Rico ; celui de S. Domingos ne touche, pour ainsi dire, le morne que par un point [^) ; enfin le Corrego Pobre , autrement dit Corrego Superbo ou do Menino Diabo (ruisseau pauvre, ruisseau superbe, ruisseau de Tenfant-diable), complète cette espèce de ceinture. Les trois premiers de ces ruisseaux, et principalement le Corrego Rico, ont été le théâtre des i^ravaux des mineurs , et leurs bords , bouleversés de toutes les manicVes , laissent voir à découvert, une terre d'un rouge foncé. Le Corrego Pobre fournissait beaucoup moins d'or que les autres, d W» lui vient son nom. Celui de Superbo, qu'il porte également, lur'x^ été donné parce que, dans le temps des pluies, il devient très-x(;on8idérable. Voici enfin l'origine du nom de Menino Z)ta6o,^u'il a reçu encore : Dans les commencements de ParacatùSU s'éleva une très-grande rivalité entre les jeunes gens qui habitaient le bas de la ville, près de l'église de Ste. Anne, et ceuiq^' ^^ meuraient dans le haut , auprès de celle du Rosaire. Ups uns et les autres allaient se baigner, les soirs, dans le CoV^ Pobre, qui devenait le théâtre de leurs querelles, et V^^

{V\ En écrivant le mol corrego, j'ai toujours suivi la véritable orif^' graphe portugaise ; mais , à Paracatù comme dans le reste de la jJP^ viiic€ des Mines , ou prononce cor go, \

(2) La source du Corrego de S. Domingo appelée Oiho$ ^Agua (soi/' ces) fournit l'eau que Ton boit ordinairement è Paracatù. \

là ce qui a fait appeler ce ruisseau Conrego do Menino Biabo (ruisseau de renfant^diable).

La ville de Paracatû n'occupe qu'une très-petite partie du plateau sur lequel elle a été bâtie, et s'élève immédiatemetit au-dessus du Corrego Pobre. Sa forme est allongée ; ses rues principales suivent la pente presque insensible du morne. Située sous un beau ciel , dans un pays découvert , à l'extrémité d'une plaine qui est bornée par de petites montagnes y Paracatû ne pouvait manquer d'avoir un air de gatté étranger à toutes les villes de la partie orientale de Minas Geraes, et sa position acquiert plus de charme encore aux yeux du voyageur par l'ennui qu'il a éprouvé si longtemps avant d'arriver à cette espèce d'oasis.

Les principales rues de Paracatû sont larges, assez régulières et pavées : les maisons qui les bordent n'ont, pour la plupart, que le rez-de-chaussée; elles sont basses, petites, bâties avec des ado6e5 , mais blanchies et couvertes en tuUes. Toutes ont des jalousies qui s'avancent un peu obliquement dans la rue, en manière de hotte, s'ouvrent de bas en haut , et sont formées de bâtons croisés et fort rapprochés. Un grand nomIu*e de maisons sont aujourd'hui désertes et mal entretenues Celles qui sont bâties sur le côté de la ville, au boitl du Corrego Rico , sont habitées par des nègres créoles; elles sont très-petites , sans crépi et n^annoncent qu'une extrême indigence.

J'ai dit que, dans toute? les villes et villages de la province des Mines , chaque maison a un petit enclos [quintal) oà sont plantés principalement des Bananiers et des Orangers. Ces enclos sont plus nombreux peut-être à Paracatû qu'ailleurs, et les groupes d'arbres qui les remplissent produisent un effet très-agréable, lorsqu'on découvre la ville

290 VOYAGE AUX SOUBCES

du haut des mornes voisins : d* ailleurs , k quelques exceptions près, on ne voit dans les jardins de Paraeatà, comme dans la plupart de ceux des autres villes, que des arbres fruitiers entassés sans aucun ordre ; mais , quand l'indolence des habitants ne s'opposerait pas à ce quMls soignassent davantage leurs jardins, ils trouveraient , dans la rareté de Teau et les ravages des fourmis, de grands obstacles à la culture des légumes et des fleurs.

Il n'y a à Faracatù qu'une place publique, dont la forme est à peu près celle d'un triangle ^ qui termine une 4os rues principales appelée la Rue droite (rua dirtita).

Cest à l'extrémité de cette place qu'est bAtie l'église de Ste. Anne, la plus ancienne de Faracatù. Outre cette église, qui déjà tom)>e en ruine , il y en a encore quatre autres , toutes construites en terre. L'église paroissiale , dédiée à S. Antoine, est ornée avec goClt; on désirerait s^emént qu'elle fût plus édairée. Après cette dernière , celle du Rosario, qui a été bAtie aux frais des esclaves, est ki plus grande et la mieux ornée.

Deux fontaines fournissent de l'eau aux habitants de Paraeatà; mais elles sont sans aucun ornement.

La casa da camara ( fhôtel de ville) est une petite maison carrée, à un étage, et dont le réi^de «chaussée sert de prison, smvant la coutume de la province^

On voit A Paracatu un assez grand nombre de tavernes et plusieurs boutiques assez bien garnies. Peu de marchands commercent directement avec Rio de Janeiro ; la plupart font venir de S. Joâo d'El Rei les articles dont ils ont besoin, et envoient, en échange, des cuirs écrus et du coton.

Il a été un temps où, A l'aide d'une sébile (batea), on retirait, d'un seul coup, jusqu'A une demi-livre d'or du

C^rrego Rico (i) , et aujourd'hui les mibes de Paracatû sont encore très-riches. A la vérité , lors de mon passage , ce ruisseau ne fournissait pas aux faiseadorês (S) plus de i ou 3 tmtens (46 14/16 cent.) de poudre d'or dans toute une journée, parce que la saison avait été extrêmement sèche; mais, quand des pluies très-alK)ndantes ont entraîné beaucoup de sable avec elles , ces hommes font souvent des journées de 1,200 reis (7 fr. 50 c.) et davantage. Cependant le manque d'esclaves et de capitaux ne permet pas qu'on se livre actuellement à des travaux très-considérables, et une autre cause, la rareté des eaux , y met encore obstacle. Lorsque les premiers mineurs vinrent s^établir dans ce pays, tous les ruisseaux étaient bordés de bois; ils ont été coupés, et Teau est devenue beaucoup moins abondante. Tel est, en Amérique comme en Europe, le résultat des déboisements.

Parmi les trois oii quatre personnes qui , lors de mon voyage, s'occupaient en grand de la recherche de l'or dans les environs de Paracatû , je dois citer mon excellent hôte , le êargerUù m6r Alexandre Pereira e Castro. Il venait d'ouvrir une mine au-dessus de la ville, dans un terrain dont la superficie avait déjà été effleurée par les anciens mineurs. A une profondeur de 80 jpaltmw (11 mètr^), il avait trouvé un eascalho (3) fort riche, et il en avait retiré un

(1) Pu., Mem. hiiUt vm, part, segnnda, 214.

(3) Les faiscadoreê sont des hommes trop pauyres pour se lirrer à de grands trayaux et qui Tont chercher on peu d'or dans le sable des ririères ou dans le résidu des layages. Voyez mon Voffoge dans ie$ provineeê deBiodi Janeiro, etc., 1 , 357.

(3) Les mineurs désignent par ce mot un mélange de cailloux et de sable qui renferme des parcelles d'or (Voyage dans les provinces de Bio de Janeiro, etc., 1 , 245).

or à 25 carats , de la plus belle couleur, tandis que celjii qu'on trouve dans le lit des ruisseaux n'est guère qu'à 19 carats. En général, on observe dans ce pays, et peutêtre en est-il de môme dans toute la province, on observe, dis-je, que Tor est à un titre d'autant plus élevé qu'il a été recueilli à une plus grande profondeur. Le sargento môr avait creusé des réservoirs pour conserver les eaux pluviales , et de petits canaux pour conduire celles-ci à sa mine, et il est à croire qu'il aura obtenu quelque succès.

Cependant , il faut le dire , ces efforts isolés ne sauraient amener de bien grands résultats. On ne tirera véritablement parti des mines de Paracatû qu'en formant des sociétés qui réunissent des fonds assez considérables pour subvenir aux dépenses préliminaires. Mais, comme tes fortunes sont actuellement ici très-médiocres , de telles sociétés sont peut-être impossibles : d'ailleurs l'apathie, ledéfaut d'ordre, une méfiance trop souvent justifiée n'ont pas permis, jusqu'à ce jour (1819), que l'esprit d'association pénétrât dans les mœurs des Brésiliens; d'un autre côté , peut-être serait-ce un malheur pour le pays que des étrangers y songeassent, car ils ne manqueraient pas d'emporter dans leur patrie le fruit de leurs travaux.

Le revenu des mines ira sans doute toujours en diminuant; mais la ville de Paracatû trouvera une ressource dans les avantages que lui procure son titre de chef-lieu de comarca; elle en trouvera surtout dans les produits de s^ alentours et la vente du bétail que nourrissent ses pâturages.

Les terres des environs de Paracatû sont propres à tous les genres de culture. La canne à sucre, le maïs, le riz, les haricots , le manioc y réussissent également bien.

DU RIO DE S. FRANaSCO. 293

Gomme dans les autres parties de la province des Mines, on ensemence deux fois de suite les terrains vierges; il faut , après cela , laisser reposer le sol pendant cinq ans , afin que les taillis prennent assez de force pour pouvoir être brftléSy et, cinq ans plus tard, on les recoupe pour les brftler encore. Lorsqu'on a soin de donner aux terres un repos de cette durée, le capim gordura (Melinis minuiiflora) ne s'en empare point; mais, quand on les affaiblit en ne mettant pas un aussi long intervalle entre deux années de culture, Tambitieuse Graminée ne tarde point à se montrer.

Autour de Paracatu, on est obligé sans doute de donner du sel aux bestiaux; mais, comme il s'y trouve, à ce qu'il parait, des terres un peu salpêtrées, la distribution ne se fait que de trois en trois mois. C'est le sel de Pilâo Arcado (1) que l'on emploie à cet effet, celui qu'on appelle tal da terra (sel du pays). Le sel venant de l'Océan serait trop cher, et il n'y en avait même point à Paracatu, à l'époque de mon passage. Plus près du S. Francisco, il n'est pas nécessaire de faire la même dépense ; les terres salpêtrées y sont communes comme à l'est de ce fleuve (2) ; le bétail s'en repait avec avidité, et elles suppléent au sel.

Aux environs de Paracatu , on n'incendie tes pâturages que vers les mois de juin, juillet et août, c'est-à-dire dans

(1) Ce sel est celai que fournissent , h environ 130 legoas de Salgado, les deux edtés do S. Francisco {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., Il, 412). 11 prend le nom de sel de Pilâo Arcado, parce qa*on le recueille aux environs de la ville de ce nom , dans la province de Fernambouc. Si je ne me trompe , à Paracatu et d'autres parties de Minas, on dit, par corruption , Pilôes Arcados.

.(2) Voyei mon Voyage dam la province de Rio de Janeiro, etc., n,317.

294 VOYAGE AOX SOURCES

la saison de la sécheresse, et le feu n'y prend pas lors^ qu'on le met avant cette époque. Cependant les propriétaires qui veulent avoir pins tôt de T herbe fraîche pour leurs va* ches à lait gardent une certaine étendue de pâturages, sans y mettre le feu , pendant toute une année, et ils peuvent les brûler l'année suivante, dès les mois d'avril et de mai. C'estpeuqu'unpayssoitfertile, si,conmielemidi de la province deGoyaz, il n'a aucun moyen d'exporter ses denrées. Il n'en est pasainsi deParacatû. Cette ville n'est éloignée que de 8 legoas du Porto de Beserra, où la rivière « également appelée Paracaiûy est navigable. Cette rivière, qui, m'at-on dit, prend sa source à 14 legoas de la ville de Paracatu , dans la Serra do Carrapato (1) , se réunit au S. Francisco, et, commç je l'ai dit ailleurs, les bords de ce grand fleuve sont, au delà du Salgado, d'une stérilité eitrème(2)» Depuis que les habitants des environs deParacatû s'occupent davantage de leurs terres , ceux des rives du S. Francisco viennent, dans ce pays, chercher du maïs, des haricots, du sucre et de l'eau-de-vie, et apportent en échange le sel de Pilâo Arcado. Pendant que j'étais à Paracatû, il s'y trouvait des marchands de Cayteté (3) , qui tâchaient de rassembler des vivres pour les faire passer dans leur pays«

U) Cazal dit {Corog. Braz., I, 384) qae les principales sources da Paracatû sont le kio Escnro et le Rio da Prata.

(2) Voyage datis les provinces de Rio de Janeiro, etc., II , 412.

(3) Cayteté oa Villa noua do Principe est one viUe de la comarca de Jacobtna, dans la province de Bahia (Càz., Corog, Brax.^ U , 137). Cette Tille » dit von Martios , offre le même climat et la même yégétation que Minas Novas ; aussi , depuis une trentaine d'années , s*y est-on livré en grand à la culture du cotonnier. U y a k Cayteté des marchands qui , chaque année, envoient h Bahia une quantité de coton formant la charge de mille mulets , et ce lieu est devenu le plus riche du Serlào de Bahia ^/îc/««, U,597).

Ma» cette année-là était peu favorable pour des achats de ce genre; car la sécheresse qu'il avait fait» comme on Ta vu y pendant les mois où il pleut ordinairement» avait occasionné une disette générale. Cétait surtout dans la ville de Paracatû que la fomine se faisait sentir. Pendant quelque temps, les denrées avaient été taxées par le juge ; mais» comme personne n'apportait plus rien» ainsi qu'il devait être facile de le prévoir » la taxe avait été levée. Aussitôt qu'il arrivait un chariot chargé de vivres » chacun se précipitait pour avoir sa part » et le magistrat était obligé de déterminer ce que chaque maison devait acheter. Sans lui et sans le sargmto m6r, je serais parti de Paracatû sans aucune provision.

Pendant le séjour que je fis dans cette ville» je fus comblé de politesses par le sargeato m^^ Alexandre Pereira e Castro» qui m'avait abandonné sa maison pour aller s'établir dans le voisinage et me rendit mille petits services. Il était impossible de voir un homme meilleur ; il était actif» quoiqu'il ne fût plus jeune» toujours gai» toujours prêt à obliger» toujours disposé à excuser les antres et à embrasser le parti de la modération. Il aimait son pays par-dessus toutes choses et croyait que» dans le monde entier» il n'y avait rien au-dessus de Paracatû. Ce qu'il aimait cependant plus encore xiue sa patrie» c'étaient ses mines» mais bien moins à cause de l'argent qu'il en tirait que parce qu'il avait eu la gloire de les ouvrir et d'y faire des ouvrages assez bien entendus.

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