CHAPITRE XVIII
s. ANTONIO DOS MONTES GLAROS. — LE YIIXAGE DE CORUMBA. — LES MONTES PYRENEOS. — LE VILLAGE DE MEIAPONTE.
Le pays situé au delà de S. Joio Bvangetista. — Les queimadoê. Cause de la floraison hAUve des plantes qui y croissent.— Fazenda de Fonte Alla. — Pays situé au delà de cette fazenda. Un Velloiia fort remarquable. — Morro do Tiçao, — Le village de S. Antonio dos Montes Claros. Sa chapelle. Son unique maison. — Pays situé au delà de S. Antonio.— Ribeirâo dos Macacos. Pauvreté. La manière dont 8*acquitta un acheteur. — Pays situé au delà de Macacos. Le Palmier appelé andaiâ. Végétation. — Une halte en plein air. — Longueur des lieues. — Le village de Corumbd. Visite de deux ecclésiastiques. — i Excursion aux Montes Pyreneos, Description détaillée de ces oiontagnes. — L*auteur s'égare. 11 revient à Corumbâ. — Pays situé entre Corumbà et le village de Meiaponte.— Ce village. Visite an coDunandant , puis au curé. Situation de Meiaponte. La paroisse dont il est le chef-lieu. Ses maisons; ses rues; ses églises. Vue que Ton découvre de la place publique. Écoles. Hospice des frères du tiers ordre de S. François. Salubrité. — Histoire du village de Meiaponte. — Les habitants actuels, pour la plupart agriculteurs. Le tabac et le lard objets d*exploitation. Culture du cotonnier. Raisins excellents. — Mendicité. — Chaleur excessive. — L'abbé Luiz Gonzaga de Cahargo Fudry.
Entre la chacara de S. Joâo Evangelista et la. fazenda de Ponte Alta, qui en est éloignée de 5 legoas, et où je fis halte, je traversai, comme entre Garapa et Santa Luria ( V. le chapitre précédent), un pays parfaitement plat, ayant.
à droite et à gauche, de petites montagnes. Celles-ci sont des contre-forts des Mantes Claros , dont je parlerai bientôt, comme ces derniers sont eux-mêmes des contre-forts des Mantes Pyreneas (1); ou , pour mieux dire , dans ces hauteurs plus ou moins remarquables , on ne doit voir que des portions du grand diviseur des eaux du nord et du sud, la Serra do Corumbà et do Tocantins.
A l'exception d'une maisonnette qui me parut déserte, je ne vis, dans toute ma journée, aucune habitation, je ne rencontrai aucun voyageur, je n'aperçus aucune trace de culture, ni même une seule bête à cornes. Le pays offre toujours la même alternative de campas, à peu près uniquement couverts d'herbes , et d'autres campas où , au milieu des Graminées, s'élèvent des arbres rabougris et tortueux (tabaleiras cabertaSy tabaleiras descabertas). Depuis longtemps je ne voyais plus le capim frechay cette Graminée qui caractérise les gras pâturages du midi de la province de Minas; cependant ceux du canton que je parcourais alors sont aussi très-bons, et, malgré la sécheresse qu'il faisait depuis si longtemps , l'herbe y conservait une assez belle verdure. Les fleurs étaient toujours aussi rares; cependant j'en trouvai un assez grand nombre dans une queimada, nom que l'on donne, comme je l'ai dit ailleurs (2), aux pâturages récemment incendiés.
A peine l'herbe d'un campa naturel a-t-elle été brûlée, qu'au milieu des cendres noires dont la terre est couverte il parait çà et là des plantes naines, souvent velues, dont les feuilles sont sessiles et mal développées, et qui bientôt
(1) PoHL, Reise, I, 285.
rZ) Voyage dans les provinces de /i/o de Janeiro, etc., I, 277.
donnent des fleurs. Pendant longtemps , j'ai cru que ees plantes étaient des espèces distinctes , particulières aux queimadas, comme d'autres appartiennent exclusivement aux taillis qui remplacent les forêts vierges ; mais un examen attentif m*a convaincu que ces prétendues espèces ne sont que des individus avortés d'espèces naturellement beaucoup plus grandes et destinées à fleurir dans une saison difiérente. Pendant la sécheresse, époque de Tincendie des campos , la végétation de la plupart des plantes qui les composent est, en quelque sorte, suspendue, et celles-ci n'offrent que des tiges languissantes ou desséchées. Cependant il doit arriver ici la même chose que dans nos climats; durant cet intervalle de repos , les racines doivent se fortifier et se remplir de sucs destinés à alimenter des pousses nouvelles, conune on en voit un exemple frappant chez la Colchique et chez nos Orchidées. Dans les qtmmadasy l'Incendie des tiges anciennes détermine le développement des germes; mais, comme les nouvelles pousses paraissent avant le temps , et que les réservoirs de sucs destinés i^ les nourrir ne sont pas encore suffisamment remplis, les feuilles se développent mal ; le passage de celles-ci k la fleur se fait rapidement , et cette dernière met bientôt un terme à l'accroissement de la tige (1). Comme je l'ai déjà fait ailleurs, j'engagerai les botanistes qui décrivent les plantes du Brésil d'après des herbiers à faire des efforts pour rapprocher des véritables espèces les avortons singuliers que produisent les qtmmadas, et à ne pas céder à la
(1) Voyez mon Introduction à C Histoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay, et mon Tableau géographique de la végétation primitive dans la province de Mina* Geraes {Nouvelles annales des voyages, 1837).
DU RIO DE S. FRANCISCO. n
puérile vanité de les indiquer avec des noms nouveaui comme espèces distinctes (i).
La fazenda de Ponte Alla (pont élevé) (â) où je fis halte, ainsi qu'on Ta vu tout i F heure, est située sur le bord d*un ruiœeau qui porte le même nom qu'elle : comme tant d'au« très habitations, elle tombait alors en ruine.
Le pays que je parcourus , après l'avoir quittée y est eacore désert; mais il cesse d'être plat et devient montueux : ce sont là (5) les Montes Claros (montagnes claires), dont j'ai déjà dit quelques mots.
Ce fut dans ces lieux élevés que, pour la première fois, je vis, parmi les plantes, des canypoê cobertos et des campos descobertos, cette monocotylédone arborescente si pittoresque, si caractéristique dont j'ai parlé dans le tableau général de la province, ce singulier VelUma qui se bifurque plusieurs fois , et dont les rameaux , revêtus d'écaillés , se terminent par une belle fleur que protège une touffe de feuilles linéaires , courbées comme les branches des saules pleureurs et agitées par le plus léger vent.
Du haut d'un morne assez élevé qu'on nomme Morro do Tiçào (le morne du tison) , j'aperçus, dans le lointain, les deux pics qui couronnent les Montes Pyreneos. Sur le même morne, j'ai^rçus aussi la chapelle de S. Antonio dos Montes Claros, qui en est éloignée d'environ un quart de lieue ; et, après avoir passé un niisseau qui porte le même nom que cette chapelle, je fis halte à une maison qui en est peu éloignée.
Le Rio de S. Antonio dos Montes Claros , qui prend sa
(1) Voyage dans les provinres de Rio de Janeiro^ etc., 1 , 277.
(2) Ce n'est point Ponte Alto, comme a écrit le docteur Pohl. (3^ PoHi, Reise, I.
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source à 8 legoas de la chapelle et se jette dans le Corumbà^ arrose des terrains aurifères. Autrefois on tira beaucoup d*or des environs de S. Antonio (1) ; mais, faute de bras, les lavages ont été abandonnés, et le village de 5. Antonio dos Montes Claros se trouve réduit aujourd'hui à F expression la plus simple, à la chapelle et la maison dont j'ai parlé tout à l'heure (2).
Cette chapelle est fort petite, et pourtant elle est une des trois succursales qui dépendent de l'immense paroisse dont le village de Santa Luzia est le chef-lieu. Le curé y venait dire la messe deux fois dans Tannée, à l'époque de la fête du patron, et lorsqu'il faisait sa tournée pour confesser ses paroissiens.
Le propriétaire de la maison où je fis halte , et qui constitue tout le village, avait autrefois une boutique; mais il avait été obligé de renoncer à son commerce, perce que personne ne le payait, et, lors de mon voyage, il se bornait à vendre aux caravanes le maïs dont elles avaient besoin.
Au delà de S. Antonio dos Montes Claros, je continuai à traverser un pays montueux , inculte et désert, où des lisières de bois fort étroites bordent les ruisseaux, et où le même Vellosia se montre encore dans les deux sortes de pâturages naturels qui se partagent la campagne.
(1) Pizarro dit {Mem,, IX, 213), d'après les habitants de ce caDton, qne Von trouve des parcelles d*or dans les entrailles de tous les animaux qui y ont été nourris. Si le fait est vrai, il faut supposer qu'il existe dans le pays des terrains tout à la fois salpêtres et aurifères.; car Ter ne peut passer dans les tiges et les feuilles des plantes , et Ton sait que le bétail mange avec délice la terre imprt^gnée de salpêtre.
(2) S. Antonio u*a pas plus que S. Luzia (18t9) le titre de Tille dont l'honore le docteur Pobl.
ou BIO DE s. FRAmiSGO. 25
Sur phisieurs mornes assez élevés, feus le plaisir d'admirer aae vue fort étendue, {ulncipalement sur celui qui porte le nom de Morro da Pedra Branca, parce qu'il est couvert de fragments de pierres blanches. . Après avoir descendu ce morne, je passai bi^tAt un ruisseau qui porte le nom de Ribeirao da Antinha (torrent du petit tapir) (i), sur le bord duquel je vis quelques mbérables chaumières qui tombaient en ruine.
A environ i lieue de cet endrmt, je fis halte près d'un autre ruisseau appelé Ribeirao dos Macacos ( torrent des singes], qui prend sa source à 5 lieues de là, plus ou moins, et est un des afBuents du Rio Corumbâ. Ici, comme au Ribeirao du petit tapir, il y avait quelques chaumières en ruine que Ton décorait du nom de Fazenda des Macacos, et dont aiqourd'hui il n'eiiste probablement plus de vestige. José Marianno oflfHt ses marchandises au maître de la maison ; mais on lui répondit qu'on n'avait pas d'argent : la plupart des habitants de la paroisse de Santa Luzia auraient pu , avec vérité, faire la même réponse.
Le propriétaire de Macacos fut , du moins, plus discret que celui d'une autre maison où je fis halte dans ce voyage. Ce dernier m'avait offert ses poules, du papier, son déjeûner; il voulut absolument m' accompagner une partie du chemin : il me faisait toute sorte d'offres, il devait m' envoyer des plantes, des peaux de serpent, je ne sais quoi encore. Tant de politesses m'avaient d'abord étonné; mais elles cessèrent, de me surprendre, quand je sus que cet homme avait eu l'adresse de se faire vendre quelques marchandises à crédit par José Marianno. Ayant aussi peu
{!) Da Cunlia MaUos ('crit (/lin., i, 189) Ribeirao dos Anlinhas.
d'argent que le reste de ses compatriotes, il avait cherché è s'acquitter en compliments; nous n'entendîmes plus parl^ de lui, ni de ses plantes, ni de ses peaux de serpent.
Mous étions alors au mois de juin et dans un pays fort élevé ; la nuit que nous passâmes à Macacos fut extrêmement froide, et, à six heures du matin, le thermomètre n'indiquait encore que 5 degrés 1/2 R.
Au delà de Macacos, le pays ccmtinue à être montoeiix, désert, sans bestiaux et sans culture.
A environ 1 lieue de cette cbétive fazenda, je vis quelques chaumières à demi ruinées sur le bord d'un ruisseau, qui porte le nom de Ribeirào da Ponte Alta (torrent du pont élevé) ; ensuite, pendant toute la journée, je n'aperçus pas le plus léger vestige du travail de l'homme.
Depuis la frontière jusqu'ici, les bouquets de bois (capoes) avaient été beaucoup plus rares dans les campos qu'ils ne le sont dans ceux de la province des Mines; au delà de Macacos, ils deviennent plus communs, probablement parce que les enfoncements où ils ont coutume de croître sont irfus nombreux, plus profonds, mieux abrités et plus humides. J'eus le plaisir de retrouver, dans ces bois, le palmier élégant appelé andaiâ , que j'avais déjà vu en commençant mes voyages et que j'ai décrit ailleurs (1); ce palmier dont la tige, en grande partie couverte d'écaillés, semble s'évaser de la base au sommet, dont les longues feuilles ailées, vertes d'un côté, blanchâtres de l'autre, se recourbent comme un immense plumet, et, ne présentant qu'un de leurs bords à l'épaisseur du tronc, vacillent au moindre vent; dont les cocos, gros comme des pommes, pendent en longs régimes,
1) Voyage dam les provinces de Rio de Janeiro, etc., i, 103.
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aecompagoég d'une» spatfae qui ressemble k une naodle.
AUleiB^ que dans les bo», la végétation offre toujours la même alternative, et dans un très-grand nombre de campos se montre encore le VelUmû arborescent que j*ai signalé déjà comme caractérisant ces lieux élevés. Tant6t il occupe è lui seul des espaces considérables ; tantôt quelques arbres rabougris poussent de loin en loim, au milieu des tiges de cette singuli^ monocotylédone; ailleufs, les arbres rabougris ne lui laissent plus qu'une ùitAe place : c'est cette plante qui, tomme je l'ai déjà dit, établit la plus grande différence entre les eampos de ce canton et ceux éd la province des Mines. D'ailleurs, on retrouve ki les nuiènies Qualea qu'à Minas, le V(mhy9ia n"" âûS, la Gentianée n"" 206, si commune dans tous les eampos y VHyftis n"" 457, la Composée 453, le Liseron ai connu comme purgatif, sous le nom de velame^ le pequi [Caryocar bramliensù, Aug. deS. Hil., Juss., Camb.)(i),le tamiort7, qu'on appelle ici vinhaHco do campo, le harha tirmOy TAurantiacée?. n* 633, le pocart (Lafoeima Pacari, Aug. de S. Hil.), l'Acanthée n"" 613, le qmna do campo (Stryehnos pseudoquinay Aug. de S. Hil., PL tus.), etc.
A peu de distance de Macacqs, je passai une petite rivière qui coule parfaitement limpide sur un lit de sable, et qu'on appelle pour crtte raison Ribeirîto das Areas (torrent des sables); c'est cette rivière, l'un des afDuents du Çorumbà, qui sépare la paroisse de Santa Luzia de celle de Meiaponte.
(1) récris ici le nom vnlgaire de ce petit arbre comme il Ta été , diaprés mes notes, dans le Flora Braêiliœ meridionaUs ; mais je ne sais trop si, d'après la manière dont on le prononce, il ne serait pas mieai d'écrire ptqfui. C'est certainement le môme arbre que Cozal a indiqué sous le nom de Piquihà (Cor., 1 , 114).
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Il est vraisemblable que le Ribeirâo das Areas et les trois ruisseaux que j'avais passés auparavant grossissent au temps des pluies d'une manière très-sensible , et c'est là ce qui y sans doute» leur a fait appliquer le nom de torrent (rtbeirào) (1).
Comme il n'existe pas une seule chaumièra dans un espace de 6 à 7 legoas, depuis le Ribeirâo da Ponte Alta, dont j'ai déjà dit deux mots, jusqu'au village de Gorumbà, je pris le. parti, après une marche de i legoas, de feire halte dans un bois, sur le bord d'un ruisseau, au lieu appelé Loge (pierre mince). Mes malles furent placées dans une espèce de salle couverte de gazon et entourée de grands arbres; le temps était si beau , que nous ne fîmes pas même de baraques pour nous garantir pendant la nuit.
On ne compte que 3 legoas de Lage au village de Corumbà, où je fis halte; mais, si j'en juge par le temps que je mis à les parcourir, il doit y avoir bien davantage. En général, les lieues de ce pays sont d'une longueur extrême, comme cela arrive toujours pour les mesures de distance dans les contrées désertes, où l'on est accoutumé à parcourir des espaces considérables pour la plus petite affaire.
Entre Lage et Corumbà, le pays ne change point, si ce n'est que l'on voit sur le flanc des mornes un assez grand nombre de bouquets de bois. Nulle part on n'aperçoit un pied de maïs , de riz ou de coton , et les alentours du village de
(1) Pohl, qui a traversé ce canton dans la saison des eaux, dit positivement {Reise, 1 , 286) que souvent le Ribeirio das Areas grossit tout h coup de teUe façon, qu'il devient impossible de le passer. D'ailleurs les noms de Rio de Areas et Rio Areas , que le même auteur donne à le rivière dont il s'agit, sont évidemment erronés, car la langue portugaise repousse leur c-omposition.
Corurobé ne paraissent pas moins incultes que les lieux les plus éloignés de toute habitation. Le chemin est si peu fréquenté, que, sur le bord des ruisseaux, le capimgordura en a fait presque entièrement disparaître la trace.
Avant d'arriver à Corumbé, j'envoyai José Marianno demander un gite au desservant, qui lui indiqua une maison inhabitée , comme il y en a tant dans tous les villages qui ont été peuplés par des mineurs. J'avais à peine pris le thé, que je reçus la visite du curé de Meiaponte et d'un autre ecclésiastique qui étaient venus se promener à Conimbà. Comme tous les habitants du pays, ces messieurs se plaignaient amèrement de la falsification de l'or, de la dime et de l'abandon dans lequel le gouvernement laissait cette malheureuse province.
Le petit village de Corumbà a la forme d'un triangle et est situé sur le penchant d'une colline, au-dessus de la rivière qui lui donne son nom. Ses rues sont larges, ses maisons petites et extrêmement basses.
Des mineurs s'étaient flxés dans cet endroit pour exploiter les bords aurifères du Corumbé. Après leur mort et celle de leurs esclaves, le travail des mines, devenu probablement plus difficile, fut entièrement abandonné, et les habitants du village tombèrent dans l'indigence. La plupart de ceux d'aujourd'hui sont des ouvriers qui travaillent pour les cultivateurs du voisinage, et ordinairement ne sont payés qu'en denrées. Les femmes filent du cotoir, et, pour claire, ne reçoivent non plus que les produits du sol. Corumbà jouit cependant d'un très-grand avantage ; on estime beaucoup le tabac de ses alentours, qui sont fort élevés, et on le porte dans plusieurs des villages de la province.
Corumbé est une succursale (capella) qui dépend de la
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paroisse de Meiaponte, dont le chef-lieu en est éloigné de 3 legoas. Ici je donne à ce chétif village son nom en quel que sorte légal; mais, dans le pays, on ne le connaît que sous celui de Capella, et Ton réserve le nom àArrcdal pour le village de Meiaponte.
Le Rio Corumbà est ici très-près de sa source, et on peut le passer à gué ; mais il devient bient6t une dés rivières les plus considérables de la province, et, après avoir coulé du nord au sud-ouest, il va se r^nir au Paranahyba.
J'ai déjà dit que du Morro do Tiçâo j'avais aperçu les deux sommets des Montes Pyreneos (1), montagnes qui forment la partie la plus élevée de la Serra do Corombà e do Tocantins, et où naissent plusieurs rivières importantes , entre autres le Corumbà et les premiers afDuents du gigantesque Tocantins. Depuis le Morro do Tiçâo, je m'étais toujours rapproché de ces montagnes ; à Corumbà, je n'en étais plus qu'à 2 legoas : je voulus y aller herboriser. Je pris dans le village un nègre pour me servir de guide, et je me mis en route accompagné de Marcellino, mon tocctdor.
Le pays que nous traversâmes jusqu'aux Pyreneos est montueux et ne diffère point, pour la végétation, de celui que j'avais parcouru les jours précédents. ^
(1) Je suis ici Torthographe de trois écrivains dont raatorité est fort respectable , Cazal » Martius et Mattos ; mais je crois qn'il serait mteoi d'écrire Pirineos, comme Pizarro» ou Perineas, comme I«iiiz Antonio d« Silva e Sousa, parce que c'est ainsi qu'on prononce daps le pays» et que le voyageur doit surtout consulter Fusage quand il indique des noms qui , jusqu'à lui , avaient été fort peu écrits ou ne Tavaient point été encore. Eslril bien vraisemblable, d'aiUeurs, que les anciens Panlistes, qui arraient tout au plus quelque légère idée de la géographie du Portugal, aient réellement voulu appliquer le nom de Pyréné/^s h des montagnes dn pays de Goyaz? Il est évident que , dans tous les cas , on ne doit point, avec PohI , écrire Pyrenaeoi.
Nous fîmes environ 2 legoas, et, après avoir passé pinsieurs ruisseaux , nous parvînmes au pied de ces montagnes.
Il ne faut pas se les représenter telles que ces pic^ majestueux si communs dans quelques parties de l'Europe , ni même Vltacolumi, le Papagaio ou la Serra da Caraça; elles sont fort élevées, sans doute, mais elles doivent une partie de leur hauteur au pays, déjà très-élevé lui-même, où elles sont situées, et, depuis leur base jusqu'à leur sommet, leur élévation est réellement peu considérable.
Vues de leur pied, lorsqu'on vient de Corumbé, elles présentent deux terrasses qui s'élèvent Tune au-dessus de l'autre, et dont la supérieure semble soutenue par des rochers. Nous montâmes sur la première, où, dans un terrain sablonneux et uniquement couvert d'herbes , je recueillis quelques plantes intéressantes. Bientôt nous revîmes les deux sommets, que j'avais déjà aperçus sur le Morro do Ti» çao, et qui, depuis quelque temps, avaient cessé de se montrer. Nous traversâmes des pâturages naturels , où le terrain est tantôt sablonneux et tantôt d'une qualité trèsbonne; dans quelques endroits élevés, des arbres rabougris se montrent au milieu des roches, et le majestueux bority^ fidèle à sa localité favorite, orne encore ici les fonds marécageux.
Bientôt nous passâmes le Rio Corumbé , qui , en cet endroit , a fort peu de largeur, et nous trouvâmes sur ses bords quelques restes d'une maison ; celle-ci avait appartenu à un mineur qui employait ses esclaves à chercher de l'or dans le lit de la rivière, mais on avait fini par l'abandonner. Autour des ruines de cette maison , croissait en abondance le capim gordura, que l'on peut mettre au rang
de ces plantes qui s'attachent aux pas de Thorome ; entre Macacos et Lage, je F avais vu sur le bord des ruisseaux, partout où s'arrêtent les voyageurs.
Après avoir passé le Corumbâ, nous trouvâmes un petit ruisseau qui s'y jette et qu'on appelle Cocd. Son lit était embarrassé par des amas de cailloux, triste reste du travail des premiers chercheurs d'or.
Mon guide m'avertit que \es carrapatos étaient extrêmement communs dans cet endroit et m'engagea à monter à cheval afin de les éviter. Malgré cette précaution, mon pantalon fut couvert en un instant de ces odieux insectes; mais je m'en débarrassai bientôt en donnant de petits coups sur mes vêtements avec une baguette couverte de feuilles (1). Probablement on avait fait paître jadis, dans cet endroit, des mulets ou des chevaux, car c'est principalement dans les lieux où vivent ces animaux et dans le voisinage des habitations que se trouvent les carrapatos.
De l'autre côté du Cocé, nous trouvâmes une pauvre
(1) C'est le moyen que j*ai indiqué lorsque, pour la première fois, j'ai parlé des carrapatos, dont la piqûre est, comme je Pai dit, extrêmement douloureuse {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1, 322; U, 296, 450).
J'ai ajouté que les carrapatos grandes et les carrapatos mttutot des Brésiliens me paraissaient ne former qu'une espèce dans deux états différents. Pohl a indiqué deux sortes de carrapatos , Ixiodes americanus et Ixiodes collar : la première correspondrait-elle aux carrapatos grandes , et la seconde aux miudos , ou y aurait-il réellement deux espèces distinctes comprenant chacune des grandes et des miudos , c'està-dire des individus que leur âge rend différents surtout par la grandeur? C'est ce qu'on apprendra difficilement peut-être |>ar les collections ; des observateurs sédentaires éclairciront sans doute un jour ce point d'histoire naturelle. Quoi qu'il en soit, M. Garduer, bon observateur, pense qu'il n'y a, comme je l'ai écrit moi-même, qu'une espèce de carrapatos {Travels, 293).
chaumière, et je m'y arrêtai afiu d'avoir , le lendemain, tout le temps nécessaire pour monter jusqu'au point le plus élevé de la montagne; cette chaumière était habitée par un vieux nègre libre, qui y vivait seul et allait chercher, pour subsister, un peu de poudre d'or dans le ruisseau voisin. « Il y a, me disait-il, d'excellentes terres dans la montagne; plusieurs campas seraient même favorables à la culture du manioc, mais je ne suis plus assez jeune pour me mettre à bêcher la terre. » Sa chétive demeure annonçait une extrême misère.
Mon guide m'avait quitté lorsque nous étions arrivés chez le vieux nègre , mais il m'avait promis de revenir le lendemain ; il arriva effectivement après s'être fait longtemps attendre, et nous nous remimes en marche. Bientôt, cependant, je m'aperçus que cet homme ne connaissait pas la partie de la montagne où nous étions , et nous fûmes obligés de nous diriger vers les sommets les plus élevés , sans suivre de route certaine.
Pendant longtemps, nous côtoyâmes le ruisseau de Cocé, dont les bords ont été autrefois fouillés par les mineurs et offrent partout des monceaux de cailloux , résidu des lavages.
A l'exception de quelques sommets couverts de rochers anguleux qui semblent brisés artificiellement et sont entassés sans ordre, toute la partie des Montes Pyreneos que je parcourus offre un terrain assez égal. On voit tantôt des pâturages sablonneux où ne croissent que des herbes, tantôt des bouquets de bois , et dans les fonds, qui sont toujours marécageux, l'élégant horiiy.
Enfin nous parvînmes au pied des pics les plus élevés; il y en a deux principaux, ceux que j'avais déjà aperçus du n. 3
Morro do Tiçào. Presque égaux en hauteur, ils présentetit chacun un cône dont Tarète est fort oblique, et sont entièrement couverts de pierres et de rochers angnleux jetés sans ordre , et entre lesquels croissent un grand nombre d'arbrisseaux et d'arbres rabougris. Il me fallut environ un quart d'heure pour parvenir au sommet de l'un des deux : là une immense étendue de pays désert et inculte s'offrit à mes regards; mais malheureusement le nègre chargé de me guider était trop ignorant pour me dire le nom des montagnes que j'apercevais et des points les plus remarquables. Des rochers de peu de largeur terminent ce pic, et au milieu d'enx s'élèvent des canela d'Ema[ Vellosia) kàeaA desséchés et couverts de lichens.
Dans toute cette excursion, je ne recueillis qu'un petit nombre de plantes que je n'eusse point encore, et je ne vis aucun oiseau, si j'en excepte deux très-grands qui planaient au-dessus des rochers , comme pour tâcher de découvrir leur proie.
Après être descendus de la montagne (1) , nous nous mtmes en route et parcourûmes, pour retourner à Gorumbé, un terrain assez égal. Au milieu des herbes qui le couvrent, croît en abondance une Mimosée (n** 715), dont la tige, un peu farineuse et d'un roux blanchâtre , est haute de 4 à 5 pieds, et dont les rameaux nombreux , chargés de lleitfs roses, forment une tête hémisphérique.
(1) D*après tout ce que je viens de dire sur les Montes Pyreneos, cm yeit que Ton a complètement trompé le docteur Pohl qoaoé on ftit a persuadé que des forêts vierges rendaient ces montagnes inaoce^sibles; je suis sûr aussi que, si le général da Cunha Mattos avait eu occasion de les gravir, il n'aurait pas écrit {Itin,, 1 , 170) qu^une végétation mi^jestiA^tise sVIève jusqu'à leur sommet.
DU RIO DE S. FRANCISCO. 3j
Occvifé à chercher des plantes, je ne m'apercevais pa que nous nous écartions de la direction du village. Cependanty comme le jour commençait à baisser, je m'avisai de demander à mon guide à quelle distance nous étions de Corumbé. Probablement à 5 legoas, me répondit-il; mais nous allons bientôt trouver une maison. Je ne pus m'empècher de faire à cet homme quelques reproches, car il était évident qu'il nous avait égarés. Nous continuâmes à marcher, et bientôt nous aperçûmes la petite habitation qui m'avait été annoncée. Une négresse se présenta à la porte, et, n'ayant nulle envie de nous recevoir, elle m'assura qu'il D'y avait que i lieue de là jusqu'au village. Honteux de s'être trompé de chemin, le guide, avec cette inconsistance qui est le partage des hommes de sa couleur, se rétracta aussitôt de ce qu'il m'avait dit d'abord, et se mit à appuyer la négresse; une discussion s'engagea entre nous, mais j'y mis bientôt fin en disant au nègre : Je veux bien qu'il n'y ait que 1 lieue d'ici à Corumbà; mais, pour faire 1 lieue, il ne faut pas plus de deux heures ; je consens à me mettre en route, et, si dans deux heures nous ne sommes pas arrivés, je vous préviens que je ne vous donnerai pas la moindre chose. Mon homme se rétracta alors une seconde fois; il convint qu'il pouvait bien y avoir plus de 1 lieue jusqu'au village, et je me décidai à ne pas aller plus loin. La' négresse, que je priai de me laisser coucher dans la maison, me répondit que son mattre ne l'avait pas autorisée à accorder cette permission. Eh bien, je vais la prendre, repartisse, et j'entrai sans cérémonie. He vm homem mandodo (c'est un envoyé du gouvernement) , s'écria le nègre ; ces paroles, suivant l'usage^ produisirent un effet magique, M ne fit plus une seule objection.
Le lendemain malin, nous nous remtmes en route, et, au bout de quelques instants, nous découvrunes Meîaponte; ce qui prouva que j'étais fort loin de Conimbâ, puisqu'il y a, comme je Tai dit, 5 legoas de distance du premier de ces villages au second, et, par conséquent, j'avais très-bien fait, la veille, de ne pas me mettre en route à l'approche de la nuit. Nous traversâmes un pays montagneux, et, descendant toujours, nous arrivâmes à Corumbâ.
Entre ce village et celui de Meiaponte, je marchai toujours parallèlement aux Montes Pyreneos que j'avais à ma droite. Le pays est encore montagneux, mais plus boisé que celui où j'avais voyagé avant d'arriver à Corumbâ. Au milieu des pierres qui couvrent le sol, il n'offrait alors qu'une herbe desséchée, et nulle part on ne voyait une fleur; dans les bouquets de bois, beaucoup d'arbres avaient conservé leur feuillage, mais d'autres avaient presque entièrement perdu le leur; la terre était surtout jonchée des folioles délicates des Mimoses.
Je marchai pendant quelque temps sur un plateau qui termine un morne élevé ; c'est là que la route de Bahia se réunit à celle de Minas et de Rio de Janeiro que je venais de suivre. La descente du morne est pavée, ce qui, dans ce pays, est une véritable merveille. Toute la journée nous avions descendu ; la chaleur, surtout au bas du morne dont je viens de parler, fut plus forte que les jours précédents.
Avant d'arriver à Meiaponte , j'envoyai José Marianno chez le curé du village, pour le prier de me procurer une maison inhabitée où je pusse m' établir; le curé lui en indiqua une qui était fort commode , et j'en pris postiession.
A peine installé , j'allai présenter mon pâsse-port royal {portaria) au commandant du village, dont j'aurai occasion
de parler plus tard. Il habitait une très-jolie maison et me reçut dans un salon bien meublé, d'une propreté extrême. Les murs étaient peints à hauteur d'appui, blanchis ensuite jusqu'au plafond et ornés de gravures; une petite glace , quelques tables, des chaises bien rangées composaient l'ameublement de cette pièce.
J'allai ensuite faire mes remerciments au curé et trouvai sa maison aussi jolie et aussi bien meublée que celle du commandant : ce qui surtout la rendait remarquable, c'était une propreté véritablement hollandaise. En général, c'est là une des qualités qui distinguent les Brésiliens; quelque pauvres qu'ils soient, leurs chaumières ne sont presque jamais sales, et, s'ils ne possèdent que deux chemises, celle qu'ils portent est toujours blanche.
Le charmant village de Meiaponte est tout à la fois le chef-lieu d'une justice et celui d'une paroisse (1). Situé par les 15° 30' lat. S., dans un pays très-sain, au point de jonction des routes de Rio de Janeiro, de Bahia, de Matogrosso et de S. Paul, éloigné de Villa Boa tout au plus de 27 legodSy entouré des terres les plus fertiles, ce village ne pouvait manquer d'être un des moins malheureux de la province, et il en est le plus peuplé.
La paroisse tout entière de Meiaponte a environ 52 legoas du nord au sud, et 20 de l'est à l'ouest ; et, quoique moins
(1) Le village de Meiaponte a été érigé en ville par une loi 4u 10 de juillet ,1832 (Mattos, Itin,, H, 337). — Luiz d'Alincoart dit que, en 1737, OD avait eu Tidée d'eu faire le cbeMieu de la province {Mem,, 85) : mais je crois qu'il se trompe sur le nom du gouverneur auquel il attribue ce projet. Quoi qu'il en soit , il est incontestable que , sous une foule do rapports V Meiaponte méditait mieui que Villa Boa de devenir la capitale du pays de Goyaz.
m VOYAGE AUX SOURCES
étendue que celle de Santa Luzia, eUe est pourtant beaucoup plus peuplée, puisqu'on y compte 7,000 communiants; elle comprend (1819) deux succursales (capellaê)y celle de Corumbé, dont j'ai déjà parlé, et celle du Corrego de Jaraguâ, que je ferai bientôt connaître.
On a bâti le village de Meiaponte dans une espèce de petite plaine entourée de montagnes et couverte de bois peu élevés; il s'étend , par une pente très- douce, sur la rive gauche du Rio das Aimas, et fait &ce à la continuation des M'entes Pyreneos. Il a à peu près la forme d'un carré. On y compte trois cents et quelques maisons qui sont très-propres, soigneusement blanchies, couvertes en tuiles et assez hautes pour le pays ; chacune, comme cela a lieu dans tous les villages de l'intérieur, possède un jardin ou plutôt une sorte de cour (quintaï), où Ton voit des bananiers, des orangers, des caféiers plantés sans aucun ordre. Les rues sont larg'es , parfaitement droites et pavées sur les côtés. Cinq églises (1), parmi lesquelles on en compte trois principales, contribuent à l'ornement du village. L'église paroissiale, dédiée à Notre- Dame- du -Rosaire, est assez grande et s'élève sur une place carrée; ses murs, construits en pisé^ ont 12 palmes (9 pieds) d'épaisseur (2) et portent sur des fondements en pierre; à l'intérieur, elle est passablement ornée, mais elle n'a pas de plafond.
De la place où est située l'église paroissiale, on découvre
[^i) En 1823, da Cunha Mattos en compuit également cinq {Hin,, l, 151^. Suivant Luiz Antonio da Silva e Sousa, il y en aurait en une de pins en 1832 {Mem. est., 27).
(2) Da Silva e Sousa les indique {Mem. estât., ^7) cooime étant épais seulement de 7 palmes. Je ne saurais dire avec assaraoce leqael des deui chiffres est le plus eicact.
ou aia 0£ s. nuNcisco. 39
1» vue la plu8 agréable peut-èbre que j' eusse admirée depuis que je voyageais daus Tii^rieur du Brésil. Cette place présente un plan incliné ; au-dessous d'elle» sont 4^ jardins où se présentent des groupes de caféiers , d'orangers , de bananiers aux larges feuîUes; une église qui s'élève un peu plus loin contraste, par la blanct^ur de ses murs, avec le vert foncé de ces différents vég^ux; à droite sont des jardins et des maisons au delà desquels la vue s'arrête sur une autre église ; sur la gauche, on aperçoit un pont à demi ruiné avec une petite portion du Rio das Aimas qui coule enfre des arbres ; de l'autre côté de la rivière, se voit ane petite église entourée de taillis ; au delà de ces derniers, sont des arbres rabougris qui se confondent avec eux ; enfin, à environ 1 desm^legoa du village, l'horizon se trouve borné, au nord, par la chaîne peu élevée qui continue les Montes Pyreneos, et au milieu de laquelle on distingue le s(Hnmet «rrondi appelé Froia, plus élevé que les sonunets voisins (i).
Tandis que dans les autres villages on trouve tout an plus an maîtred' école, Meiapontea(1819)un professeurde grammaire latine payé par le gouvernement; mais je doute fort qu'il ait un grand nombre d'élèves et que son enseignement amèue des résultats bien utiles.
Comme à Tijuco , dans le district des Diamants (2) , il existe à Meiaponte un hospice de frères du tiers ordre de
(1) Je B*ai pas besoio de dire qae ces montagnes appartiennent tonjoors à la Serra îdo Cornmba e do tocantins. ~ Le Morro do Frota , sni- ▼aot da SUra e Sousa (Mem. Mf ., 18 ) , comprendrait plusieurs petites montagnes; il s^étendrait dans la direction de Toccident et aurait 2 legoas de loogoeHir.
i2) Voffopc dmns h dislricl des Diamanli, etc., 1 , 41.
iO VOYAGE AUX SOUBCES
S. François, chargés de recueillir les aum^Des des fklèies pour rentrelien du S. Sépulcre. Lors de mon voyage, cet hospice ne comptait qu'un seul frère. Les sommes qu'il réunissait étaient déposées par lui , dans le pays même, entre les mains d'un syndic particulier, et celui-ci les envoyait à Rio de Janeiro, au syndic général, qui, comme lui , était un laïque. Il est bien difficile de croire que, passant par tant de mains, ces aumônes arrivassent dans leur intégrité de Meiaponte à Jérusalem.
Comme je l'ai dit, Je climat de Meiaponte parait fort sain (1). A répoque des grandes chaleurs,tous les habitants, hommes et femmes , se baignent sans cesse dans le Rio das Aimas, ce qui contribue à les entretenir dans une bonne santé. La maladie la plus commune parmi eux est l'hydropisie ; l'espèce d' éléphantiasis apppelée morfea n'est pas non plus très-rare dans ce pays.
Le lieu où est aujourd'hui situé le village de Meiaponte fut découvert , en 1731 , par un nommé Manokl Rodri- GUES Thomar (2). Les premiers qui s'y fixèrent furent des chercheurs d'or qui voulaient exploiter les bords du Rio das Aimas. Cependant, comme le village qu'ils bâtirent se trouve placé à la jonction des principales routes de la province et qu'il y passait autrefois un grand nombre de
(1) Da Silva e Sousa dit {Mem. est., 14) que le vent d* est f soafBe constamment de 4 heures da matin à 11 heures, depuis le mois de mai jusqu'au mois de septembre.
(2) Pizarro raconte que, dans Toriginc, on avait jeté sur la mière un pont formé de deux pièces de bois, que Tune des deui fut emportée par les eaux , qu'alors on se contenta de celle qui restait , et que , pour cette raison, ou donna au village le nom de MtiaporUe (moitié de poot) (Mem., IX, 212). Da Cunba Mattos contredit cette histoire et pn^tend que Meiaponte doit son nom k une pierre qui se trouve , auprès du village ,
caravanes, ses habitants^ sûrs de vendre avantageusement les produits du sol, renoncèrent bientM à leurs lavages dont on ne voit aujourd'hui que de faibles traces, et ils furent, à ce qu'il parait^ les premiers de toute la capitainerie qui eurent la gloire de s'occuper de la culture des terres. Les bois, communs dans les environs du village, favorisèrent le travail des agriculteurs ; ces taillis, dont j'ai parlé un peu plus haut, étaient jadis de grands bois que l'on mit en culture, et des capoieraSy actuellement abandonnés, ont remplacé les haricots et le maïs des anciens colons.
Encore aujourd'hui, la plupart des habitants de Meiaponte sont des agriculteurs, et, comme ils ne viennent au* village que le dimanche, les maisons restent désertes pendant le reste de la semaine. Les terres de la paroisse de Meiaponte sont propres à tous les genres de culture, même à celle du froment; mais c'est principalement à l'élève des pourceaux et à la culture du tabac que se livrent les colons de ce pays, et ils envoient leur tabac en corde et leur lard, non-seulement à Villa Boa, mais encore dans plusieurs villages du nord de la province.
Comme j'ai déjà eu occasion de le dire, le coton de ce pays est d'une très-belle qualité. Un homme seul peut cultiver, en cotonniers, l'étendue de terre que l'on ensemencerait avec 1 alqueire de maïs. Dans ce pays, les cotonniers
dans le Rio de Meiapoote et représente la moitié d'ane arche (/(tn., I, 153). Suivant Luiz d*Alincourt, Bartholomeu Bueno, ne pouvant passer à gué un torrent profond, fit jeter un pont sur une pierre piate et fort grande, qui s*avançait jusqu'au milieu des eaui , et de là le nom de Bfeiaponte qu*on donna au torrent, et ensuite au village que Ton construisit tout auprès (Jl^m., 82). Je ne puis dire laquelle de ces trois versions est la véritable , ni mémo s'il y en a une d'entre elles qui mérite toute confiance.
V2 VOYAGE iUX SOURCES
(loonent des graines dès la première année, et il suffit que Ton sarcle une fois tous les ans la terre Ou ils végètent. Pendant cinq années, on n'enlève à ces arbrisseaux aucune de leurs branches; mais, au bout de ee temps, on a soin de les couper un peu au-dessous du pied , et Ton retranche une partie des rejets. Après cinq ans, on coupe les secondes tiges, et, traités toujours de la même manière, les cotonniers peuvent donner une longue suite de récoltes (I). Un alqueire planté en cotonniers rend 100 arrobes de coton avec les semences, et Tarrobe, dépouillée de ses graines, produit 8 livres net.
Il est très-vraisemblable que les environs de Meiaponte pourraient aussi fournir un vin excellent, car, pendant mon séjour dans ce village, je mangeai des raisins délicieux que le curé m'avait envoyés en présent; ils appartenaient à la variété que les Portugais appellent uva ferrai. J'ai à peine besoin de dire qu'ici comme k Minas, et probablement dans tout le Brésil , c'est en berceau que l'on fait venir la vigne.
Quoique chacun puisse trouver dans les environs de Meiaponte plus de terre qu'il n'en saurait cultiver, qu'il y ait partout des ruisseaux aurifères où il est facile de recueillir un peu d' or, que les bras soient rares et que, par conséquent, tout homme valide puisse espérer trouver du travail , au moins pour sa nourriture, on ne saurait faire un pas dans
(1) Je dois les renseignements que je donne ici sdr la cokere da cotonnier dans les environs de Meiaponte à un des meilleurs agricolteiirB du Brésil , M. Joaquim Alves de Olivcira. Daas mes deoi reMitiolis déjà publiées , on trouvera des détails fort étendus sur la culture de w précieux arbrisseau à Minas Novas et dans plusieurs autres endroits. (Voyet la table du Voyage dam les provincei'de Rio de Janeiro, etc.» et celle du Voyage dam le dislricl des Diamants, cli.)
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Meiaponte sans rencontrer des mendiants. Plusieurs d'entre eux, attaqués deFéléphantiasis, méritent sans doute d'être secourus; les autres sont des enfants naturels qui pourraient travaUler. Des propriétaires aisés de Meiaponte se plaignaient devant moi du nombre prodigieux de mendiants que Ton roit errer dans leur village. La plupart de ces hommes, disaient-ils, sont en état de gagner leur vie en se rendant utiles; mais, comme ils demandent l'aumAne pottr V amour de Dieu {por amor de Deos), il est impossible de leur refuser, et c'est ainsi que se fortifie chez eux l'habitude de la paresse. Il y a dans ce sentiment, sans dotite, quelque chose de touchant , et il ne mériterait que des éloges, s'il avait seulement pour objet Ces infortunés qu'une maladie hideuse éloigne de leurs semblables ; mais comment les excellentes gens qui causaient en ma présence de toutes ces choses, pouvaient-ils s'imaginer qu'encourager le vice, c'était donner à Dieu une marque de leur amour?
J'ai dit que j'avais beaucoup descendu avant d'arriver à Meiaponte. Pendant que j'étais dans ce village, la chaleur fut extrêmement forte, et j'éprouvai des maux de nerfs, augmentés encore par la faim que je souffris pendant mes différentes promenades. L'excessive chaleur agit probablement aussi sur mes gens, car ils étaient d'une humeur insupportable.
Avant de quitter le village (le 17 juin) , j'allai faire mes adieux au curé et au jeune prêtre Lciz Gonzaga de Ca- MARGO Fleury (1), quc j'avais déjà vu avec lui à Corumbà.
(1) On lui doit un petit itinéraire de Porto Real h Carolina, inséré dan.<( Pouvragc de Maltos, intitulé lUnerario (II, *ii8.
Pendant mon séjour à Meiaponte, tous les deui m* avaient comblé de politesses ; ils étaient venus me voir fort souvent, et nous avions beaucoup causé. Louis Gonzague était d* origine française, comme l'indiquait son nom de famille. Il n'ignorait point quels sont les devoirs de son état, et, en général , je le trouvai fort instruit; il connaissait nos bons auteurs français, lisait beaucoup une de nos histoires ecclésiastiques et avait quelque idée de la langue anglaise. Le curé, qui était en même temps vigario da varu (1) , ne s'était réservé que le dernier de ces emplois; il avait partagé le soin de conduire ses ouailles entre le desservant (capellao) de Corumbà, celui du Corrego de Jaràgoâ, enfin Luiz Gonzaga, qui était chargé de Meiaponte, et chacun des trois vicaires lui payait une certaine redevance. Cet arrangement n'était probablement pas fort régulier; mais, pour ce qui concerne la religion, le Brésil, en général, et la |Mt>vince de Goyaz , en particulier, sont hors de toutes les règles.
(1) Voyez ce que j'ai dit de cette charge dans ma première relation de voyage.
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