‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 29 sur 43 · SOBEBAL B CARVALHO , BARON DE MOSSAMEDES · texte numérisé non relu

SOBEBAL B CARVALHO , BARON DE MOSSAMEDES

M TOTAGE AUX SOURCES

de la capitale les autres prisonniers, et on leur donna une aidée qui avait été construite en 4755 (1), à 5 lieues de Villa Boa. C'était celle de S. José de Mossamedes ou, coHune Ton dit simplement dans le pays, S. José^ nom emprunté au capitaine général (S).

Les Acroés ne tardèrent pas à s'éteindre ou à se disperser, et, vers 1781 , ils furent remplacés par des Javaes ei des Carajés (3) que l'onflt venir de VAldea da Nova Beira, situé dans le nord de la province, et qui bientdt disparurent à leur tour.

Pendant que ces événements se succédaient , d'autres se passaient ailleurs.

A peine la province de tjoyaz avait-elle été découverte, que la guerre avait commencé entre les aventuriers paulistes et les Indiens Coyapôs qui errent au sud-ouest de la province dans de vastes solitudes encore presque inconnues. Des deux c6tés cette guerre se faisait avec une égale cruauté. Les Coyapôs tombaiebt à Timproviste sur les ca-

(1) Gazai et Pizarro indiqoeat la date de 174i. Je doone ici celle qui iii*a été communiqaée dans le pays mèpie et qui a été adoptée par le docteur Pohl. — On attribue la fondation de l^aldea à José dé Almeida ; mais on la date de 1755 est erronée, on ce ne f^t pas lui qui bâtit S. José, car il ne gouvernait pas Goyaz en 1755.

(2) L'Aldea de S. José n*a point, à la vérité, d*article spécial dans rutile JHecionario geùgraphico do Braxil ; mais U y est indiqqé plusieurs fois, sous le nom de Moi$am$deê (vol. I, pag. 398, 528; U, 574). Ce nom , ainsi isolé , n'était certainement point en usage à Tépoque du séjour du docteur Pohl et du mien dans Valdêa des Coyapôs ; on ne le trouve pas non plus dans les écrits de Cazal , de Pikarro, de Hattos et de L. A. da Silva e Sousa : il aura peut^tre été consacré par quelque décret provincial postérieur à 1832 , celui de 1833 , par exemple , qui a créé le nouveau district de Jaraguâ.

(3) J'écris ce nom tel qu'on le prononce dans le pays. Cazal désigne aussi cette même peuplade sous le nom de Carajas; mais on trouve Carajos dans les Memoriai de Piiarro.

DU Rio DE S. FRANCISCO. 97

ravanc^ qui se rendaient à S. Paul ou qui venaient de cette ville, et ils forcèrent les Portugais d'abandonner plusieurs établissements formés par ceux-ci dans la partie septentrionale de la province du même nom. Les hostilités duraient encore en 1780, lorsqu'un simple soldat appelé Luiz , qui avait déjà fait partie de plusieurs expéditions contre les Indiens, entreprit, sous la protection du capitaine général, Luiz da Ccnha Menezes, de réduire les Coyapés qui passaient pour indomptables. Accompagné seulement <)e cinquante Portugais et de trois Indiens, il se mit en marche, le 15 février 1780, et s'enfonça dans les déserts des Coyapés. Pendant plusieurs mois, ces hardis aventuriers ne vécurent que de leur chasse et de miel sauvage; ils allaient, avec des signes d'amitié, au-devant de tous les Coyapés qu'ils rencontraient, s'entretenaient avec eux à l'aide des trois interprètes, ne leur témoignaient que de la bienveillance, leur faisaient des présents et finirent par décider un certain nombre d'entre eux à les accompagner jusqu'à Villa Boa , pour faire connaissance avec le grand capitaine^ nom que les Indiens donnent au chef qui commande à tous les autres (1). Une troupe d'environ qua-

(1) Lorsque j'étais à Rio de Janeiro, au retour de mon voyage h Minas, j'allai , avec Firmiaoo, à Copocabana, à quelque distance de la ville. Nous mootAmes sur une colline : le ciel était d'un bleu d'azur admirable; devant nous, nous découvrions la baute mer; derrière nous s'élevaient de majestueuses forêts ; de tous côtés , les mouvements de terrain les plus pittoresques. Je n'avais jamais rien vu de plus beau ; l'Indien exprimait son admiration par une joie enfantine. Plein d'enthousiasme, je profitai de ce moment pour lui parler de Dieu. Le lendemain, je lui demandai s'U se rappelait ce que je lui avais dit h Copocabana. U se mit alors à faire l'énumération de ce que le Créateur a fait pour les hommes, et la termina par cette exclamation : 0, he um capiiào muilo grande ! II. 7

raote indiYidus» composée d*un vieillard, de six guerriers, de femmes et d'enfants, arriva à la capitale de la provioce avec le soldat Luiz et fut reçue avec toute la magnificence qu'il fut possible de déployer : on fit des fêtes, od tira le canon , on chanta un Te Deum et Ton baptisa les enfants. Le vieillard, enchanté de cet accueil, déclara qu'il ne retournerait plus dans ses forêts ; il resta à Goyaz avec les enftnts et les femmes, et r^voya les six guerriers en leur recomnaandant de revenir, après six lunes , avec une troupe plos considérable. Au mois de mai 478i , deux cent trente^sepl Coyapés firent leur entrée à Villa Boa sous la condaite de deux caciques et ne furent pas reçus moins bien que les premiers. Le capitaine général fit construire pour tous ees Indiens, à ii lieues de la capitale, une nouvelle aidée qu'il appela aldea Maria ^ du nom de Dona Mahia I, rdoe de Portugal , et l'on y installa une pq>ulation de 600 Goyapôs. Il ne paraît pas que, depuis cette heureuse époque, les caravanes aient jamais été attaquées par les Indiens sur la route de S. Paul (i).

Cependant, depuis que les Javaes et les Cangés s'étaienl éteints, l' Aldea de S. José était resté vacant. Comme il est un peu moins éloigné de la capitale que T Aldea Maria, on crut vraisemblablement qu'il serait plus économique d'abandonner ce dernier village, et, presque de nos jours, on a transplanté les Coyapés è S. José, malgré l'attache-

(1) Piiarro a rapporté aa temps présent de très-aDciens mémoireB, lorsqa'il a écrit (Mem., IX , 238) qae, tons les ans, les Coyapôs comnMt' tent des hostilités contre les habitants de Saota Cmi et étendent leurs ravages jasqu^à S. Lnzia. Il est asseï n-aisemblable que , sur cette dernière paroisse , an grand nombre de colons n*ont jamais entendu paHe' des Coyapos.

ment qu'ils avaient pour leurs premières demeures (1).

Ce village» situé sur le sommet d'une colline, est dominé parla Serra Dourada et environné pardes mornes qui ne sont guère plus élevés que la colline elle-même; les bâtiments qui le composent sont disposés autour d'une vaste cour de 145 pas de long sur 1 1 2 de large et présentent un ensemble d'une régularité parfaite. L'église, édifice simple et d' un bon goût , occupe le milieu d'un des petits côtés de ce carré long. A chacun des angles du carré est un pavillon à un étage ; les autres bâtiments n'ont que le rez-de-chaussée. Ces derniers servent en partie de demeure aux soldats chargés de la conduite des Coyapés; le général y a aussi un logement très-agréable , et derrière ce logement est un jardin assez grand, arrosé par un ruisseau que l'on a détourné pour le service de Valdea; enfin une autre portion est employée comme magasin, et l'on y dépose la récolte des plantations communes. Le reste des bâtiments, originairement réservé pour les Indiens, est aujourd'hui (1819) en partie vacant et en partie occupé par une cinquantaine (ïagregados dont je parierai tout à l'heure.

Accoutumés, dans les forêts, à coucher sous des huttes où l'on ne peut entrer sans se baisser, les Indiens trouvèrent beaucoup trop froides les maisons assez élevées et couvertes en tuiles où on avait voulu les loger, et eui-mèmes en ccmstruisirent d'autres beaucoup plus basses, à quelques pas de Valdea. Le toit de ces dernières est couvert en

(1) Voyez les écrits de Maooel Ayres de Cazal, de Pizarro et de Pohl. — Mâttos , daos le peu qu*il dit des Coyap^ s , n*est point d'accord avec les grives autorités que je cite ici : mais U ne prétendait point écrire rfaiftoire 4e Goyiz ; il avait pour but d'en tracer Vitinéraire, et, «*« bat, il Ta parfaitement rempli.

chaume; la carcasse est faite à la manière des maisons des Portugais-Brésiliens, avec des perches verticales enfoncées dans la terre et de longs bambous attachés transversalement i ces perches à Taide d'écorces flexibles; mais, tandis que les Portugais ont coutume de remplir, avec de la terre glaise battue , les intervalles qui restent vides entre ces bAtons croisés , les Coyapôs se sont contentés d*y passer des feuilles de Palmier, comme le pratiquent d'autres Indiens qui ont cherché à imiter les constructions européennes. Les chaumières que les Coyapôs ont bâties près de Yaldea ne sont qu'au nombre de huit à dix; c'est k i lieue de S. José, dans leurs plantations, que se trouve la plus grande partie de leurs demeures.

Les agregados (1) qui ont pris leur place dans les bâtiments de Yaldea sont des mulâtres pauvres auxquels le gouverneur a permis de s'établir parmi les Indiens ; ils trouvent à S. José non-seulement un logement qui ne leur coûte rien, mais encore des vivres à bon marché, et ils peuvent faire des plantations sur les terres des Coyapôs.

Le régime auquel ceux-ci ont été soumis par les Portugais a été modifié plusieurs fois; je vais le faire connaître tel qu'il était à l'époque de mon voyage.

Le gouvernement général de Yaldea est confié à un colonel qui réside à Villa Boa et qui est directeur de tous les aldeas de la province. Les Coyapôs sont, à S. José, sous la conduite immédiate d'un détachement militaire qui se compose d'un caporal ayant le titre de commandant, d'un simple dragon, tous les deux de la compagnie de Villa Boa,

(1) Oo sait que les agregadoê (agrégés) sout des hommes qui s'éublisscot sur le terrain d'autrui.

et de quinze pédestres, dont deux sont des officiers inférieurs. Parmi les simples pédestres se trouvent un serrurier et un charpentier; le premier chargé de réparer les outils des Coyapôs, le second d'entretenir les bâtiments de Valdea. Le caporal commandant a le pouvoir de chAtier les Indiens en mettant les hommes au trunco (1) et en donnant des férules aux femmes et aux enfants. Les Coyapés travaillent la terre en commun pendant cinq jours de la semaine, sous r inspection desjptfd«5lre^; on dépose la récolte des plantations communes dans les magasins de Valdea, et ensuite elle est répartie, par le caporal commandant, entre les familles indiennes, suivant les besoins de chacune. L'excédant est vendu, soit à la ville, soit aux pédestres, qui sont obligés de se nourrir à leurs frais, et, avec l'argent qui résulte de cette vente, le directeur général achète du sel, du tabac, de la toile de coton, des instruments de fer qu'il envoie au caporal commandant pour les distribuer aux Indiens. Il y a dans Valdea un moulin à eau qui fait mouvoir à la fois une meule destinée à moudre le maïs, une machine à dépouiller le coton de ses semences et enfin vingt-quatre fuseaux; une mulâtresse reçoit, chaque année, 50,000 reis

(1) Voici de quelle manière j*ai fait coDDattre ailleurs {Voyage dans les provinces de Aio de Janeiro , etc., II , 42) cet instrument de supplice : « Entre quatre pieux sont placées ^ Tune sur Fautre, horizontalement et de champ, deux grandes planches extrêmement épaisses et d'un poids énorme. Chaque planche présente , dans un de ses bords, des entailles demi-circulaires , faites de manière que les entailles de Tune répondent à celles de Fautre et forment un rond parfait. Lorsqu'on veut punir un homme, on lève la planche supérieure ; le coupable passe ses jambes dans deux des entailles de la planche inférieure , et sur celle-ci ou laisse tomber la première. Si la faute a été grave, c'est le cou que Fou fait mettre ainsi entre deux planches. »

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(312 f. KO c.) pour enseigner aax femmes coyapis à filer ei à faire de ia toile de coton, et ie résultat de leurs traTanx appartient à la communauté comme les produits de la terre. Les deux jours de la semaine dont les Indiens peuvent disposer sont le dimanche et le lundi; ils les emploient à chasser ou à soigner de petites plantations particulières d' ignames (Caladium esctdeiUum) et de patates (Canvelmlus BaUUas).

La forme de gouvernement que je viens de feire connaître a été calquée sur celle qu'avaient adoptée les jésuites (1) , et il faut avouer qu'elle convint aux Indiens qui, manquant totalement de prévoyance, sont incapables de se gouverner eux-mêmes. Mais les meilleures règles ne suffisent pas; il faut encore des bonmies capables de les faire observer, et il n'est certainement personne qui ne sente qu'il est absurde de prétendre obtenir avec des soldats le même résultat qu'avec des missionnaires. Les jésuites étaient mus par les deux mobiles qui font faire les plus grandes choses, la religion ei l'honneur; ils auraient réussi, quand même ils eussent choisi, pour les Indiens, une fbrme de gouvernement phis imparfaite. Hais que peut-on attendre d'hommes comme les pédestres, qui, tirés de la dernière classe de la société et tous mulâtres , sont accoutumés au mépris, qui ne sauraient même être excités par la crainte, puisqu'ils vivent éloignés de leurs supérieurs , et qui , mal payés , n'ont d'autre but que de tirer parti des Coyapôs pour leurs propres intérêts. Ceux-ci sont mécon-

(1) Toyei ce qae j*ai écrit au deaiième rolame de mon Voyage dans le êislriei des Marnants et sur le littoral du Brésil » relatîYeiiieDt anx aidées de la cAte et à la cooduHe des pères de la compagnie de Jésus envers les Indiens.

W UO D£ S. PRANCBCO. 103

teDtSy ik ftôent dans les bois; on va à leur poarsoite, on les reprend et ils Aiient encore. Un seul religieux de la compagnie de Jésus conduisait souvent plusieurs milliers dln^ diensy et avec dix-sept soldats on a de la peine à retenir deux cents Coyapés réunis sans utilité pour l'État et sans une grande utilité pour eux-mêmes.

L'écrit intitulé, Memoria sobre o descobrimefUo da eofin îania de Goyaz (\), prouve que le gouvernement portugais a dépensé des sommes énormes pour les aldeas de cette province : celui de S. José coûta à lui 9e^l 67,346»066 reis (4a0,9i2 fr.) pour frais de construction et d'établissement. Cela fait voir que l'on a eu de bonnes intentions ; mais Ton a pris de mauvais moyens, et, parmi les dépenses qui ont ^ faites , il en est dont l'inutilité frappe dès le premier instant. Pourquoi , par exemple , une maison de plaisance pour les gouverneurs de la capitainerie dans l'Aldea de S. José et dans l'Àldea Maria? Pourquoi, dans des cddeas d'Indiens, cette foule de bAtiments qui ne devaient jamais éti« habités par des Indiens? Des chaumières disposées avec régularité, comme dans l'Àldea de S. Pedro et la Villa dos Rois Magos (2), eussent produit, dans le paysage, un effet aussi agréable que les maisons couvertes en tuiles de S. José; elles auraient coûté beaucoup moins d'argent; les Indiens, bien dirigés, auraient pu les construire eux-mêmes, comme faisaient ceux que gouvernèrent autrefois les jésuites, et ils n'auraient eu aucune peine à les habiter.

(1) Je parlerai plus tard.de ce mémoire et de son auteur, Tabbé Luiz AntOQÎo da Silva e Sousa , que j*ai déjà cité.

(2) Voyez mon Voyage dans le dUirict des Diamants et sur le Uitoral du Brésil, n,i0,1l8i.

lOi VOYAGE AUX SOURCES

J'avais apporté à S. José une lettre du colonel , directeur général des Indiens, pour le caporal qui commandait dans Valdea. Je trouvai un homme d'un certain Age, tout écloppé, dont le costume ne rappelait en rien l'état militaire , mais dont la flgure était assez agréable et les manières honnêtes. A mon arrivée, il me donna un logement fort propre et me fit voir tout Yaldea. Je lui exprimai le désir d'aller visiter les Indiens dans leurs plantations ; il me témoigna beaucoup de regrets de ne pouvoir m'y accompagner et me fit conduire par le soldat qui lui servait de second.

' Après avoir fait i lieue en traversant presque tonjours des bois peu élevés et peu vigoureux, nous arrivâmes à une petite éminence qui fait face à la Serra Dourada, et sur laquelle croissent çÀ et là des arbres rabougris : c'est là que les Coyapôs ont construit leurs maisons. Elles sont dispersées entre les arbres, couvertes en chaume, petites, basses, et bâties, comhie celles de Yaldea^ avec des perches enfoncées dans la terre, des bambous qui, attachés horiiontalement, se croisent avec ces perches, et des feuilles de palmier qui remplissent les intervalles; elles n'ont point de fenêtres : l'entrée est fort étroite et se ferme avec des feuilles de palmier. Dans l'intérieur, on voit quelques pierres qui servent de foyer, des corbeilles d'une forme particulière appelées jucunûsj et quelquefois des giraos qui ont à peine la largeur du corps : tel est l'unique ameiiblement de ces chaumières.

Après les avoir visitées, nous nous rendîmes aux plantations. Nous vîmes d'abord plusieurs femmes qui, sous Tinspection de deux ou trois pédestres, détachaient des épis de maïs de leurs tiges. Nous allions passer dans la pièce de

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terre où travaUIaient les hommes , lorsque nous les aperçûmes venant vers nous. On les avait appelés pour les Gure danser devant moi. Nous retournâmes donc, le dragon et moi, au lieu où sont les habitations; les Indiens y arrivèrent quelques instants après nous, et bientôt la danse commença.

Les hommes dansèrent seuls, parce qu'on n'avaif pas songé à appeler les femmes. Ils formèrent un rond, mais sans se donner la main, et se mirent à chanter. Leurs airs sont d'une monotonie extrême, mais ils n'ont rien de barbare et d'effrayant comme ceux des Botocudos (1). Ils chantèrent d'abord très-lentement et ne faisaient alors que battre la mesure avec leurs pieds sans changer de place. Peu à peu le chant s'anima et les danseurs se mirent à tourner, toujours dans le même sens , indiquant parfaitement la mesure , mais sans aucune vivacité , le jarret un peu plié , le corps courbé en avant et sautillant à peine. Il y avait déjà longtemps que le cercle tournait ainsi, et je commençais à être fatigué d'une telle uniformité, lorsque commença la danse de V urubu, le vautour appelé par les naturalistes VuUur aura.

Un des danseurs se plaça au milieu du cercle, et, continuant toujours à faire les mêmes pas, il se baissa, et, avec les trois doigts d'une main qu'il tenait réunis, il donnait des coups répétés sur la terre; ensuite il se redressa à demi, et, se mettant devant les autres danseurs, il faisait des contorsions et feignait de vouloir les frapper de ses doigts qu'il tenait toujours rapprochés, prétendant ainsi imiter l'action de l'urubu, qui déchire les viandes mortes.

(1) Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro el de Minas GeraeSt 11, 164.

Cependant on commença à chanter un autre air, et la danse de Y once succéda à celle de Yurubu. Le même danseur se plaça encore au milieu du rond et se mit à danser, le dos courbé, les deux bras étendus avec roideur vers h terre, les doigts écartés et à demi plies conune des griffes. Après avoir fait plusieurs tours dans cette position , oel homme sortit du cercle ; se tenant toujours courbé, il se mit à courir après un enfant, le chargea sur son dos, rentra dans le rond et continua à danser : il avait imité le jaguar cherchant sa proie, s'en emparant et remportant dans son repaire.

Pendant tout ce temps-là , ces bonnes gens avaient un air de contenteméht et de gaité qu'on ne voit jamais chei les tristes Goyanais.

Les Portugais ont donné, je ne sais pourquoi, le nom de Coyapés ou Cayapôs à ces Indiens. D'après ce qui m'a été dit, il parait que ceux d'entre eux qui vivent encore dans les bois, n'ayant dans leur voisinage aucune autre peuplade indienne , n'ont point de nom de nation , mais qu'ils se servent du mot panariâ pour se distinguer, comme race, des nègres et des blancs : d'où il faut conclure, ce me semble, que ce mot est postérieur à la découverte très-récente du pays, et qu'avant cette époque les Coyapôs se croyaient probablement seuls dans l'univers.

On retrouve chez ces Indiens tous les traits caractéristiques de la race américaine : une grosse tète enfoncée dans les épaules, des cheveux plats, noirs, rudes et touffus, une poitrine large, une peau bistrée, des jambes fluettes; comme nation, ils se distinguent, particulièrement, par la rondeur de leur tète, par leur flgure ouverte et spirituelle, par leur haute stature , par le peu de divergence de leurs

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yeux et la teiale foncée de leur peau (1) z les Coys^ sont de beaux Indiens (2).

Parmi ceux de S. José , je vig quelques enfonts nés de feoiffles de leur nation mariées avec des mulâtres. L&ats yeux étaient moins longs et moins étroits que ceux des (k>yap6s; ils n'avaient ni la grosse tète ni la large poitrine de ces derniers, mais ils se distinguaient entièrement des mulâtres par leurs cheveux qui n'étaient nullement crépus, sans être cependant noirs et durs comme ceux des véritables indigènes.

J'ai dit ailleurs qu'il y a dans la prononciation des langues indiennes des caractères qui appartiennent à toute la race indigène et qui peuvent contribuer à la faire distinguer (3). Comme les diverses nations indiennes que j'avais vues jusqu'alors, les Coyapés parlent du gosier et la bouche presque fermée (4). D'ailleurs , leur langue ne paraît pas avoir de rapports avec les idiomes des peuplades que j'avais visitées jusqu'alors. J'en transcris ici plusieurs mots que j'écrivis sous la dictée d'un Coyapé très-intelligent qui sa-

(1) Dans mes deux premières relatUmê , j'ai successivement tracé le portrait éts Coraados, des Malalis, des Macoois, des fiotocudos, des Indiens civilisés de S. Pedro , et j'ai comparé la physionomie des Américains indigènes avec ceUe des Mongols. — Je ferai remarquer, en passant , que , si Ton vent se conformer à la prononciation actuellement usitée dans le pays, on ne doit pas écrire Mticuanis, comme ont fait les savants Spix , Martius et d'Orbigny, ni Penhams , mais Panhomei ou bien Pinhamis,

(2) M. Pohl trouve les hommes laids et les femmes fort laides. Les Coyapos étaient les premiers Indiens qu'il voyait ; il les comparait avec laracecaucasiqne.

(3) Voy<ige dans le district des Diamants et sur le littoral, II, 20.

(4) La mémoire du docteur Pohl l'a certainement mal servi quand il a dit le contraire.

vait fort bien ie portugais et faisait partie de la compagnie des pédestres. Suivant mon usage, après avoir écrit ces mots, je les lus à celui qui me les avait dictés, afin de savoir s'il les entendait, et si, par conséquent, je ne m'étais point trompé :

Dieu, puhancà.

Soleil , imputé.

Lune, puturm.

Étoiles, amsiti.

Terre, cupa.

Vu, dans ce mot , participe de la prononciation d'ion français.

Honune,

Fenmne,

Enfont à la mamelle ,

Garçon ,

Fille,

Un blanc.

Un nègre,

Une négresse.

Un Indien ,

Tête,

tmpuorta.

intiera.

nhontuâra,

iprintué.

iprontuaria.

cacatéta.

tapanho.

tapanhocua.

panariâ.

icrian.

Vr se prononce la bonche fermée et participe da son de VI.

Cheveux, iquim.

Yeux, intô.

Nez, chacaré.

Bouche, chape.

Dents, chuâ.

Oreilles, chiccré.

Cou, impudé.

Poitrine, chucôto.

Ventre, itû.

Bras ,

tpa.

Mains,

chicria.

Cuisse,

icria.

Jambes,

lié.

Pied,

ipaâ.

Morceau de bois ,

pore.

LV participe du son de VI.

Feuille,

parachô.

Fruit,

patso.

Cheval ,

iqtiitachô.

Tapir,

icrite.

Cerf,

tmpA.

Oiseau ,

ttchune.

Plumes,

impantsa.

Chique (Pulex penetrans).

pâté.

Arc,

lise.

Flèche,

cajone.

Ve se fait à peine entendre

Eau,

incâ.

Rivière ,

pupli.

Viande,

jôbo.

Poisson ,

tépo.

Bon ,

impéimpâré.

Joli,

inlompéipâré.

Laid,

intomarca.

Blanc,

macâcâ.

Noir,

cotû.

Rouge,

ampiampio.

Petit,

ipanré.

An fort long.

Je danse,

incréti.

110 V0YA6B AUX SOUICES

Comme pour les divers vocabulaires (1) que Ton troor vera dans mes deux relations précédentes» je me conforme ici à l'orthographe portugaise, qui généralement est beaucoup plus d'accord que la nôtre avec la manière dont on prononce , qui admet une accentuation prosodique (2) et peut indiquer des voyelles nasales.

Il est impossible de tirer des conclusions générales du court vocabulaire que je viens de donner ; cependant je pais croire que la langue des Coyapôs admet une certaine similitude dans des mots qui représentent des choses oa des

(1) J*ai publié successivement, dans mon Voyage dans le$provinee$ de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, un petit vocabulaire de la langue des Coroados (I, 46), de celle des Malalfs (I, 427), des Moaodios (td.), des Macunis (II, 47), des Botocudos (U, 154), des Mâchacolis (II, 213). Mon Voyage dnns le disiricl des Diamants et sur le littoral du Brésil présente (II , 293), pour un certain nombre de mots, les différences qui existent entre le dialecte actuel de S. Pedro dos Indios, cehn de Villa Nova de Almeida et la lingoa gérai , telle que les jésuites récrivirent dans leur dictionnaire , ouvrage composé probablement dans le xvr siècle.

(2) Vu se prononce ou; nh, gn ; Faccent tombe généralement sur la pénultième syllabe , à moins que le signe ' n'indique une ou plnsitiin syllabes accentuées ; quand Faccent est indiqué sur la lettre o , elle se prononce comme dans notre mot or; Ye accentué a le son de notre i; im final est un t très-nasal ; âo un on également fort nasal. — Pour avoir voulu suivre Forthographe allemande, M. Pohl , dans son focalmlaire, a été forcé de commettre plusieurs erreurs ; ainsi , ne trouTâot pas» dans sa langue, de lettre qui corresponde an j* des Portugais et des Fraaçais, il a écrit cashoné pour cojoné, et, ne pouvant peindre le son du nh portugais ou gn français, il a admis lapanU) pour tapanho. Je ne puis m*empècher de croire , d*aiUeurs , que , faute d'avoir eu une connaissance suffisante de la langue portugaise, il ne lui soit échappé quelques méprises. Si , par exemple, itpé veut dire un homme blanc, û n'est guère vraisemblable qu*i(p^-prt, évidemment un composé tVitpé, signifie un enfant en général.

DU ElO Dfi s. FRANCISCO. 111

qualités oflhint quelqae analogie. Ainsi imfiim'pSTé veut dire hon; intampeipàré, joli; impuaria signifle homme» et iprofUuaria^ fiUe; fiiicriay mains, îcrta, cuisse.

Tous les Portugais-Brésiliens s'accordent à dire que les Coyapés ont un caractère fort doux (1). Ces Indiens, il est vrai, se querellent quelquefois les uns avec les autres , mais ce n'est jamais qu'à cause des femmes. Le seul tort que leur reprochent les Portugais est cette propension qu'ils ont à s'enftur dans leurs forêts : or on sent que ce reproche tombe sur les Portugais eux-mêmes; si les Coyapôs n'avaient pas à se plaindre de leur condition présente » ils ne retourne^ raient pas à leur ancienne manière de vivre, dont ils sentent bien les graves inconvénients. Ces Indiens sont, d'ailleurs, comme tous les autres, insouciants et entièment dépourvus de prévoyance. Pour fiiire la récolte des légumes qu'ils cultivent dans leurs plantations particulières, ils en attendent rarement la maturité parfaite; ils ne songent point au lendemain, n'amassent jamais, ne vivent que dans le présent et sont souverainement heureux quand ils peuvent satis-

(1) Un homme fort distiiigaé , que je vis à Uba en 1816 et qui Toniit de Goyaz, avait amené avec Ini deux CoyapàB doot il avait fait ses domestiques. Ces Indiens parlaient portagais et n'étaient guère moins cirilisés que les mulâtres (Tune classe inférieure. L'un d'eux avait une sagacité étonnante pour retrouyer les hommes et les bêtes de somme égarés dans les forêts : il ne lui fallait, pour le guider, que les restes d'une feuille broutée par un mulet ou une herbe courbée par les pieds d'un homme. Ces deux Coyapôs ne voulment point voir ks Goroados, encore sauvages, qui se trouvaient à Ub« en même tanps qu'oui (VotfOf^û dant let provinces de Rio d€ Janeiro, etc., I, 37 et suiv.), soit h cause de l'éloignement que les diverses peuplades ont souvent les unos pour les autres, soit plutôt parce que la vu# d*un sauvage est , pour l'iodieii oivilise, un sujet ^humiliation , lui ra^ielaut l!état oà il a été Iw-mème, celui , du moins , où étaient ses ancêtres.

ut YOYAGS AD\ SOURCES

faire leur goût pour la viande , pour Teau-de-vie et le tabac (Ij.

Les Coyapôs possèdent donc aussi peu que les autres Indiens les qualités nécessaires pour vivre au milieu de notre civilisation toute fondée sur l'idée de Tavenîr : il leur faudrait des tuteurs bienfaisants, comme ceux qui firent fleurir les aldeas de la côte et les réductions du Paraguay ; ces tuteurs, on les a pour jamais enlevés aux Indiens, et bientôt il ne restera plus rien des anciennes peuplades indigènes qui couvraient jadis la terre du Brésil (2). Dans ce même lien qu'habitaient les Coyapés, lors de mon voyage, avaient vécu, comme on le sait déjà, d'autres Indiens , les Acroas, puis les Carajés et les Javaes; cinquante ans ont suffi pour les faire disparaître tous ,et en trente années les Coyapôs eux-mêmes ont été réduits à deux cents de six cents qu'ils étaient d'abord. De nouvelles immigrations d'individus entièrement sauvages, si elles ont eu lieu, ce qui n'est pas absolument impossible, comme on le verra tout à l'heure , auront pu prolonger l'existence de l'Àldea de S. José; nais elles auront accéléré l'anéantissement de la peuplade entière, et bientôt le voyageur qui cherchera cet aldea ne trouvera plus que des ruines et la continuation d'un désert.

Les Portugais ont communiqué les maladies vénériennes aux Coyapôs, et, comme ceux-ci n'ont aucun moyen de s'en

(1) La doQcear, qui, comme on voit, est, chef les Coytpôs, mie qualité Datarelle, tend à prouver qoe les cruautés reproéhées h leurs ancêtres n'étaient que des représailles. Si , dès Torigine , on s'était condmt avec ces sauvages comme le fit depuis le soldat Lniz , on aurait certainement obtenu des résultats semblables.

(2) Voyez ce que f ai écrit sur les Indiens dans mes deux premières relatiom.

guérir, il paratt qu'elles contribuent beaucoup à les détruire. Ces hommes -enfants, n'ayant point de guide, se livrent à. tous leurs caprices et hAtent fort souvent la fin de leur existence : presque tous ftirent, il y a quelques années, attaqués de la rougeole; au milieu de la fièvre, ils allaient se baigner dans l'eau froide, et il en périt plus de quatre-vingts. D'ailleurs, je n'en ai pas vu un seul qui eût un goitre, difformité qui défigure tous les pédestres, leurs surveillants, et qui, comme on l'a vu, est presque générale à Villa Boa.

D'aj[>rès les renseignements que j'ai pris, il paratt que non-seulement les Coyapés encore sauvages n'ont point de culte, mais encore qu'ils n'ont aucune idée de la Divinité. Pour dire Dieu, ceux de Yaldea se servent, il est vrai, du motpuhanca, qui n'est certainement emprunté ni du portugais ni de la Imgoa gérai (1 ] parlée jadis par les Portugais- Paulistes; mais le terme par lequel ils désignent le cheval n'a aucun rapport non plus avec le mot portugais cavallo ou le mot de la lingoa gérai, cabarû, et cependant ils ne contiaisaent cet animal que depuis l'arrivée des Portugais dans leur pays (2). A l'exception d'un petit nombre de vieillards auxquels on n'a pu apprendre les prières les plus

(1) Là lingoa gérai étui eeU» des lodiuis de It c^. Les jésuites en âTaient composé le gramoMire et le dictiono^re, et eUe avait été adoptée par les Paolistès qui rivaient an milieu des indigènes. La lingoa gérai et le guarani des réductions du Paraguay sont des dialectes du même idiome (voyez mon Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, n, il),

(2) Avant la découverte, les Cpyapôs n*avaient également vu aucun Africain ; mais ils n'ont pas forgé de terme pour désigner un nègre : leur mot tapanho vient évidemment de tapanhéna, qui, dans la lingoa gerulf signifie noir.

courtes et quelques réponses du catéchisiiiey to«s les Indiens de Vald^a ont reçu le baptême : ils se marient devant leur curé (i), et quelques-uns même vont à confesse. On peut croire cependant que les idées qu'ils ont du christianisme sont bien superficielles , car le curé de Valdea se contentait (1810) d'y aller dire la messe tous les dimanches et passait le reste du temps à sa sucrerie de la Conceiçîio , située à S legoas de S. José, ou à celle de 5. Isidro^ qui est beaucoup plus éloignée encore. Personne, dans le pays, ne trouvait cette conduite condamnable, parce que p^sonne ne s'imagine qu'un curé ait d'autres devoirs à remplir que de dire une messe basse chaque dimanche et de confesser ceux qui se présentent. Et cependant, qu'elle était belle la mission du curé de Valdea! il pouvait rendre chrétiens ces hommes-enfants si doux et si dociles , les protéger contre leur propre imprévoyance et contre les vexations de leurs surveillants, prolonger leur existence par de bons eonseib, les civiliser autant qu'ils sont susceptibles de l'être, deve* nir pour eux une seconde providence : H faisait éik sucre I Ceux des Coyapôs qui vivent encore dans les bois aont soumis à un cacique général qui a sous lui plusieurs ca^ pitaines : dans Valdea, les Portugais ont donné les titres de colonel , de capitaine, X al fer es (sous-lieutenant) aux individus les plus considérés de leurs compatriotes. Cest un moyen fort innocent et peu coûteux d'exciter FémulatioD de ces Indiens.

(1) Jusqu'en 1832 ioclusiTemeot , TAldea de S. José a formé une paroisse qui dépendait du district de la cité de Goyaz (ba SUra è Sousa, Mem. estât., 3); mais, en 1833, on Ta comprii dans le district de la nouvelle ville de Jaraguâ (Millibt et Lopes de Moura, IHcc. Brt^s., I,

DU RIO' DE S. FRAIfdSGO. M

Les Coyapôs de S. José ont appris des Portugais à construire des maisoDH* à cultiver la terre, à filer le coton, etc.; niài^ ceux de la même nation qui virent encore au miKen des bois ne connaissent d'autre industrie epie celle de fiiire des arcs, des flèches et Feqpèce de panier qu'ils appellent jucumà (i), dont Tusage, cotnmeon l'a vu, s'est conservé dans Vatdea.

On fait ces jueunus en prenant deux feuille» de 6orùy [Maurttia vimfira) ; on divise en lanières étroites les folioles qui les composent et forment Téventail; on tresse les tanières d'une feuille avec ceUes4l' une autre fêoille> el il en résulte une sorte de corbeille elliptique ouverte sur les côtés, à laquelle on ajoute pour anse une longue tresse flexible faite également de 6ortfy. Pour se servir de ces corbeilles, on y introduit une natte mince et dliptique roulée en cylindre; quand celle-ci est presque pleine, on y passe une seconde natte roulée^comme la première, et, de cette feçon, on peut élever ces, espèces de paniers jusqu'à la hauteur de 4 pieds et même davantage. Les nattes dont je viens d^ parler sont faites chacune avec une feuille de bority dont les folioles, égalonent partagées en lanières étroites et tressées les unes avec les autres, sont retenues pair l'extrémité du pétiole qui forme up des bouts de la natte*

Les Coyapés se couchent sur des giraos quand ils en ont , mais plus souvent ils donnent étendus par terre et sans oreillers sur les nattes minces et extrêmement étroites dont je viens de décrire la fabrication.

(1) Je crois que le docteur Pohl te trompe qoeod â appelle ces peniers piapa.

Chez ces Indiens, comme chez toutes les peuplades que j'avais visitées jusqu'alors, ce sont les femmes qui transportent les fardeaux. J'ai vu sur le dos de ces pauvres créatures d'énormes faisceaux de bois ou desjuctmus pleins de mandubis [Avachis hypogea) qui descendaient jusqu'au milieu de leurs jambes, et étaient simplement retenus par l'anse, passée comme un bandeau sur le sommet de leur tête.

C'est de la même manière que ces femmes portent leurs enfants lorsqu'elles vont au travail et qu'elles veulent conserver le libre usage de leurs bras. L'epfant est assis sur une liane retenue par le front de sa naère; il a les jambes appuyées sur les hanches de celle-ci , et il se cramponne à ses épaules avec les mains.

Tant qu'il y a quelqu'un dans la chaumière des Coyapos, on y conserve du feu, et les hommes comme les femmes sont ordinairement accroupis tout autour.

Ce n'est cependant point dans l'intérieur de la maison que l'on fait cuire la viande. Les femmes, qui soat chargées de ce soin, creusent des trous dans la terre; elles mettent des pierres au fond, et par-dessus elles alluiiient du feu qu'elles retirent lorsque les pierres sont rouges. Alors elles arrangent sur celles-ci les morceaux de viande qu'elles veulent faire cuire ; puis vient un lit de feuilles, et de la terre achève de remplir le trou. De cette manière, la viande cuit inégalement; mais j'ai ouï dire à des Portugais qu'elle avait un fort bon goût (i ).

^1) CeUe maaière de faire cuire la viande était en usage chez les plus anciennes peuplades brt^siliennes , les Tupinaml^as et les Tapuyas , et elle se retrouve dans les lies de la mer du Sud (Fbidinand Dbnis, Brésil , 18).

Les Coyapôs faisaient autrefois une boisson forte avec des piments; mais ils y ont presque entièrement renoncé depuis qu'ils connaissent le tafia (cachaça).

Dans rétatde demi-civilisation où ils sont actuellement, ces Indiens ont conservé plusieurs de leurs anciens usages. Ainsi, lorsqu'il meurt parmi eux quelqu'un de considéré, ils se font eux-mêmes des blessures à la poitrine avec de petites flèches, ou bien ils se donnent de grands coups sur la tète, pour en faire sortir le sang.

S'il leur naît un enfant, ils île se contentent point du nom de baptême portugais; un des anciens de la peuplade en donne encore un autre au nouveau-né, et c'est ordinairement celui de quelque animal.

Les mariages se célèbrent par un grand repas et par des danses pendant lesquelles la mariée tient une corde attachée à la tète de l'époux ; usage emblématique qui n'a besoin d'aucune explication.

Devant presque toutes les maisons des Coyapôs, je vis des morceaux de gros troncs d'arbres, de 3 à 3 pieds de longueur, qui, évidés aux deux bouts dans leur milieu, se terminent, à chaque extrémité» par un bord épais, long de 2 à 3 pouces. Ces morceaux de bois, appelés touro (1), servent à leur jeu favori. Un Indien prend Ténorme morceau de bois par les deux bouts, le charge sur ses épaules et se met à courir de toutes ses forces ; un second Indien court après le premier, et, quand il Fa attrapé, il lui enlève le morceau de bois, le place à son tour sur son dos , sans interrompre sa course, la continue tant qu'il n'est pas rem-

(1) Ce mot, eo portugais» sigoifie an iamreau; mais, dans la langue (les Coyapôs , il a, comme on voit, on sens tout à fait diflérent.

placé par an trotsièiney et ainsi de suite jusqu'à ce que Ton arrive à un but désigné (1). C'est au temps de Pâques que ces Indiens se livrent principalement à leurs réjouissances.

Avant de quitter S. José, j'allai rendre visite, avec te caporal commandant, à la personne de tout l'aldea pour hr quelle les Coyapés avaient le plus de considération : c'était une femme de leur nation» que l'on appelait Dona DalOAifA, petite-fille d'un cacique et veuve d'un sergent de pédestres auquel le gouvernement de Valdea avait été confié pendant longtemps. Dona Damiana parlait assez bien le portugais ; elle était polie et avait un air gai , ouvert et spirituel. Elle me confirma ce qui m'avait déjà été dit par d'autres Coyapôs, que ceux de la peuplade qui vivent dans l'état sauvage n'ont aucune idée de Dieu (2).

Dona Damiana avait formé le dessein d'aller chercherdans les bois ceux des Coyapés de Yaldea qui avaient pris la fuite, et d'amener en même temps un grand nombre de ses com-

(1) Les anciens Tapnjas avaient un jeu k peu près semblable. « Uo « usage fort remarquable, dit M. Ferdinand Denis, distinguait ce peu- « pie des autres habitants du Brésil. Lorscpie les devins avaient ordonné « de cbanger le lien du campement, ou même lorsque les jeui cowa- « crés oommeoçaient après le tepas du soir, des jeunes gens se saisis- « saient d'une poutre pesante et la portaient, en courant avec une pro- « digieuse rapidité , jusqu'à ce que la fatigue les obligeât à déposer ce « fttrdeau entre les maios d'un autre guerrier. La victoire appartenait o h celui qui avait fourni la plus longue carrière {Bréêil, 7). » Noas avons déjà vu que les Goyapos font cuire la viande de la même manière que les ancieus Tapuyas. De cette ressemblance dans quelques usages, il serait pourtant , ce me semble, téméraire de conclure que les Coyapôs descendent nécessairement des Tapuyas. On trouve des coutumes qw ont entre elles beaucoup d'analogie chez des peuples qui certainement n'ont eu aucun rapport les uns avec les autres.

(2) Ce serait donc à tort qu'on f prétendu qu'ils adortienl le soleil et la lune, et surtout qu'ils sacrifiaient des victimes humaines.

patriotes encore sauvages. Elle avait obtenu du capitaine général la permission de s'absenter pour trois mois et elle comptait bientôt partir. Je lui témoignai quelques doutes sur la réussite de ses projets : Us me respectent trop , me répondit-elle^ pour ne pas faire ce que je leur ordonnerai. D'après ce que me dit cette femme , elle entreprenait ce •voyage dans la persuasion que ses compatriotes seraient plus heureux dans Valdea qu'au milieu de leurs forêts. Lies notions de christianisme que les Coyapés reçoivent chez les Portugais y toutes faibles qu'elles sont, les élèvent réellement beaucoup au-dessus de leurs compatriotes encore sauvages dont l'existence est purement animale ; ces derniers sont plus libres peut-être, mais les autres goûtent quelques-unes des douceurs de la civilisation , leur nourriture est assurée et ils ne sont point exposés à toutes les intempéries des saisons. Avec des hommes tels que ceux qui civilisèrent 1^ Indiens de la cAte, les Coyapés de S* José eussent été parfaitement heureux.

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