‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 30 sur 43 · L OR ET LES DIAMANTS DU RIO GLARO · texte numérisé non relu

L OR ET LES DIAMANTS DU RIO GLARO

Départ de S. José. — La Faxenda (FEl Rei. Ses bestiaux. Sa destinatioo. ^ Uo Indien chavanle. — Idée générale do pays qui s'étend de la Fazenda d'El Rei au hio dos Pt7ôei. » Halte en plein air à Tapera.-- VAldea Maria. — Halte en plein air sur le bord du Rio Fartura. Carrapalos. Nuits froides. — Halte en plein air à Porco Morto. — Journée ennuyeuse. La Torre de Èabel. Campot incendiés.— Halte sur le bord du Rio dos Pilôes. — Détails sur cette ririère. Dissertation sur le minhocào des Goyanais. — Le hameau dos Pilôes, Il est situé sur le Rio Claro. Ses maisons ; son église. Son histoire et ceUe de Texploitation des diamants du Rio Claro. — Les habitants uniquement occupés de la recherche de Tor et des diamants. — Avantages qu'ils auraient à cultiver la terre. — Bijoux d'or des femmes. ~ Chercheurs nomades d'or et de diamants. — Les trois manières d'extraire les diamants et l'or du Rio Claro. — Les esclaws des diamanU. — Le détachement de militaires cantonnés au hameau dos PilSes. Combien il est facile aux contrebandiers et aux criminels de se soustraire k leurs recherches. — Mon petit diamant. — Détails sur le Rio Claro. Insectes malfaisants. — Tentatives inutiles pour former une collection de poissons.

Après avoir pris congé de Dona Damiana (le 8 juillet) , je me mis en route avec ma petite caravane et un pédestre que le caporal commandant me donna pour guide. Je voulais me rendre au village de Piloes, situé sur la route de Villa

Boa à Matogrossoy et de là au Rio Claro, riche en or et en diamants (1j.

Dans un espace de 2 legoas nous trouvâmes des bois peu élevés, marchant toujours parallèlement à la continuation de la Serra tk)urada , et nous arrivâmes à la Fazenda d* El Rei (ferme royale), où je passai la nuit.

Cette fazenda appartient au roi , ainsi que son nom l'indique, et elle est située sur les terres de Xaldea. On n*y voit d* autres bâtiments que deux maisonnettes; mais, comme on se borne à y élever des bestiauv et que, dans les contrées tropicales, des étables seraient plus nuisibles qu'utiles, on n'a besoin ici que d'un logement pour les hommes aux-

(1) Itiuéraire approximatif de TAldea de S. José ao village de Pil5es :

De TAldea de S. José à la Fazeoda d'El Rei 2 legoas.

— Tapera , lieu désert sans habitatiou 3

-r- Bords da Rio Fartura» lieu désert sans habitation 3 1/2

— Porco Morto , lieu dé^rt sans habitation. . 5

— Bords du Rio dos Piloes, eu plein air. ... 51/2

— Arraial dos Piloes, village 1

20 legoas.

L. A. da Silva e Sousa avait indiqué la distance de la cité de Goyaz au vUlagede Piloes comme étant de 18 legoas ; Mattos(/(tn.f II, 136} admet Texactitude de ce chiffre pour le chemin qui passe par S. José ; mais , quand il arrive aux détails , il compte 21 legoas : 8 de la cité de Goyaz à S. José, 6 de S. José à TAldea Maria, 7 de TAldea Maria h T Arraial dos Piloes. 11 m'est impossible d'admettre qu'il y ait 8 legoas de Goyaz à S. José, par Areas , Gurgulho et Conceiçâo : je suis d'accord avec l'estimable auteur de Vllinerario sur la distance de S. José à l'Aldea Maria; mais nous différons de moitié pour celle de l'Aldea Maria au village de Piloes ou, si l'on veut, du Rio Claro. Existe-t-il un chemin plus court et également abandonné? Mattos, qui ne parait pas avoir visité ce canton , aurait-il'été induit en erreur par les renseignements qu'il a reçus? C'est ce que je ne saurais décider.

itî VOYAGE AUX SODEGES

quels sont confiés la garde et le soin du troupeau : c'étaient, lors de mon passage, deux pédestres et on Indien de la peuplade des ChavatUes qui habite le nord de la province de Goyaz. On comptait , à cette époque, 400 bêtes a cornes sur les terres de la Fazenda d'El Rei. Les pAturages de cette ferme sont excellents, les bestiaux y multiplient beaucoup, et Ton n'est point obligé de leur donner du sel , parce qu'il existe dans le pays comme dans le Sertâo de Minas (1) des terrains salpêtres.

Quand le gouverneur de la province passait quelques jours parmi les Indiens de Yaldea, ce qu'il faisait quelquefois, la Fazenda d'EI Rei lui fournissait le bétail nécessaire pour sa consommation. De temps en temps, on envoyait aussi nn bœuf aux Coyapôs; mais, comme ces Indiens ont pour la viande la même passion que toutes les peuplades de leur race, ils se plaignaient beaucoup de ce qu'on leur économisait ce mets favori.

Si tous les Chavantes ressemblent à celui qui soignait les troupeaux de la Facenda d'i3 Rei, cette nation doit être plus belle encore que celle des Coyapôs. Ce jeune homme était grand, sa tête n'était pas extrêmement grosse; il avait de beaux yeux, une figure ouverte et agréable (3). Dws

{t) yo9a§e <iant les prmrincês de Bio de Janeiro «l Mintu Geram. U,317.

(2) Uû saTanft mqaék on 4oit d'imniMises racberclMB sur une partie de r Amérique espagnole, mais qai a seoleraeot reUcfaé quelques iostaott à Rio de Jaûeiro et n'a pu voir qu*UD Indien appartenant au Brésil (At- D*Oa»., Voyage, IH» 849), a été entraîné, par son suj^, à classer les indigènes de ce faste empire , et , aprèé les avoir rangés tous so9ê J« lilre de race hrasilio^Haranien$ie , il divise cette race en deux Dations, guarani et botocudo, entendant par le mot nation Umte réunion (Fhommes qui parient une langue émanant éPume source comumtne

DU RIO DE S. FRANCISCO. - lU

leur lingue, les Chavantes ne peuvent se faire comprendre des Coyapôs ; mais ils entendent, m'a^t-on dit, plusieurs autres nations qui, comme eux, habitent le nord de la pro* vînce.

J'ai tâché de résoudre le problème de Torigine des

(V homme américain, I, 9; H, 249). Les Botocudos, d'un côté, et, de i'avtre, les Gaaranis avec les Indiens de la côte, ceox que j*af appelés la iout-raee tupi {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., n ), forment certaineinent deux groupes distincts et bien tranchés; mais, ensuite , je ne vois plus de classification possible. D'après la définition citée plus haut, nous pourrons mettre ensemble les Malalfs, les Macuo>8 et les Machaculîs, qui, évidemment, parlent des dialectes d'une même langue ; mais nous serons obligés de séparer d'eux les Monoch<^ el les Coroados , et cependant , selon les traditions des Malal>'s , toutes ces peuplades ont une origine commune : les Malalis, les Macunîs et les Machaeulis, qui vont ensemble, appartiendraient aussi peu aux Guaranis qu'aux Botocudos , et il en serait de même des Coroados , des Monochôs et des Coyapôs , également distincts entre eux (voyez les vocabulaires qoe j'ai donnés dans mon Voyage dans les provincet de Rio de Janeiro, elc., 1 , 46, 417, U, 47, 164 , 2ia , et mon roffOfê sur le liUoral dm Bf^éêii , il, 29S). Si , à présent, nous preaens pour base de la das^* icatiOQ les caractères extérieurs, il est incoatettable que nous trouve^ relis detfx noliotw bien distinctes dans les Botocudos et les Indiens de la c6Cé : à la rigveur, nous pouvons rapporter à ces deroierB ]«s Malalfs, les Macttnls^ les M achaculis ; mais nous ne defroos pas^ je erois, en rapprocher les Coroados, marqués d'une empreinte particiti^re de laideur, et encore m^ins ferons-nous d'eux des Botocudos. Personne n'aurait certeinement eu ridée de prendre pour an Botocudo ou pour un Guarani ce Panhame qtte j'ai vu à Passanha et qui ressemblait tant h nos paysans Arançais, et il m'est tout aussi impossible de confondre avec ces deux nations les Coyapôs et ce beau Chavante dont je viens de parler. Le savant auteur que j'ai cité plus haut s'est vu forcé, je le répète , de faire entrer dans sa classification générale des peuplades quMl ne connaissait pas : s'il avait parcouru le Brésil comme l'Amérique espagnole, it aurait reconnu que la classification qu'il admet pour sa tàce.brasilio^ffuaranienne est loin ëe comprendre toutes les peuplades du Brésil ; il aurait reconnu que , si les caractères qu'il attribue à cette race entière conviennent ad-

It4 VOYAGE AUX SOURCES

idiomes de T Amérique (1) ; ces bommes-enfants disparaissent devant notre race prévoyante et usurpatrice, et bientôt il ne restera de leurs langues que des vocabulaires toujours incomplets, presque toujours très-inexacts.

De la Fazenda d'El Rei jusqu'à Tendroit ou nous rejoignîmes la route de Villa Boa à la province de Matogrosso, il faut compter environ 16 à 17 legoas. Nous mtmes quatre jours dans ce voyage : quelques personnes le faisaient sans doute, lorsque VAldea Maria, dont je parlerai WentAt, était encore habité; mais, à Tépoque de mon passage, qui que ce fût n* avait besoin de traverser ce canton. Depuis que j'avais quitté Rio de Janeiro, je n'avais pas vu un pays aussi désert; si Ton excepte les ruines de TAldea Maria, je ne découvris, pendant ces quatre jours, aucun vestige d'habitation, je n'aperçus aucune créature humaine (2). En

mirabkoieDt bien aux Gotranis de la province de Missôes, ils sont loin de s'appliquer aussi exactement aux autres peuplades , ce que prouTent les descriptions spéciales que j'ai données de plusieurs d*entre elles et cette seule phrase , par laquelle Gardner indique comment, dam TAldei do Douro (et non Duro), on peut distinguer les véritables Indiens des hommes de sang mélangé : « It is verj easy to tecognize thé pure lodian by bis reddish colour, long straight hair, high cheek bçnes and t^ peculiar obliquity of bis eyes {Travels, 316). » Déjà Lery avait dit de ses TauoupinambaouUs , babitapts de la côte qui se rapprochaient unt des véritables Guaranis, « n'estans pas autrement noirs, ils sont seulement basanés, comme vous diriez les Espagnols ou Prouençaux {Hi$t., 3* édition, 95). •

(1) Chap. n du 1*' volume de cet ouvrage.

(2) Mattos dit {Hin., U , 137) que la route de Goyaz au Rio Claro, par S. José r a cessé d*ètre flréquentée non-seulement à cause de Tabandoo de TAldea Maria , mais parce que les pAturages n'y sont pas aussi bons que sur Tautre route , et que Ton a peur d'être attaqué par les tndieos Coyapds du village de S. José : personne, à l'époque de mon voyage, ne paraissait avoir une semblable crainte.

certains endroits , les traces du sentier que nous suivions avaient presque entièrement disparu ; dans d'autres, il était extrêmement pierreux et embarrassé par des troncs d'arbres, des branchages, des lianes qui fermaient le passage; ailleurs il devenait d'une roideur extrême, et il nous semblait que nous allions nous précipiter au fond d'un ravin obscur. Le pays est quelquefois égal , plus souvent il est montueux. En général, il présente de grands bois; de temps en temps, on y voit aussi des campas parsemés d'arbres rabougris ; la sécheresse continuait à être excessive ; je ne trouvais aucune plante en fleur. Des myriades d'insecte$ malfaisants de toutes les espèces ne nous laissaient pas un seul instant de repos. Quand le soir approchait, nous faisions halte sur le bord de quelque ruisseau, et nous couchions en plein air. Pendant le jour, la chaleur avait souvent été insupportable; la nuit, j'étais transi de froid, et souvent je soupirais en vain après un peu de sommeil.

Quelques détails achèveront de faire connaître ces déserts.

Le jour où je quittai la Fazenda d'EI Rei , je continuai à marcher parallèlement à la continuation de la Serra'Dourada; cependant le pays que je parcourus est assez égal. Il offre un mélange de forêts et de campos où dominent les premières ; mais ce sont des pâturages que le chemin traverse presque toujours. Il semblerait que les campos d'un pays généralement boisé doivent offrir plus d'arbres que ceux des contrées où il existe peu de bois ; mais il n'en est pas ainsi dans ce canton ; les arbres des pâturages y sont , au contraire, je ne sais par quelle cause, fort éloignés les uns des autres.

Après avoir fait 5 legoas, nous nous arrêtâmes, pour y

1S6 V0TA6B AUX SOimCES

passer la nuit , dans un campo^ sur le bord d'une petite rivière, ^u lieu appelé Tapera (maison ruinée). Mes effets furent placés sous des baritys; mais» comme ces Polmiers donnent peu d'ombrage et que le soleil était encore eicor sivement ardent, mes gens me firent une petite bi^raque avec des bâtons et les cuirs destinés i recouvrir la charge des mulets.

Pendant toute la nuit, le froid fut excessivi^nent vif et m'empècba de dormir ; le lendemain, conune cela était d^ arrivé la veille, la chaleur commença vers dix heures du matin et devint bientôt insun[X)rtable. Cette alternative de froid et de chaud agissait fortement sur mes nerb et tendait à diminuer mes forces. Ce jour-là, nous continoimes à avoir è notre gauche le prolongement de la Serra Dourada, qui n'a ici qu'une hauteur peu considérable. Quoique le pays soit toujours très-boisé, le chemin traverse, prdqoe sans interruption, des campo* dont les teintes grisâtres attristaient nos regards.

A une demi-lieue de l'endroit où nous fimes halte, poos passâmes par YÀldea Marta^ qui, con^me je l'ai dit, fot autrefois habité par les Coyapés, et qui» alors entièrmnent d)andonné, servait de repaire aux chauves^souris et aux insectes malfaisants (1). Les bâtiments qu'on y voyait encore, la maison du gouverneur, la caserne et le magasin étaient gnmds ^ d'un jeli aspect., mais disposés sans aucune symétrie. C'était derrière ces édifices qu'avaient été

(1) Selon Matt09 (lUn., U , 139), l'Aldea Mariaaurait été fondé {tour des Indiens Coyapôs qu'on y aurait envoyés du village de $. José. D'après les autorités les plus graves, c'est, au contraire, de TÀldea Maria, comme on Ta vu plus haut (page 99) , que les Coyap6s ont été transportés à S. José pour succéder aux Javaes et av.Garajés, qui s'étaient dispersés.

DO BIO J>E s. FRANCISCO. 137

construites tes ehaamiôres des Indiens. Ces hommes visitent souvent leurs anciennes demeures (1); ils n'y pensent point san^ chagrin , et je ne pus m* empêcher de partager leurs regreto, Sî TAMea Maria n'a pas la régularité de S. José» il est situé plus agréablement, et la Serra Dourada» assez éloignée, jette de la varl^ dans le paysage, sans masquer la ^ue (S).

Nous avions fait 3 legaas et demie quand nous mhaes pied à terre sur le bord de Ko Fartura (rivière abondance) , que nous avions passé avant d'arriver à S. José, mais qui n'est là qu'un ruisseau et forme déjà ici une petite rivière. Nous noiu étabUraes dans une espèce de salle formée par des arbres touffus, et j'aurais trouvé oe lieu fort agréable si nous n'eussions été dévorés par d'innombrables earrapatos et forcés de nom visiter le corps à chaque minute, ce qui me foisait perdre un temps considérable.

La nuit fut encore extrêmement froide, et, quoique mon Kt eût été placé auprès du feu, je restai trè»-longtemps sans pouvoir fermer l'œil. Dans cette saison , la rosée est fort abcmdante; à la fin de la nuit, les feuiliea des arbres sont )M^oe aussi mouillées que s'il était tombé de la phiie, rt, quand je me levais, ma couverture était presque humectée.

* {%} L'e^tiviaWe mlwr t^WfiP <lf Cqpli« MAtto§ m {Hi»,^ II, 199) a qu'il ^tQ eqcQce d«ii9 w Uea (Ne^^ la{;ar aioda hoje pcrma- « nece, (i(c.) uoe faxenda qqi appartient & la nation , et où Ton élève « du bétail. Cet établissement , ajoute le même écriyain , ne doaiM des « bénéfices qu'à son tdnunistrateQr et aux peroonoes qu'il est imei ai^e a d'obliger, v II ç^ évident qp'il est ici question de la Fazenda d'El Rei , qui , après le changement de gouvernement , sera devenue une propriété nationale ; mais cette faxenda n est point située au lieu où était TAldea Maria, elle Testât (enroot et deyiie de celte aidée et 2 de S. JO04.

Le pays que je parcourus au delà du Rio Fartura, dans une longue journée de 5 legoaSy est montagneux, couvert de forêts, et n'oflFre que de très-petits intervalles , parsemés seulement tf arbres rabougris. Les bois, comme tous cexix que j'avais vus jusqu'alors dans cette province, sont loin d'avoir la majesté des forêts vierges de Rio de Janeiro ou même de Minas ; néanmoins, dans les endroits bas et humides, ils se font aussi remarquer par leur vigueur, et partout ils présentent un épais fourré d'arbrisseaux qui donnent beaucoup d'ombrage et de fraîcheur.

Nous fîmes halte au lieu appelé Porco Morto (cochon mort), sur le bord d'un très-petit ruisseau, dans une vallée profonde et fort étroite, entourée de montagnes couvertes de forêts. De grands arbres formaient au-dessus de nos têtes une voûte épaisse : cette solitude semblait séparée du reste de l'univers; cependant il était impossible de jouir de la beauté de ce lieu, à cause des milliers d'insectes de toute espèce qui nous y dévoraient. De petites abeilles noires entraient dans nos yeux et nos oreilles ; des harrachudos (1) nous piquaient le visage et les mains ; nous ne pouvions faire un pas sans être couverts de carrapatas de toutes les grandeurs ; enfin nous n'étions pas même exempts de moustiques et de puces pénétrantes.

Mes gens, au commencement de la nuit, jetèrent dans notre feu le tronc tout entier d'un gros arbre mort; mon lit fut dressé tout auprès ; j'étais gelé d'un côté , je brftlais de l'autre et ne pouvais dormir. Tout à coup, des cris effrayants frappent mes oreilles : a ofiça, a ottça (le jaguar, le jaguar)! Je me jette en bas de mon lit et me dirige du côté où ces

(1) J'ai décrit cet insecte dans ma première Relation.

clameurs venaient de se faire entendre. C'était le bort Laruotte qui les avait poussées. Qu'avez-vous, mon ami? m'écriai-je. Ah! monsieur, me répondit-il , je rêvais que Tonce me mangeait. Pendant la journée, nos mulets avaient souvent donné tous les signes de la terreur, et mes gens avaient finr par voir sur le sable les traces d'un Jaguar. Il n'avait été question que du jaguar dans ma petite caravane, et l'imagination effrayée du pauvre Laruotte lui avait montré, pendant son sommeil , ce féroce animal occupé à déchirer ses membres.

La Journée suivante fut peut-être la plus ennuyeuse de tout mon voyage. Nous traversâmes d'abord des bois où nous avions de l'ombre et de la fraîcheur; mais, ensuite, nous entrâmes dans des campos où la chaleur était insupportable. Quelquefois le chemin est montueux , plus souvent il est égal ; presque toujours il suit une vallée fort large ou, pour mieux dire, une plaine allongée, bordée de montagnes couvertes de bois. Celles de la droite sont les plus élevées: en quelques endroits, elles s'élancent presque & pic ; là, par conséquent, elles doivent être fort sèches : aussi les arbres qui y croissent étaient-ils, lors de mon voyage, presque entièrement dépouillés de leurs feuilles. Le sommet de ces montagnes est, en général, assez égal; néanmoins, en deux endroits différents, elles sont couronnées par des éminences qui ressemblent à un château fort accompagné de ses tourelles et ajoutent à l'austérité du paysage : c'est peut-être à l'une de ces montagnes que les premiers aventuriers coureurs de déserts (sertanistas) donnèrent le nom de Tour de Babel (Torre de Babel) (1). Dans

(Vf SoQS le gouvernement d'Antonio Farlado de Mendonça, en 1770 II. 9

plusieurs fonds marécageux, je retrouvai riminobile et majestueux borityf qui s'harmonise si bien avec le calme du désert. Partout les campas avaient été récemment brûlés et les moucherons y étaient insupportables ; ils se je^ient dans mes yeux , pénétraient dans mes oreilles , me couvraient le visage et les mains, et, pour m'en débarrasser, j'étais obligé d'agiter sans cesse mon mouchoir. Je ne pouvais deviner qui avait pris la peine de brûler ces pâturages sans mattre et éloigiA^ de toute habitation ; mais, plus tard, on me donna l'explication de cette espèce d'énigme. Une femme qui habitait les environs du Rio Grande, limite de la province de Matogrosso, et possédait un troupeau nombreux de bêtes à cornes, était alors sur le point de quitter sa demeure pour aller s^établir au vHlage d'Anaicuns, et, d'avance, elle avait envoyé mettre le feu a&x pâturages qui avoisinent la route, afin que ses bestiaux 7

« ou 1771, dit Pi2arro {Mem. hiit., DL, 104), le capitaine Francisco « Soares BaihÔes sortit de Jaragua ayec nue bande d'areotarien, f(» « guidé par un itinéraire que lui ayait donné Urbano de Coato, Vm « des compagnons de Barlholomen Bueno , il se mit h parcourir de « rastes forêts et des campas. Parmi les derniers , BuIhSes en troQTt « un qui attira particulièrement son attention : au milieu était one « montagne formée de pierres qui sendylaient avoir été arrangées tvec « art et à laquelle les plus anciens sertanUUu avaient donné le nom « de Torre de Babel, Après de longs travaux et beaucoup de fatigofS, « nos aventuriers arrivèrent à un ruisseau ricbe en paillettes d'or; mùn, a ayant reconnu que ce canton faisait partie du pays où les affluents « du Rio Claro prennent leur source , et qu'H était compris dans les « limites des terres diamantines interdites aux cbercbeurs d'or, ils se <c retirèrent. » Pour parvenir au Rio tllaro, BulbSes et s<s sertanUUUt partant de Jaragu;i , avaient fait probablement le Bième chemin que moi ; ce fut avant d'arriver au Rio Claro qu'ils virent la Tour de Babel : ain»i il est assez vraisemblable que cette montagne est une de celles dont je paile ici.

trouvassent, à leur passage, une meilleure nourriture.

Nous avions fait 5 legoas et demie, c'était une journée intenninable, lorsque enfin le bruit alternativement sourd et criard de la mat^ola nous avertit du voisinage d'une habitation, et bientôt nous arrivâmes auprès de quelques misérables chaumières. J'y demandai l'hospitalité, mais en me la refusa en me disant qu'il n'y avait de place nulle part, que la grange, seul endroit que l'on pût m'ofTrir, était remplie de puces pénétrantes, et que je serais beaucoup mieux sur le bord de la rivière. La petitesse de ces chaumières me fit croire que l'on ne m'avait pas trompé; cependant ce ne fut point sans humeur que je me résignai à coucher encore une fois à la belle étoile.

Nous passâmes à gué le Rio dos Pilôes et nous nous établîmes sur la rive gauche , sous de grands arbres qui , ordinairement, servent d'abri aux caravanes; alors nous entrions dans le véritable chemin de Villa Boa à la province de Matogrosso

Le Rio dos Pilôes prend sa source dans les environs d'Ànnicuns, coule du sud au nord (ij et se jette dans le Rio Qdro. Pendant la sécheresse, il a fort peu de largeur ; mais,

(1) Ce que je dis ici de la source et du cours du Rio dos Pilôes est emprunté an docteur Pohl {Reise , 1 , 420) ; mais je dois ajouter que Loi^ Antonio da Silva e Sousa assure que cette ririère prend naissance sur le plateau appelé Eslreito et qu'elle se dirige vers l'est {3lem. est., 7). Je ne prétends pas décider entre ces deux auteurs ; cependant je serais porté à croire qu'il y a quelque erreur dans Tindication du dernier. Luiz d'Âlincourt , M illict et Lopes de Moura fout naître le Rio dos Pilôes dans la Serra Dourada {Mem. viag.^ 119. — Dicc, Braz., II, 303). — J'ai dit ailleurs (vol. ï, 311) que cette rivière avait été découverte par le se<^nd Bueno pendant sa première expédition , mais que, selon l'exact Caial , le Rio dos Piloes de Bueuo n'était pas la rivière à laquelle on donne aujourd'hui ce nom.

Digitizgd by VjOOQIC

nt VOYAGE AUX SOURCES

dans le temps des pluies , il augmente d'une manièi'e senrible , et alors on ne peut le passer que dans des pirogues. On assure que cette rivière n'est guère moins riche en or et en diamants que le Rio Claro lui-même, dont je parlerai bientôt ; mais , pour profiter de ces trésors, il faudrait des travaux considérables , incompatibres avec la pauvreté des habitants du pays.

Luiz Antonio da Silva e Sousa dit (1), en parlant du lac du Padre Aranday situé dans la province de Goyaz, quMI est habité par des minhocoes (2), et il ajoute que ces monstres, c'est ainsi qu'il s'exprime, ont souvent ^traîné au fond de l'eaù, où ils se tiennent ordinairement ^ des chevaux et des bètes à cornes ; Pizarro répète à peu près la même chose (3) et indique le lac FHq^ qui appartient également à Goyaz, comnie servant aussi d'habitation aux mmhocoes (4). J'avais déjÀ entendu parler plusieurs fois de ces animaux et je les regardais encore comme fabuleux, lorsque ces disparitions de chevaux, de mulets et de bestiaux aux passages des rivières me furent attestées par tant de gens, quMI meparutàpeuprèsimpossibledeles révoquer en doute. Lorsque j'étais au Rio dos'Pilôes, on me parja aussi beaucoup des minhocoes; on me dit qu'il en existait dans cette rivière et que, à l'époque des grandes eaux, ils avaient souvent emporté des chevaux et des mulets pendant que

(1) Memoria sobre o de$eobrimento, elc,, da capitania de Goffos, daDà le Palriola, 1814.

(2) Pluciel de minhocào.

(3) Mem. hisL, IX.

(4) Le lac Fei« est situé dans la Doavelle comarca de Palma et dans le voisinage du village de Coures (Miluet et Lopbs db Mooiu, !Hec. ^a«., 1,363).

ceux-ci passaient la rivière à la nage. Le mot minhocào ^t un augmentatif de celui de minhoca, qui , en portugais, signifie ver de terre, et, en effet, on prétend que le monstre dont il s'agit ressemble absolument à ces vers, avec la différence qu'il a une bouche visible; on ajoute qu'il est noir, court, d'une grosseur énorme; qu'il ne s'élève point à h surfece de l'eau, mais qu'il fait disparaître les bestiaux en les saisissant par-dessous le ventre. Lorsque, vingt jours environ après avoir quitté la rivière et le village de Piloe^, je séjournai , comme on le verra , xhez le commandant de Meiaponte, M. Joaquim Alves de Olive^ra, l'un des hommes les plus recommandables que j'aie jamais rencontrés, je le questionnai sur les minhoçoes; il me confirma ce qui m'avait déjà été dit , me cita plusieurs exemples récents de malheurs causés par ces monstres, et m* assura en même temps, d'après le rapport de quelques pécheurs, que le minhocào y malgré sa forme tr^-arrondie, était un véritable poisson pourvu de nageoires. J'avais d'abord pensé que le minhocào pouvait être le Gymnotes Carapa qui , suivant Pohl (1), se trouve dans le Rio Vermelho; mais il paraît, d'après cet auteur, que ce dernier poisson porte dans le pays le nom de terma termi, et d'ailleurt les effets produits par les Gymnotes eu anguilles électriques, bien connus, toujours selon Pohl, des mulâtres et des nègres du pays qui les ont souvent éprouvés , n'ont rien de commun avec ce qu'on raconte du minhocào. M. le. professeur Gervais , è qui j'ai communiqué mes doutes, a porté mon attention sur la description que P. L. Bischoff a donnée du Lepidosiren (2) ; et,

( 1) Hj^se, 1 , 360. — Voyez aassi , sur le lermu Urmi ou termeterme, GâRDMER, Tràve^, 354. '

(2) Annales des sciences naturelles, *Z* série, vol. XIV, 116.

Ui VOYAGE AUX SOURCES

en réalité , le peu que nous savons du minkocào coïncide assez bien avec ce que Ton dit de l'animal rare et «ngnlier découvert par M. Natterer. Ce naturaliste à trouvé son Lepidosiren dans des eaux stagnantes près du Rio da Madeira et de TAnfiazone; on indique le minhocào non -seulement dans des rivières , mais encore dans des lacs. D y a sans doute bien loin du lac Feia aux deux localités indiquées par le voyageur autrichien ; mais on sait que les chaleurs sont excessives à Goyaz. La Serra do Corumbâ e do Tocantîos, qui traverse cette province, est un des diviseurs les plus remarquables des eaux gigantesques du nord du Brésil et de celles du midi : le Rio dos Pilôes appartient aux premières comme le Rio da Madeira. Le Lepidosirm paradoûca de M. Natterer a absolument la forme d'un ver comme le mmhocao. Tous les deux ont des nageoires; mais il rfest point étonnant qu'on ne les ait pas toujours reconnues dans le minhocào, si, comme chez le Lepidosirm y elles sont dans l'animal du Rio dos Pilôes réduites à de simples rudiments. « Les dents du Lepidosirm^ dit Bischoff, sont très-propres <c à saisir et à déchirer une proie, et, à en juger d'après tenr « structure et d'après les muscles de leurs mâchoires, elles <c doivent être mues avec une force considérable. » Ces caractères s'accordent d'une manière merveilleuse avec ceai qu'il faut nécessairement admettre dans le mtnAocao, puisqu'il saisit fortement de très-gros animaux et les entralw pour les dévorer. Il est donc vraisemblable que le minhocào est une puissante espèce de Lepidosiren, et Yon pourra» si cette conjecture se changeait en certitude, appeler Lepidosiren minhocào l'animal du lac Feia et du Rio dosPilôes.Les zoologistes qui parcourront ces contrées lointaines feront bien de séjourner sur les bords du lac Feia, du lac du Padre

AniiidaoaduRioclosPilôes,pour arriver k une comiaissance parfaite de la vérité, pour savoir d'une manière précise ce qu'est le mmhoeàOy ou si, malgré le témoignage de tant de gens , m&me des hommes les plus éclairés, son existence doit être, ce qui est peu vraisemblable, rejetée parmi les fables (1).

Au bord du Rio dos Pilôes, mon lit avait été fait près du feu; cependant j'éprouvai encore, toute la nuit, un froid très-vif qui m'empêcha de dormir.

Du Rio dos Pildes au village du mèn^e nom (Arraial dos Pitoes) (2), il n'y a que 1 lieue. Le chemin qui y conduit traverse un large campo parsemé d'arbres rabougris et encaissé entre deux rangées de collines.

(1) IL le général Raimundo José da Cnnlia Mattos ne croit point, pour le présent, c'est ainsi qa'il s'exprime, à Feiistence des tninhocôes; cependant il avoue qae phisienrs personnes lui ont afdrmé qne ce n'étaient point des animaux imaginaires ; il ajoute même qu'un soldat loi a dit en aToir vu on dans le Rio Grande , à la frontière de Matogrosso , çt lui en a fUt la description. Selon ce militaire , le minhocao aurait une longueur prodigieuse , mais serait susceptible de se contracter ; sa peau serait lisse , sa bouche fort petite et garnie d'une espèce de barbe ( Ilinerario, U ).

(2) On pourrait écrire Rio dos Pitoens et Arraial dos Pilosns , mais non RU) Pilôens, Artayal Pilôens, comme a fait le docteur Pohl. — Je ne me souviens poiùt d'avoir entendu appeler le village dont il s'agit ici autrement qu* Arraial dos Pilôes^ et c'est aussi ie seul nom qu'admette L. A. da Silva e Sousa dans son Memoria eslalistiea. Je dois dire cependant qu'on ne trouve qa'Arraiaf do Rio Claro dans le mémoire de Lruii d'Alinconrt {Mem.'viag., 119), et qu'on lit l'un et l'autre nom dans 1'/^'nerario de Mattos. On sentira que de cette application de deux noms différents au même lieu il peut résulter facilement des erreurs ; ainsi , dans uu livre absolument indispensable à ceux qui Veulent connaître la géographie générale du BrésU, le Diecionario geographico historico e deicriplivo do Bratil , on a consacré deux articles au village situé entre le lUo dos Pildes et le Rio Claro : le premier ( H , 312\ sous le nom de Pilàes ; le second (400), sous ceki de Rio Claro.

En arrivant au village, ou plutôt au hameau de Pilôes» je présentai au commandant du poste qui y était cantonné <me lettre que le gouverneur m'avait donnée pour lui ; il me reçut fort bien et me procura une petite maison assez commode. Après avoir couché quatre jours de suite à la belle étoile, gelant de froid et dévoré par les insectes, je trouvais bien doux de pouvojr enfin dormir sous un toit.

Le hameau de Pilôes se compose d'une vingtaine de maisons aussi misérables , pour la plupart , que celles des Coyapôs (1). Toutes ont été bâties sur les deux côtés du chemin qui mène à Matogrosso, et, comme elles sont fort écartées les unes des autres, elles occupent, dans la direction de Test à Touest, une étendue assez considérable. Immédiatement au-dessous du village, coule le Rio Qaro, rivière d'une largeur médiocre qui ne pouvait recevoir un nom plus convenable que le sien (la rivière claire), car ses eaux, d'une limpidité sans égale, laissent distinguer (juillet) tous les cailloux et les grains de sable dont est formé son lit. On avait conunencé à construire à Pilôes une église assez grande; mais elle n'a pas été continuée, et l'on n'a, pour célébrer la messe dans le hameau, qu'une très-petite chapelle sous l'invocation dé Notre-Seigneur bon Jésus {Senhor Bom Jésus), qui n'est pas non plus entièreinent achevée et dépend de la paroisse de Villa Boa.

Il paraît que, presque à l'époque de la découverte de Goyaz , on reconnut déjà qu'il existait des diamants dans le Rio dos Pilôes et le Rio Claro. Lorsque, en 1749 , les

(1) R. J. di Cauba Mittosen indique 42 {Uin,, II, 99); mais luimême n'avait pas été snr les lieai , et il ne .dit point h quelle ^imée ae rapporte ee chiffre : ce serait probablement h 1825.

DU Rio DE S. FRANCISCO. 137

frères Joaquim et Felisberto Caldeira Brant prirent la ferme des diamants de Tijuco dans la province de Minas Geraes (1), on leur imposa la condition de fournir un service [serviço diamantino) de deux cents nègres (2) pour exploiter les deux rivières diamant! nés de la province de Goyaz ; 40 lieues de terrain furent réservées aux fermiers dans le district de Pilôes, et un village se forma sous le nom de Bom Fim, sur les bords du Rio Claro. Malheureusement les résultats ne répondirent point aux espérances que les fermiers avaient conçues ; ils se retirèrent bientôt (3) , et le village de Bom Flm fut détruit par les Coyapôs (4). Cependant une étendue de 40 lieues continua à être interdite aux mineurs; on la

(1) C'est h cette famille qu'appartenait le fameux marquis de Barbaceoa, dont j'ai parlé dans le Précis historique des révolutions du Brésil (voyez mon Voyage dans le district des Diamants, etc., U, 378).

(2) Od appelle services (serviços) les endroits où Ton extrait des diamants et où Ton a placé une troupe de nègres pour faire ce travail {tropa) (voyez mon Voyage dans le district des Diamants, etc., I, 9).

(3) D'après tout ce qu'on sait, il est bien évident que l'administration des frères Caldeira Braut ne dura pas cinquante ans, c'est-à-dire jusqu'en 1799, comme paraîtraient le croire les auteurs de l'ouvrage éminemment utile, intitulé Diccionario geographico do Brazil (article Piides). U se passa un temps considérable entre la retraite des fermiers mineurs et l'époque où la permission fut donnée à tomi (1801) de ehercfaer de l'or dans le Rio Claro, et c'est dans cet intervaUe qu'eut lieu la destruction de Bom Fim par les Coyap Js , comme aussi l'espèce de découverte que Francisco Soares de Bulhoes fit, en 1772, des terres diamantînes du Rio Claro, déjà connues depuis longtemps (voyez plus haut, p. 130 ). Au reste , les deux auteurs du Diccionario confirment euxmêmes tout ce que je dis ici dans leur article intitulé Rio Claro.

{4} Je n*ai pu découvrir si ce village était situé sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui celui de Piloes. Quoi qu'il en soit , il faut se donner de garde de confondre le viUage de Bom Fim, dont il est ici question , avec celui du même nom , dont je parlerai bicutt^t , ot par lequel on passe pour se rendre de Goyaz à S. Paul.

garda avec autant de soin que peuvent Tètre des déserts (1), et alors il n*y avait à Pllôes que le détachement militaire chargé d* empêcher que les défenses du gouvernement ne fussent violées. Les habitants de Goyaz se plaignirent longtemps de ce que, sans utilité pour personne» on les privait, eux si pauvres, des ressources que leur avait accordées la Mture: on fit enfin droit à leurs réclamations, et esù 18(H, sous Tadministration de JoÀo Mahobl de Menezbs, le gouvernement permit à tous de chercher de l'or et des diamants dans le Rio Claro; mais, en même temps, il ordoana que ces derniers fussent portés à la caisse du trésor nqfal ifasamda reat), où Ton devait en payer la valeur d'après im certain tarif. Comme la réputation des trésors du Rio Oaro avait été fort exagérée , une foule de gens accoururent sar les bords de cette rivière, persuadés qu'ils allaient y faire une fortune rapide; mais , voyant leurs espérances IroÎBpées, ils se retirèrent au village d'Ânnicuns, où, dans Tio* tervalle, on avait découvert des mines fort riches, et actuellement (1819) on compte à peine au hameau de Pilôes une population sédentaire de 200 individus (â).

(1) Lcu Antonio «a Silta b Soosa, Mtwmria $obr€ o éeêdéri' mento, etc. — Pizarro, MemoriOâ hiêioriooi, etc. — Ponl, BeiUf t^ — Esoflw., Plulo Braiilieniiê, etc.

(2) a L^Arraial do Rio Clcro , ««qael oo dooiie aussi le Dom d'Arraial

« de Pilles, dit Mattos (/irn,, 11, 90). ftit fondé en Taimée 1T4«,

« soos le nom d'Arraial do Senhor Jesiks de Bom Fim ; il ftit détroit f» « uo ordre do roi de 1749 , et réédifié par aa autre ordre de 1789. » O passage semble s^accorder fort mal arec les récils des graves kistoriens que j*ai cités tout à Theare ; cepeDdant on peut, jusqu'à un certaio poinU les concilier. Coomie on rayait qu*il eiiste d^ diamants dans le Rio Claro, quelques arentoriers durent, dès les premiers temps, s'établir sur ses bords : ce serait là cette première fondation dont parle Mattos et dont il fixe l'époque à 1746. Ces hommes furent nécessairement cipul-

DU RIO DE S. FRANaSCO. 139

I) est très- vrai y cépendaDt, quele Kio Claro, les rivières qui s'y jettent et les terrains les plus proches sont abondants en or; mais, pour extraire celui qui se trouve enfoui dans la terre, il faudrait faire venir de Teau de fort loin et entreprendre des travaux qui surpassent les forcesd* hommes pauvres , ignorants et isolés qui n'ont à leur disposition que leurs biiBs. C'est presque uniquement dans le Rio Claro qu'ils peuvent se livrer à des recherches qui les dédonunafent de leurs peines; et, pour cela, ils sont obligés d'attendre le temps de la sécheresse. Avant cette époque, ils font, en travaillant beaucoup, des journées de 160 à 300 reis; mais, dans les n^ois de juillet, d'août et septembre, les journées vont jusqu'à 1,900 et 1,S00 reis (i fr*, 4fr. 87— 7fr. 50, 9fp. 37)(1).

Ainsi qu'on l'a déjà vu, le précieux métaKn'est pas la seule richesse du Rio Claro : cette rivière fournit, chaque année , des diamants d'une très-belle eau et d'un poids considéirable. Comme les premiers, qui » conformément à la

ses quand on afferma ies terres da district aux Caldeira Brant : ce serait la desttvctioD de 1749. Enfin, lorsqu'il Alt permis à toujt le monde d'exploiter le district pririlégié, on ajouta sans doute quelques maisons à celles qui étaient occupées par les soldats du poste : ce serait la réédificatioD du village. Au rei^te , je le répète , Mattos n*a pas voulu traiter lliistoire de la province de Goyaz, mais seulement sa topographie, et, sous ce rapport , il mérite la plus grande estime.

(1) Mattos di^ (/(tn., U, 99), d'après les renseignements qui lui ont ëté communiqués, que « le village de Pil5es reste presque toujours sans tt habitants, mais qu'il est très-fWquenté à l'époque où il y a le moins « d*eao dans le Rio Claro, le Coyapd et le Pifôes. » Pohl, qui était, en février 1818, au village de Pildes, ne le trouva nullement désert, et Luiz d'Alincourt, qui y passa dans la même année, s'exprime comme il suit : « Dans les mois autres que ceux de la séchere;>se , les habitants se livrent à l'oisiveté tMem. $ohre a viag,, etc., ftO). n

lot , furent portés au coffre de ia fazenda real , n*ont jamais été payés faute d'argent, il y a longtempsque Ton n'en porte plus. Les travailleurs qui en trouvent les vendent à des marchands de Villa Boa, et plus souvent encore aux caravanes qui se rendent de Matogrosso à. la ^ille de Bahia et oot nécessairement l'habitude de ce commerce , parce que la province de Matogrosso fournit aussi beaucoup de diamants. L'administration ferme les yeux sur là contrebande {1819), et le gouverneur lui-même semblait vouloir ignorer qu'il y eftt des trésors dans le Rio Qaro. Tout ce qu'on paraît demander aux contrebandiers, c'est un, peu de prudence. L'extraction de l'or est entièrement permise; mais, en cherchant de l'or, les travailleurs trouvent des diamants : il seraitpar trop absurde, conrnie le feiit observer le docteur PohI, d'exiger qu'ils les rejetassent dans la rivière (1).

Les habitants du hameau dos Pîlôes, tous mulâtres et nègres libres (2), ne cultivent point la terre; comme les premiers aventuriers paulistes qui arrivèrent è Goyaz, ils ne songent qu'aux diamants et à l'or. Les vivres que Ton consomme dans ce hameau viennent de Villa Boa et sont communément apportés par des marchands de cette ville» qui les revendent avec un bénéfice de plus de 100 pour 1. Dans la saison des pluies , ou les chemins sont impraticables, on ne trouve ici rien à acheter (5). Si, comme les habitants de Meiaponte en donnèrent l'exemple à l'époque de la découverte, quelques-uns de ceux de Pilôes se livraient à l'agriculture, non-seulement ils rendraient leur existence moins précaire, mais encore ils assureraient leur fortune en

il) PoHL, Rei$e, 1, 432.

^3) PoHL, Reise, 428.

vendant des denrées aux caravanes qui, en deçji et au delà du village, ne trouvent que des déserts. Mais la culture des terres ne convient point è ces hommes, non moins imprévoyants que les Indiens eux-mêmes ; ils vivent au jour le jour, jouissent de la vie et se reposent quand leur rivière leur a donné un peu d'or; ils lui en redemandent lorsqu'ils n*ont plus rien, n'amassent jamais et, au milieu de leurs trésors, restent toujours misérables. Souvent pour un mouchoir, une bouteille de tafia; la moindre bagatelle qui lui fera envie, un chercheur de diamants abandonne une pierre d'une valeur considérable : en plongeant ma sébile [batea) dans la rivière, disent ces hommes insouciants, je puis retrouver demain ce que j'ai perdu aujourd'hui (4).

Dans tous les pays qui fournissent de l'or, les femmes les moins fiches portent des colliers et des pendants d'oreilles fort pesants faits avec ce métal. Je fus frappé surtout de la quantité dW qu'avaient sur elles ,« au hameau de Pilôes, des malheureuses dont l'accoutrement annonçait une extrême indigence. Les travailleurs, qui souvent, pour une bouteille de tafia , donnent un diamant précieux , ne ' peuvent refuser de l'or à leurs femmes ou à leurs maîtresses. C'est le seul capital que l'on tienne en réserve. Lorsqu'on a besoin d'argent, on ne vend point ses bijoux, on les brise, et il est lassez ordinaire de trouver, au milieu de For en poudre qui circule dans^ le commerce, de petits morceaux de ce métal qui ont été travaillés.

Les habitants de Pilôes ne profitent point seuls des ri-

(1) Un décret da V juillet 18^3 a établi une école primaire au village de PilSes ou , si Tod aime mieui, du Rio Claro ( Miix. et Lop. Mour., Mec. Bra%., 0, 401). Si celte école peut être cootiée è un maître zélé et religieux, elle produira certainement quelque bien.

chesses du Rio Claro. Au temps de la sécheresse, pendant les mois de juillet , août et septembre, des hommes de Meia* ponte, de Villa Boa, etc., viennent s'établir à quelques lieues du village sur le bord de la rivière; ils apportent avec eux les vivres qui leur sont nécessaires et construisent des baraques pour y dormir : c'est bien moins Tor qui les attire que l'espérance de trouver des diamants. Parmi les hommes qui exploitent les sables du Rio Claro , il en est même qui , plus ambitieux que les autres et ne voul(int pas perdre un temps court et précieux, dédaignent entièrement l'or. Pendant que j'étais à Pilôes, je vis arriver une troupe de ces travailleurs nomades ; ils ne restèrent point au village» mais s'empressèrent d'aller s'établir à 8 lieues plus loin, près le confluent de la rivière. D'autres avaient formé le prqjet de suivre celle-ci jusqu'à sa source, que l'on ne connaissait point encore (1819). Ces hommes emportaient avec eux quelques provisions; mais, comme elles ne pouvaient leur suffire pour tout le temps qu'ils comptaient passer dans le pays, ils se proposaient de recourir à leur chasse^ Le hameau de Pilôes m'offrit ainsi 1 image de ce que dut ôtre l'intérieur du Brésil, lorsque l'on commença à y découvrir des mines d'or (1).

Uyatrois manièresdifférentesd'extraire Tordu RioQaro.

Celle dite de canoa consiste à faire tomber un ilet d'eto, tiré de la rivière, dans le conduit ouvert appelé coma où Ton a rassemblé le cascaUio (3), et à remuer oehii-d eau le

(1) Voyez mon Introduction à r histoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay.

(2) Sous ce nom , les mineurs désignent, comme je Tai dit ailleurs, un mélauge de cailloux et de sable qui renferme des parceUes d*or on des diamants.

ramenant sans cesse vers F endroit où Teau tombe : Tor se rassemble au-dessous de la chute d'eau; les parties terreuses délayées s'écoulent, et les diamants restent parmi les cailloux, au milieu desquels on les distingue facilement. Ce mode d'eUraction est à peu près celui qui est généralement en usage à Minas dans les grands lavages [lavras) d'or et dans ceux de diamants (i).

D'autres personnesse contentent de faire ce qu'on appelle un cuyacâ; c'est une espèce de trapèze fort étroit, d'environ 9 palmes de longueur sur 2 pieds de haut, que l'on forme sur le bord de la rivière avec des morceaux de bois, de façon que le côté le plus étroit du trapèze , qu'on laisse ouvert, soit le plus voisin de l'eau et lui soit parallèle. On remplit le cuyacâ de cascalho, on y jette ensuite de l'eau qu'on prend dans la rivière; on remue le cascalho avec les mains, en le repoussant vers la base du trapèze ; l'eau, chargée de parties terreuses , s'écoule par le côté ouvert du trapèze , et l'on continue la même opération, jusqu'à ce que le cascalho ait été bien lavé.

La troisième manière, dite de hatea (2), se réduit à prendre le sable de la rivière et à le laver sur place dans la sébile [haiea] qui a servi à le puiser. Ce mode est le même qu'emploient généralement ces hommes appelés faiscadores qui vont isolément laver le sable des ruisseaux (3).

Cest dans les endroits les plus profonds et sous les ro-

(1) Voyez mou Voyage danê leê pr(minee$ de Rio de Janeiro et de ^ina$ Geraes , 1 , 247, et mon Voyage danê le district des Diamants et sfur le littoral du Brésil , 1 , 08.

(2) Ce D>st point patea, comme ont écrit les savants voyageare Pohl et Martius. \\ ne faut pas non pins » avec le premier d'entre eux et avec Mawc, écrire nascalhào,

< 3^ Voyage dans les provinres de Rio de Janeiro , etc., 1 , 2.'i9.

chers qui , pendant la sécheresse, se montrent au-dessas de Teau, que Ton trouve le plus de diamants. Les hommes qui se contentent du mode d' extraction le plus facile, celui de batea, vont, généralement, puiser le c€ucalho dans ces trous. Le chercheur de diamants un peu expérimenté devine la présence de cette précieuse pierre à celle de certains cailloux qui raccompagnent ordinairement et que Ton appelle esclaves des diamants (escravos dos dtamanles)^ gouttes d*eau (pingos d^agoa) (i).

Si quelque police peut être maintenue panni les chercheiurs de diamants, les uns sédentaires, les autres orangers, appartenant à des populations différentes, ce n'est qu'à Taide du détachement cantonné, comme je Tai dit, au hameau de Pilôes. Ce détachement se compose de quatre pédestres et d'un commandant qui est adjudant de la compagnie de dragons (4849). Ces militaires sont charge de visiter les passe-ports, d'aller à la poursuite des déserteurs et des criminels qui cherchent à s'enfuir dans la province de Matogrosso, enfin d'empêcher que des marchands, en se rendant de Goyaz à cette dernière province, n'emportent plus d'or en poudre qu'il n'est nécessaire pour la consommation de leur voyage. Voici dans quel but avait été prise cette dernière mesure. L'or eu poudre a cours à Matogrosso (4 84 9) aussi bien qu'à Goyaz et semblerait pouvoirètre transporté sans inconvénient d'une province dans l'autre;

(1) Ces noms ne ni*ODt poiot été donnée sur lés lieux ; je les empranle an docteur Pohl, qui rapporte le» e$craw>i dos diamantei au thami' semlein (suivant M. Delafosse, la variété compacte de la limonite de Boudant ou du fer oxydé hydraté d'Hatiy), et il dit que les pingos ^agoa sont des morceaux dequarU. Le même auteur .<^Utc que ces pierres sont regardées, dans le pays , comme la matrice des diamants et de Tor («eiM» 1,427).

cependant, comme chaque capitainerie prélève ses dépenses sur ses revenus, le gouverneur de Goyaz, Fernando Delgado, avait restreint l'exportation de Tor par c^tte frontière (4), afin que le qm'nt fût plus considérable dans son gouvernement. Mais les localités rendaient sa défense entièrement illusoire , car le Rio Claro , qui est guéable sur tous les points, dans le temps de sa sécheresse, n'est gardé que sur un seul, et, lorsqu'un marchand voulait se rendre à Matogrosso avec une quantité d'or plus considérable qu'il ne lui était permis, il passait par la route tracée et envoyait un de ses gens un peu plus haut ou un peu plus bas, avec la somme qui devait passer en contrebande. Les criminels qui cherchent à se soustraire à la justice, en fuyant d'une province dansune autre, rencontrent aussi peudedifBcultés. A la vérité, le Rio Grande , qui se trouve à environ 25 fegoas de Pilôes et sert de limites aux provinces de Goyaz et de Matogrosso, n'est jamais guéable; mais les fugitifs construisent des radeaux avec des morceaux de bois secs ou des tiges de borityy et ils passent la rivière au-dessus ou audessous du grand chemin , à l'entrée duquel est cantonné, du côté de Matogrosso, un détachement de soldats qui dépend de cette dernière province.

Pendant que j'étais au hameau de Pilôes, on vint m'offrir quelques diamants ; mais je ne crus point que , protégé par le gouvernement brésilien , je dusse me permettre ce qu'il avait déclaré illicite. Cette délicatesse avait peut être quelque mérite, car je suis sûr que, dans le pays, personne n'aurait voulu y croire. Au reste, je ne puis pas non plus

(1) Comme od Ta vu, For en pondre ne pent, en aucune manière, passer dans les prorinees, où il ne circule point comme monnaie. II. 10

me vanter d'avoir été entièrement exempt da péché de contrebande. Un pauvre enfant de six à sept ans» fort mal v6tu , entra un jonr dans ma chambre et me dit bien timidement : Monsiear, voulei-veiis m' acheter mon petit diamant? — Et combien vant-il , ton petit diamant? — Quatre vintens (93 cent.), me répondit Fenfant. Je loi donnai les 4 vintens et il me remit mie toute petite étincelle. Au reste, cet essai de contrebande me réussit assez mal ; je mis le diamant dans mon portefmlle, et qudques instants après il était perdu.

On voulut vendre à José Marianno» pour 40,000 reis (2S0 fr.)» un diamant du poids d'une demi-pataque (9 dédgrammes) » qu'il me dit être d'une très-belle eau.

Comme oh Ta déjà vu, le Rio Claro dont j'ai tant parié dans ce chapitre n'est point encore parfaitement connu (4819) ; on ignore à peu près quelles ^nt ses sources (1). Cette rivière coule à peu près du sud-est au nord-ouest ; elle reçoit dans son lit les eaux de plusieurs afOuents , entre autres du Rio Fartura (2) et du Rio dos Piloes, et, après un cours qui n'est pas d'une étendue très-considérable, elle se réunit au Rio Gran^. Dans le temps de la sécheresse, le Rio Claro est guéable au-dessous du hameau de Pilôes et probablement dans une très-grande ps^tie de sa lon-

(1) Pohl dit qa*il commence dans la Serra dos Cayapàt ; mais celte Serra dos Coyap: s est également à peu près inconnue. Plus récemment, -Mattos a écrit (/<tn., II , 13S) qn*il naissait des montagnes «ppelées aujourd*kui Serra dos Diviêàe^, dont il paraH qu*on sail aussi IbrI peu de chose. MM. Biilliet et Lopes de MQura placent sa source dans la Serra de Sanla Martha {Dicc. Bras,f \, 276), sur laquelle il règne également bien des incertitudes, mais qui, pour Mattos, serait la même que la Serra das Dirisôas.

(2) GÂEÂL,'Gor<Hr*> I> ^6.

gueur; mais, à l'époque des pluies et même quelque temps après, il augmente, devient rapide, très-profond, et on ne le traverse plus qu'avec des pirogues. Alors le passage n'est point libre, il est affermé pour le compte du fisc (fazenda real). Le Rio Grande, dans lequel se jette le Rio Claro, est un fleuve gigantesque qui divise la province de Goyaz de celle de Matogrosso, et a presque autant de longueur que la première de ces provinces. Il paraîtrait qu'à son origine on l'appelle Rio Bonito (la rivière jolie); après avoir reçu les eaux du Rio Coyapô et du Rio dos Barreiros (la rivière des glaisières) (i), il prend le nom de Rio Grande, le quitte ensuite pour celui d'Aragtiaya (2), et, grossi par les eaux d'un grand nombre de ruisseaux et de rivières, il se réunit au Tocantins.

(1) Ces déUils sont emprontés à Cazal {Corog., I, 326). MM. Milliet de S. Alphonse et CaetaDO Lopes de Moura se montrent d'accord avec ce géographe k l'article Bonilo de leur dictionnaire , avec cette différence qu'ils placent le Rio dos Barreiros plus près de la source du Bonito que le Rio Coyapô {Dicc, Brax., l, 156); mais, lorsqu'ils parlent de l'Aragoay a ( 1. c, 70), ils disent « que ce dernier doit son origine au Ribeiro Caiapôi , qui naît dans la Serra aussi appelée Caiapôs , et qu'il prend Je nom à'Araguaya lorsque, grossi par les eaux du Bonito et du Barreiros, il devient navigable. » De tout ceci , il résulte clairement que le Rio Grande de Goyaz ou, si l'on veut, l'Araguaya, est formé, à son origine, par les Bios Bonito, Coyapô, Barreiros ; mais qu'on ne sait pas bien dans quel ordre ces rivières sont placées. Cette incertitude, au reste, n'a rien qui doive surprendre; car les pays où elles coulent ne sont encore habités que par des Indiens sauvages.

(2) On peut, sans inconvénient, adopter le nom d'Araguay au lieu d'Araguaya ; mais il faut bien se donner de garde , comme Ta déjà dii le savant Balbi {géographie universelle) ^ d'écrire Vragiuiy ou Uruguay^ ainsi qu'on l'a fait cent fois : VUruguay est la rivière qui , réunie au Paraguay, forme le Rio de la Plata. 11 faut tAcher aussi de ne pas confondre le Rio Grande, commencement de l'Araguaya, avec c^tte foule

J'avais souvent eu à me plaindre des insectes malfaisants ; mais, nulle part, ils ne m'avaient fait souffrir autant qu'au Rio Qaro. J'étais allé me baigner dans cette rivière : tant que le soleil resta assez haut , je fus peu tourmenté; mais, aussitôt que le jour commença à baisser» des myriades de borrachudos me mirent le corps en feu. Je m'étais éloigné de mes habits et ne me possédais plus lorsque j'arrivai au lieu où je les avais laissés.

Je désirais faire une collectioa de poissons dans la province de Goyaz, et Ton m'avait dit à Villa Boa qu'aucune rivière n'en contient autant que le Rio Claro. Au momoDt de mon arrivée au hameau de Pilôes, je témoignai au commandant le désir d'en réunir le plus qu'il me serait possible. Il mit aussitôt des pécheurs en campagne ; mais, eomme aucun ne reparut et que je ne trouvais presque aucune plante dans les environs du hameau , je me décidai à n'y pas prolonger mon séjour.

de Rio Grande qu'on trouve dans les diverses prorinoes do Br^l, et surtout avec celui qui prend sa source dans la comarca de S. Joie (TEl Rei et finit par porter ses eaui à la Plata. Pizarro a prouvé , par d*étranges quiproquos , combien il est à regretter que le même nom ait été appliqué è des rivières si différentes (voyez M 9m. hUt^ IX, 53). L*eicellent M. Warden a aussi été induit , par une ressemblance de doois, à confondre une rivière de Minas Novas avec la province de Piaobj.

Page 1