‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 33 sur 43 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

LES BAUX THERMALES DITES CALDAS NOVAS , CALDAS VE- LHAS, CALDAS DE PTRAPITINGA.

Idée générale du voyage de Bom Fim aux Caldoi. — SiUo do PoH. Exemple de longévité. Résultat des croisements de la race blancke avec la race nègre. — Tableaa de Tincendie des campas. — SiUo de JfMquim Di(u. Maisons rarement isolées. — Sitio de Gregorio Nunés. Un vieillard ; les hommes d*autrefois et ceux d*aojoiinrkiu. — Les arbres qui fleurissent avant d'avoir des feuilles.— SiUo de Francisco A Ives. Maisons n'annonçant que la misère. Costume des habitants. — Pays situé au delà de Francisco Alves. Insectes, oiseaux, mammifères. — Sapesal. -^ Arrivée aux Caldas Novas, Bonne réception. — Excursion aux Caldas Velhas, La Serra dos Caldas. Le Btbeirào d^Agoa Quenle. Les trois principales sources d'eau minérale. Histoire des Caldas Velhas. La véritable source du Ribeirao d*Agoa Quente. L'auteur monte sur la Serra das Caldas ; description de son sommet.— Description des Caldas Novas, Le Corrego das Caldas. Chaleur. Terrains aurifères. — Caldas de PyrapUinga. — Départ des Caldas. — La fête de la S. -Louis. — Arrivée à SatUa Crux.

En quittant le village de Bom Fim , Je me détonniai de la route de S. Paul pour aller visiter des eaux minérales dont on vantait beaucoup FefBcacité, surtout dans les maladies de la peau, et que Ton connaît sous les noms de Caldas Velhas et Caldas Novas (i).

[1) Itinéraire approximatif du village de Bom Fim aux Caldas Novas :

Marchant avec toute ma caravane, je fus obligé de mettre six jours à faire les âS legoas et demie qu'il faut compter de Bom Fim aux Caldas Novas. Grèce aux voyages que le gouverneur avait faits plusieurs fois à ces eaux, je trouvai le chemin superbe et très-large. Le pays , presque désert (1819), est quelquefois plat o^ ondulé, plus souvent montueux et s'élève graduellement. Tantôt on fait plusieurs legoas sans voir autre chose que des campos parsemés d'arbres rabougris; tantôt la campagne présente une alternative de bois et de campos qui, dans le voisinage des Caldas, sont souvent couverts uniquement de Graminées et de sous-arbrisseaux. Dans des espaces considérables, je retrouvai ce beau Vellosia que j'avais déjà observé entre Arrependidos et le village de Santa Luzia , et qui caractérise les lieux élevés (1). Comme ailleurs, la sécheresse était excessive : point de fleurs, point d'oiseaur, point d'insectes, si ce n'est les espèces malfaisantes qui venaient nous assaillir par myriades; aucune trace de culture, point de voyageui-s dans le chemin, une monotonie sans égale^une solitude profonde; rien qui pût me distraire un instant de mon ennui.

La première maison que nous vîmes en sortant de Bom Fim en est éloignée de 3 legoas; elle porte le nom de Sitio

De Bom Fim aa Sitio do Pari 3 legoas.

— Sitio de Joaquim Dias. ... 3

— Sitio de Gregorio Noncs. . . 4 1/2

— Sitio de Francisco Aires. . . 3

— Sapesal 4

— Caldas Novas 5

22 1/2 legoas.

(1) Voyci le chapitre xviii (vol 11, 23).

it\n VOYAGE AUX SOURCES

do Pari (1) et est agréablement située auprès du Rio dos Bois (la rivière des bœu&}, qui, mVt-on dit, se jette dans le Conimbâ : ce fut là que nous fîmes halte. Cette maison était originairement un rancho que le gouverneur de la province avait fait construire auprès d'une chaumière ruinée , pour s'y abriter dans ses voyages. Les habitants de la chaumière firent du raneho une maison et s'y établirent.

Le chef de la famille était un vieillard centenaire qui avait conservé toute son intelligence, et, comme le pays est parfaitement sain, je ne serais point étonné qu'il oflrtt d'autres exemples d'une telle longévité (2).

Parmi les nombreux habitants du Sitio do PaH, tons frères ou cousins, il y en avait de parfaitement blancs, avec des cheveux blonds et des joues couleur de rose; d'autres dont le teint jaunâtre et les cheveux crépus trahissaient une origine africaine. Malgré le peu de sympathie qui, en général, existe entre les blancs et les mulâtres, ces mélanges ne sont pas fort rares dans les familles pauvres, qui ne peuvent être très-délicates dans leurs alliances. Souvent aussi , des familles où le sang a été mélangé redeviennent blanches par de nouveaux croisements ; ainsi un des habitants de Pari était évidemment quarteron; il avait épousé une blanche; les cheveux de son fils étaient lis^s

(1) Les paris sont des engins à prendre le poisson, que j*ai décrits aa 2« volnme de mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes.

(2) Lorsque, en 1810, M. d^Eschwege visita le village de Desemboqae, qui jusqu'alors ayait appartenu h la province de Goya; et n*était com posé que de soixante-cinq maisons, on lui présenta deux vieiUards bien portants et pleins de vigueur, dont Tun avait 108 ans et Taulre 111».

DU BIO DE S. FRANaSCO. 203

et d*UD beau blond. De tant de croisetnrats divers il résuite que souyent il est difficile de décider si un homme est réel* lement blanc ou s'il doit être rangé parmi les métis.

Avant que j'arrivasse au Sitio do Pari, l'atmosphère était chargée de vapeurs rougeAtres qui me parurent être le résultat du brûlement des campas du voisinage. Ceux que nous parcourûmes le lendemain venaient évidemment de subir Faction du feu ; nous marchâmes longtemps sans voir autre chose que des cendres noirâtres et des arbres dépouillés de verdure ; enfin nous atteignîmes Tincendie qui avançait devant nous. Une flamme rouge et pétillante, poussée par le vent, s'étendait avec rapidité sur une longue ligne, et des tourbillonsde fumée s'élevaient dans Tair. Desnuéesd'hirondélies et un assez grand nombre d'oiseaux de proie volaient au milieu de la fumée, tantôt s' abaissant avec ime extrême vitesse, tantôt s'élevant par des balancements répétés, s'éloignant quelquefois et reparaissant bientôt. Mes gens me dirent qu'il en est ainsi toutes les fois que l'on met le feu aux campos; que les oiseaux dé proie se rassemblent pour dévorer les perdizes et les cadomas (1) poursuivies par l'incendie, tandis que les hirondelles cherchent à saisir les moucherons et les autres insectes qui s'élèvent de la terre afin d'éviter la flamme.

Dans toute la journée, nous ne traversâmes que deux

(1) Pohl rapporte la perdix des Brésiliens au tinamuê rufescens et leur codomiz au tinamut brevipes. Je soupçouoe que la cadoma est identique avec la codorniz. Si la collection d*oiseaux que j'avais formée avec tant de peine n*avait pas été dispersée et que les étiquettes eussent été conservées, on aurait peut-être eu les moyens de résoudre cette question. Je n*ai pas besoin de dire que les noms de perdis et codorniz ont été transportés par les Portugais à des espèces américaines différentes de celles qui les portent en Europe.

ruisseaux , le Rio Preto (la rivière noire) et le Pc^a gtMiiro (passe-quatre). Cette partie du Brésil est, comme Minas, si bien arrosée, que voir uniquement deui ruisseaux dans un jour de marche est une espèce de rareté (1). Je fis halte à une petite chaumière nouvellement construite, blanchie en dedans et en dehors, et d'une extrême propreté; cette chaumière, appelée Sttto de Joaquim Dias, probablement du nom de son propriétaire , est située à quelques pas du Passa ^mtro, qui est bordé d'une lisière de bois et se jette dans le Rio do Peixe (2) (la rivière du poisson) , run des affluents de la rive droite de Corumba. Devant la maison est un large espace de terrain découvert, qui s' étend par une pente douce; au delà sont des bouquets de bois, et, de tous les cAtés, s'élèvent des mornes d'une hauteur inégale.

La chaumière de Joaquim Dias n'était point isolée; près d'ellç, il y en avait encore deux autres. Dans les lieux peu habités, il est rare qu'une maison ne soit pas accompagnée de quelques autres. Le premier qui s'établit est bien aise d'avoir des voisins; il décide des compère (3), des amis, des parents à se fixer près de lui, et le pauvre, de son côté, cherche à se rapprocher de celui dont l'indigence est moindre que la sienne.

Ayant quitté le Sitio de Joaquim Dias, nous montâmes et descendîmes quelques mornes élevés et pierreux, et, de

(1) On pcnl Yoir, par moû Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minfu Geraes , vol. U , que le Sertio de Mioas présente de tristes eiceptions.

(2) n existe dans la seole province de Goyaz plusieurs rivières du nom de Rio do Peixe, qui se retrouve h Matogrosso, h Minas, à S. Paul , etc.

(3) J'ai montré ailleurs combien sont puissants, dans Tintéricur du Brésil , les liens du comp(^rage.

là, nous passâmes sur un plateau parfaitement uni , qui se continue dans un espace d'au moins 2 legoas et demie, au delà duquel le pays devient moins égal.

Le propriétaire du Sitio de Gregorio Nunes ( nom d'homme], où je passai la nuit après la journée la plus monotone et la plus ennuyeuse, était un vieillard octogénaire qui jouissait de toutes ses facultés. Fils de l'un des premiers Paulistes qui étaient venus chercher de l'or dans la province de Goyaz, il avait vu commencer les établissements les plus anciens. Il y avait vingt-quatre ans, lors de mon voyage, qu'il s'était fixé dans la chaumière qu'il habitait alors ; en y entrant, il planta devant sa grange deux figuiers sauvages (gamelleiras), et déjà, depuis un grand nombre d'années, il pouvait jouir de leur ombrage. Les hommes d'aujourd'hui ne ressemblent plus à ceux d'autrefois, me disait ce vieillard, et, pour ce pays, il avait raison. Les habitants actuels de la province de Goyaz, amollis par la chaleur et par l'oisiveté, ne se montrent guère les descendants de ces intrépides Paulistes qui traversaient des déserts encore inconnus, s'exposaient à toutes les fatigues et à toutes les privations, bravaient tous les dangers et semblaient, par leur courage, au-dessus des autres hommes.

Au delà du Sitio de Gregorio Nunes , le pays , qui est montueux , m'offrit tour à tour, non-seulement des bouquets de bois et des campas parsemés d'arbres rabougris , mais encore d'autres campas entièrement découverts , et d'autres enfin où , comme dans le voisinage d'Antas et de Pyracanjuba (1), les arbres restent tout à fait nains et sont fort éloignés les uns des autres.

(!) Voyoz le chapitre précèdent.

Aa milieu de deux ou trois bouquets de bois que je traversai , je vis quelques plantes ligneuses qui , après avoir perdu leur feuillage , se couvraient de fleurs avant d'avoir des feuilles nouvelles; c'étaient des Bi^onées , une Malpighiée et le Sebastiào de Àrruda {PhysoccUymna florida^ Pohl ) , dont le bois est couleur de rose ( i ). Parmi ces arbres crott avec abondance le mutombo ( Guazuma vhnifoUdy Ang. St.-Hil.) , qui , après être resté quelque temps dépouillé de verdure, offrait alors (47 août), tout à la fois, des fleurs et des feuilles naissantes, et en même temps était chargé de fruits mûrs, dernier résultat de la pousse précédente. Ce n'est pas la chute des pluies qui détermine, chei tous ces végétaux ligneux , le renouvellement de la vég^ation , car il ne tombe point d'eau dans la saison où nwis étions alors; il y avait plusieurs mois qu'il n'en était tombé, et les vieillards eux-mêmes ne se rappelaient pas d'avoir vu une aussi grande sécheresse que celle de 4819 en particulier; ce n'est pas non plus , du moins pour toutes les espèces , le retour de la plus grande chaleur, puisque les paineiras do campo [Pachira margiruUa) et le oaraiba avaient fleuri dès les mois de juin et de juillet , après avoir perdu leurs fioiilles. Cependant il n'y a pas de végétation sans quelque humidité; il faut donc croire que les arbres dont il s'agit sont de nature à pouvoir se contenter, pour le développement de leurs bourgeons à fleurs , du peu de sûc^ qu'ils puisent encore dans le sol , aidés par la rosée des nuits toujours extrêmement abondante. Ces bourgeons, d'ailleurs , n'ont pas besoin de secours aussi puissants que

[U Auc. S. HiL., Flora Brasilia meridionalii, ÎÎI, 140.

DU RIO DE S. FRANCISCO. fùl

les autres , puisqu'il n'en résulte que des organes altérés portés par des axes extrêmement raccourcis (i).

Cette époque de mon voyage fut certainement une des plus heureuses. Depuis le Rio dos Pilôes , je n'avais pas eu le plus léger reproche à faire à mes gens ; je jouissais d'une santé parfaite , et m'accoutumais de plus en plus aux fatigues et aux privations de chaque jour. J'étab presque fliché de songer que ce genre de vie devait bientôt avoir un terme. La paix et la liberté dont je jouis dans ces déserts , me disais-je y feront certainement un jour l'objet de mes regrets ; si je vois des hommes , ce n'est que pour peu

d'instants y ils me montrent seulement leur beau côté ,

et je me sentais presque épouvanté à l'idée de me retrouver au mOieu d'une société où Ton est si près les uns des autres que, quelque chose qu'on fasse , il fout sans cesse se heurter, où les passions sont parvenues à leur dernier degré d'exaltation et où l'on semble être sans cesse en présence pour se chercher des torts et pour se nuire.

Après avoir fait 4 legoas , à partir du Sitio de Gregorio Nunes , je m'arrêtai à l'endroit appelé Sitio de Francisco Alves (nom d'homme). On y voyait un moulin à sucre découvert, comme le sont ordinairement ceux des colons peu ridies , et une douzaine de maisonnettes éparses çà et là. L'une était habitée par le principal propriétaire, les autres par des nègres et des agregados; mais toutes paraissaient également misérables, et il était impossible de distinguer celle du maître. Le costume des habitants de ces chétives

(1) Voyez la théorie que j*ai développée dans mon ourragç iotitalé Jtorphologie végélale.

*i08 VOYAGE AUX SOUBCES

demeures répondait parfaitement à Tindigence qu'elles annonçaient. Le mieux habillé d'entre eux n'avait qu'un caleçon de coton et une chemise de même étoflTe passée pardessus le caleçon, manière de se vêtir qui est celle des plus pauvres habitants de Tintérieur du Brésil.

Le Sitio de Francisco Âlves n'est qu'à 2 legoas de Santa Cruz , et , pour se rendre de Boro Firo à ce village , phisieurs personnes préfèrent le chemin que j'avais suivi à la route directe, qui, dit-on, est très-pierreuse.

Depuis Francisco Âlves jusqu'aux eaux thermales , dans un espace de 9 legoas , le pays, lors de mon voyage , était encore entièrement inhabité.

Pendant les 4 ou 5 premières lieues , je vis uo assez grand nombre de ces fonds marécageux, où croit le bority^ et dont j'ai eu occasion de parler plusieurs fois. Il y avait, dans ces marais , des nuées d'insectes malfaisants , et , en général , nous fûmes cruellement tourmentés par ces animaux entre le Sitio de Francisco Alves et l'endroit où nous fîmes halte. C'étaient, dans le courant du jour, des borrachudos et des abeilles odorantes de plusieurs espèces ; vers le soir, des moustiques les remplaçaient. Les insectes sont toujours beaucoup plus nombreux daps les cantons encore inhabités qu'ils ne le sont ailleurs; je présume que l'incendie souvent répété des bois et des pâturages contribue à les détruire. En revanche , on trouve extrêmement peu d'oiseaux dans les déserts et beaucoup auprès des habitations, où ils sont attirés, ceux de proie, par la présence des volailles , les autres par les fleurs et par les fruits des orangers, par les plantations de riz et de maïs, par les semences qui s'échappent des granges. C'est dans les déserts que l'on voit le plus de bêtes fauves ; au delà de Francisco Alves ,

DU RIO DE S. FRArCClSCO. 200

mes gens aperçurent quelques cerfs et les traces d'un jaguar.

Je dus aux voyages que Fernando Delgado avait faits aux Caldas de ne point coucher en plein air. En T honneur du capitaine général , on avait élevé un rancho couvert de feuilles de palmier, sur le bord d*un ruisseau; ce fut là que je fis halte. Cet endroit porte le nom de Sapesal , qui signifie lieu où croit le sapé, graminée qu'on emploie pour remplacer le chaume [Saccharum Sapéy Aug. de St.-Hil.).

Au delà de Sapesal , nous apercevions devant nous , à rhorizon , la Serra das Caldas (montagne des eaux thermales), dont le sommet, qui semble tronqué, est parfaitement égal dans toute sa longueur. Nous nous trompâmes de chemin \ mais nous fûmes bien servis par le hasard, car il nous conduisit au ruisseau sur le bord duquel se trouvent les eaux minérales dites Caldas Novas (les nouveaux bains).

J'avais une lettre de recommandation du capitaine général pour le propriétaire d'une petite fazenda (Fazenda dos Caldas) située à quelques pas des eaux thermales. Cet homme n'était pas chez lui quand j'arrivai : sa femme me plaça dans une pièce qui faisait partie d'un bâtiment où logeait le général quand il venait prendre les eaux ; cette pièce était fort petite , et , . lorsque le maître de la maison rentra , il me fit beaucoup d'excuses de ce qu'on ne m'avait pas mieux hébergé (i). Nous convînmes que j'irais le lendemain au lieu appelé Caldas Velhas ( les vieux bains ) ,

(1) J'ai ea le tort de ne pas mMoforiner sar les lieui da nom de cet

eicelleot homine ; mais, comme il était encore jeune k Tépoqne de mon

voyage et que M. le docteur Faivre dit {Analyie dei eaux thermales de

Caldai Noms, p. 1) que M. le lieutenant Coclhd, propriétaire, en 18 i2,

OÙ sont des eaux chaudes plus anciennement découverte que les Caldas ISovas. On devait me donner un guide, et je me proposais d'emmener José Marianno seul avec ua mulet de charge.

Au moment de partir, José Marianno prit de rhanaenr, et ce fut Marceltino qui m'accompagna. Quand je m'arrêtais quelque part pour y Taire un séjour, chacun était embarrassé de sa personne. C'était un genre de vie noureau qu'on allait mener; on serait moins libre, peut-être même aurait-on à se plaindre des gens chez lesquels on était reçu; on s'ennuyait, on s'attristait, on devenait mécontent.

Le propriétaire de la Fazenda das Caldas , plein d'attentions pour moi , voulait absolument me guid^ dans la course que j'allais faire; mais j'exigeai qu'il restât chei lui, et il me donna son frère.

La Serra das Caldas n'est pas à plus de trois quarts de lieue portugaise de la fazenda; elle n'a qu'une élévatiOB médiocre , et, de loin , elle se présente sous la forme d'un prisme trapézoïdal et allongé , parfoftement égal à son sommet. Nous nous avançâmes vers cette montagne en suivant un sentier peu fréquenté, et, parvenus presque au pied , nous changeâmes de direction : alors le sentier devint pierreux et souvent très-difficile. Non» doublàmas l'un des deux côtés les plus étroits de la montagne , et , pendant quelque temps, nous cheminants parallèlement à l'un des grands côtés. Ce dernier, beaucoup plus irrégulier que le flanc qui lui est opposé , ofire tour à tour des en-

de la Faseoda das Caldas» était fils de Martinho Coelko ^ , i& 1777, fil la découTerte des noiiTelles eaui thermales , il «al biea étidcot ftte ce fat le lieatenaDt qui m^accueillit avec tant de bieofeillaace.

foncements profonds et des saillies à pk; Vautre , au contraire , s'étend par une pente assez douce et ne présente aucune anfractuosité; on y voit seulement des ravins par lesquels s'écoulent les eaux et qui le sillonnent en serpentant.

Dans cette excursion, nous traversâmes presque toujours des campas desséchés , comme tous l'étaient alors , mais où cependant je reconnus quelques plantes des lieux éle^ vés , particulièrement la Myrtée n* 881 *\

Enfin ^ après avoir fait environ 3 legoas, nous entrâmes dans un bois, et bientôt nous arrivâmes sur le bord d'une rivière assez large, mais peu profonde, qui roule avec rapidité, sur un lit très-pierreux, des eaux dont la limpidité surpasse tout ce qu'on pourrait imaginer. Je descendis de cheval^ pour me désaltérer, et fus très-surpris de trouver les eaux de la rivière fort chaudes, ce C est ici , me dit mon guide, le Rtbeirâo d'Agoa Quente (torrent d'eau chaude) ; il est fourni par les sources des Caldas Yelhas , dont nous sommes actuellement tout près, et, dans aucune saison , il n'augmente ni ne diminue d'une manière sensible. » Je m'empressai de le mesurer , et lui trouvai 34 pas de large sur 9 palmes et demie de profondeur (environ 44 centimètres); ses eaux, dans lesquelles je plongeai le thermomètre de Réaumur, le firent monter à âS"" (30 du mois d'août).

Après avoir passé la rivière, nous continuâmes à marcher dans le bois , et nous arrivâmes , au bout de quelques minutes , à l'endroit où sont les bains. Là nous retrouvâmes la rivière, qui n'avait plus que 2 ou 3 pas de largeur. D'un côté^ les bois s'étendent jusque sur ses bords ; l'autre rive présente un espace étroit, couvert de capim gorduray

'il 2 VOYAGE AOX SOURCES

au delà duquel la montagae s* élève presque à pic. Dans ce lieu sombre et sauvage, de Taspect le plus romantique, se voyaient deui cabanes de feuilles de palmier construites pour les baigneurs. Du même côté sont les trois sources d*eaui thermales qui avaient été élargies et creusées pour qu'on put s'y baigner. On avait donné une forme ovale à la plus élevée , qui est très- voisine des deux cabanes dont je viens de parler, et, pour l'abriter, on avait construit audessus d'elle un petit toit de feuilles de palmier.

Cette source, qui , à cette époque de l'année, f&umit le commencement du Ribeirâo d'Agoa Quente, porte le nom de Poço da Gamelleira [le puits de l'arbre aux gamelles, espèce de figuier). Elle est d'une extrême limpidité et fournit , en bouillonnant avec lenteur, une très-graade quantité d'eau. Le thermomètre de Réaumur y monta à 30''; ses eaux n'ont absolument aucun goût; elles font mousser le savon et ne noircissent point l'argent. J'en bus une très-grande quantité avant de manger et en mangeant; je ne les avais pas laissées refroidir, et cependant je n'en fus point incommodé comme on Test ordinairement lorsqu'on boit de l'eau chaude. Je m'y baignai et y restai fort longtemps sans éprouver non plus la moindre incommodité; pendant que j'étais dans l'eau, une multitude de petits poissons nageaient autour de moi avec une vivacité extrême. La deuxième source , appelée Poço do Limoeiro (le puits de l'endroit vaseux), nait à quelques pas de l'autre, sur le bord de la rivière, et réunit ses eaux à celles de cette dernière; comme le Poço da Gamelleira^ elle fit monter le thermomètre à 50'' Réaumur. Plus chaude que les deux précédentes, la troisième,* qu'on nomme Poço do Général (le puils du général), le porta à 31* .

MoD guide m'assura que, outre ces troi^ sources, il y en avait plus de cent autres , tant sur le bord de la rivière que dans son lit, depuis son origine jusqu'à l'endroit où le chemin la traverse. J'aurais été bien aise de les compter moi-même; mais cela ne me fut pas possible, parce que , au delà du Poço do General , les bois , d'une épaisseur extrême, ne permettent plus d'avlatncer ; au reste, la largeur de la rivière, à l'endroit peu éloigné de la source où je l'avais passée, et la chaleur de ses eaui, me semblent prouver que mon guide ne s'écartait point de la vérité.

Il y a très-longtemps que les eaux thermales appelées Caldas Velhas ont été découvertes. Le fameux Anhanguera (Bartholomeu Bueno) passa, dit-on, le Ribeirâo d'Agoa Quente, lorsqu'il pénétra dans le pays de Goyaz, et le chemin, aujourd'hui abandonné , qu'on ouvrit sur ses traces, traversait cette rivière un peu au-dessous de l'endroit où on la passe actuellement (1819) pour se rendre aux bains. Il y a douze ou quinze ans (1819)^ il y avait encore, dans le voisinage des Caldas Velhas, un sitio dont j'ai vu le propriétaire , mais aujourd'hui il n'en existe plus aucun vestige , et la découverte des eaux plus chaudes et moins éloignées dites Caldas Novas a fait entièrement abandonner les anciennes sources. Comme aux Caldas Novas , on leur attribue , dans le pays , la propriété de guérir les maladies cutanées , surtout les douleurs rhumatismales et celles qui proviennent des affections vénériennes, et Ton assure que Tristâo da Cunha Menbzes, qui gouverna Goyaz de 1783 a 1800, y recouvra une vigueur nouvelle (1). ' Dans les temps de sécheresse , le Ribeirâo d'Agoa

(1) Piz., Mem. hisi., IX.

Quente commence , comme je l'ai dit , au Poço da Gandleira ; mais ce n'est point là sa véritable source. Cette dernière se trouve dans la montagne , à un demi-quart de lieue des bains , et , comme ses eaux sont entièrement froides, celles delà rivière, mitigées par elles, deviennent un peu moins chaudes à Tépoque des pluies. Après un cours d'environ 2 legoas , le Ribeirâo d'Agoa Quente se jette dans le Pyracanjuba (nom d'un poisson), qui se réunit au Corumb (1). Jusqu'à son confluent , il conserve , dans toutes les saisons, une chaleur sensible (3) , et cependant il est souvent remonté , m'assura mon guide , par de trèsgrands poissons.

Comme ma visite aux Caldas Velhas m'avait pris beaucoup de temps , je ne pus retourner le jour même aux Caldas Movas. Mon guide craignait que, dans l'endroit extrêmement sauvage où se trouvent les eaux thermales et si près deJa montagne, nous n'eussions, pendant la nuit, la visite de quelque^ jaguar, et il voulait que nous retournassions sur nos pas pour aller coucher au milieu du campo le plus voisin. Mais alors je me portais bien , j'étais plein d'ardeur, je ne croyais pas au danger; j'insistai pour passer la nuit dans une des deux cabanes voisines des bains; nous attachâmes nos mulets près de nous , au milieu du capim gorduray et il ne nous arriva rien de fâcheux. Pendant la nuit, la chaleur fut extrême, et, au lever du soleil, le thermomètre indiquait d5''.

En retournant aux Caldas Novas , nous suivîmes le ch^

(1) Et non Curombà.

(2) On voit que Pizarro se trompe quaod il dit {Mem., IX, 224) que le Ribeirâo d'Agoa Quente ne conserve sa chaleur que dans une petite parlie de son cours.

min qoe nous avions pris pour nous rendre aui anciens bains ; mais je ne Voulus pas m'éloigner de la Serra sans y aller herboriser.

Nous montâmes par celui des deux grands cAtés de la montagne qui est le moins escarpé ^ ne fûmes obligés de descendre de nos mulets qu'un peu au-dessous du sommet. Dans toute sa hauteur, ce côté ne présente, comme je l'ai dit , aucune anfractuosité ; il est aride et pierreux : les plantes y étaient , k l'époque de mon voyage , entièrement desséchées ; mais , au milieu d'elles , les ravins par lesquels les eaux s'écoulent , au temps de l'hivernage , se dessinaient en bandes ondulées d'une assez belle verdure. Le plateau qui termine la montagne peut avoir, me dit mon guide, environ 5 Ugoas de longueur sur i de large; il est très-égal et couvert d'arbres rabougris qui appartiennent aux mêmes espèces que ceux de tous les campas : on y trouve en grande abondance le mangabeira , petit arbre dont les fruits devenus mous , comme ceux du néflier ou du cormier, sont d'un goût agréable, et dont le suc laiteux fournit, d'après les expériences de l'abbé Vellozo, d'excellent caoutchouc (1). Dans quelques parties un peu basses , le terrain est humide et marécageux (2) , et le majestueux

(1) U eiiste deux espèces de mangabeiras qui ont entre elles les plus grands rapports, mais qni pourtant doivent être distinguées par les botanistes, VBancornia ipeciosa, Gomes, qui croit dans plusieurs parties du Brésil tropical , et VHaHComia pubescens , Nées et Martius , k fleurs un peu plus grandes, qu'on n'a trouvé jusqu'il présent que dans la province de Goyaz.

(2) U est très-possible que, dans la saison des pluies, ces endroits bas et marécageux soient couverts d'eau, et c'est là ce qui aura fait dire qu'il existait un ou plusieurs lacs au sommet de la montagne (pA Silva e SouSA, Mem. Goy.;^HiLi, cl Molr., Dire, 1 , 201).

bority y erott au milieu d'une herbe épaisse ; cependant , ni là ni ailleurs, je ne trouvai aucune plante en fleur. Nous reconnilUnes sur ce plateau les traces de plusieurs cerfis ^ d'autres animaux» et mon guide me dit que les bètes sauvages, chassées seulement par son frère, y étaient fort communes (1).

A mon arrivée aux Caldas Novas, je trouvai tous mes effets installés dans la chambre qu'occupait le gouvemeur de Goyaz quand il prenait les eaux. Mon hAte, toujours complaisant et attentif, avait fait ce petit déménagement pendant mon absence.

Ce fut Martinho Coslho qui, en 4777, découvrit les bains d'eaux thermales dits Caldas Navas (2); mais, pendant une longue suite d'années , ils restèrent tellement inconnus , que Cazal , qui écrivait en 1817, et Pizarro en 182â, ne font mention que des Caldas Velhas , et ce fut seulement après les voyages qu'y fit le capitaine général Fernando Delgado, que quelques personnes commencèrent à les fréquenter.

(1) Cazal aUriboe , comme moi , h la Serra das Caldas une forme carrée ; mais il semble croire que ses côtés sont égaux , et il ajoute qu'ils ont 4 legooê (Corog. Brax., 1, 351 ). Luiz Antonio da Silva e Sousa ne dit rien de la longueur du plateau ; mais il lui donne, ainsi que mon guide, 1 legoa en largeur.

(2) Faivrb, Anal,, 1. — Après avoir rapporté ces faits, M. Faivre ajoute que Martinho Coelho fut, pendant son séjour à Caldas Noras, inquiété par les incursions des Coyap<')s et des Chavantes ; mais je ne puis m'empècher de considérer les traditions d'aftrès lesquelles il parle de ces attaques comme notant pas parfaitement exactes ed ce qui concerne les derniers de ces Indiens. En effet , comme on Fa ru au chapitre XXII , p. 122, les chavantes habitent le nord de la province, et c*est sur les terres du village de Pilar qu'ils exerçaient leurs ravages ( Caz., Coroflf., I : — Piz., Jïfcm., IX , 197, 239).

Les nouveaax bains d'eau thermale, dits Caldas Novas, sont situés daus un vallon étroit sur le bord d'un ruisseau d'eau froide qui descend de la montagne. Tant sur le bord du ruisseau que dans son lit se trouvent un assez grand nombre de sources d'eau chaude ; mais, jusqu'à l'époque de mon voyage , on n'en avait encore arrangé que quatre. On en avait fait des espièces de baignoires de 1" à 1"*,40 de profondeur^ et par-dessus on avait élevé, comme aux Caldas Yelhas, un petit toit de feuilles de palmier; c'était à mon hôte qu'était dû ce travail. La ^urce appelée Poço Qumte (le puits chaud) fit monter le thermomètre de Réaumur à 35*; celle qu'on nomme Poço d'Agoa Moma (puits d'eau tiède), à 5V; le Poço do Meio (puits du milieu), à 33*, et le Poço da Pedra (puits de la pierre), à 32° (21 août). Les eaux de ces sources, refroidies ou chaudes, n'ont absolument aucun goût et m'ont paru très-légères; comme celles des Caldas Velhas^ elles font mousser le savon et ne noircissent point l'argent. Elles jouissent, dans la province de Goyaz, d'une très-grande réputation pour les maladies cutanées et toutes sortes de douleurs (i). Lors

(1) M. FÛYre , dans ton mémoire fort remarquable sur la morfea et les Caldas Novas, confirme entièrement ce que je dis de ces eaui ; car U les a trouvées « limpidei, sans couleur, sans odeur ni saveur appréciables (Anal., 8). » L^analyse» ajoute-tril , donne» en r(^sumé, de Taiote, trois acides, le cUorique, le carbonique, le silicique, et, enfin, de la potasse, de la soude, des traces de chaux, de la magnésie et des traces d*alumine. « Employées contre la morfea , elles n'ont , dit-il encore , déterminé aucun effet curatif,....; prises intérieurement, leur action sur réconomie doit être très-Adble ; mais , appliquées en bains , elles seront

un excitant de la peau Aidées de la température , elles guériront les

rhumatismes chroniques et certains ulcères. » J*ai communiqué le faible résultat de mes observations sur les eaux de Caldas Novas et Textrait du mémoire de M. Kaivre, publié par M. Sigaud {Du climat ^ 508), à M. Pou-

de mon voyage » une douzaine de malades prenaient des bains au Caldas Novas; tons étnent des hommes pauvres de Meiaponte, de S. Luzia, de Bom Fîm; mais on y avaft vu quelquefois des malades de Matogrosso, et m^e un de Rio de Janeiro. Quelques cabs^es de feuilles de palmier servaient d'habitation aux baigneurs (i).

Le ruisseau près duquel se trouvent les bains porte le nom de Cùrrego dos Caldas, Quoique les sources d'eau chaude se réunissent à lui , et que quelqaes-unes même sortent de son lit, dles ne sont pas assez abondantes pour é<^aufler la masse de ses eaux. Après un cours de d lieoe , ce ruisseau se jette dans la rivière de Pyrapitinga (nom (f no

zin , professeur k Técole de pharmacie de Montpellier, qoe ses études rendent nn juge parfaitement compétent. Après un eiamen attentif, il lai a paru que les eaux dont il s'agit ne difEbrent réellement des ewa ordinaires que par Téléyation de la température, et il croit qu'il faut les ranger parmi les eaux thermales simples. J'ai fait plus : j'ai communiqué Fanalyse même de M. Fairre h M. Pélooze, savant chimiste, membre de llnstitut de France , qui l'a trouvée parfaitement conforme aux règles de la science et partage entièrement l'opinion de AI. Pouzin. U est donc vraisemblable que , pour la guérison des maladies cutanées , on tirerait un meilleur parti des eaux sulfureuses d'AraxÂ, de Saiitre, de la Serra I^egra de Paracatû , de Fariuha Podre que de celles des Caldas Novas et Velhas ; il est à croire, enfin, qu'on ferait bien aussi de leur préférer les eaux de Rio Pardo , dobt je dirai quelque chose aîUeurs et qui se trouvent h 1 lieue de la route de Goyaz , dans le district de Casa Branca, province de S. Paul.

(1) D'après le mémoire de M. Faivre , cité plus haut , il y avait aux Caldas Novas, en 1842, un village temporaire d'une cinquantaine de maisons. On sait avec quelle promptitude les lieux où se trouvent des sources d'eau minérale changent de face lorsqu'elles prennent de la vogue. Vers 1811 on 1812, il n'existait, aux bains du Mont-d'Or, que des cabanes en bois ; tout y était sauvage : quelques années plus tard , on y voyait des promenades et de beaux hôtels. En 1829, mon ami le docteur Lallemant , sa famille et moi , trouvAmès à peine h nous loger au Ver-

poissoD) (1)» qui est çncore un des affluents du €orumbé.

Comme me l'avait annoncé le gouverneur de la province (2), qui avait séjourné auxCaldas, je trouvai la chaleur extrêmement forte pendant tout le temps que f y restai. Le 30 août, le thermomètre de Réaumur indiquait, à Caldas Novas, 10^ au lever du soleil ; le 21 , à la même heure, il s'éleva, comme je Tai dit, à 15'' aux Caldas Velhas.

Les terrains qui avoisinent les bains sont tous aurifêres, et la principale occupation du propriétaire de la Fazenda das Caldas était de faire chercher de Tor par les quatre à cinq esclaves qu'il possédait (3).

Jequittai les bains pourmerendreaiiviUagedeS.Cruz(4), obligé, comme je Tai dit, de suivre jusqu'à Francisco Àlves le chemin que je connaissais déjà. J'envoyai ma caravane en avant, et, accompagné de mon hôte, je me détournai un peu de la route pour aller visiter une source d'eau thermale qui àe trouve dans un bois près de la rivière de Pyrapitinga, dont elle prend le nom {CaUku de Pyrapitinga).

net, où cepeadant il n^y avait que doos ; depuis s*y soot élevés, comme par magie, d'immenses établissements. Je ne suis donc point étonné que, malgré Textrème lenteur avec laquelle s'opèrent de ftobles changements dans les contrées désertes , les Caldas aient éprouvé quelques améliorations; je ne serais pas étonné non plus que le pays qui s'étend de ces bains à Bom Fim et à Santa Cruz fût moins inhabité , et que ce dernier rillage eût pris un peu de vie ; je ne serais pas étonné, enfin, que quelques noms eussent été changés depuis Fépoque de mon voyage : nous avons vu les bains d'Arles devenir les bains d'Amélie, et le Saut WAnnibal /qui en eet voisin, le Saut de CoilsUane,

(1) Pyra, poisson ; pUiungà, qui sent mauvais, indien.

(2) 11 est assez vraisemblable que ce fut dans la saison de la sécheresse que M. Fernando Delgado aÛa aux Caldas, et peut-être s'y trou?», t-il, comme moi , au mois d'août.

(3) U en était encore ainsi en 1S42 (Faivbe, Anal,).

(4) Itinéraire approximatif des Caldas à Santa Cruz :

Celle-ci, beaucoup plus chaude que toutes celles que f avais vues aux Catdas Velhas et Novas» fit moater le thermomètre k S9* Réaumur; d'ailleurs, rien, dans son voisinage, n'attira mon attention (i)*

Je pris enfin congé de mon hôte, qui, pendant mon séjour aux Caldas, avait été, pour moi, plein d*égards, et j'allai rejoindre mes gens (â).

Ce jour-là^était la veille de la Saint-Louis ; c'^ait alors la ftte de la France, je voulus la célébrer avec mes gens au milieu du désert. La vie que je menais au Brésil , malgré les fatigues et les privations dont elle était accompagnée, me plaisait chaque jour davantage et, comme je Fai dit, je ne pensais point sans quelque effroi à mon retour en France; mais la France est ma patrie; c*est là qu'étaient réunis tous les objets dé mes affections, je devais la revoir un jour; comment aurais-je pu ne pas m'intéresser plus vivement à son bonheur que je ne m'intéressais au mien propre? En arrivant à Sapesal, je donnai la pièce à chacun de mes gens : à la chute du jour, ils mirent le feu aux campos qui bordent les deux côtés du ruisseau, près duquel avait été construit le rancho. En peu d'instants, une

De Caldas Novas h Sapesal 5 legoas.

— Sitio do Francisco Alyes. ... 4

— Santa Cruz, village. ...... 21/2

11 1/2 legoas.

(1) U parait, d'après ce que dit M. Faivre, qoe la soarce dooC je parle id n*est pas la seule qui se trouve près de Pyrapîtinga {Anal.).

(2) M. Faivre rapporte que le bon lieutenant Coelho ne prend pas la moindre chose aux malades qui viennent s^établir sur son terrain, près des sources d'eau thermale. En Europe , on leur mesurerait la place an millimètre « et chaque millimètre aurait son prix. On voit combien les Brésiliens sont encore éloignés de notre civilisation avancée.

flamme brillante s* étendit en ligne droite dans les deux campos; chaque touffe d'herbe semblait être un vase enflammé, et nous eûmes le spectacle d'une illumination vagabonde plus belle cent fois que toutes celles qu'on prépare dans les villes avec tant d'art et de symétrie. J'avais emporté avec moi, de Rio de Janeiro, un petit baril d'eaude-vie de Portugal ; depuis longtemps j'en gardais, avec soin, une petite portion pour célébrer cette fête. Le punch excita la gaité. Marcellino joua de la guitare en chantant des fnodinhctë y accompagné par José Marianno. Laruotte les fit valser tous les deui, et la soirée se termina par les quatre coins et la main chaude , jeux que mes Brésiliens ne connaissaient point encore et qui parurent les amuser beaucoup. Cet instant de joie fut de courte durée; d'insupportables ennuis, des contrariétés sans nombre, des fatigues que rien ne compensait allaient bientôt lui succéder.

De Sapesal, je me rendis au Sitio de Francisco Alves, et, le lendemain , je partis pour S. Cruz qui n'en est qu'à 2 legoas 1/2.

En sortant du sitio, je traversai le Rio doPeixe dont j'ai déjà parlé. Cette rivière était alors extrêmement basse, d'une très-grande limpidité, et pouvait avoir environ la largeur d'une de nos rivières de quatrième ordre (25 août). On m'assura qu'on trouvait beaucoup d'or dans son lit, tant au-dessus qu'au-dessous de Francisco Alves, mais qu'il n'y en avait point en face de cette petite habitation; ce qui pouvait tenir à la nature ou plutôt à la forme des cailloux qui, en cet endroit, constituent sans doute le fond de la rivière.

A environ 1 lieue 1/2 portugaise de Francisco Alves, le pays devient plus montueux et en même temps plus boisé.

222 VOYAGE AUX SOUtCES

comme cela arrive toujours. Noos entrâmes dam les bob et nous traversâmes deux ruisseaux dont les bords, exploités autrefois par des mineurs, présentent de tous côtés des amas de cailloux, résidus de leurs lavages. Bientôt après, nous arrivâmes à S. Crui.

J'avais une lettre de recommandation pour le commandant du vûlage; je le découvris après beaucoup de recherches inutiles, et il m'installa dans une maison fort grande et très-commode, mais qui, n'étant pas habitée depuis fort longtemps, était devenue le repaire des puces et des chiques {pûlex pénétrons).

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