ENCORE LA PROVINCE DES MINES. — LES INDIENS MÉTIS DU PARANAHTBA
Le Paranahyba, limite de la province de Goyaz. — Détails sar celte n> ▼ière.— On la passe au Porto Real da Paranahyba, Soldats mineiros. — District privilégié concédé aux Indiens métis. — Insectes malfaisants. — Aldea do Rio d(u Pedrat, Sa position. Ses maisons. Portrait des Indiens qui l'habitent ; leur capitaine ; leur histoire ; leurs privilèges. Tous sont cnltivatears; débit des produits de lears terres. Ils sont privés de secours spirituels et de tout moyen d^instruction. Leur langue ; vocabulaire comparatif de cette langue , de la lingoa gérai et du dialecte de S. Pedro dos Indios; orthographe, prononciation ; réOexions sur les altérations qu'a subies la lingoa gérai. — Aldea da Etliva, Sa position. Son histoire. Détails sur ses habitants.
— Insectes malfaisants innombrables sur les bords du Rio da Etliva.
— Aldea de Pisarrao abandonné. — Aldea da Boa Vista. Ses habitants. Une fête. Réflexions sur la manière dont les hommes de notre race se conduisent envers les Indiens. — Bonheur des Indiens métis du Paranahyba. — Utilité du mélange des races. Les résultats de ces mélanges. — Pourquoi l'anthropologie est encore une science si obscure.
Autrefois, la province de Goyaz s'étendait à 54 ou 55 lieues portugaises de sa limite actuelle, c'est-à-dire jusqu'au Rio Grande; mais, comme le territoire qui se trouve compris entre cette rivière et le Paranahyba fait partie de la justice (julgado) de Desemboque (1), il suivît le
(i) Le village de Desemboque, situé sur la rive gauche du Rio das
soit de cette justice et de celle d'Araxà, lorsque, au mois d*avril 1816, on les réunit toutes les deux à la province de Minas (1) : alors le Paranahyba devint la limite méridionale de celle de Goyaz.
Le Paranahyba prend sa source dans la coniarca de Paracatû (3), au versant occidental de la chaîne qui divise ses eaux de celles du S. Francisco (Serra do S. Francisco e da Paranahyba). Ses principaux affluents sont le Rio das Ye- Ihas, le S. Marcos et le Corumbâ, et, quoique les deux derniers viennent de beaucoup plus loin que lui , ils perdent leur nom en réunissant leurs eaux aux siennes. De grosses pierres s'élèvent du lit de cette rivière comme de celui du Paranahyba (3) et empêchent malheureusement qu'elle ne soit navigable. Je ne sache pas qu'on y ait trouvé de l'or^ mais elle passe pour être très-poissonnetise ; cependant il
Velhas, doit sa fbndatioQ à des Mineiros et est plas aociea qu'Araxi. U parait qae ses habitants , favorisés par la fertiÛté fort renommée des terres eoyirooiiantes , jooisseot d*one certaine aisance. D*Eschwege dit {Bras., I, 99) qoe, en 1816, on ne comptait encore, & Desemboque, qae 65 maisons, et qu'il y a?ait 181 fazendas dans tout le^^odo, dont la population s'élevait approximativement h 3,945 individus, sur une surface d'environ 500 légoas carrées. — On est étonné que Pizarro, qui écrivait en 18^ , ait encore placé Desemboque dans la province de Goyaz et ne parle que dans une note, et encore occasionneUement , de la réunion de ce viUage à Minas. ~ Desemboque a été érigé en rille et comprend , avec son district, disent Millet et Lopes de Moura (Dicc, 335) , une population de 5,000 âmes , qâi tire de grands avantages de la culture des terres. Le Maie ou Cangonhas ( Ilex Paraguariensiê , Aug. de S. Hilaire, et non, comme on a écrit, Paraguayensis) est , lyoûtent les mêmes auteurs, très-commun auprès de Desemboque.
(1) Voyez le chapitre intitulé, Le village (TAraxd, etc.
(2) Pont, Reise, 1, 242.
l3) Voyage dans le dislrict des Diamants el sur le lilloral du Brésil,!, Pi^.
est a remarquer que, si le poisson y mord bien à Thameçon, c'est uniquement au temps des pluies, ce qui, au reste, a également lieu dans toutes les rivières de ce pays (4).
Ck)mme on Ta vu, j'avais déjà passé le Paranahyba en me rendant d' Araxà à Goyaz. A. l'endroit où on le traverse pour se rendre de cette province à S. Paul, et que l'on noaime Porto Real da Paranahyba , on est beaucoup moins près de sa source , et c'est déjà une grande rivière ; mais l'excessive sécheresse qui régnait à l'époque de moo voyage l'avait réduit au tiers de sa largeur ordinaire. Ses A&xi rives ont peu d'élévation au-dessus du niveau de l'eau; mais elles^ sont assez escarpées et couvertes Tune et l'autre de bois d'une végétation assez vigoureuse. On passe cette
(1) Dans un livre dont ne peuvent se passer ceux qui veuleni connaître l'ensemble de la géographie du Brésil, le Diccionario geoçraphico, etc., les auteurs ont cru devoir changer le nom de Paranahyba en Paranaiva (H, 239), parce que, disent-ils, cette rivière a été appelée tout à la fois Parahiba, Paraiiahyba, et mémt. Parana, Aux deux endroits où je Fai traversée, je Tai entendu nommer Parnahyba, qui est évidemincnt une corruption de Paranahyba , 6t , comine ce dernier mot a été adopté, avec la seule variante de Vi à Vy, par des hommes qui font aotorité, Manoel Ayres de Cazal, Pizarro, Eschwege, Pohl et Ifattos» il ma semblé que je devais le conserver : d'ailleurs les auteurs du DiecUmario en ont eux-mêmes donné l'exemple à leur article Corumbd. — Ces géographes ajoutent que u le Paranaiva naît dans les montagnes qui se titNivent K au sud du ruisseau {ribeiro) Tocantins , afDuent du Rio Maranbào.» Je n'ai point visité la source du Paranahyba ; mais je crois devoir préférer la version de Pohl , citée plus haut , parce qu'elle est précise et conforme à tout ce que je sais de la rivière dont il s'agit. Luiz d'Alincourt est plus précis encore que Pohl , car il dit positivement que le Rio Pa* ranahyba a sa source la plus éloignée au nord de la Serra da Marcella, près de celle du Rio Preto {Mem, ViaQ.y 70) ; mais je n'ose pas admettre cette indication sur la seule autorité de ce voyageur. — Le mot Paranahyba vient du guarani pararayba, qui signiGe rivière allant sejeUr dans une pclile mer.
ou RIO DE S. FRANCISCO. 35t
rivière sur uqe espace de bac fait avec deux pirogues attachées ensemble et sur lesquelles on a établi un plancher; le péage est reçu par deux soldats du régiment de Minas, détachés d'un poste cantonné plus loin», au bord du Rio das Velhas : ces hommes occupent une petite maison bAtie sur la rive gauche du Paranahyba (1819).
L'un d'eux était en tournée; jje fus reçu par l'autre avec cette politesse qui distingue les Mineiros, et en particulier les soldats du régiment de cette province. Il voulut absolument me faire partager son souper, et nous parlâmes beaucoup de son pays, que je ne pouvais me rappeler sans un sentiment profond de reconnaissance. Les soldats du régiment de Minas sont , comme je l'ai dit ailleurs, des hommes choisis qui appartiennent à des familles honnêtes, ont été bien élevés et méritent la considération qu'on a pour eux.
Le pays que j'allais traverser avant d'entrer dans la province de S. Paul, et qui se trouve compris entre le Rio Paranahyba et le Rio Grande, a près de 30 legoas de longueur. Il forme un district privilégié de 3 legods de large, qui a été concédé, conune on le verra tout ^ l'heure, aux descendants de plusieurs peuplades indiennes et comprend des terres très-fertiles.
Apr^ m'ètre remis en route (1), je côtoyai |a rivière
(1) Itinéraire approximatif da Porto Real da Paranahyba à la Fazeoda das Furnas :
Du Porto Real h TAldea do Rio das Pedras. ... 2 legoas.
— Aldea da Estiva . 2
— Aldea da Boa Vista. 4
— Fazeoda das Furoas, habitatioo. 1 1/2
9 1/2 legoas.
Je dois dire que Luiz d'Aliocourt cojnptc 4 1/2 legoas d'Estiva à Boci
252 VOYAGE AUX SOOtCES
pendant quelques instants» traversant les bois qui la bordent. En général, tout le pays qui s'étend dans l'espace de 2 legoas, du Paranabyba à TAldea do Rio das Pedras, est boisé en même temps que montueux.
Depuis Santa Cruz , nous étions martyrs des insectes. Quand nous eûmes passé la rivière , les abeilles ne nous tourmentèrent plus; mais, ce qui était bien pis, nous fûmes dévorés par des moustiques et des nuées de borrachudos. Si nous étions un instant sans agiter quelque chose devant notre visage, il était aussitôt couvert de ces derniers insectes. Leur piqûre cause des enflures et des démangeaisons cuisantes; mais ces mouches n'ont Jieureusèment pas les mêmes habitudes que les moustiques, qui piquent au moment où elles se mettent sur la peau; elles, au contraire, s' y promènent longtemps avant de piquer, et on a le plus souvent le temps de les chasser.
VAldea do Rio das Pedras, où je fls halte, après avoir fait 2 legoas, à partir du Paranabyba, a été bâti dans un pays boisé, sur le penchant d'une colline, qui s'étend, par une pente douce, jusqu'à un petit ruisseau dont le nom est le même que celui de Yaldea {Rio das Pedras , le ruisseau des pierres). Ce dernier se compose d'une trentaine de maisons dispersées çà et là. La plupart d'entre elles, couvertes en chaume, ne diffèrent point de celles des Portugais-Brésiliens, et si quelques-unes ont été construites et couvertes avec des feuilles de palmier, comme les cabanes des Coyapés (1), elles sont beaucoup plus grandes et plus élevées que ces dernières.
Yista et 5 du Parauabyba h Esliva {Mem. Viag,, 113) ; enfio que Joaquioi da Costa Gaviio (io Mattos, llitierario) en compte 6d'£stiva h Furoas. (1) Voyez le chapitre intitulé, Les Indiens cèyapos.
A l'exception d'un ou deux individus, je ne vis point dans Valdea du Rio das Pedras d'Indiens de race pure. A peu près touâ doivent leur origine à un mélange de la race américaine avec celle des nègres (1). Leur peau , beau* coup plus foncée que celle des Indiens , est d'un bistre presque noir; ils ont les épaules et la poitrine larges, le cou gros, fort court et le plus souvent augmenté d'un énorme goitre; leurs jambes ne sont point fluettes cotnme celles des Indiens; leur tète est très-grosse et anguleuse; leur nez est démesurément élargi ; leurs yeux sont allongés, mais moins divergents que ceux des Indiens de race pure ; leurs lèvres ne sont pas aussi grosses que celles des nègres ; ils ont de la barbe; leurs cheveux, qu'ils laissent croître , sont très-toufifus , fort durs et cependant crépus. Tels sont les traits généraux de ces métis; mais on observe parmi eux des différences individuelles fort remarquables : ainsi je vis deux ou trois enfants qui , quoique presque noirs , avaient les cheveux entièrement lisses. Quoi qu'il en soit.
(1) Ces métis étaient âatrefois désignés par le nom de eariboeas (MiRCORAFF, Hist. naL Bras., 268). Je n'ai entendu prononcer ce mot nulle part; cependant il paraîtrait qa*il ne s'est pas entièrement perdu , car Cazal dit que, des blancs et des nègres mêlés avec les Parexîs, sont issus les mamatucos et les curibocat qui forment le noyau de la population de Cuyabà. MarcgraflT applique aussi le nom de eabocles au même mélange, et tout récemment George Gardner, voyageur très-distingué. Ta pris dans le même sens {Travels , 22 ) ; mais je dois dire que les mots caboclos et eaJbocos m'ont toujours paru pris dans un- mauvais sens pour désigner tout individu qui appartient à la race indienne ; ainsi on appelait mon Botocudo un eaboco, et il était bien certainement de race américaine sans aucun mélange. Ce sont, sans doute, les eariboeas que M. le comte de Suzanet indique sous le nom de mulâtres indiens ( Souvenirs , 226) ; mais ces mots me semblent impliquer contradiction : des mulâtres indiens ne seraient pas des mulâtres.
il est incontestable que les habitants de YaJdea se rapprochent moins des nègres que des Américains indigènes, et c'est comme Indiens qu'ils sont considérésdans tout le pays. Il est aisé de juger, d'après le portrait Adèle que je viens de tracer, que ces hommes ont une extrême laideur, et leurs femmes ne sont pas plus jolies qu'eux ; cependant ils ont tons un air de douceur qui foit bientôt oublier ce que leur physionomie offre d'abord de repoussant. Je causai avec plusieurs d'entre eux et leur trouvai plus de sens et de raison que n'en montrent communément les Indiens de race pure, qui ne sont que des enfants spirituels. Je fte surtout très-content du capitaine de Valdea [l) ; il resta longtemps avec moi, et répondit à toutes mes questions avec beaucoup de politesse et de complaisance.
D'après les renseignements qui m'ont été donnés par lui et par d'autres Indiens , voici quelle a été l'origine de Valdea du Rio das Pedras : A l'époque où les Paulistes fermèrent, dans la province de Goyaz, letirs premiers établissements, les Coyapés, exaspérés sans doute par la cruauté de quelques-uns d'entre eux, se mirent, comme je l'ai déjà dit, à infester la route de S. Patil à Villa Boa et jetèrent l'épouvante dans les caravanes. Antonio Pires, qui avait réduit plusieurs nations indiennes daps le pays de Cuyabâ et qui était connu par son intrépidité, fût invité à donner des secours à la colonie naissante. Déjà avancé en âge, il ne put se mettre lui-même à la tète de l'expédition ; mais, à sa place, il envoya son fils, le colonel Antonio Pires db
(1). Je ne me suis malheureusement pas informé da nom de ce digne Indien ; mats il paratt évident quMl était déjà à la tète de Yaldea lorsque passa d'Esehwege en 1816, et, par conséquent, il devait s^appeler Leo«
POLDO.
CAMPOS9 avec une troupe d' Indiens de plusieurs nations différentes, principalement des Bororôs et des Parexis (1). Les CoyapAs furent vaincus et traités avec une affreuse barbarie (2); la route devint parfaitement libre, et, pour la garantir plus sûrement de nouvelles attaques, on donna à Antonio Pires, pour lui et pour sa troupe, le territoire qui s'étend du Rio Pâranahyba au Rio Grande, avec la largeur de 1 lieue 1/2 portugaise de chaque cdté de la route. Ce fut le local où est aujourd'hui TAIdea do Rio das Pedras que Pires choisit pour s'y fixer. Le village fut construit, vers 4741, aux dépens du trésor royal (fazenda reat) , et Pires y eut une maison. Avant cette époque, les Jésuites avaient déjà formé un aldea, composé d^Indiens de la côte, à l'endroit appelé S. Anna ; ils voulurent s'immiscer dans le gouvernement de Y aldea d'Antonio Pires; celui-ci s'opposa à leurs entreprises, mais, pour les satisfaire, il leur soumit quelques Indiens du nord de Goya2, qui furent réunis à V aldea de S. Anna. Cependant, après avoir jeté les fondements de sa petite colonie. Pires retourna à Cuyabâ et en ramena avec lui les femmes et les enfants de ses Indiens. Il parait qu'il possédait beaucoup de nègres , et daps ce temps-là les Brésiliens n'étaient point en usage de marier leurs esclaves. Ceux d'Antonio Pires durent naturellement
(1) On a aussi écrit Paretit , Parisis , Parecis et Paricyà; je conforme mon orthographe à la prononciation usitée dans le pays (en français, Parechis). 11 parait que les Parexis formaient une des plus beUes nations du pays de Cuyabâ ^ mais qu'aujourd'hui ils sont à peu près détruits, si même Us ne le sont entièrement. Les Borords, divisés en plusieurs tribus, étaient plus puissants que les autres Indiens et en même temps plus faciles & civiliser ( Caz., Cor., 1, 302; — Piz., Mem., IX,Î04).
(2) PÔhl, Be^ff, I, 349.
rechercher les seules femmes avec lesqueHes ils pussent avoir quelques rapports, et la population actuelle de Valdea prouve suffisamment qu'ils ne furent pas mal reçus (1). Le mélange, une fois commencé, dut se continuer avec plus de facilité encore entre des nègres créoles et des fiUes d'Africains et d'Indiennes; et des mariages remplacèrent les premières unions qui n'avaient été que passagères. Aujourd'hui mèpie (1819), il n'est pas très-rare de voir des créoles libres ou des mulAtres venir chercher des femmes dans Valdea, où le mariage les fait jouir, comme sur la côte (3), des privilèges des Indiens que je ferai bientôt connaître. Avant la réunion des justices d'Araxé et de Desemboque k la province de Minas, l'Aldea das Pedras faisait, comme on sait , partie de la province de Goyaz ; ses habitants furent souvent appelés par les généraux de cette province pour aller combattre des nations qui n'étaient point encore soumises, et l'on n'eut jamais qu'à se louer de leur valeur et de leur fidélité (3). Cependant le gouvernement de Goyaz reconnut
(1) Les lodieoiies, en génial, ont an goât (rès-yif poor les nègres. J*ai déjà signalé ce fait aillears (voyez mon Voyage dan$ les provinces de Rio de Janeiro et de Hinas Geraes , II , 49).
(2) Voyei le yoL U du Voyage dans le district des DiamanU et «tir le liUùral du Brésil.
(3) Ce récit et ce qne je' dirai plos tard de Torigine des aldeas voisins de celni du Rio das Pedras n^est pas parfaitement conforme aox indications snccinctes données par CazaI, Pizarro et Pohl ; mais il était difficile à ces écrivains de savoir euctement la vérité, tandis que les bdiens qui m'ont communiqué les renseignements consignés ici les tenaient des enfants mêmes des plus anciens habitants : d^ailleurs Pobl n*est pas entièrement d'accord avec Cazal et Pizarro, et ce dernier ne Test pas non plus avec lui-même , car tantôt il place le premier établissement des Boror. s à une demi-lieue du Rio das Velhas, et tantèt, ce qui est bien certainement une erreur, sur les bords du Rio Grande
malieurs services; ils furent confiés à des directeurs méchants et oppresseurs, et comme aucun prêtre ne voulait, à ce qu'il parait, passer sa vie au milieu 4'eux, ces pauvres néophytes, dit Tabbé Pizarro, qui avaient embrassé la religion catholique sans la connaître, n'eurent d'autre pasteur qu'un homme qu'on avait contraint de prendre cette charge et qui , loin de pouvoir les édifier, aurait été capable de corrompre mille Tois, par ses mauvais exemples, les hommes les plus vertueux (i). Ce n'est pas tout encore : en 4809 (2), on eut la barbare idée de transporter une grande partie de la population du Rio das Pedras, à plusieurs centaines de lieues , sous un climat brûlant, dans le lieu appelé Nova Beira, où l'on voulait établir un poste militaire (presidio). tes infortunés que l'on avait ainsi enlevés à leurs familles et à leur patrie, périrent tous misérablement, et, lors de mon voyage, il ne restait plus datis Valdea
(voyez Caz., Corog., I, 354.— Piz., Mem., IX, 104, 222. — Pool, Rei8€,\, 141).
(î) Mem. hist., IX , 104. — Eschwege, Bras,, I, 82.
(2) Je ne pais m'empècher de considérer comme tout à fait erronée l'indication de 1796, donnée pai^ Eschwege. Qnant à celle de 1811, qu'on trouve dans Gazai et dans Pizarro, elle est probablement plus exacte que le chiffre de 1809, indiqué plus haut et admis par les Indiens, qui, sachant mal compter, pouvaient se tromper plus aisément sur les dates que sur les faits. Leur transmigration se rattache évidemment aux plans de navigation dont s'occupèrent également Fernando Delgado et son prédécesseur, le comte de Palma (Francisco de Assiz Mascarcnhas) ; mais le premier entra dans son gouvernement en novembre 1809, cl il n'est pas très-vraisemblable que, sur le point de se retirer de Ooyaz, il ait donne Tordre d'éjoigner les Indiens de leur pays , ni que Fernando Delgado ait commandé cette mesure à l'instant même de son arrivée. Ces deux gouverneurs furent des hommes de bien ; mais ils ne pouvaient connaître l'immense contrée qu'ils avaient à gouverner ; personne n'aurait su les guider, et ils durent nécessairement commettre des erreurs.
que dix-huit ménages. Ua événement aussi triste avait dû natureUement inspirer de la défiance aux Boror6s : lorsque, en i8i6» d'Eschewege fut envoyé dans le pays pour fixer les limites de Goyaz et de Mina» Geraes, les pauvres Indiens s'imaginèrent qu'on allait les réduire en esclavage; mais le colonel allemand, les ayant rassurés, leur donna une petite fête qui se passa joyeusement, et, lorsqu'il partît, tous les habitants du village lui témoignèrent leur reoonconnaissance de la manière la plus touchante (i).
Valdea du Rio das Fedras passa, avec les justices de Desemboque et d'Àraxâ, sous l'administration de la province de Minas Geraes, et voici à qud régime il était soumis i l'époque de mon voyage.
Les Indiens métis avaient à leur tète un capitaine et des ofiBciers subalternes choisis parmi eux, et ceux-ci étaient subordonnés an commandant du Rio das Yelhas, directeur général des différents aldeas situés entre cette rivière et le Paranahyba. Tous les habitants du village étaient exempts de la dime -, mais , en cas de besoin , ils devaient servir d'auxiliaires au détachement militaire du Rio das Yelhas. Jusqu'en i819, leur service s'était borné à passw le bac d'un bord du Paranahyba à l'autre bord. Chacun était appelé à son tour par le capitaine de Vaidea et faisait un mois de service. La rétribution n'était que de i,500 reb (9fr. 37 c.) pour le mois tout entier; mais elle était payée avec exactitude.
Les terres des Indiens étaient inaliénables conmie celles des indigènes du littoral (2) ; cependant les Portugais-Bré-
(1) Bra$iUen die neue Well, I, S5.
(2) Voyex mon Voffoçe t^an* k dUirM du Marnante et sur U liU îaral du Brésil, Ih
siliens pouvaient 8*y établir à titre d'agregados , avec le consentement des véritables propriétaires ratifié par les supérieurs, et non-seulement il ne leur était pas permis de vendre le fonds , mais encore , lorsqu'ils venaient à se retirer, ils étaient obligés d'abandonner leurs constructions (bemfeitoria) comme un dédommagement pour le tort que, dans le système d'agriculture brésilien, ils avaient fait aux terres par la culture. Jusqu'en 1^19, le nombre des agregados portugais était resté très-petit, parce qu'on trouvait dans le voisinage de Yaldea des terres aussi bonnes que celles qui en dépendaient et à des conditions beaucoup plus avantageuses.
Tous las Indiens métis du Rio das Pedras étaient agriculteurs. Chacun d'eux faisait sa plantation séparément; mais le capitaine était tenu de châtier les paresseux, et, de temps en temps, le directeur, commandant du Kio das Velbas, envoyait un militaire pour visiter les plantations. Comme Valdea était situé sur le bord de la route , les habitants trouvaient un débit assez facile de leurs denrées, et, ce qui prouve qu'ils cultivaient et qu'ils vendaient, c'est que, en général, ils étaient bien vêtus.
11 n'y avait point parmi eux de gens de métier; on ne voyait non plus dans Yaldea ni venda ni boutique. Les habitants achetaient des conducteurs de caravanes {tropeiros} les objets dont ils avaient besoin , ou bien ils faisaient des échanges avec les propriétaires du voisinage en fournissant du fil de coton filé par leurs femmes et des peaux de cerfs.
Les Indiens du Rio das Pedras dépendaient de la paroisse de Santa Anna, où, comme je le dirai bientôt, était aussi un aldea. On a vu que , dans l'origine , on avait donné à
ces pauvres gens un prêtre scandaleux pour les diriger; à r époque de mon voyage , ils n'avaient plus de pasteur. La province de Goyaz était si pauvre , que» en lui 6tant l'administration du pays, on avait cru devoir lui en laisser les revenus; des difficultés s'étaient élevées entre cette province et celle de Minas pour le payement du curé de Santa Anna : celui-ci s'était retiré , et , depuis deux ans , les Indiens des aidées étaient entièrement privés de secours spirituels et de toute espèce d'instruction. Personne» dans Yaldea du Rio das Pedras , ne savait lire, et il me parut que l'on n'y comptait pas l'argent avec une grande facilité.
Les Indiens métis du Rio das Pedras n'avaient conservé aucune des coutumes de leurs ancêtres et vivaient absolument comme les Brésiliens ; cependant , lorsqu'ils conversaient entre eux , ils cessaient de parler portugais , ^ , ce qui est assez remarquable, l'idiome dont ils se servaient était, sauf quelques légères différences, la lingoa gérai des Indiens de la côte. Il n'est pas vraisemblable que cette langue fid celle des Bororôs et des Parexis , et le capitaine de Yaldea me dit qu'effectivement ceux-ci en avaient une autre; mais les anciens Paulistes parlaient tous la lingoa gérai; ils savaiient prier dans cette langue , et les Indiens d'Antonio Pires avaient dû nécessairement l'apprendre avec lui et avec ses esclaves.
Je vais donner ici un court vocabulaire de l'idiome parlé dans r Aldea do Rio das Pedras et les deux aldeas voisins , ceux da Estiva et de Boa Vista , en mettant en regard les mots de cet idiome avec ceux de la lingoa gérai telle qu'on la trouve dans le dictionnaire des Jésuites » et » de plus , ceux du dialecte de cette dernière en usage chez les In-
DU RIO DE S. FRANCISCO. 26t
(liens de la sous-race tupi, habitants de TAldea de S. Pedro, dans la province de Rio de Janeiro (i).
DULSCTE