‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 36 sur 43 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

de FAlde»

des

de

do Rio das Pedras.

Jésuites.

S. Pedro.

Dieu.

Nhandinhara.

. Tupana.

Tupan.

Soleil.

Araçu.

Lune.

Jaçu.

Jacy.

Jacy.

Étoiles.

Jaçutata.

Jacitata.

Jacitata.

Terre.

Hubu.

Homme.

Apûha.

Apyaba.

Apuava.

Femme.

Cunhâ.

Cunhâ.

Cunhâ.

Enfant à

la

mamelle

. Pitangeté.

Mytanga.

Pytanga.

Garçon.

Curumim.

Fille.

Cunhatemhi.

Fille âgée.

Cunhabuçu.

Tête.

Nhacanga.

Acanga.

Nhacanga,

Cheveux.

Java.

Ab'a.

Java.

Yeux.

Teça.

Ceça.

Ceça.

Nez.

Inchim.

Tîm.

Itchi.

Bouche.

Juru.

Juru.

Juru.

Dents.

Hanha.

Oreilles.

Namby.

Namby.

Namby.

Cou.

Jaura.

Ajuru.

Jajiura.

Poitrine.

Putchia.

Ventre.

Chuhé.

Cuisse.

Juna.

(1) Voyez mon Voyage dans le dislricl des Diamçcnit et sur le fitioral du Brésil , U, 8, Î93.

Jambes.

Ituman.

Cetyma.

CeUima.

Pied.

Ipuranga.

Py.

Iporongava.

Bras.

Jua.

Jyba.

Juva.

Mains.

Ipo.

Po.

Ipo.

Morceau ck

bois.

Uira.

Feuille.

Urarova.

Fruit.

Ua.

Cheval.

Cavaru.

Gabani.

Cavaru.

Mulet.

Cavarû tupichi.

Tapir.

Tapiraté.

Cerf.

Çuaçu.

Petit oiseau.

Ûra minim.

Chique.

Tunga.

Tumbyra.

Tunga.

Rivière.

Uaçu.

£au.

Ug.

rg^

Viaade.

Ço6.

Poisson.

Pyrô.

Pyré.

Pyrâ.

Bon.

Catu.

Catù.

Mauvais.

lahé.

JoU.

Puranheté.

Laid.

Yeyayeté.

Rouge.

Pyrangaçu.

Pyranga.

Pyran.

Blanc.

Manotchi.

Morotinga.

Morotchim.

Noir.

Ondigua.

Uma.

Sun.

Petit.

Merim chi

quêté.

Merim.

Merim.

Grand.

Truceté.

Turuçu.

Tupichava.

Pour l'orthographe des mots qui précèdent, j*ai suivi celle qui a été adoptée par les Jouîtes ou » si Ton veut ,

celle de la langue portugaise, en me conformant aux principes énoncés à la suite du vocabulaire de T idiome des Coyapés (1). J'ajouterai que , dans les mots Jtiçu et Jaçuiota , la prononciation du p se rapproche du tk anglais ; que Yh est généralement aspirée; que IV participe du son de 17; que la prononciation du ch allemand se retrouve dans chuhéf et celle du g allemand dans ug; que le mot hvbu se prononce très-sourdement; que le son des mots ekuhé^iuha est également sourd , et qu'ils sont fort difflcilesà représenter par des lettres; enfin que Tqp glisse légèrement sur le 6 dans namhi et sur Va dans ondiqua. Je n'ai pas besoin de dire que la langue des aldeas est trèsgutttirale ^ se parle la bouche presque fermée : ce mode de prononciation est, comme on Ta vu ailleurs, un des caractères de la race américaine.

La plupart des mots qui précèdent sont tels ou à peu près tels qu'on les lit dans le dictionnaire de la lingoa gérai M% par les Jésuites (2), et dans mon vocabulaire du dialecte de S. Pedro dos Indios. Ce vocabulaire ne contient malheureusement que quelques mots, et le dictionnaire de la lingoa gérai est lui-même assez abrégé; cependant on peut conjecturer que nhandinhara , chue , uira, urarova, iahé et ondigua, qui ne se trouvent ni dans Tun ni dans l'autre, font partie de la langue des Boror6s ou de celle des Pareils; le capitaine de Taldea du Rio das Pedras me l'assura, en particulier, du mot nhandifihara , Dieu, si différent du mot tupan des Guaranis et des Indiens

(1) Voyez le chapitre XXI intitillé, Les Indiens Coyapos.

(2) DiclUmario portuguez c brasUiano,

de la côte, qui appartiennent également k la sous-race tupi (i) y les Indios mansos de Vasconcellos.

Je crois avoir fait remarquer ailleurs combien il est extraordinaire que la langue tupi [lingoa gérai) ou ses diflTércnts dialectes fussent pariés dans une inunense étendue de côte, puis qu*avec des modifications cette langue s'étendit, sous le nom de guarani^ dans les missions de F Uruguay, et enfin jusqu'au fond du haut Paraguay (2). Si Ton ne savait de quelle nianière elle s est introduite dans les aldeas du Rio das Yelhas, on serait étonné de la retrouver jetée , pour ainsi dire , comme une espèce d'oasis à une très-grande distance , soit du littoral , soit du pays des Missions ; et ce qui , au premier abord , peut surprendre aussi, cest qu'il y ait bien plus de difi'érence entre le dialecte des aldeas et la langue du dictionnaire des Jésuites qu'entre ce même dialecte et celui que l'on parte à une énorme distance du Rio das Yelhas, dans l'Aldea de S. Pedro dos Indios. Mais il faut se rap]peler que le dictionnaire de la lingoa gérai a été composé dans le

^1) U ne ftatpas oublier que le nom de tupi n*éuit réeUement celai d'aucuoe nation , mais uu sobriquet injurieux par lequel les lodieqs sauvages» Tapuyas, di^sigoaieat ceux de la c6te {Voyage dans le district des Diamants et sur te tiUorat du Brésil , II, 292). Par le mot tupi, les Tapuyas prétendaient sans doute ridiculiser les adorateurs de tupan, c'est-à-dire, selon Vasconcellos, de Y Excellence terrifiante,

i2) Hervas dit qu'il n\ a pas plus de difTérence entre le tupi et le guarani qu'entre le portugais et le castillan. Depuis le temps où il vivait, les deux dialectes indiens auront peut-être {prouvé de grands cbaogemeuts; mais, h Taide du portugais, on peut, sans aucune peine, converser avec les Espagnols , comme j'en ai fait moi-même Tépreuve pendant plusieurs mois; et les deux Guaranis que j'avais emmenés arec moi de^ missions de l'Uruguay h Rio de Janeiro ne pouvaient pas comprendre un seul mot du tiipi.

DU ftlO DE S. FRANCISCO. 26r>

xv!*" siècle 9 et, si le temps modifie les langues que d'immortels écrits sembleraient avoir fixées sans retour, à plus forte raison doit-il s*opérer de grands changements dans les idiomes qui ne sont que parlés (1). Ceux qui s'introduisirent peu à peu dans la lingoa gérai de la côte étaient nécessairement colportés par les Paulistes et surtout par les Jésuites partout où ell& se parlait , et de là cette ressemblance beaucoup plus grande que j*ai fait remarquer entre le dialecte du Rio das Velhas et celui de S. Pedro dos Indios qu'entre ces derniers et la tangue du dictionnaire, en arrière de deux siècles.

Après avoir quitté le Rio das Pedras ^ je fis 2 lieues portugaises et m'arrêtai à un autre cUdeay celui qu'on nomme Aldea da Estiva. Ce dernier se compose seulement d'un rûncho, ouvert de tous les côtés, destiné aux voyageurs, et d'une quinzaine de maisons construites sans ordre autour d*uiie place allongée. Depuis longtemps, je n'avais rien vu d'aussi joli que la position de ce hameau. Le terrain sur lequel il a été bAti s'étend , par une pente insensible , audessus d'une petite rivière appelée également Rio da Es- (tva,et sur les deut bords de cette dernière est un p&turage humide qui , après en avoir dessiné toutes les sinuosités , se perd avec elle dans le lointain. La sécheresse excessive qu'il faisait depuis plusieurs mois avait permis de mettre le feu à ce pâturage; déjà il s'était couvert d'une herbe nouvelle, et il présentait un large ruban ondulé du vert le plus tendre , contrastant à la fois avec les teintes grisâtres des campos voisins et le vert foncé d'une lisière étroite d'arbres et d'arbrisseaux qui bordent la rivière.

(I) Voyez le chapitre XXII de cet ouvrage ioUtulé, Vor cl les dia^ manu du Rio Ciaro.

2M VOYAGE AUX SOUECES

L'Âldet da Est! va doit son origine à celui das Pedias. On avait détaché une partie des habitants de ce dernier village pour en former un autre au lieu appelé Pùarrio et procurer aui voyageurs une halte de plus. Les nouveaux colons ne furent pas contents de leurs terres; TAMea de Pisarrâo , quoique situé sur le bord de la route , à une journée ou 4 legoas du Rio das Pedras , fot bientôt abandonné; une partie de ses habitants se retira à Estiva , où l'on compte aujourd'hui (4949) onte ménages, et Vautre à l'endroit appelé Boa Vistay dont je parlerai bientAt.

Le capitaine de l'Aldea da Estiva m'avait reçu dans sa maison ; i&s le soir, les habitants du village s'y rassemblèrent en revenant de leurs plantations, et je pus les observer à mon aise. Comme ceui de l'Aldea das Pedras , tous sont des métis issus de nègres et d'Indiennes ; ils n'ont pas une plus jolie figure que leurs voisins; mais j'avais rarement vu des hommes plus grands et qui annonçassent plus de vigueur. Je leur trouvai la même douceur, la même politesse, le même jugement qu'aui métis du Rio das Pedras. Ils vivent de la même manière , parlent aussi la lingoa gérai y cultivent également la terre et montrent assez , par leurs vêtements, qu'ils ne sont nullement dans l'indigence. Pendant que j'étais au milieu d'eux , arriva un cultivateur du voisinage avec quelques mulets chargés de saucisses, de cochon salé, de tafia , de rapaduras (4) , et il trouva fecile-

(1) Les rapaduras, dont j*ai eu occasion de parler plusieurs fois, sont des espèces de tablettes carrées et épaisses de sucre cuit «rec soo sirop {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1). Ce n'est pas uniquemeot au Brésil qu'on fabrique des rapaduras ; on en fait également cbez les Péruviens, qui les oomment roafHidiiraa {Voyage em Pérou, Il , 206).

ment k se défaire de ses denrées , soit en les vendant, soit en les échangeant contre du 61 de coton ou des peaux de cerfe.

Sur le soir, j'allai herboriser sur les bords du Rio da Estiva. Pendant toute la journée , j'avais été fort tourmenté par les borrachudos; mais , auprès des eaui et dans les marais y ils devinrent tout à foit insupportables. Quand je rentrai à la maison , j'avais les mains enflées , et, quoique je ne fosse pas resté plus d'une demi-heure dehors, fêtais tellement fatigué des mouvements que j'avais faits pour me débarrasser de tant d'ennemis , f avais les nerfe tellement irrités par leurs pkfùres taisantes, que je pouvais h peine respirer; j'étais comme un honune ivre.

Entre Estiva et l'Àldea de Boa Vista , dans un espace de 4 legooê^ je traversai un pays plat ou ondulé , et toujours des campos brûlés par l'ardeur du soleU.

A 3 ^oo^d' Estiva, je passai par VAldea dePisarrào (i) : il se composait de quelques maisons, d'une petite chapelle et d'un roncfta bAti dans un fond , sur le bord d'un ruisseau qui porte le même nom que Valdea ; mais tout était désert. Lorsque les habitants, sortis du Rio das Pedras, se retirèrent, comme je l'ai dit, les uns à Estiva, les autres à Boa Vista, quelques-uns restèrent, à la vérité, dans le pays; mais ceux-là même renoncèrent à leur aldea et allèrent s'établir dans te voisinage.

Après être sortis de Pisarrâo , nous entrâmes dans une grande plaine sablonneuse dont la végétation se compose uniquement d'une herbe peu élevée. Au delà de cette plaine,

{\) Eschwege a écrit k tort Bizarrao ; il ne faut pas uon plus Eslivc (Dras,^ 1 , 86). — £q adoptant PisarrSU}, je me conloTiiie à la prononciatioD usitée ; peut-être vaudrait-il mieui Pissarrào.

268 VOYAGE AUX SODBCES

le terrain devient plus rouge, par conséquent meilleur, et les arbres rabougris reparurent dans les campof .

te lieu où je fis halte est encore une petite aidée, celle de Boa Vista (belle vue) (1) qui, comme je Tai d^à dit, doit son origine à une partie des métis que Ton avait tirés du Rio das Pedras, pour peupler le Pisarrâo. Situé ki legoas d'Estiva, le village de Boa Vista se compose de huit ou dii chaumières bAties dans un fond, au bord d'un ruisseau très-rapide. On n'y comptait, en 1849, que hait ménages; mais j'y vis un très-frand nombre de jeunes gens et d'enfants. Je ne dois pas oublier de dire que les femmes du Rio das Pedras ne sont pas moins fécondes que celles de Boa Vista, et, comme les jeunes gens se marient aussilAt qu'ils sont en Age, il est À croire que le vide laissé dans la population des aidées par la transraigratioa du Nova Beira aura bientôt été comblé.

Les Indiens métis de Boa Vista ne sont pas d'aussi beaux hommes que ceux de l'Aldea da Estiva, et me parurent moins civilisés. Aussitôt que l'on eut déchargé mes malles, le rancho du village, sous lequel je m'étais établi, se remplit de femmes qui mendiaient très-effrontément des colliers et des bracelets, tandis que, au contraire, celles d'Estiva et du Rio das Pedras restent dans leurs maisons, comme les Portugaises-Brésiliennes. La cause de la différence qui existe dans les formes extérieures des habitants de ces aidées échappa à mes moyens d'observation; quant aux différences que je remarquai entre les moeurs des uns et des autres, elles tenaient très-probablement à ce que

U) Le Dom de Boa VisUi se retrouve, au Brésil, en ceot endroits différents.

Boa Vista n'avait pas r avantage d*ètre dirigé par un homme de beaucoup de sens , comme chacun des deux autres villages.

Les Indiens de Boa Vista m'offrirent toutes les denrées du pays, ce qui prouve qu'ils ne négligent point la culture de leurs terres. Ils doivent trouver assez facilement le débit de leurs récoltes, car, chez eui, comme à Estîva et au Bio das Pedras, il existe un rancho pour les voyageurs, et la route traverse également leur village.

J'étais arrivé à Boa Vista un jour de fête. Un des habitants venait d'achever de couper les bois qui , après avoir été brûlés, devaient faire place à ses plantations. Chaque cultivateur, à son tour, invite ses voisins à l'aider dans ce genre de travail, et ensuite il les convie à un repas dans lequel on boit beaucoup de tafia et qui se termine par des battiques. Les Indiens de Boa Vista dansèrent toute la nuit, en s' accompagnant de battements de mains et de chants qui les réjouissaient sans doute, mais qui pouvaient paraître à des oreilles européennes plutât dignes d'un enterrement que d'une réjouissance. « Les habitants primitifs de l'Amérique, ditEschwege (1], en parlant des Indiens d'Estiva, saisissent toutes les occasions de se divertir, tandis que les nouveaux venus. Européens, s'abandonnent h la tristesse, oppriment ces pauvres gens de toutes les manières et leur envient le peu de joie qu'il leur est permis de goûter. » Amollis, énervés par la chaleur des contrées tropicales, les hommes de race cancasique tombent dans la nonchalance et perdent leur gatté. Quant è l'oppression dont ils se rendent trop souvent coupables envers les In-

vl) Bras., I, 86.

diensy c'est la force substituée au droit; c*esl ce que nous offre partout et dans tous les temps T histoire de notre espèce; on profite de la faiblesse de riofinne et du vieillard, et, si la loi n'avait entouré de protection la fortune de l'orphelin, il ne tarderait pas à être dépouillé.

Ces réflexions, au reste, ne sont point applicables aux Indiens des trois aidées du Rio das Vdhas (1819). fl est à regretter saiis doute que, sous le rapport religieux et moral, ils fussent, pour ainsi dire, abandonnés à eux-nèmes, comme le sont plus ou moins tous les indigènes du Brésil ; mais, d'ailleurs, je n'ai point vu d'hommes de c^ie race qui fussent plus heureux qu'ils ne l'étaient dors. C'était à peine si quelques Portugais étaient venus s'établir pami eux ; personne ne les vexait, personne ne trouUait leur repos; ils ne payaient pas même la dime. Us avaient peu de besoins, point de tentations. Leurs terres étaient excdlentes, et un léger travail suffisait pour assurer leur subsistance; avec le coton qu'ils avaient recueilli, ils fabriquaient dans leurs maisons la toile dont ils se couvraieet; eux-mêmes faisaient aussi leur poterie; le sel et le fer étaient les seuls objets qu'ils étaient forcés d'acheter, et, pour se les procurer, ils retiraient de la vente de leurs denrées plus d'argent qu'il ne leur était nécessaire d'eu posséder. Ils vivaient dans une paix profonde et étaient unis entre eux, comme le sont généralement les Indiens; connaissant les avantages les plus réels de la civilisation, ils en ignoraient les maux; ils étaient étrangers au luxe, k la cupidité, à l'ambition, et à cette prévoyance qui poursuit les hommes de notre race et empoisonne le présent pour un avenir incertain. Hélas ! tant de bonheur, comme on le verra, devait probablement avoir bientôt un terme.

Ce que je viens de racontar des divers métis voisins duRio dasVelhas prouve que, si j*ai engagé, il y a déjà longtemps» Tadministration brésilienne à encourager de tout son pouvoir les alliances légitimes des Indiennes avec des Africains, je ne me suis point permis de le faire sans de valables mo* tifs. J'ai pu dire* on le voit, que par ces mariages on ob* tiendrait une race mixte qui, moins défectueuse que la race américaine proprement dite, serait plus capable que cette dernière de résister à la supériorité des blancs, qui serait moins en désaccord avec notre état dé civilisation , et s'amalgamerait peu è peu avec la population actuelle. Par ce moyen seul, je le répète, on empêchera que les feibles restes des nations indiennes ne soient entièrement perdus pour le pays dont elles étaient jadis mattresses et qui a un si grand besoin d'hommes (i).

L'exemi^ des métis du Paranahyba achèverait de montrer, si cela était nécessaire» que, chez les hommes conmie chez les animaux , les rQces,'én se croisant, se perfectionnent. Il s'en faut que le métis l'emporte constamment sur les deux races dont il est issu; mais il est toujours supérieur à Tune d'elles , et il paratkait qu'il l'est è toutes les deux quand elles sont également d'un ordre inférieur. Si les mul&tres ont toute l'inconsistance de la race afiricaine , ils se distinguent d'elle, hommes et fenmies , par de fim belles formes , et surtout par une finesse d'esprit et une facilité à apprendre qui sont à peine l'apanage des blancs. Les Mamalucos (2) « bien inférieurs &x inteDigence aux

(1) Voyage dans le» provinceê de Rio de Janeiro el de Minas Gera«f,U,61,221.

(2) Voyez ce qae j'ai dit des Bfamalucos dans mon Voyage sur le littoral du Brésil, H , 18. — Voyez aussi Ferdinand Denis, Brésil, 45, et

m VOYAGE AUX SOURCES

hommes de race caucasique , remportent sur les Indiens par les qualités extérieures : souvent les Temmes sont charmantes , les hommes sont bien faits , et Thistoire du Brésil atteste assez la force de ces derniers , leur intrépidité, leur audace et la supériorité qu'ils eurent toujours sur leurs ancêtres maternels. Descendants de nègres et d'Indiennes, les Curibocas, comme on vient de le voir, s'élèvent au-dessus des deux races dont ils sont issus, par leur consistance, leur bon sens et leur aptitude è une civilisation plus grande que celle dont leurs parents sont susceptibles. Si Ton pouvait étudier d'une manière comparative les mulâtres nés des négresses si intelligeiites et si belles de la Côte d'or, et ceux qui descendent des fenmies stupides du Congo ou de Benguela, il est vraisemblable qu'on trouverait quelques différences; mais on ne saurait les découvrir au premier coup d'œil. 11 n'en est pas de même des Curibocas : non-seulement j'observai parmi eux des différences individuelles très-remarquables, mais les cheveux , toujours crépus chez les mulâtres, sont quelquefois lisses chez des Curibocas, aussi noirs que leurs frères. M. A. d'Orbigny a aussi observé (1) que le mélange des deui races ne produit pas toujours des changements également sensiUes. Les cheveux des enfants des nègres et des femmes guaranis sont , suivant le même auteur, tantôt crépus , tantôt presque plats , et tandis que, chez les mêmes métis, le nez

toutes les histoires du Brésil.— Je D*ai pas besoin d'ajouter que les descendants des nègres et des Indiennes ne s'appellent point coffres ^ comme Ta cru un voyageur français (Scz., Sotiv.» 224). Les caJltras, et non cabrée , sont les enfants des négresses et des mulâtres ou des mulâtresses èl des nègres.

il) Vhomme américain, 1, 143.

ofTre à peine un léger aplatissement , celui des habitants du Paranabyba est, comme on Ta vu, démesurément large; les uns et les autres sont plus Indiens que nègres ; mais le mélange a embelli les Guaranis et il a enlaidi les Bororôs.

Notons ces faits singuliers; mais attendons, pour chercher à les expliquer, que nous en ayons encore d'autres du même ordre. Si l'anthropologie est encore si obscure, c'est peut-être parce qu'on a beaucoup trop raisonné sur cette science et trop peu observé.

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27 i VOYAGE AUX SOURCES

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