CHAPITRE III
ENTRÉE DE LA PROVINCE DE MINAS GERAES PAR LE RIO PRETO. — LE VILLAGE DE CE NOM. — LA SERRA NEGRA.
Le Kio Preto. —■ Douane placée à rentrée de la province de Minas Geraes. — Visite à des malades. — Le ylllage de Rio Preto ; son histoire ; détails sar son état actuel. — Cootinnation de la même roate. — Le rancho de S. Gabriel. — Herborisation dans la Serra Negra. — Chemin désert, — Thomé de Oliveira , chaumière. — La Serra da Mantiqueira. — AUo da Serra, chaumière.
C'était vers le hameau de Rio Preto que je me dirigeais; immédiatement avant d'y arriver, on rencontre la rivière qui lui a donné son nom et qui est un des affluents du Parahyba (1). Le pont sur lequel on la passe est en bois et a 150 pas de longueur. Jusqu'à ce moment , j'avais voyagé dans la province de Rio de Janeiro : sur la rive gauche du Rio Preto , je me retrouvai dans celle de Minas Geraes. Je ne pus sans attendrissement voir encore cette terre hospitalière, où j'avais déjà passé quinze mois, et où j'avais reçu tant de marques d'intérêt et de bienveillance.
A quelques pas de l'extrémité du pont est un hangar ouvert de tous les côtés et soutenu par des poteaux : c'est là leregistro (douane) où Ton fait décharger les mulets qui viennent de la province de Minas et ceux qui s'y rendent.
(1) Caz., Corog. Bras., I, 367.
On visite les ballots qui sortent de cette province , ponr s'assurer s'ils ne contiennent ni or ni diamants; on fait payer les droits sur ceux qui viennent de Rio de Janeiro et on les visite également , afin de voir si Ton ne fait point entrer à Minas de faux billets depermtUa [i), et si l'on ne frustre pas la poste de ce qui lui est dû en emportant des lettres. Les droits se payent ici, conune à Matbias Bacbosa et à Halhada (2), sur le poids des marchandises, sans aucun égard pour leur valeur intrinsèque et leur degré d'utilité (3).
Les préposés au registro sont deux employés civils , un administrateur qui reçoit les deniers , un commis qui tient les écritures, et, de plus, six soldats du régiment de cavalerie de Minas , conunandés par un fourrier et par un capo-
(1) Les billets de permuta étaient ceux que Ton donnait dans les maisons de change (casas de permuta) pour de petites quantités d'or en pondre (vo^ez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1.341).
(2) Toyex mon Foyof* dans les provinces de Rio de Janeiro , etc., 1,90, et n, 387.
(3) On sait qne tons les étonomistes ont virement condamné les douanes intérieures , et que M. Horace Say en arait fortement conseillé la suppression aux autorités brésiliennes dans son excellent livre intitulé , Histoire des relations commerciales entre la France et le Brésil, Paris, 18 fO. L'administration a enân compris les véritables intérêts du pays; le r^ijrif ^o de Matbias Barbosa sur la grande route de Minas h Rio de Janeiro n'existe plus (Suk., Souv,, Îê8), et il n'est pas h présumer qu'on ait conservé les autres. La suppression des douanes intérirares a d'autant plus dlmportance pour le Brésil , qu'elles étaient nue barrière entre les différentes provinces , et le gouvernement ne saurait fiûre trop d'efforts pour rapprocher ceUesHi^i tes unes des autres, pour animer les habitants d'un même esprit, pour efifocer jusqu'aux moindres traces des rivalités mesquines et dissolvantes , qui étaient en grande partie le résultat de l'ancien système colonial et celui des entraves mises aux communications les plus indispensables.
48 VOYAGK AUX SOURCES
rai (i). Comme à Mathias Barbosa, c'est directement pour le compte du fisc que les droits se perçoivent. Les deux employés civils sont seuls permanents ; on change de temps en temps les soldats et leur chef.
Je n'éprouvai point les désagréments de la visite; j'en fus exempté par les passe-ports que je tenais du ministre d'État.
Je m'établis , pour y passer la nuit , sous le hangar qui servait, comme je l'ai dit, de registro, et me mis à analyser des plantes, malgré le bruit affreux que Ton faisait autour de moi. Mon travail fit croire que j'étais un médecin , et, malgré mes protestations d'ignorance, le sous-officier qui commandait le poste voulut absolument me faire voir deux de ses soldats qui étaient malades. Pour ne point paraître manquer de complaisance, je me laissai conduire chez ces deux hommes; je fis des ordonnances assurément trèsinnocentes , et je souhaite que le ciel ait béni ma bonne volonté.
Mes visites terminées, le commandant me mena sur une colline d'où l'on découvre le hameau de Rio Preto. La rivière à laquelle il doit son nom serpente dans une large vallée bornée par une haute montagne; elle coule avec rapidité, et, quand elle ne sort pas de son lit, elle peut avoir une soixantaine de pas. Le pont en bois qui la traverse est d'un efiTet assez pittoresque. A celle de ses extrémités qui aboutit au hameau est une croix , et , suivant la coutume , un tronc avec un tableau qui représente les âmes du purgatoire. On a bâti le hameau sur la rive gauche du Rio
vl) Au Brésil comme en Portugal , les ooras de fourrier [furiel), sergeat {sargenlo) , caporal ( cabo ctesquadra ou simplement rabo ) sont en usage dans la cavalerie comme dans Finfanterie.
Preto» dans une espèce de petite plaine qui se troave entre la rivière et les montagnes. Il se èompose presque uniquement d'une rue fort large, parallèle à la rivière et formée par une cinquantaine de maisons. Celles-ci sont basses , étroites ^ écartées les unes des autres , et ont toutes un petit jardin où les Bananiers et les Orangers sont entassés sans ordre. Parmi les maisons de Rio Preto on compte plusieurs vendas et quelques boutiques. Ce hameau possède une église qui est une succursale; en 1819» il faisait partie de la paroisse de Barbacena, ville dont il est éloigné de plus de 90 lieues» et alors aucun prêtre ne desservait son église; mais lorsque» en 18Sâ, je repassai par ce même lieu, il avait 011 chapelain (eapeltao) (i) ; sa succursale n'appartenait plus à Barbacena , on l'avait réunie à une autre paroisse dont le village, plus voisin , d*Ibitipoca est le chef-lieu. Pour ce qui regarde le civil , le Rio Preto dépend (1822) du tertno (2) de Barbacena et de la comarca de S. Joâo d'el Rei ou Rio das Mortes , comme aussi toute la contrée que je parcourus jusqu'au Rio Grande.
Les commencements du hameau de Rio Preto ne datent que d'un petit nombre d'années , et son histoire est celle de la plupart des villages de la province de Minas Geraes. Ses premiers habitants furent attirés par l'or que Ton retirait autrefois, assez abondamment , du lit de la rivière , et l'on voit encore aujourd'hui , sur le bord de celle-ci , quelques tas de cailloux, résidus des lavages; mais l'or s'est
(1) Sur la biérarcbie ecclésiastique dans la province de Minas, on peut consulter mon Voyage dans la province de Rio de Janeiro , etc., 1, 167.
(2) Les (êrmoê sont les divisions des comareat, comme celles-ci les dirisioos des provinces.
épuisé , tes bras ont manqué» et les habitants du Rio Preto ont fini par renoncer eiftièrement au travail des lavages. Actuellement ils ne vivent plus que du produit de leurs terres > et le passage des caravanes leur en assure un débit d'autant plus facile, qu'on est longtemps sans trouver un village, quand on a passé par ici en venant de Rio de Janeiro. Cependant les terres des environs de Rio Preto sont sablonneuses et peu fertiles ^ et si la canne y fournit de très-beau sucre , ce n'est qu'en petite quantités
Entre Rio Preto et S. Gabriel (1) le pays, fort boisé et très-montagneux, est beaucoup moins cultivé que celui où je voyageais depuis quelques jours. À peine rencontret-on quelques misérables chaumières (182S); presque partout les grands arbres de la forêt s'étendent jusque sur les bords de la route et donnent de l'ombrage; le^ chemin est mauvais, le terrain sablonneux, les descentes très-roides. Comme j'avais beaucoup monté depuis le Parahyba, je ne ressentais plus une chaleur aussi forte , et je trouvai, dans les bois vierges, quelques plantes que je n'avais point enencore vues depuis le commencement de mon nouveau voyage. Longtemps avant qu'on arrive à S» Gabriel , le paysage devient plus austère; alors on aperçoit la Serra Negra (la montagne noire) , une des montagnes les plus élevées parmi ces contre-forts qui s'étendent, comme je
(1) Itinéraire approiimitif du hameau de Rio Preto (Arraial do Rio Preto) jusqu'à la sortie des forêts :
De TArraial do Rio Preto h S. Gabriel , rancho. 2 1/2 iegoas.
— Thomé de Oliveira, chaumière 2 1/2
— Alto da Serra , raiicho 3
8 legoas.
Fai dit, entre la Serra do Mar et la Serra do Espinhaço.
Le rancho de 5. Gabriel y où je fis balte, est situé dans un fond , prescpie au pied de la Serra Negra et près d'une petite rivière qui porte le même nom que lui. De tons les côtés, il est entouré de sombres forêts et de bautes montagnes, dont la Serra est la plus élevée; admirable solitude, qui a un caractère d* austère majesté sans porter cependant rempreinte de la tristesse.
Le rancho dépend d'une maisonnette à cêté de laquelle est une vmda fort mal garnie. Ainsi que la maisonnette, il est couvert avec de longs morceaux de Palmier. On coupe par la moitié la tige de ces arbres, on en ête la partie intérieure, et Ton forme ainsi des espèces de gouttières, qu'on arrange sur les toits comme des tuiles creuses, c'està-dire de façon qu'une des gouttières présente le côté convexe et la gouttière voisine le côté concave. Je remar^ quai, en 18Sâ, qu'il y avait à Valença beaucoup de maisons couvertes de cette manière. ^
Je ne voulais point passer si près de la Serra Negra (1) sans y aller beii)oriser, et je conunençai cette course le lendemain du jour où j'étais arrivé à S. Gabriel. Bientôt après avoir traversé la petite rivière de ce nom, j'arrivai à un terrain composé d'un quartz blanc, grossièrement concassé, mêlé d'une légère portion de terre végétale. Ce terrain est semblable à celui que l'on observe dans les parr lies les plus élevées de la montagne ; ce sont également des arbrisseaux qui le couvrent, et, parmi eux, j'en vis déjà que je devais retrouver beaucoup plus baut, tels qu'une
(1) Il faut éviter de coofoodre cette montagne avec d'autres du même nom qui se trouvent encore dans le Brésil ; elle n*est point du nombre des Serra Negra indiquées dans le CorografUi Braxilica de Cazal.
Ericacée et la Mélastomée (n"" 55) (1). J'avais à peine marché quelques instant*^, que le sol devint beaucoup moins mauvais et les grands bois se montrèrent de nouveau. Ceci tend à prouver que la nature du terrain contribue , au Brésil , au moins autant que les hauteurs , à produire des différences dans la végétation (2); c'est ainsi que, du côté (le Villa da Victoria, dans des lieux qui sont presque de niveau avec la mer et offrent un mélange de sable blanc et de terre noire, je retrouvai quelque chose de la végétation des montagnes élevées de la province des Mines , montagnes où j'avais observé un terrain analogue (5). Au reste, je dois dire que les grands bois , dont j'ai parlé tout à l'heure , croissant dans un sol fort sablonneux , quoique meilleur, sont loin d'avoir la vigueur des forêts qui végètent dans de bonnes terres.
Continuant de monter, on retrouve un terrain où le sable, fort abondant et composé de grains très-gros , est mélangé d'un peu de terre grisâtre, et, au milieu de toutes les différences de sol qu'on remarque dans le reste de la montagne, c'est toujours le sable qui domine. Lorsque la terre redevient très-sablonneuse , la végétation change de nouveau, et, excepté dans de petits intervalles, on ne voit plus que des arbrisseaux serrés les uns contre les autres, à tige droite, haute d'environ 6 à 8 pieds. Parmi ces arbrisseaux, il en est qui sont plus communs que d'autres; par
(1) Ces numéros renyoieDt aux notes descriptires qui se trouveront à la fin de chaque volume.
(2) Il en serait autrement , sans aucun doute , si les montagnes du Brésil avaient une plus grande élévation.
(3) Voyez ihon Introduction à rhUtoire dê$ plantes ies plus remarquables du Brésil et du Para{fuayt page xxv.
exemple, rEricacée et la Mélastomée, que j'ai déjà indiquées comine croissant au pied de la montagne, un Cassia (n*" 6), une Composée (n* 60) ; mais, en général, on ne trouve point sur la Serra INegra de plantes qui en caractérisent véritablement la végétation ; aussi eus-je le plaisir d'y recueillir un tr^^rand nombre d'espèces différentes. A peu de distance du sommet, dans un espace où la terre est extrêmement mauvaise, mais qui n'est pas très-étendu, les arbrisseaux disparaissent à leur tour, et l'on ne voit plus guère qu'un soos-arbrisseau , le Lavoùiera centiformis, var. insignis {Lavoisiera instgnis, DC.) (79), Mélastomée à fruits sessiies et à feuilles disposées sur quatre rangs. Dans les endroits où la végétation a le plus de vigueur, j'admirai une Apocynée (67), qui, s'entortillant autour des arbres, orne leurs troncs et leurs rameaux de ses belles fleurs en entonnoir, couleur de rose et plus» grandes que celles du Nerium Okander, Vers le sommet de la montagne, on voit beaucoup dT arbres à tige assez menue , tortueux , rabougris , d*où pendent diverses espèces de Lichens. J'avais fait une si belle récolte de plantes , que le papier me manqua un peu avant que je fusse arrivé au sommet de la montagne; il était déjà tard et je pris le parti de revenir. Je parvins cependant assez haut pour jouir d'une vue extrêmement étendue ; mais je ne découvrais autre chose que des montagnes couvertes de bois, dont les plus élevées présentaient, à une certaine hauteur, une zone d'une couleur moins obscure , formée par les arbrisseaux qui croissent au-dessus des bois vierges.
La route passe par la Serra Negra; cependant on peut faire un détour pour éviter cette terrible montée , et je ne conçois pas qu'il y ait des muletiers assez hardis pour la
préférer. En effet, rien n'est affreux comme ce chemin; ce n'est souvent qu'un sentier étroit qui passe sur des rochers glissants, presque à pic, où l'on marche à côté d'un profond précipice (1).
Tout le monde assure qu'il y a ordinairement des jaguars dans la Serra, mais je n'en aperçus point. Je rencontrai deux hommes, dont l'un tenait un pistolet et l'autre un grand couteau; c'était vraisemblablement dans l'intention de se défendre contre les bêtes sauvages qu'ils s'étaient ainsi armés, car ils m'ôtèrent leur chapeau et me souhaitèrent le bonsoir avec beaucoup de politesse. •
J'avais recueilli, sur la montagne, près de soixante espèces de plantes ; voulant les étudier, je passai un jour à S. Gabriel.
Le lendemain, je me remis en route et pris le chemin qui dispense de monter la Serra Negra. C'était depuis trois ans qu'il avait été ouvert au public , et l'on me raconta qu'on en était redevable à un riche marchand de bestiaux, nommé Antonio Francisco de Azevedo. L'intendant de la police, ajouta -t-on , avait promis à cet homme que , s'il rendait le chemin praticable pour des chars à bœufs, le bétail qu'il enverrait à Rio de Janeiro, pendant tout le reste de sa vie, serait entièrement exempt de droits (2). Antonio Francisco, me dit-on encore , avait travaillé à ce chemin pendant deux ans et y avaitdéjàdépensél8,000 crusades. On ne devine pas trop ce que l'intendant de la po-
(1) Lorsque je passai par S. Gabriel , en 1822 , je montai sur la moutagne avec des mulets chargés. Ou avait rcudu le chemin un peu meilleur ; mais ,par intervalles , il était encore extrêmement difflcile.
(2) On voit, d'après la manière dont je rapporte ces divers détails, que je n*oserais les garantir entièrement.
DV RIO DE S. FRANCISCO. 5â
lice avait à démêler dans cette affaire ; mais, Â cette époque, tous les pouvoirs étaient confondus : j'ai déjà rapporté, dans une autre de mes relations , qu'on avait pris sur les fonds affectés à la police Targent nécessaire k l'établissement d'une colooie nouvelle, celle de Vianna (1). Quoi qu'il en soit de tout ceci , on n'avait pu, ou bien on n'avait pas su éviter, dans le nouveau chemin, une suite de montées trèsroides et très-fatigantes.
Là, de quelque côté que se portassent mes regards, je ne voyais que des montagnes élevées, dont les flancs sont couverts de grands bois et le sommet d'arbrisseaux. Partout le terrain est sablonneux ; les arbres n'ont qu'une vigueur médiocre et offrent une teinte sombre et grisâtre; la profondeur des vallons ajoute encore à l'ôpreté de ces vastes solitudes. On m'a dit que lesbètes sauvages, les jaguars, les tapirs, les pécaris (porcos do tneUo) y sont très-commans; cependant je n'aperçus aucun de ces animaux. Ce pays jouit, è la vérité, d'un grand avantage; mais il lui est conunuaavec bien d'autres parties de la province des Mines, celui d'avoir des eaux d'une fraîcheur, d'une pureté dont n'approchent point celles qu'on boit en Europe. Chaque vallée sert de lit à un ruisseau où le voyageur se désaltère avec une sorte de volupté qui n'est connue que dans les pays très-chauds. C'est sur le bord de deux de ces ruisseaux que l'on rencontre les deux seules chaumières qui se trouvent entre S. Gabriel et le lieu ou je fis halte. Dans ce lieu était aussi une misérable chaumière qui avait été construite pendant qu'on travaillait au chemin ; elle était déjà à moitié tombée, et le premier vent aura achevé de l'abattre.
• 1^ Voyage dam le dUlricl des Diamanu, etc.» il » 363.
56 VOYAGE iUX SOURCES
La nuit fut très-froide; la triste maisonnette où je la passai était ouverte de tous les côtés, et, quoique j'eusse sur mon lit une lourde capote et une couverture de coton , j'eus beaucoup de peine à me réchauffer. De notables changements ne tardèrent cependant point à s'opérer dans la température. A six heures et demie, le thermomètre n'était encore qu'à 42 degrés Réaumur; mais , une demi-heure après, il était déjà à 14 degrés, et bientôt la chaleur devint insupportable partout où il n'y avait pas d'ombre. Les grands arbres avaient été coupés sur les deux bords du chemin, et le soleil dardait sur nos tètes ses rayons brûlants.
L'ensemble de notre route nous offrit des montagnes encore plus élevées que celles de la veille , des vallées plus larges et plus profondes , des montées encore plus pénibles. Le chemin était tellement difficile , que nous mimes six heures à faire 5 lieues.
La première montagne que je trouvai, après avoir quitté Thomé cle Oliveira (nom d'homme), le lieu où j'avais fait halte , porte le nom de Monte Verde , et , à la fin de la journée, je passai la fameuse Serra da Mantiqueira, partie méridionale de cette longue chaîne (Serra do Espinhaço, Eschw. ) (1), que l'on rencontre lorsque, après avoir passé la
(i) Cazal avait reconnu qae la Serra da Mantiqueira traverse réellement toute la province des Mines ; car il s'exprime ainsi : « La Serra da « Mantiqueira , qui est la plus célèbre de la province, commence dans la (f partie septentrionale de celle de Saint-Paul ; formant des sinuosités , « eUe s'étend à peu près vers le nord-est, jusque dans le voisinage de tt là ville de Barbacena , et de là elle se dirige du côté du nord , pour « atteindre Textrémité de la province ; eUe cbange souvent de nom et ne <c conserve pas toujours la même bauteur ( Corografia Brazilica , I , (c 360). » Comme cette cbainc n*est réellement connue sous le nom de Serra da Mantiqueira que dans une partie de son étendue, d'Escbwege
chaîne maritime, on se dirige vers Foccident de ]a province des Mines. La Serra da Mantiqueira divise les eaux du Parahyba et du Rio Doce de celles du Rio Grande , qui finit par devenir le Rio de ia Plata (1). Je Vavais déjà traversée en me rendant à Villa Rica par la route ordinaire. Du sommet de cette Serra , je découvris une immense étendue de montagnes couvertes de bois , et en particulier la Serra Negra.
Ce jour-là» je vis sur le bord du chemin trois chaumières et une habitation un peu plus considérable. Les terres valent mieux , en général , que celles du pays que j'avais traversé la veille; sur le penchant des montagnes, le maïs rend jusqu'à 200 pour 1. Je fis halte, très-fatigué, sous un misérable rancho , qui tient à une cabane plus misérable encore , et où demeuraient de pauvres mulâtres. Ce lieu porte le nom d'^/(o da Serra (le haut de la montagne). A huit heures et demie du soir, le thermomètre était déjà descendu à f 5 degrés Réaumur, et la nuit fut encore plus froide que la précédente.
a cm, arec raisoo, devoir imaginer une dénomioation qai en indiquât la kagoeor tout entière. Le nom de Serra do Espinhaço ( montagne de Tépine dorsale ) pourra paraître bizarre , mais je crois qn'il faut le conaerr^, parce qu'il a été employé le premier, et le préférer h celui de chaîne centrale , proposé par Teicellent géographe Balbi dans sa Géofraphie univenelie.
(i) Voyez aïoa Voyage ëan$ lei provinces de Rio de Janeiro, etc., 1.