‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 8 sur 43 · LKS GAMPOS. — TABLEAU GÉNÉRAL DU CANTON DE RIO GRANDE · texte numérisé non relu

LKS GAMPOS. — TABLEAU GÉNÉRAL DU CANTON DE RIO GRANDE

Entrée des campa. Cause de U diflërence qui eiiste entre la régétatioD qui les caractérise et celle des bois vierges. Lear monotonie. Us ne sont cependant pas toujours eiactement les mêmes. Idée générale de ceui qui s'étendent depuis les forêts primitives jusqu'à S. Joâo d*El Rei. — Le Rio Grande ; son cours gigantesque ; utilité dont il peut être pour le Brésil.— Les habitants du canton de Bio Grande^ d'abord mineurs, puis agriculteurs. — Détails sur l'éducation des bètes à cornes; le parti qu'on tire des bestiaux; manière de faire les fromages. — Comment on engraisse les cochons ; le lard. — Les moutons ; leur laine ; le peu de soins qu'on leur donne ; nécessité de quelques améliorations. — Produit des faxendas du canton de Rio Grande. — Mœurs des cultivateurs. Leurs femmes. Peinture de leurs habitations.

Après avoir quitté {le 14 février) le pauvre rtfncfco où j'avais passé la nuit, je cheminai encore, pendant quelques instants, dans une vallée profonde entourée de bois vierges. Cependant je montais peu à peu : tout à coup Taspect du pays changea comme une décoration de théâtre , et je découvris une étendue immense de mornes arrondis , couverts seulement d'une herbe grisâtre, et entre lesquels se trouvent jetés çà et là des bouquets de bois d'un vert foncé. J'entrais alors dans la région des catnpos. Je n'avais pas ignoré que j'y arriverais ce jour-là ; mais ce que j'avais vu,

deux ans plus tôt, sur la route de Yiila Rica ne m* avait point préparé à un changement aussi brusque. Il produisit sur moi une vive impression de surprise et d'admimtion : ces campos à perte de vue sont une image bien moins imparfaite de l'immensité que la mer, lorsqu'on y jette les yeux d'une plage peu élevée, et cette image devenait plus frap* pante encore au sortir des forêts primitives, où souvent on toucherait presque de la main les objets qui bornent r horizon.

En quittant les bois vierges, je pus faire une comparaison exacte entre la disposition des terrains où ils végètent et celle du sol qu'occupent les e€mpos , et je me confirmai dans les idées que j'avais déjà sur les causes d'une diffé* T&ïce si prononcée dans la végétation (1). Les forêts couvrent des contrées hérissées de montagnes roides et escarpées, qui se garantissent les unes les autres contre la forc« des vents ; et en même temps les ruisseaux , qui , entre les monts , arrosent des vallées étroites et profondes , entretiennent dans l'air une fraîcheur et une humidité continuelles. Au contraire, dans les pays de camposy les mornes sont arrondis et s'élèvent par une pente douce; les vallées qui séparent ceux-ci sont larges et peu profondes , et enfin les ruisseaux sont peu multipliés ; aussi la sécheresse estelle très-grande dans ces régions , et les vents y régnent en liberté, deux causes qui ne permettent pas à la ^régétation de devenir plus vigoureuse. Mais, si le flanc d'un morne présente un enfoncement qui soit abrité , si quelque ruisseau arrose un vallon , on est sur de trouver la un bouquet ou une lisière de bois vierges , qui , défrichés ,

(1) Voyage dans les prùvinces ëe Rio de Janeiro, etc., U , 23.

prodairoDt du maïs et d'autres plantes utiles à rhomme.

La Serra da Mantiqueira, que je venais de traverser et qui forme une portion de la Serra do Espinhaço (Eschw.), esif comme Ton sait, la limite des forêts et des campos (1). Pendant plusieurs mois , j'allais étendre mes regards sur un pays découvert, et le bois, connu sous le nom de Maio Grosso , que je traversai dans la province de Goyaz , avant d'arriver à sa capitale , est bien loin d'avoir la majesté des forêts vierges de Rio de Janeiro et de Minas Geraes. Mais , il faut le dire, la répétition des mêmes objets a bientôt épuisé l'admiration ^ et, au milieu de ces déserts auxquels l'industrie humaine n'a pi^sque rien Até de leur monotonie primitive, le voyageur succomberait sous le poids de l'ennui , s'il n'était soutenu par de grands intérêts, ou si , livré À l'histoire naturelle, il n'échappait, par l'étude variée des détails, à l'uniformité de l'ensemble.

n ne faut pourtant pas croire qu'il existe entre tous les campos une ressemblance parfaite; mes deux premières

(1) Cette limite n*est cependant point parfaitement tranchée. J'ai dit ailleurs {Tableau de la végétation primitive dans la province de Minos Geraei , imprimé dans les Annàlet des sciences naturelles , septembre 1831) que , au midi de la prorince des Blines, les bois débordent sur le yersant occidental de la Serra do Espinbaço. 11 y a plus : toujours au midi, yers la province de Saint-Paul , j'ai trouvé un pays entièrement boisé dans Tespace de 9 lieues environ, au delà de la Serra da M anttquiera, depuis Baëpendy jusqu'à Tendroit appelé Corrego Fundù, Plus au midi encore, dans la province même de S. Paul, venant de Goyaz, j*ai traversé des bois qui commencent à 1 lieue du Rio Tibaya, sur un terrain qui ne m'a point semblé plus montueui que celui que j'avais parcouru les jours précédents, et ces bois se sont prolongés dans un espace d'à peu près 14 lieues jusqu'aux montagnes même de Jundiaby, et sont, par conséquent , situés aussi au delà de ces montagnes ; or celles-ci appartiennent bien certainement à cette partie de la Serra do Espinbaco qui se dirige dans la province de S. Paul , du sud-ouest vers le nord-est.

W RIO DE S. FRANCISCO. Gi

relatîoBsont suffisamment prouvé le contraire (1). Comme la région des forêts se divise en plusieurs sous-régions , de même aussi on en observe deiix bien distinctes dans la région des campos , qui ,. tantôt ne présente que des herbes et des sous-arbrisseaux (taboleiros descobertos) , et tantôt offre ci et là, au milieu des pâturages, des arbres tortueux et rabougris (taboleiros cobertos). Les deux sous-régions entre lesquelles se partagent les campos n'ont peut-être pas de liinites aussi précises que celles des trois sous-régions dont r ensemble compose la région des forêts , savoir, les

(1) Un Toyagenr qui a traversé la région des bois vierges eo suiraot la grande roate de Rio de Janeiro h Ouro Preto , et qui ensuite a passé dans les campos , définit ce mot de la manière suivante : « Le nom de campos désigne une suite de collines presque entièrement dépouillées de Tégétatioa : ce n*est que dans les vallées qu'on trouve quelques arbres et an peu de verdure ; on ne voit de tous cdtés que des plateaux

arides (Suz., Souv., 277, 278). » Puis, quand le même auteur veut peindre le district des Diamants , il donne cette autre définition : « Les campos sont des plaines arides, à peine couvertes d'une mousse légère ( 1. c. 332). » Des observateurs très-habiles, Martius, Pohl , Gardner, se sont occupés avec un soin particulier de la végétation de Minas Geraes, et n n*est pas à ma connaissance qu'aucun d'eux ait représenté les campos eommedes eotUnes presqru entièrement dépouillées de végétation. Le saTint Martius dit , comme moi , qu'ils difièrent beaucoup entre eui, etfen pourrais citer dont il fait un tableau enchanteur. Ceui que l'on traverse, en sortant des bois vierges, pour se rendre, par la grande raate, ée Is capitale du Brésil k Ouro Preto, ne sauraient être mieux comparés qu'aux pacages de plusieurs de nos hautes montagnes d'Europe. Quant au district des Diamants, il est incontestable que, en une foule d'endroits, il serait entièrement rebelle à la culture; mais c'est peut-être dans ce district que Ton trouve la plus belle Flore phanérogamique de tout le Brésil méridional , et ni M. Gardner ni moi n'avons vu, soit dans les alentours de Diamantina (Tijuco) , soit dans les autres parties de la province des Mines , des plaines à peine rouvertes d'une mousse légère.

matos virgens, les cattngas et les carrascos (4). Cependant on peut établir que les parties les plus élevées de la régiùn des campos sont généralement couvertes de pâturages herbeux, et que, dans les parties les plus basses, les pâturages sont parsemés d'arbrisseaux. Ainsi je n'ai trouvé que des campos formés d'herbes et de sous-arbrisseaux dans une hnmense portion de la plus haute peut-être des comarcas de la province des Mines, celle de S. Joâo d'el Rei ; et ce sont encore des pâturages de même nature que j'ai revus partout, en traversant, presque au pied de la Serra do Espi nhaço , le pays fort élevé qui , à l'ouest de cette même Serra, s'étend de Caeté (2) ou Villa Nova da Rainha aux limites du territoire de S. Joâo d'El Rei. Au contraire, ainsi qu'on le verra plus tard, j'ai trouvé beaucoup de pâturages parsemés d'arbres rabougris sur le territoire de la comarca de Paracatù, et en 1817 j'avais constamment observé le même genre de végétation dans les 150 lieues portugaises que je parcourus au milieu du Sertâo, à peu près entre les 14* et 18* degrés de latitude sud, du côté oriental du S. Francisco, à une distance déjà fort considérable de la source de ce fleuve. De là il résulte que la sous-région, plus méridionale , des campos simplement herbeux correspond particulièrement à celle des forêts proprement dites (matos virgens), ou , si l'on aime mieux, que ces sous-régions sont plus particulièrement situées entre les mêmes parallèles; et que la sous-région, plus septentrio-

(1) Voyez mon Tableau de la végélalion primitive dans la province de Minât Gèraes, dans les Annales des sciences naturelles, septembre 1331, et ma première relation, vol. U.

(2) J'ai dit aillenrs pourquoi je donnais la préférence à cette orthographe.

DU RIO DE S. FRANaSCO. 63

nale, des campos parsemés d'arbres rabougris correspond davantage à celle des carrascos et des calingas (1).

Ce qui précède indique assez quelle doit être, dans son ensemble, la végétation du pays situé entre les forêts et la ville de S. Joâo.

Avant d'arriver à cette ville, je fis environ H lieues. Dans cet espace s'étendent des campos à perte de vue. Les mornes sont généralement arrondis, les vallées peu profondes. Dans les enfoncements , Ton voit des bouquets de bois ; ailleurs croissent des Graminées , au milieu (tesquelles sont éparses d'autres berbes et des sous-arbrisseaux. Les Graminées appartiennent à un petit nombre d'espèces ; aucune forme remarquable ne s'observe chez les plantes qui croissent parmi elles; ce sont principalement des Corymbifères ( Juss* ) , dont les fleurs sont flosculeoses et hermaphrodites , l'involucre embriqué , l'aigrette sessile, le réceptacle presque toujours nu; puis viennent des Mélastomées , ensuite quelques Rubiacées à . fruits séparables (telles que les n"^ 95, 134) , et enfin les (;a*«a (171 et 150).

Dans la partie la plus basse dés mornes, la végétation est un peu différente de celle des hauteurs ; on y voit des arbrisseaux qui appartiennent , en général , à la famille; des Composées, un Hyptis (305), et, en très-grande abondance, cette Graminée du genre Saccliarum, qui se fait remarquer par ses tiges dures et assez hautes, par ses feuilles rôides et horizontales, et qu'on appelle vulgairement jRoio de reposa y Queue-de-renard (Atiqtherium 6t-

{i) Tableau de la végétaHon dans laprovincs de Mlinas Geraes, par Auguste de S. H., imprimé dans tes AnfMles des sciencss nalurelles, septembre 183 i.

r>4 VOYAGE AUX SOURCES

corne?). Ces eampos m'offrirent sans doute des différences y soit dans la disposition du terrain , soit dans l'ensemble de la végétation; mais je me réserve de les signaler, en présentant les détails circonstanciés de mon itinéraire.

Le fameux Rio Grande, dans son cours supérieur, arrose les campagnes que je viens de faire connaître , et leur communique son nom (le canton de Rio Grande ). Cette rivière divise la comarca de S. Joâo d'el Rei en deux parties , Tuné septentrionale et l'autre méridionale. Elle prend sa source dans la Serra da Juruocay éloignée de S. Joâo d'environ 25 lieues du côte du sud; elle coule d'abord vers le nord , puis vers le nord-est, puis enfin vers l'occident. A 20 lieues environ de S. Joâo , elle reçoit le Rio das Mortes , plus loin le Sapucahy , et plus loin encore le Rio Pardo; elle sert de limite aux provinces de Saint-Paul et de Goyaz , et , réunie au Paranahyba, elle prend le nom de Parannây pour devenir le Paraguay, l'un des deux grands cours d'eau qui forment le Rio de la Plata (1). Voici à peu près comment s'expriment MM. Spix et Martius sur cette importante rivière : « Ce n'est pas seulement vers le sud que, du voisinage de S. Joâo d'El Rei , on pourrait , embarqué sur le Rio Grande, se rendre dans le Paraguay et à Buenos-Ayres; la navigation serait possible par les affluents septentrionaux

(1) Cazal, Corog. Braz.^ I, 207. 375. — Oo assure gënéralemeDt , h ce que prétend Luccock , que le Rio Grande , lor»qu*il est déjà devenu un fleuve considérable , disparaît et se fraye une route souterraine sons la surface d'une plaine immense, qui lui doit une riche et éterneUe verdure {yotes on Braz., 536). Personne ne m*a parlé d'une semblable merveille; je ne trouve rien non plus dans les écrits de Cazal, de Pizarro, de Spix et de Martius, qui justiBe Tassertion de Luccock, et je ne saurais m*empècher de la considérer comme erronée.

ou BIO D£ S. FRANCISCO. .6»

de cette rivière jusqu'à quelques lieues de Villa Boa. Le capitaine José Pinto, qui, en 1816, entreprit de trouver une route par les fleuves entre Villa Boa et Saint-Paul , a jeté assez de lumière sur la géographie de ces contrées pour que déjà on puisse songer à la communication importante dont il s'agit. On sait, en effet, que, si Ton s'embarque sur le Rio dos Bois , à l'endroit appelé Annicuns , situé à 12 lieues de Villa Boa , on arrive bientôt au Paranahyb^. Quand on a fait 3 lieues sur cette rivière, on rencontre une cataracte. De là au confluent du Paranahyba et du Rio Grande où tous deux réunis prennent le nom de Parannà , il n'y a qu'environ 20 lieues, et, si les chutes d'eau doivent rendre difficile la navigation du Rio Grande jusque dans les environs de S. Joâo, disent, en finissant, MM. Spix et Martius, du moins cette navigation ne serait pas interrompue (1). » Quand on songe, d'un autre côté, que, dès à présent, on communique, par le Rio do Tocfntins, de Goyaz avec la capitale du Paré, en s' embarquant à une très-faible distance de Villa Boa, on s'étonne des avantages immenses qui ont été départis aux Brésiliens pour la navigation intérieure de leur pays. On serait tenté de croire que l'auteur de la nature, en formant ainsi lui-même des liens entre les diverses parties de cet immense empire, a voulu indiquer à ceux qui l'habitent qu'ils ne doivent pas se désunir. Voilà en point qui, situé environ par les ^V T 4" latitude australe et les AT 55' longitude, à partir du méridien de Paris (S) , est appelé à communiquer, par eau, presque sans

(1) Hiiie, I, 313.— Consoltez, sar cette Dâvigation, Vltinêrario de lUttO0, U, 193.

(2) La podtioa qae j*indiqiie ici, d'après Tonvrage de Spix et Martins et les matbématkâeiis portugais cités par d'Eschwege, est celle de

tiG VOYAGE AUX SOURCES

interruption , avec deux ports, Montevideo et Para, placés l'un à r embouchure du Rio de la Plata , l'autre à celle du Rio do Tocantins, de plus avec Matogrosso , le Paraguay, l'Entre Rios et les anciennes Missions de l'Uruguay! Que sont nos mesquines rivières auprès de ces fleuves gigantesques , qui parcourent tant de contrées diverses et dont les eaux , après avoir arrosé les arbres majestueux de la zone torride, font naître sur d'autres rives les humbles herbes des climats tempérés 1 Malheureusement, il se passera sans doute bien des années avant que les Brésiliens, pouvant aider la nature, profitent de si beaux avantages, et que les colons des environs de S. Joâo , en particulier, aient d'autres moyens de communication que leurs mulets, actuellement les seuls navires de leurs déserts (i).

C'était de l'or que cherchaient les premiers habitants du canton que je parcourus pour me rendre à S. Joâo, et qui , comme je Fai dit, est arrosé par les commencements du Rio Grande ; çà et là on voit même encore les traces de leurs travaux. Peu à peu cependant le métal , objet de tant de recherches, se présenta avec moins d'abondance; il devint plus difficile de l'extraire du sein de la terre, et alors on chercha dans l'agriculture, et principalement dans l'éducation des bestiaux, des ressources que n'offrait plus

s. Joio d'El Rei , ville par laquelle ne passe point le Rio Grande. C'est Ponte yova qui est le lieu jusqu'où les premiers de ces savants font remonter la navigation du Rio Grande ; mais Ponte Nova, d'après leur carte générale du Brésil , semblerait être situé h peu près sous le même parallèle que S. Joio et à environ 9 à 10 lieues portugaises de cette ville. Je ferai remarquer que les mêmes savants, en désignant Ponte Nova, ne disent pourtant point que la navigation ne pourrait pas aller plus loin encore.

(1) Cette figure orientale n'est point étrangère aui Mineiros ; car ils se servent souvent du mot navegar quand ils parlent de leurs voyages.

Textraction de For. Les excellents pâturages des environs du Rio Grande fournissent aujourd'hui (1819, i 822) la plus grande partie des bestiaux qui se consomment dans la capitale du Brésil , et quelques agriculteurs de ce pays possèdent jusqu'à cinq mille bétes à cornes (1).

Bien différents de ceux des Campos dos Goitacazes (2), les bestiaux du canton de Rio Grande sont , avec juste raison, vantés pour leur force et pour leur grandeur. Cependant on est obligé de leur donner du sel , ainsi que cela se pratique dans les parties de la province des Mines, où il n'y a ni terrains salpêtres ni eaux minérales; ainsi que cela se pratique encore dans la province de Saint-Paul, la Colombie et T Amérique septentrionale, depuis la Nouvelle-Ecosse jusqu'au Mississipi (5) : tous les mois ou environ , chaque bête obtient une poignée de la subitance pour laquelle elle a un goût si prononcé. Tandis que, dans le Sertâo (désert) oriental du S. Francisco, les vachers, qui, le plus souvent, vivent loin des yeux de leurs maîtres, sont, en général , des hommes libres (4) , ici c'est ordinairement i des esclaves qu'est confié le soin des bestiaux. Comme dans toutes les parties du Brésil que j'ai parcourues, on ne sait pas, dans le canton de Rio Grande, ce que c'est qu'une étable; cependant on n'abandonne pas le bétail à lui-même, conune cela a lieu dans le Sertâo. Les cultivateurs qui s'occupent, un peu en grand, de l'éducation des bêtes à cornes divisent leurs pAturages en différentes portions , soit par des

(1) Ce^'est pas seulement en 1819 que j*ai traversé le canton de Rio Grande ; je Tai encore parcoum en 1822.

(2) Yojez mon Voyage dans le dùtricl, etc., U, 127.

(3) Vo^aa^ <tofw la kanUe Peneylvanie, Q, 251-3.

(4) Voyage dans la province de Rio de Janeiro, etc., II , 320.

fossés, soit à Talde de palissades faites avec de gros pieux, qui ont au moins la hauteur d'un homme. Dans un de ces pâturages, on met les vaches à lait; un autre est pour les veaux, un troisième pour les génisses, un autre enfin pour les taureaux. On tient les génisses et les taureaux dans des pAturages séparés, afin que les premières acquièrent assez de force pour produire des petits vigoureux , et qu'elles ne soient pas couvertes hors de saison. Quant aux vaches à lait, elles ont toujours dans leur pâturage un taureau, que Ton appelle taro grande et que Ton pourrait comparer au pasteur des juments du Sertâo (1) ; c'est, en quelque sorte, à lui qu'est confiée la garde du troupeau; il le défend avec fureur contre les taureaux qui s'échappent des pâturages étrangers, mais on prétend qu'il épargne davantage ceux qui ont été élevés avec lui dans la même fazenda.

Jusqu'à ce que les veaux soient assez forts pour manger de l'herbe , on les garde , près de la fazenda , sous un hangar. Quant à ceux qui vont aii pâturage , on les enfenne chaque soir dans un curral, qui est un espace de terrain fort petit et entouré de palissades, lequel tient immédiatement à l'habitation ou au retira , espèce de chalet dépendant de l'habitation elle-même (S). Le lendemain matin , on va chercher les vaches dans leurs pâturages, lorsqu'elles en ont de fermés ; celles que l'on a coutume de laisser libres se rapprochent elles-mêmes de la maison du maître. Quand elles arrivent, les veaux ont déjà été mis dans la cour de la fazenda. On y fait entrer successivement une quantité de vaches qui correspond au nombre de personnes que l'on a

(1) Voyage dans le$ provinces de Rio de Janeiro, etc., H, 327.

(2) J*ai déjà donné, dans ma première relaUon, Texplieation des mots curral et retiro.

pour les traire. Chaque veau reconnaît sa mère et s'approche pour la teter. On le lie à la jambe droite de la vache , la tête tournée vers les mamelles ; on tire le lait de trois de ces dernières et on laisse la quatrième pour le veau. Le soir, on réunit encore les vaches et leurs veaux , mais alors on laisse ceux-ci teter à leur aise; ensuite on enferme les veaux, comme je l'ai dit , et Ton reconduit les vaches au pâturage. Quand le propriétaire ne met point les veaux dans un pâturage fermé, ils n'attendent pas ordinairement qu'on aille les chercher; d'eux-mêmes ils se rendent à la fazenda , tous les jours à la même heure. C'est un plaisir de voir, chaque soir, ces jeunes animaux accourir, en bondissant , pour revoir leur mère et prendre leur nourriture accoutumée.

En général, dans les Mines, on ne met le feu aux campos qu'au temps de la sécheresse; mais dans le canton de Rio Grande , en particulier, les propriétaires des grandes fazendas ont coutume de diviser en quatre portions les pâturages destinés aux vaches à lait, et, tous les trois mois , on met le feu à l'une des portions , pour procurer à ces animaux une herbe fraîche. A cet effet, un homme, à pied ou h cheval, parcourt le pâturage qu'on veut brûler, traînant derrière lui un long bambou enflammé, et ayant toujours soin d'avancer dans le même sens que le vent. Le pâturage est bientôt consumé, et, peu de temps après, il succède , à des herbes desséchées , un gazon fin , du plus beau vert, qui ressemble un peu au froment, quand il commence à sortir de terre.

Dans les environs de Juruoca, village situé à peu près à 22 lieues de S. Joâo, vers la source du Rio Grande, un propriétaire me disait que, d'après la diviî^ion qu'on fait

des pâturages en différents verts (verdes) (i), par le moyen des incendies, on ne peut, dans un espace de 2 lieues, nourrir plus de 6 à 700 têtes de bétail. Cela tendrait à expliquer pourquoi j'ai eu à me plaindre de faire beaucoup de chemin sans voir une seule bête à cornes ; cependant il est encore assez vraisemblable qu'on ne profite pas autant qu'on le devrait de l'immense étendue qu'ont, en général, les fazendas.

Lors de mon voyage (1819), les bœufs, dans le canton de Rio Grande, s'achetaient 4,000 reis (25 francs], et ils se revendaient 7,000 reis à Rio de Janeiro. Quant aux vaches, on ne s'en défait que lorsqu'elles sont trop vieilles pour porter encore. Un propriétaire ne pourrait, sans entamer son capital, vendre, chaque année, plus du dixième de son troupeau. Si le bétail rend aussi peu au cultivateur, ce n'est pas qu'ici , comme dans le sud du Brésil , on absorbe une partie de son troupeau en se nourrissant uniquement de la chair de ses vaches, car, dans c« pays, les gens les plus aisés ne mangent que des haricots, du porc, du riz, du lait, du fromage et de la cangica (2) ; mais on fait périr un grand nombre de veaux par le régime austère auquel on les condamne pour profiter du lait de leur mère. Les fazendeiros (3) riches devraient , ce me semble, faire, chaque année, le sacrifice du lait de quelques-

(1) U est à peiae nécessaire de dire que, par le mot portugais verdes que je traduis ici littéralement, il faut entendre les pâturages de difTérenls Ages qui résultent des incendies successifs dont j'ai parlé plus haut.

(2) Nom que Pon donne au maïs dépouillé de ses eoyeloppes et siiuplement cuit dans de Teau. On désigne le même mets isous le nom de maçamorroi chez les Espagnols- Américains de la Banda Oriental.

(3) Les fazendeiros sont les propriétaires de fazendas.

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unes de leurs meilleures vaches pour obtenir de plus belles génisses 9 et surtout des taureaux plus rigoureux , et , par là, empêcher la dégénération de la race bovine.

Meilleures laitières que celles de Formigas, S. Eloi et probablement tout le Sertâo oriental » les bonnes vaches du canton de Rio Grande donnent, comme celles des environs de Villa Rica et de Sitio do Paulista, près les Campes dos Goitacases (1], quatre bouteilles de lait par jour. Les veaux tettent jusqu'à Tâge d'un an, et , quand une ¥ache n'a pins de veau, ses mamelles se dessèchent, comme cela a lieu dans toute la province des Mines, vraisemblablement tout le Brésil et même dans la Colombie, singularité qui parait mériter l'attention des zoologistes (3).

Nourries dans des pâturages excellents, les vaches qui ont encore leurs veaux donnent un lait presque aussi crémeux que celui des troupeaux de nos montagnes d'Auvergne. On ne met point le lait dans des pots, mais dans de petits barils cerclés en fer, et on le transvase avec des gourdes coupées longitudinalement par la moitié. On fait, en général, beaucoup de fromages dans la camarca de S. Joâo d'El Rei ; mais le canton de Rio Grande est celui qui en fournit le plus, et c'est un des articles qu'il exporte. Voici de quelle manière se font ici les fromages. Aussitôtqu'on a tiré le lait, on y met de la présure, et il caille à l'instant; on donne la préférence à celle de capivara (cabiais) , lorsqu'il est possible de s'en procurer. On a des moules en bois d'environ S pouces de haut, dont le milieu présente un espace circulaire entièrement évidé, à peu près de la grandeur d'une assiette.

(1) Voyez mon Voyage dan$ le district des Diamants, etc., 1, 1S3 ; U,99.

<2) L. c, I, ISS.

Ces moules se placent sur une table étroite dont le plan est incliné. On les remplit de lait caillé, que Ton a eu soin de séparer en petits morceaux ; on presse avec la main ce caillé ainsi égrumelé : le petit-lait s'échappe, et il va tomber dans une gamelle placée au-dessous du bout de la table le moins élevé. A mesure que le caillé s'affaisse dans le moule , on en remet de nouveau ; on recommence à presser, et Ton continue jusqu'à ce que le moule soit plein de caillé bien pressuré. On couvre de sel le dessus du fromage, et on le laisse ainsi jusqu'au soir; alors on le retourne, et on couvre l'autre câté de sel. Le lendemain, on expose le fromage à l'air dans un endroit ombragé; on a soin de le retourner de temps en temps, et il est fait avant l'espace de huit jours. Ces fromages, auxquels on ne donne pas d'autre nom que celui de fromages de Minas , sont fort renommés : leur substance est compacte ; leur couleur ressemble à celle des fromages de Gruyères, mais elle est, je crois, d'un jaune plus prononcé ; leur saveur est douce et agréable. Quand on veut transporter les fromages à Rio de Janeiro, on les met dans des paniers {jacas) carrés et aplatis , faits avec des morceaux de tiges de bambou grossièrement tressés ; chaque panier contient cinquante fromages , et deux paniers font la charge d'un mulet.

On élève, dans le canton de Rio Grande, non-seulement un grand nombre de bétes à cornes , mais encore beaucoup de cochons ; on engraisse ceux-ci avec des racines A'inhames (Calladxum esculentum) et de carâs (Dioscorea)^ et l'on cultive en grand ces deux espèces de plantes (1). Le

(1) Ici je dois prémunir le lecteur français contre une erreur de noms

DU RIO DE S. FaANCISCO. 73

propriétaire du rancho du jRto das Martes Pequeno, près S. Joâo d'EI Reî, chez lequel, comme on le verra, je sejouraai fort longtemps, ne paraissait point riche, et pourtant il avait deux champs de carâs d'une certaine étendue. Le lard forme, comme les fromages, une branche de commerce très-importante pour la comarca de S. Joâo d'El Reî. C'est aussi dans ces paniers de bambou, appelés jaco^, qu'on le transporte à Rio de Janeiro. Deux paniers de lard forment la charge d'un mulet , et chaque panier contient 3 arrobes de lard [44 kilog. 1 hect.) quand le mulet n'est pas encore habitué à la charge , et 4 lorsqu'il y est déjà accoutumé.

Les caltivateurs de ce canton et , en général, ceux de la comarca de S. Joâo possèdent un troupeau de moutons. Ici on ne fait pas comme dans les environs de Rio de Janeiro, on ne laisse point perdre la laine : on tond les brebis deux fois par an, au mois d'août, vers la fin des froids, et six mois après, avant celle de la sécheresse. Les fazmdeiros en font faire, dans leur maison, des tissus grossiers, dont on se sert principalement pour habiller les nègres. On l'emploie aussi pour fabriquer ces chapeaux à larges bords, à forme basse et arrondie, dont les Mineiros ont coutume de se couvrir la tête [chapeo de Mineiro), et qui, s'ils sont d'une pesanteur extrême, ont pourtant l'avantage de garantir de l'ardeur du soleil comme de petits parasols; les propriétaires envoient leur laine à des hommes

dans liqaeUe il est facile à tomber et à laquelle Q*ont même pas échappe deai natarallstes allemands bien justement célèbres ( Spii et Martius , Reiiê, l); c'est de prendre Vinhame des Brésiliens pour les ignames de nos colonies : le premier est le Calladium etculenlum des botanistes; les seconds sont des espèces du genre Dmrorea.

qui satent faire ces chapeâui, et ils leur en payent la façon.

On croira sans doute que les cultivateurs, tirant un grand parti de leurs moutons, donnent beaucoup de soins à la conservation de ces animaux ; mais il n'en est pas ainsi. On ne les fait point garder (1), et ils sont exposés aux ravages des chiens domestiques et à ceux de quelques bètes sauvages, entre autres celles appelées cachorros do campo (chien des champs, Canis campestris Neuw., ex P. Gervais). Lorsque, en 182S, je passai par la fazenda do Retiro, habitation située à environ 47 lieues de 8. Joâo et à 5 du village de Junwca, la maîtresse de la maison me dit qu'elle avait autrefois possédé un troupeau de moutons assez considérable, et qu'elle-même, avec ses filles, fabriquait des tissus de différentes espèces ; mais , comme on avait fait passer tout récemment devant la fazmda un des chemins qui vont de S. Joâo à Rio de Janeiro, celui appelé caminho da Parahyba Nova, et que les pauvres moutons étaient sans pasteur, le troupeau avait été détruit par les chiens des muletiers.

On voit, d'après tout ceci, combien il serait important pour les colons qu'on leur fit venir d'Europe des chiens de berger d'une bonne race, et peut-être même quelques pasteurs expérimentés capables d'en former d'autres et assez

(1) M. Luccock dit, à la vérité, qu'il a vu, doq loin de S. Joào d*El Rei , plusieurs bergers dans un seul jour, et il ajoute quMl lui semblait coutraire aux lois de la nature que des troupeaux blancs fussent soignés par des hommes noirs {Nolei, 444). U serait fort à désirer que les lois de la nature fiassent plus sourent , au Brésil , violées de cette manière , et qu'elles ne le lussent jamais autrement. Je présume que les bergers dont parle M. Luccock allaient occasionncUement chercher les brebis dans la campafnie pour les ramener à Thabilation.

inlénigents pour sentir que, dans un pays aussi cbaud, oa ne peut pas suivre exactement les pratiques usitées en France et en Allemagne. Le gouvernement brésilien, à Vexemple de ceux d'Europe, devrait aussi tourner ses regards vers l'amélioration des troupeaux et tirer de nos contrées des mérinos ou des métis, pour essayer de les naturaliser dans les immeqses pâturages du Brésil , qui varient pow la qualité et dont quelques-uns , par leur élévation , oe se trouvent point exposés à des chaleurs trop fortes. Ce pays n'a pas, sans doute, une population assez considérable pour qu'on songe à y établir de grandes manufactures ; mais, puisque les cultivateurs font déjà chez eux des tissus de laine, pourquoi ne pas tâcher de les amener à fabriquer des étoffes plus fines, et d'affranchir par là certains cantons d'un tribut onéreux payé à l'étranger? Il y a plus : puisque, dans le Brésil , on n'est pas obligé de nourrir les moutons à la crèche, puisque, par conséquent, les frais doivent y être moins considérables qu'en Europe, pourquoi ne pas faire des efforts pour mettre ce pays en état d'exporter de la laine comme il exporte du sucre, des cuirs et dn coton?

D'après tout ce que j'ai dit plus haut , il est facile de juger qu'il n'en. est point des fazendas du canton de Rio Grande comme de celles qui, reléguées dans les déserts de Goyaz et même dans quelques parties éloignées de la province des Mines, ne rapportent presque rien à leurs propriétaires. Le voisinage de Rio de Janeiro met ce pays et toute la comarca du Rio das Mortes dans une position plus fovorable ; cependant, suivant un homme qui, par sa position , pouvait savoir la vérité et qui habitait le village de Juruoca, les fazendeiros ne retirent pas phis de 10 pour

100 de leurs capitaux, sans en déduire les frais et les impôts. Quelque basse qu'elle paraisse, cette évaluation est bien loin d'être sans vraisemblance : en effet, nous savons déjà que le fazendeiro ne peut vendre, chaque année, que le dixième de son troupeau de bétes à cornes ; donc il serait indispensable de trouver dans quelque autre branche de revenu l'intérêt du capital que représentent les pâturages, les bâtiments de la fazenda, les esclaves et les mulets. Les récoltes ne serveqt qu'à la nourriture de la famille ; par conséquent, il faudrait que l'intérêt dont il s'agit fût représenté par le produit du lard et du fromage. Mais, s'il est vrai , comme tout le monde l'assure, que celui du fromage est absorbé par l'achat du sel dont on a besoin pour le bétail, etc., il doit rester au propriétaire bien peu de chose sur ses revenus ; car il est nécessaire qu'il remplace les mulets et les esclaves qu'il perd , qu'il achète des fers et des clous pour ses bêtes de somme, et, quoique l'entretien de ses bâtiments soit peu coûteux , puisqu'il trouve chez lui le bois et qu'il fait faire les plus gros ouvrages par ses nègres, il faut néanmoins que, de temps en temps, il paye quelques journées de charpentier et de menuisier, et qu'il achète des tuiles.

D'après ce qui m'a été dit (183S) à Juruoea, les bonnes fazendas de ce pays sont portées, dans les inventaires, à la somme de 40 à 50,000 crusades (100 à 1 55,000 francs). Si l'on compare la manière dont vit en France le propriétaire administrateur d'un fonds de terre de cette valeur avec la manière de vivre d'un fazendeiro de la contrée qui nous occupe, on croira les revenus de celui-ci beaucoup moins considérables ; mais cette façon de juger manquerait d'exactitude (!Hi9), puisque le Brésilien n'achète presque rien qui ne

soit infiniment plus cher que ce qu'achète le Français ou d'une qualité bien inférieure, ce qui revient au mètne.

Bien moins polis que les fazendeiros (i) des environs de Villa Rica et du Serro do Frio, ceux du canton de Rio Grande et , en général , de la comarca de S. Joâo dEl Rei ressemblent assez par les manières à nos paysans aisés ou à nos fermiers de Beauce. S* appliquant plus exclusivement à l'agriculture que les fazendeiros propriétaires de mines, ils travaillent avec leurs nègres, passent leur vie dans leurs plantations et au milieu de leurs bestiaux, et leurs mœurs doivent nécessairement emprunter quelque chose de la rusticité de leurs occupations. Au contraire, les hommes qui

(1) Ce que j*ai écrit sor ces fazendeiroi diffère , je dois ravoaer, da portrait qa'a fait d^eux un touriste qui parcourait leur pays eo 1842 fSuz., Sow,, 280) ; mais rien non plus ne ressemble à ce portrait dans l'ooTrage du yéridique Gardner, qui est également allé tout récemment de Oiamantioa ^Tijuco) à Rio de Janeiro, en passant par la cité du Serro (Villa do Principe) et par Ouro Preto (Villa Rica). Ce naturaliste et le savant Marttus ont joui , pour rendre leurs descriptions exactes , d*un double avantage ; ils ont parcouru le Brésil pendant de longues années et ils en savaient la langue. Le touriste dont je viens de parler a accompli un voyage gigantesque avec une rapidité véritablement merveilleuse : il était, le 2 décembre 1842, à Ouro Prelo et en est parti le 7 ; puis il a quitté Diamantina le 10 janvier 1843 » après y être aussi resté quelque temps, et, comme il ledit très-bien, ce ne sont pas les. villes qu'habitent les faxendeirot ; entre Ouro Preto et Diamantina, il a passé par les villes de Sabarâ et de Villa do Principe ( Cidade do Serro) , il a visité un assez grand nombre de villages , il a recueUU des détails intéressants sur trois exploitations de mines appartenant à des Anglais, et, par conséquent, il n*a pas eu« ce me semble , non plus un temps bien considérable pour étudier les fazendeiros dans le cours de cette excursion ; il a pu , sans doute, en voir quelques-uns pendant les douze jours qu'il a mis pour se rendre de Rio de Janeiro à Ouro Preto, mais on sait que ce n'est point par ceux-là qu'il faut juger les colons aisés des comarcas d'Ouro Preto et du Serro do Frio, ni même , en général, ceux dés autres parties de la province de Minas Geraes.

s'adonnent en grand à Textraction de For ne font que surveiller leurs esclaves , ils ne travaillent point , ils ont plus de loisir pour penser et pour discourir, leur éducation a été plus soignée, et ils peuvent soigner davantage celle de leurs enfants (1817).

Les agriculteurs du canton de Rio Grande et , en général, de la comarca de S. Joâo ont cependant sur les mineurs un grand avantage, celui de n'être pas entourés d'un nombre aussi considérable d'esclaves. J'ai dit ailleurs (1) que, terme moyen, les blancs, dans cette comarca, étaient aux hommes de couleur de race pure ou mélangée comme un est à trois : sur la paroisse de Juruoca, en particulier, dans ses alentours, et probablement tout le canton de Rio Grande, les mulâtres sont peu nombreux, et, pour trois hommes libres, on ne compte qu'un esclave. Dans les pays où l'on élève des bestiaux, les esclaves sont en effet beaucoup moins nécessaires que dans ceux où l'on cherche de Tor et où Ton cultive la canne à sucre. Il faut peu de bras pour soigner des troupeaux, et moins il y a d'esclaves, moins les hommes libres rougissent de travailler. Une grande partie des toucheurs de bœufs et de cochons , qui vont de la comarca de S. Joâo à Rio de Janeiro, sont des blanes. L'un des enfants d'un fazendeiro devient le conducteur de la caravane, un autre se charge du soin des troupeaux, et un autre des plantations. D'après ceci , il est évident que, dans cette partie de la province des Mines, plus que dans celle où l'on tire l'or de la terre, l'esclavage doit aller en diminuant, à mesure que la population augmentera.

Les femmes du canton de Rio Grande et , en général , de

(1 ) Voyage dam le districl dei DiamanlSt etc., I,.23S. .

DU RIO DE S. FiUNGiSCO. 79

la comarca de S. Joâo se montrent un peu plus que celles des autres parties de la province des Mines ; cependant , comme cela n'est point un usage universellement reçu, et que celles qui paraissent devant leurs hôtçs ne le font qu'en triomphant d'un préjugé, elles laissent voir souvent une certaine audace qui a quelque chose de repoussant. Ici comme dans le reste de la province, les maîtresses de mai* son et leurs filles allongeaient doucement leur nez entre le mur de la chambre où je me trouvais et la porte entrebâillée, afin de me voir écrire ou analyser des plantes, et, si je me retournais brusquement, j'apercevais des portions de figures qui se retiraient bien vite. Cent fois on m'a donné cette petite comédie (Ij.

(1) M. le général RaimuoiJo José da Cunha Mattos, avec lequel je me félicite d^ètre généralemeot d*accord, dit {liin.j I, 47) que, à S lieues euTiroQ de S. Joào d'El Rei , « il fbt reçu chez une dame qui parut de- « Tant lui et lui fil voir presque toute sa maison , démentant ainsi les t assertions de quelques étrangers qui ont prétendu que les femmes « de Minas ne se montrent point à leurs hâtes. Je n'ai trouvé, ajoute le « même écrivain, une teUe coutume établie nuUe part, ou, du moins, ■ les penMoes ks plut honorables roni Béglifée an ma faTtor. » C'est principalefliant la eomarca de S. Jofto d*El Rei qu'a parcourue M. da CbBba llattas, et , ooiame ao Tient de le voir, les femmes ne s'y cachent pas aussi soigneusement que dans ks antres parties de la pralines de Minas : d'ailleors il ne seroit point extraordinaire que le grade d'officier supérieur dont était rer^to ranieur de VJtinerariù Teèt fait excepter de Il règle eommune. On a tu , par les relations que j*ai publiées , que, si quelques femmes se montrent aux étrangers, en général eHes se dérobent soigneuseneut à leurs regards. J'ajouterai encore un fait aux détails que j'ai déj^ doonés sur ce sujet. J'afrais passé , en deux différeatfs fois, eoTÎTOO soixante jours chez on faxenéHre extrèmemcot honorable qui voulait bien m'aocorder de l'amitié et pour lequel je profiessais autant d'attachement i^e d'estime. Peu de temps avaBl que nous nous séparassions pour janMis, il me dit avec embarras : Vous êtes sans doute surpris , mon ami , de ce que mes filles ne se montrent point devant

D'après toat ce que j'ai dit plus haut sur les habitants du canton de Rio Grande et de la comarca dont il fait partie, il est évident que leurs demeures (fazendas) ne peuvent être aussi soignées que celles des propriétaires des parties aurifères de la province. -Ces dernières ressemblent un peu à nos châteaux, les autres à nos fermes. Décrire une des fazendas de la comarca de S. Joâo, c'est les décrire toutes, car elles sont, en général , bâties sur le même modèle. Un mur de pierres sèches, à peu prèsde la hauteur d'un homme, entoure une cour très-vaste au fond de laquelle sont rangés les cases à nègres, les bâtiments d'exploitation et la maison du maître. Celle-ci , construite en terre et en bois et couverte en tuiles, présente uniquement un rez-de-chaussée. La salle [sala) (i) est la première pièce que l'on trouve en entrant , et n'a pour ameublement qu'une table, un couple de bancs, et souvent un ou deux bois de lit. On manque rarement d'attacher autour de la salle plusieurs portemanteaux destinés à suspendre les selles, les brides, les

vous : je blâme Tusage qai m'oblige à les éloigner ; mais je ne pourrais m*y soustraire saos nuire k leur établissement... Je soulageai d'un grand poids cet homme recomraandable en lui répondant que j'étais loin de le désapprouver , qu'on ne devait jamais heurter brusquement les idées reçues , qu'il fallait laisser agir le temps , et que peu à peu il amènerait une heureuse réforme. Il parait que cette époque n'est point encore arrivée; car M. Gardner, dont le voyage est très-récent, rapporte quH fut reçu avec la plus aimable hospitalité dans une fazenda où j'avais été moi-même parfaitement accueilli , mais où je n'avais point vu la maîtresse de la maison. Devenue plus Agée, cette dame ne chercha point à échapper aux regards du voyageur anglais ; mais ses filles se cachèrent, comme elle avait fait elle-même dans sa jeunesse.

(1) C'est dans la sala que l'on se tient ordinairement et que l'on reçoit les étrangers (Voyage dans la province de Rio de Janeiro, etc., I, 210^.

DU UO DE s. FRANCISCO. 81

chapeaux, etc. Entre la région des foréu et S. Joâo^ je fls halte à la fazenda dos Verientes do Sardim, propriété d'Antonio Francisco de Azevedo^ qui , comme je Tai dit plus haut (i), avait fait le chemin où j'avais passé pour venir de S. Gabriel aux campoSy et dont on me vantait la richesse. En voyant cette habitation, on ne se serait certainement pas douté que ce f&t celle d'un homme qui, m'assura-t-on, achetait , chaque année, de cinq à huit mille bœufs pour les envoyer à la capitale. Sa maison, qu'il avait cependant fait construire lui-même, était petite, basse et à un seul étage; les murs, bâtis en terre, n'avaient jamais été blanchis, et tout l'ameublement de la salle consistait en une grande table , deux bancs et quelques tabourets revêtus de cuir. Deux ou trois petites chambres, qui donnaient sur la salle et que j'entrevis, n'offraient pas un ameublement plus magnifique. Cependant mon mufetier me faisait un grand éloge de cette maison, ce qui, certes, prouve que le luxe n'avait . pas fait de gran<)8 progrès dans cette partie de la province. Je ne veux pas oublier de dire qu'on entre dans la cour des fazendas par une de ces portes en bois qu'on appelle portétras et qu'on emploie aussi pour fermer les pâturages; elles sont faites de deux montants et de quelques plandies transversales écartées les unes des autres ; on a soin de donner un peu d'obliquité au poteau sur lequel elles tournent, et, retombant par leur propre poids, après qu'on les a ouvertes, elles se ferment d'elles-mêmes.

Ici je terminerai le tableau général du canton de Rio Grande (2) , nom par lequel j'entends , je le répète, le pays

(1) Voyc2 p. 54.

(2) U faut bieo se donner de garde de confondre cette coùtrée avec la prorinee de Rio Grande do Sol , comme parait Tavoir lait Pizarro quand

qu'arrosent les commencements de cette même rivière , et qui, par conséquent, est situé au midi du cheMieu de la comarca du Rio das Mortes. Je vais entrer à présent dans quelques détails.

il a dit que cette province fournissait des fromages à Campos dos Goitacazes , et, comme Font fait aussi des voyageurs justement célèbres, eu attribuant à la même province les bestiaux qui vont à Rio de Janeiro, du canton de Rio Grande (Spix et Martius , Reise, 1 , 125).

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