VOYAGE DANS LE CANTON DE RIO GRANDE
Tégétation que Too observe à Teotrée des campes^— V Araucaria Bratiliengis. — InflaeDcé de Tair rif des campoi sur la peau. — Passage do Rio Graode. — La faxenda de SUio ; ses habitaots. — Les parasols d'un usage général. — faxenda dos Laranjeiras, — - Faxenda das Vertenlet do Sardim, — Serra do$ dow Irmàoê, — Encore le Rio Grande. — Le hameau de Madré de Deos. — Faxenda de Chaves. — Accident arriré à Prégent. — Le Baneho do Rio dos Mortes Pequeno; réceptioo qu'on y fait à Tantenr.
Immédiatement après être sorti des sombres forêts que j'arais parcourues , presque depuis Rio de Janeiro (1), je trouYat , pendant quelques instants , des arbrisseaux de 3 ou 4 pieds, parmi lesquels la Composée n"* 109 est l'un des {dus abondants. Bientôt il ne croit que des sous-arbrisseaux au milieu des Graminées, et la Mélastomée appelée Micro- Uda isophyUaj DC., se fait remarquer par les touffes arron-
(1) ftinéraire approiiinatif d'Alto da Serra è S. Joap d'El Rei :.
D'AHo da Serra à Sitio (fazenda) 4 legoas.
— Fazenda das Laranjeiras 4
— Fazenda das Tertentes do Sardim. . 1 1/2
— Faienda de CluiTes 41/2
— Rancbo do Rio das M orteg Peqoeoo. 4
— S. Joaod'mRei 11/2
19 1/S legoas.
dies que forment ses tiges grêles ,et serrées couvertes de fleurs charmantes. En avançant davantage, je rencontrai moins de sous-arbrisseaux, je ne vis plus que des Graminées et quelques autres herbes ; enfin , dans les endroits arides, je trouvai seulement un gazon ras et peu fourni. D'après ceci, on voit que le passage des bois aux pâturages simplement herbeux ne se fait pas absolument sans quelque transition ; mais il y a tant de différence entre les arbres gigantesques des forêts vierges et des arbrisseaux de 3 à 4 pieds que, au premier abord , cette transition ne pouvait être sensible.
Au milieu des mornes nus et déserts qui s'offrirent à mes regards quand je sortis de la forêt , la chapelle de Bom Jardim, bâtie sur Tun d'eux, jetait un peu de variété dans le paysage.
Dans un fond , je traversai un bouquet de bois presque uniquement composé d'Arattcaria Brasiliensis {pinheiro). Cet arbre magnifique, noble représentant de nos Pins et de nos Sapins, croit assez abondanunent dans le canton de Rio Grande, sur la limite des bois et des campos, entre les ^V 55' de lat. S. et les 2V l(y, par une hauteur approximative de 3,500 pieds anglais (1 ,066" ,450) ; on le retrouve sur quelques-unes des plus hautes montagnes de Rio de Janeiro ; presque à lui seul, il forme les bouquets de bois des Campos Geraes, pays qui s'étend à peu près des 24® aux as*' 30', et que le cours du Parannâ ainsi que l'absence de mouvements de terrain sensibles, depuis S. Paul jusqu'à Curitiba, doivent faire considérer comme bien moins élevé que le canton de Rio Grande ; enfin , dans la province de Rio Grande do Sul , il descend, par les 29** 30' environ, jusqu'au bord de la plaine, qui n'a qu'une très-faible éléva-
tion au-dessus du niveau de la mer. V Araucaria Brasiliensis troute donc, indépendamment de toute culture^ des conditions d* existence à peu près analogues entre iesiVW et 29* 3(V environ , mais à des hauteurs fort différentes (1). n formerait une sorte de thermomètre indiquant une température moyenne presque égale dans les divers lieux que je viens d'indiquer , ou , si Ton veut , il offrirait une échelle où réiévation serait compensée par une plus grande distance de réquateur (2). Cet arbre, un des plus pittoresques que je connaisse, change de port à ses différents Ages. Dans sa jeunesse, ses rameaux, conune brisés, lui donnent un aspect bizarre , alors il n'a pas de formes arrêtées ; plus tard , il s'arrondit à la manière de nos pommiers; adulte, il s'élance, parfaitement droit, à une grande hauteur, et se termine par un corymbe de branches, espèce de plateau immense et parfaitement égal, d'un vertfoncé. Aciette dernière époque, son tronc ne porte qu'au sommet des verticilles de branches qui, courbées en manière de candélabre, et d'autant plus courtes qu'elles sont plus voisines de l'extrémité supérieure de l'arbre, élèvent toutes au même niveau une touffe arrondie de petits rameaux feuilles. Le bois de Y Araucaria Brasiliensis, blanc , marqué de veines très-rares d'un rose vineux, est plus dur, plus lourd, plus compacte que celui de nos Pins. Ses feuilles sont beaucoup plus larges que les leurs. Les écailles et les semences qui forment ses cônes,
(1) Voyez, pour les positions et les hauteurs indiquées ici, CazaI et sortout Eschwege.
(2) J'ai montré , dans VE$callonia florilmndaf une échelle do même genre, mais bien plus étendue, puisque, commençant au Rio de la Plata, elle Ta s*éleraot toujours jusque vers Téquateur (voyez Acjg. de S. Hil., Flora Brasiliœ meridionalis, 111, 02, ou les Archivée de botanique publiées par les soins de M. B. Delessert, vol. H , 1833).
gros comme la tète d'un enfant, se séparent à la maturité et se répandent sur la terre. Les dernières , presque longues comme la moitié du doigt, rappellent la chAtaigne par leur saveur ; mais elles sont plus délicates et n'ont point une chair farineuse. Gomme nos Pins et nos Sapins, V Araucaria BrasHiensis se platt dans les terrains sablonneux, et l'abondance de cet arbre est, pour les colons des Cam^s Geraes, l'indice des lieux les moins propres à la <nilture.
Si l'entrée dans les catnpos avait excité mon admiration, il n'en est pas moins vrai que moi et ceux qui m'accompagnaient fîmes un triste essai de Ce genre de pays, dès le premier jour que nous y voyageâmes. Le défaut d'ombrage> le vent sec et brûlant qui régnaient sur les mornes me Grent beaucoup de mal aux nerfs et causèrent plus de mal encore au pauvre Prégent, qui s'obstinait à ne pas se servir de parasol. Lui et Firmiano eurent les lèvres gercées, comme cela était déjà arrivé, en 4816, à moi et à mes compagnons, quand nous entrâmes dans les campos, du c6té de Barbacena, et comme cela était encore arrivé à Prégent luimême, lorsque, quinze mois plus tard, il avait repassé par le même lieu (i). M. Luccock se plaint aussi d'avoir éprouvé cette incommodité, après être sorti des forêts par une autre route pour se rendre à S. Joâo (2). Cest une sorte de tribut que la différence d'atmosphère fait sans douta payer souvent à ceux qui entrent dans les campos ^ mais dont ma propre expérience me fait croire que Ton es\ exempt, lors-
(1) Voye« mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro , etc., 1, 113.
(9A « Le reot, n'étant plas rafraîchi par rinflnence de la mer on des
« forêts , dessécha tontes les particules humides de notre peau et
« dépouilla entièrement nos lèvres » {Notes on Braxil^ 147^.
qu'oB Uaferse la Serra do Espinhafo dans un pays moins élevé et oà l'air doit être moins vif.
Ce joor-tà, je passai le Rio Grande, qui sert de limite (181^ au termo de Barbacena (1), où j'avais voyagé depuis mon entrée dans la province des Mines , et ce fut alors que je me trouvai dans le termo dont la ville de S. Joâo est la capitale.
Après avoir fait 4 lieues, depuis Alto da Serra, je m'arrêtai à une fazmda d'assez chétive apparence, cellede Sitio, bâtie dans un fond, au-dessus d'un ruisseau. Elle est entourée de mornes peu ^evés et arrondis ; le fond de la vallée offre une lisière de bois, et Ton découvre quelques cafloes (2) dans des enfoncements, sur le flanc des hauteurs.
Le maître de la maison , qui , comme tous 1^ autres fazendetrosde cette contrée, avait les manières de nos paysans aisés, me reçut assez poliment, et fit décharger mes effets dans une grande chambre passablement sale, plafonnée avec une natte et qui, pour tout ameublement, n'<^Brait que deux bancs et une table. Le soir, pendant que j'écrivais et que Prégent préparait des oiseaux, tous les habitents de la maison se rangèrent autour de nous, occupés à nous regarder ; un groupe de fenunes était resté à la porte , et toutes alloDgeaient le cou pour mieux nous observer. Je dis que f allais me coucher, je mis mon bonnet de nuit, j'êtai ma veste, et pourtent personne ne se retira.
Conmie tous les habitants du canton de Rio Grande, mon hôte élevait des moutons et des bœufs. 11 portait, chez lui.
(1) Voyez mon Voyage dans le district des Diamants, etc., I, 234. (3) Conune je Vêi dit dans ma première relation, les capdes sont des bouquets de bois dispersés dans les campos.
ê8 VOYAGE AUX SOURCES
un pantalon de toile de coton, par*dessas lequel était passée sa chemise, suivant l'usage des toucheurs de mulets et des gens du commun ; d'ailleurs il n'avait sur le corps qu'un gilet d'une étoffe grossière, et sur sa tête il mettait un chapeau de Mineiro. Les femmes de la maison avaient pour tout vêtement une jupe et leur chemise, et sur leur tête elles portaient un mouchoir.
Après avoir quitté Sitio , je passai , dans un espace de 3 lieues portugaises, devant deux ou trois chaumières peu importantes, et je laissai sur la gauche le village de Turvo, qui est situé dans un fond. Je voyais, dans le lointain ^ la Serra da Juntoca, qui s'élève beaucoup au-dessus de tous les mornes et se trouve à 8 lieues de l'endroit où j'allais faire halte.
Despnis Sitio jusqu'à peu de distance de S. Joâo, je ne rencontrai absolument personne dans les chemins. Je découvrais une vue d'une étendue immense, mais rien qui arrêtât mes regards ; partout des solitudes aussi monotones qu'elles sont vastes.
Dans la saison 6ù l'on était alors (février), les campos offrent' ordinairement la verdure la plus fraîche ; mais la sécheresse avait été si forte cette année-là, que l'herbe était aussi desséchée qu'elle l'est communément pendant les mois de juin et de juillet.
Quant aux bouquets de bois, ils offraient encore une très-belle verdure, et au milieu d'eux se faisaient remarquer deux grands arbres en fleur d'un trt^s-joli effet, t'un était un Vochysia chargé de longs épis d'un jaune doré; l'autre, que j'avais déjà vu dans tous les bois vierges, depuis le Parahyba, était le Chorisia speciosa^ Aug. S. Hil., Juss., Camb., dont les feuilles î^ont composées de cinq fo-
au BIO DE s. FRANCISCO • 89
lioles, et dont les rameaux en corymbe se comrrent d'une multitude de fleurs roses, jaunes à la base, aussi grandesque des lis.
Il est facile de se figurer combien le soleil était brûlant dans le pays découvert que je parcourais alors ; cependant , malgré mes sollicitations réitérées,. Prégent s'obstinait à ne point se servir de parasol , et, à mesure que le soleil montait, je voyais son visage devenir rouge, ses yeux s'enflammer, ses traits se décomposer, l'accablement sepemdre dans toute sa personne. En même temps il y avait lieu d'être émerveillé de sa force, car, si moi-même je restais quelques iostants sans parasol, j'avais la tête en feu et les nerfs malades. Les fazendeiros tant soit peu aisés montent toujours à cheval avec un parasol , et , si les tducheurs de mulets font à pied d'aussi longues routes, sans jamais avoir autre chose qu'un chapeau^ c'est qu'on les y a accoutumés dès la plus tendre enfance.
La Fazenda dm Larafyeiras (la fazenda des orangers) , où je fis halte le jour que je quittai Sitio, est bâtie dans un fond et entourée d'arbres. On y compte un nombre assez considérable de cases à nègres ; mais la maj^on du maître est fort misérable (1819). On plaça mes efiets dans une salle (sala) assez grande qui ofl'rait pour tous meubles une table et deux bancs, et dont les murs en terre n'avaient jamais été blanchis. Le maître de la maison n'était pas chez lui ; cqiendant des nègres m'apportèrent à dîner ; d'ailleurs je ne vis paraître personne ; j'aperçus seulement un minois féminin qui, suivant la coutume, s'avançait doucement derrière une porte en tr' ou verte, et qui disparut aussitôt que mes yeux eurent rencontré les siens.
De Laranjeiras j'allai passer la nuit à la Fazenda dus
Verlentes do Sardim (fazenda des sources du Sardiro), qui appartenait au marchand de bœufs Antonio Francisco de Azevedo, et dont j'ai déjà fait la description plus haut.
Comme cette fazenda est peu éloignée de Laranjeiras , j'eus assez de temps pour aller herboriser sur la Serra dos dom Irmàos (montagne des deux frères). On donne ce nom à deux montagnes que j'avais vues de loin pendant toute la journée de la veille ; elles sont placées l'une à câtéde l'autre; leur hauteur est à peu près la même, et toutes les deux ont la forme d'une pyramide courte, à base très-élargie. Pour s'y rendre de la Fazenda das Vertentes do Sardim, il faut faire un détour, et l'on peut compter environ 1 lieue et demie de chemin. Accompagné de José Marianne, j'allai sur mon mulet jusqu'au bas de la Serra ; ensuite je montai seul et à pied sur l'une des deux montagnes. Dans une grande partie de sa hauteur, on avait élevé un mur en pierres sèches très-bien fait. Au delà de ce mur qui , dans cette contrée, pouvait être considéré comme une chose extraordinaire, j'avançai, sans suivre de chemin, au milieu des pierres et des rochers qui couvrent la montagne. Comme dans tous les^endroits élevés et pierreux, j*y trouvai un assez grand nombre de Vellozia (vulgairement canda d'ema, jambe d'autruche). Nous étions alors dans la saison des pluies ; cependant l'eau manquait depuis si longtemps que , quoique les Vellozia demandent peu d'humidité, les feuilles de ceux que j'avais sous les yeux étaient presque flétries ; toutes les autres plantes étaient entièrement desséchées, et cette course assez fatigante n'augmenta point ma collection. Parvenu au sommet de la montagne, je découvris une immense étendue de pays, la Serra daJuruoca et beaucoup d'autres Serras; d'ailleurs, aucune habitation re-
inarqnable, aacunyillagen'arrètaieDt mes regards. La course que j'arais ftite sur l'une des deux montagnes ne m'aYait pas assez dédommagé de ma peine, pour que j'éprouvasse la tentation de grimper sur la seconde ; je descendis avec assez de difficulté au milieu des pierres, et, étant monté sur mon mulet, je retournai à la Fazenda das Vertentes.
De cette fazenday je me rendis à celle de Chaves (nom d'homme). Pour y arriver, je parcourus un pays qui offre encore des mornes arrondis couverts de Graminées et des vallées peu profendes, dessinées par des lisières de bois, dont la verdure, extr^ement firs^che, contrastait alors avec les teintes jaunAtr^ des pâturages desséchés.
A 3 lieues environ de la Fazènda das Vertentes do Sardim, on trouve le Rio Grande, qui , dans cet endroit, a peu de largeur, et dont les eaux, souillées par le lavage de l'or, ont une teinte d'un rouge sale ei foncé. On passe cette rivière sur un pont en bois mal entr^enu, comme tous ceux de la province (1819), et que le défaut de garde-fous rend fort dangereux pour les animaux chargés. J'eus d'autant plus d'inquiétude pour les miens, qu'on me fit attendre fort longtemps avant d'ouvrir une porte qui se trouvait à la sortie du pont. Le péage de celui-ci est affermé, ainsi que le sont, en général, ceux des ponts de la province de Minas Geraes. Ici l'on paye 80 reis (50 centimes) par personne et par chaque animal ; mais mon passe-port privilégié (]K>rtarûz) m'exempta de cette petite dépense.
A peu de distance du Rio Grande, on arrive au hameau de Madré de Deos (mère de Dieu), qui est bâti sur une hauteur, et se compose tout au plus d'une douzaine de maisons réunies autour d'une chapelle. Toutes, sans exception, étaient fermées, et mon muletier, José Marianno, qui con-
naissait parfaitetnent ce canton , me dit que la plupart n'avaient d'habitants que lorsque quelque prêtre venait de S. Joâo célébrer la messe dans la petite église (1).
Après Madré de Deos, le pays, sans avoir moins d'élévation, devient plus égal, et, dans le lointain, la campagne, couverte alors d'une herbe jaunâtre et desséchée par l'ar-^ deur du soleil , ressemblait à nos plaines de Beauce, telles qu'on les voit après la moisson.
Un peu avant d'arriver à la fazenda de Chaves, la végétation éprouve quelque modification. Ce ne sont plus seulement des Graminées et un petit nombre d'herbes et^e sous-arbrisseaux mêlés parmi elles qui couvrent la tetre : des arbres peu élevés, tortueux, rabougris et à écorce subéreuse croissent, épars çà et là, au milieu des Gramens, et rappellent les taboleiros cobertos du Sertâo (2) oriental du S. Francisco, ou, si l'on veut, nos prahries de France plantées de pommiers. Les arbres dont je viens de parler sont principalement la Légumineuse (129), et une Outtifère à grandes feuilles glauques que j'avais souvent vue dans le Sertâo. Ici ce n'est point une diflférence dans l'élévation du terrain ni dans la forme des hauteurs qui produit celle de la végétation; mais le sol, que j'avais trouvé, dans tout le reste de la journée, sablonneux ou caillouteux , devient beaucoup meilleur et peut produire quelques plantes plus vigoureuse.
(i) L'église de Madré de Deos est, selon Pizarro, ùoe des succursales {capella 8uccurêal)dt la paroisse de S. Joao d'El Rei {Mem, hist., VUI, seconda pari., 127).
{2V Voyez mon Voyage d/ins les provinces de Rio de Janeiro et Minus (ieraes, vol II.
La fazenda de Chaves, où je fis balte, est ârituée, suivant l'usage, dans un fond sur le bord d'un ruisseau. Je fus étonné, en y arrivant, de la prodigieuse quantité d'oiseaux* qui couvraient les arbres dont F habitation était environnée : c'étaient des perroquets, des oiseaux de proie et beaucoup d'autres espèces. Comme les alentours sont extrêmement secs, ces animaux se réunissent dans un lieu où ils trouvent de l'eau et de l'ombrage.
Quand je me présentai à la fazenda de Chaves , le propriétaire était absent; la maîtresse de la maison, après s'être fait attendre fort longtemps, parut enfin, et elle me donna la permission de m'arrèter chez elle. Au bout de quelques instants, le couvert fut mis, et l'on nous apporta un plat de haricots cuits avec des herbes, un plat de riz et de la cangica : je me rétrouvais dans la terre hospitalière de Minas Geraes.
Entre Chaves et le Rancho do Rio dos Mortes PequenOy dans un espace de 4 lieues, je vis, dans des fonds, trois ou quatre fazendas d'une médiocre apparence. Avant d'arriver au Rancho, je passai sur des mornes peu élevés : quelques crêtes cependant sont effrayantes par leur peu de largeur et la profondeur des vallées que l'on découvre au-dessous de soi. Sur ces montagnes, le terrain est sec, aride et caillou* teux, l'herbe courte et peu fournie; je retrouvai dans cet endroit quelques plantes que j'avais déjà vues à mon premier voyage des Mines, dans des terrains analogues, telles que les Polygala (155 et 163) et la Rubiacée (162).
Ce jour-la, Prégent s'était mieux porté; mais, en arrivant au Rancho do Rio das Mortes Pequeno, où je m'arrêtai, son mulet fut effrayé par la rencontre d'un de ces frères ermites qui vont mendier et scandaliser les fidèles; le pau*
vre Prégent fut jeté par terre et se trouva encore plus malade que les jours précédents.
José Marianno était arrivé à la halte avant moi ; et , lorsque je descendis de mon mulet, il vint me dire que le maître de la maison refusait de me donner une petite chambre, et voulait me laisser sous le rancho destiné à tous les voyageurs. Comme ce rancho était ouvert de tous les côtés et tfune saleté affreuse, que d'ailleurs je voulais rester quelques jours dans cet endroit pour faire faire des malles à S. Joào d'EI Kei, j'allai trouver le propriétaire du rancho et le priai d'être moins sévère ; je parlai de ma portaria, mais inutilement. Qu'ai-je à craindre de vous? me disait le bonhomme. Rien du tout était la seule réponse que j'eusse pu foire à cette question. Celle-ci me ramena à une idée juste de ma position ; des politesses firent plus que la menace de la portariu, et l'on finit par me donner une petite chambre où nous étions empilés d'une manière effroyable.