‹ Voyage d'André Michaux en Canada [microforme]Chapitre 3 sur 4 · TO · texte numérisé non relu

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veau, et bientôt après il entra dans les eaux du Saguenay.

Cette rivière, pendant l’espace de vingt-sept milles, c’est-à dire jusqu’à l’ance Saint-Jean, coule entre deux immenses murailles de gneiss et de granite qui surpassent de beaucoup les palissades de lIudson. Ses rivages sont presque dénués de toute végétation ; seulement dans les anfractuosités des rochers, on remarque quelques pins et quelques sapins très-courts, des groscilliers sauvages, des vacciniums (bluets) chargés de leur fruits bleuâtres et un genièvre Juniperus sabina, formant un vaste tapis de verdure suspendu à ces escarpements abruptes qui s'élèvent quelquefois jusqu’à 1100 picdsde hauteur (D). En approchant de la baie des Fa! Ha !, les rivages s’abaissent et alors commencent ces immenses forêts de pins qui font la richesse de ces contrées. C’est à Chicoutimi que le Saguenay ecsse d’être navigable pour les vaisseaux d’un gros tonnage, Æn cet endroit, la rivière s’élargit et forme un vaste bassin qui re* coit les eaux d’une Jolie cataracte dont la hauteur est de 40 pieds environ. Michaux y arriva versle commencement d'août.

Chicoutimi (dérivé d’un mot sauvage qui signifie, eau profonde) m'était alors qu'un petit village au confluent de la rivière Chicoutimi avec le Saguenay. Sur une pointe qui se projette dans le bassin, s'élevait une petite chapelle, lougue d'environ 25 pieds et bâtie par les Jésuites, premiers apôtres de ces contrées alors sauvages. On y voyait, à l'intérieur, un autel uni et quelques peintures qui portaient des marques non équivoques de vétusté et à lPextérieur, la pierre sépulcrale du Père Coquart, dernier des Jésuites, qui ait, avec le Père Labrosse, évangélisé le Saguenay. A l'exemple de tous les étrangers qui débarquent à Chicoutimi, Michaux voulut visiter ces lieux riches en précieux souvenirs. Dans les notes mauuscrites qu’il laissa à son fils,

(1): Flora Boreali-Americana Vol, IL In saxos's ad amnem Saguenay. Vol. fol. 111. Vol. IL. ‘1, 246,

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il parle ainsi: “ Lors de mon voyage à labaie d'Hudson, J'arrivai au mois d’août près du lac Chicoutimi (1), situé près le 4$e degré, et J'y trouvai encore Péglise, Ctablie en 1728 (ainsi que lindiquait la date placée au-dessus de la porte principale) par les Pères Jésuites, pour y rassembler les sauvages desenvirons. Ce batiment, consiruiten poutres équarries de T'huya occidentalis (cèdre blanc) élevées les unes au-dessus des autres, était encore en bon état, et, quoique ces poutres reussent jamais 616 couvertes, ni en dedans, ni en dehors, je les trouvai tellement intactes, qu'elles n'avaient pas 616 altérées de Pépaisseur d’une demi-ligne, depuis plus de soixante ans.” (2) Cette petite chapelle, qui est tombée il y a environ trois ans, avait done alors près de 130 ans,

Ceux de nos lecteurs qui ont déjà visité le Tac Saint-Jean savent que, pour y arriver, il faut remouter la rivière Chicoutimi,qui prend sa source dans le lac Kinogami, parcourir ce lac dans toute sa longueur, puis, après un portage d’une quinzaine d’arpents, tomber dans le lac Kinogamichich dont la décharge lente et tortueuse (rivière des Aulnets) va se perdre dans la Belle-Rivière ; eclle-ci, à son tour, vous porte jusqu’au lac Saint-Jean, Telle fut aussi la route que suivit notre infatigable voyageur. Mais, au moment de s’aventurer dans ces pays à peine explorés et parcourus seulement par les sauvages et quelques rares missionaires, il jagea prudent de prendre avec lui trois sauvages et un métis, et, malgré les diflicultés sans nombre qui existaient alors,

(1). Michau: appelle ainsi l'élargissement de la rivière en cet endroit,

(2): Michaux fils. Arbres forestiers Vol, ILE. page 34.

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voilà qu'il se met en devoir de parcourir la distance que nous venons de décrire. En traversant le lac Kinogami, Michaux rencontra une plante qui n’a pas encore 6t6 retrouvée en Canada par ceux qui se sont occupés de botanique depuis : c'est la Lobelia Dorlmanna (1), connue vulgairemeut ca France sous le nom de Lobélie tubulaire, Ses feuilles sont entièrement submergées, tandis que sa corolle, d’un bleu pâle, flotte à la surface de l’eau. Après six jours de navigation, les canots arrivèrent au lac Saint-Jean.

Le lac Saint-Jean est situé entre 48 ®,93m. et 489,

2m. de latitude, eteutre T1, 29m. et 73°, 9m. de longitude. Sa plus grande longueur est de 16 lieues, Michaux le parcourut dans toute son étendue, et découvrit, dans ses herborisaiions, des plantes très-nombreuses (2). Mais, tout en cxaiminant les végétaux qui croissent sur les rivages du lac, Michaux ne perdait pas de vue le plan d’éiude qu’il s'était fait: aussi ne se contenta-t-il pas de parcourir les bords des eaux ; il pénétrait dans Pépaisseur des forêts, observait les essences qui y prédominaient, Les quelques détails qui suivent, fouruis pas les noies qu'il laissa à son fils, feront connaître le geure de ses observations,

Le< forêts qui entourent Je fac Saint-Jean se composent de diverses espèces de bois très-précieux, tels que pins, mélèzes, épinettes, pruches, cèdres, ete. Pour plusieurs de ces espèces, telles que le Pinus rubra (pin rouge), l Abies alba (épinette blanche), le T'huya occidentalis (le cèdre), c’est le point le plus avancé vers le nord où on les observe, Le Pinus strobu (3) (pin blanc) se trouve dans une vaste

() Michoux. Flora Borcali-americara, Vol. I. fol. 154. In lacu Kinogami aliisque vicinis.

Le genre Zobelia fournit à nos parterres plusieurs belles nl:ntes d’orncment. cute'autres Ja Lobélie cardinale qui surpasie en éclat ct en bounté 12 plus bouux Ferchia, Cette plante qui croît spontanéinent autour du lac Sain‘-Picrre, mériterait d'otre jotroduite dus tons les jardins,

(2), Michanx, Flora Borcali-americana, Vol, I. fol, 240, vol, IL. fol 205, 220, 225,

(8), Michaux. fils, Arbres forestiers. Vol I. page 104,

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étendue de pays, mais non pas partout avec une égale abondance. Vers le nord, c’est su: les bords de ja rivière des Mistassins, à environ 40 lieues de son embouchure dans le lac Saint-Jean, que Pon rencontre les premiers pins de cette espèce ; mais, en avançant de deux degrés au sud, il devient assez commun.”

“Le mélèze (Lurix americana) est très-abondant aux environs du lac Saint-Jean ; il y vient en corps de forêt, couvrant à lui seu! des espaces de plusieurs milles d’étendue en tout sens” (1). On l’oppelle, en Canada, épinetle rouge.

& La Pruche ( Abies canudensis) commence à croître à Ja baie d'Hudson ; mais, au lac Saint-Jean, elleen remplit déjà Les forèts (2).

A ces arbres, nous pourrions en ajouter un autre qui se fait remarquer par ses gigantesques proportions: c’est le Populus balsamifera, connu vulgairement sous le nom de Liard. Ilesten très-grande abondance autour de ce lac et dans tout le pays traversé par la rivicre Saguenay, entre le 47e et le 49e degré de latitude. Dans ces parages, où, dit Michaux, la température est très-rigoureuse en biver, et le sol humide, cet arbre s'élève à 60 pieds de haut sur 3 pieds de diamètre (3).... Mas il esttemps de

quitter les bords du lac Saint-Jean.

Avant d'aller plus loin, nous allons nous permettre nne digressiou géographique afin de faciliter aux lecteurs lin-

telligence de ce qui va suivre. Le lac Saint-Jean est un vaste

(1) Mic'aux,fil , Arbres .

(2). Michaux.fis cl EF pa

(3), AMichaux, fs Vol. IF, page 505,

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réservoir où viennent se perdre plusieurs rivières dont

quelques-unes prennent leur source dans les hauteurs qui

séparent le territoire de la baie d’'Iudson du Bas Canada. Au nombre de ces dernières se trouve la rivière Mistassini, appelée aussi rivière des Sables, à cause de la grande quantité de sable qu'elle charrie, Le cours de cette rivière est d'environ 150 milles. Erle est navigable pour les canots jusqu’à 120 milles de son embouchure; quelques rapides et quelques petites chutes en interrompent néanmoins Ja navigation ; on y suppléc par des portages, C’est Je chemin par lequel descendaient autrefois et descendent encore aujourd’hui les Mistassins, peuple sauvage qui habite les c ntrécs situées aux environs du grand fac Mistassin., Ces sauvages viennent faire latraite des pelleteries à la Pointe- Bleue, dernier poste situé dans la partie septentrionale du Canada : ils descendent ordinairement vers le mois de juin pour le commerce et en même temps pour rencontrer le nissionnaire. Ce fut par là que Michaux résolut de se rendre à la baie d’ffudson. Il remonta done Ja rivière des Mistassins, Pendant la première partie de son cours, cette rivière coule à travers une belle contrée; Jes arbres qui la bordent sont 'magailiques. Je ne m'arréterai pas à peindre les dangers que courut notre intrépide voyageur dans ces solitudes : le cours de la rivicre est généralement paisible, et permetune navigation douce et commode ; mais dans certains endroits, il faut gravir des rochers escarpés, faire des poriazes dans Pépaisseur de Ja forèt et marcher sur des {rones d'arbres pourris qui enfenecnt sous les pas (D). Apres une marche de 40 lieues environ, nos voya:zeurs arrivèrent au pied d’une cascade. La rivière resserrce entre deux rochers se précipiie d’auc montagne coupée en

amphithGâtre, parunc hauteur de 89 pieds : sur les degrés

1) le: plantes que Aichanx rescontra sa Ja rivière des Mist s8sns sont indi ues aux pages suivantes d

In Canada, ad mnncem Alscassin Vol, EF, fol 24,61, 110.

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de cet amphithéâtre croissent des arbres qu'on aperçoit à travers La nappe d'eau, courbe en voñte au-dessus de leur cime, En tombant avec un fracas épouvantable, elle se brise, etles vapeurs s’'élevant comme un nuage, baignent au loin les environs, Où frémit à la pensée de le voir escalader les marches de ee gigantesque amphithéâätre pour eucillir quelques plantes sur les rocs inondés et s’arrèter à comtempler cette scène imposante,

La ebute dout nous venons de parler est le terme de la navigation sur larivicre Mistassini. Du sommet des montagnes qui la forment, l'œil plonge dans une longue vallée, embrassant une immense étendue de terrain uni, qui annonce la présence de quelques lacs. Nos voyageurs prennent cette direction ; bientot ils tombent dans une suite de petits lacs remplis d’eau stignante, En passant par le lac des Cygnes, Michaux s’y arrêta un instant pour en explorer les bords (1). Après avoir traversé les hauteurs qui séparent le Canada du territoire de la baie d'Hudson, l’on tombe dans une petite rivière qui conduit au grand lac des Mistassins, [faisait un froid excessif; il tombait de la neige. Cependant Michaux coutinua sa route et arriva le 4 sepiembre dans le lac des Mistassins,

Le journal manuscrit de Michaux renierme un rapport

très-intéressant sur le, vésetation et le climat de ces contrées boréales. Il serait à souhaiter que le Gouvernement ou quelque institution publique fit copier ce manuserit qui intéresse au dernier point le Canada.

(1) Michaux, Flora Poreali-amcricana. Per tractus montium, a sinu Hndsonis ad Canadam, præseitim ad lacum Cycao,um dictum Vol. I, fol:190, 225. Vol. I fol : 172,

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