CHAPITRE XV
Hêception à Sé-mao. — Description de cette ville* — Guerre des Mahométans. — Dr'parl pour Pou-euh — Salines dlïo-boufig.
M. de Lagrée avait envoyé un messager prévenir de noire arrivée les autorités de Sé-mao. Au moment où nous mettions le pied dans les faubourgs de la ville, des agents du gouverneur, escortés de quelques soldais, vinrent faire la génuflexion devant nous et nous précédèrent dans les rues de la ville. Une foule énorme s'était rassemblée sur noire passage et témoignait une curiosité, gênante à force d'empressement, mais au fond de laquelle on sentait de la bienveillance. A ce moment — mais à ce moment seulement — nous fîmes un rclour sur nous-mêmes et nous nous attristâmes de notre pauvre équipage. A peine vêtus, sans souliers, n'ayant d autres insignes qui fissent reconnaître en nous les représentants de Tune des premières nations du monde que les galons ternis que portail encore M. de Lagrée, nous devions faire une bien pileuse mine aux yeux d'un peuple aussi formaliste et qui attache autant de prix aux apparences que le peuple chinois. A coup sûr, nous n'aurions pu traverser dans le même équipage une ville de France sans rassembler des badauds et ameuter les gamins contre nous. Mais c'était moins notre costume que notre
VOYAGE I) EYPLOUATIOS ILS IJfDO-CHINKphysionomie elle même qui attirait la curiosité des habitants de Sé-mao. On * Imagine difficilement *|uell« propriété** tinguliéro Mfk attribue aux Européens dons ces provinces reculées de l'empire chinois. Oo ne le^ connaît qu\i Ira* rr* h> rrciU défigurés, el gro^is il»- Imoehc en b'turhe. qui ite* chic* *c sont propages dans l'intérieur. Les armes les navires k tapeur, l'industrie étonnante de ces terribles barbares, detaut lesquels a «urronibé le prestige ♦! un* < ttilisation vieille de cinq un nie siècles, ont défrayé les contes les plus merveilleux et accrédité lev préjugé?; les plus bizarres. Il arriva un jour qu'un mandarin militaire chinois, contrairement k toutes les règles de l'étiquette, tenta de se glisser derrière le commandant de La grée el de soulever son chapeau. Comme on lui demandait le motif de relie démarche singulière : •« Je voulais m 'assurer, dit-ilt de IV\Utencc de re troisième œil que les Européens possèdent, dit-on, derrière la léle, et à l'aide duquel ils découvrent les trésors cachés sous terre, *
On nous logea a Sé-mao dans une pagode située en dehors de la trille. Ci* ne Tut qu'après une lutte de plusieurs heures que les police me n du lieu réussirent h nous délivrer de la foule qui avait envahi le sanctuaire que Ion nous assignait pour demeure. Mais nous étions de trop belle Imunur pour nous formaliser en quoi que ce soit des impur limités do nos nouveau* hôtes; tout se transformait h nos yeux en félicitations sur notre succès. Apres i mi I lenips et si cruellement douté de notre réussite, nous étions enfin si en Chine » ! Dans notre esprit, ces mots magiques ne laissaient B qu'à la joie. Tout ce qui nous prouvait Tevîslencc de la Chine était venu. Nous aurions voulu la sentir et h toucher plus encore, et notre imagination s'illusionnait à ce point que même les poussahs, qui trônaient sur les autels aux pieds desquels nous étions installés, nous paraissaient grimacer des sourires de bienvenue.
J'ai déjà dit, je crois, que j'étais le seul membre de la Commission qui eût déjà visité la Chine1. Je retrouvai chez mes compagnons l'impression que j'avais éprouvée moi-même à mon arrivée dans le Céleste-Empire : ils étaient frappés de l'exactitude des images destinées à donner aux Européens une idée des intérieurs chinois, et de la sincérité des peintures de paravents. La justesse el la vérité des types qu'offrent ces dessins sont en effet remarquables. Les femmes surtout sont d'une ressemblance parfaite : costumes, attitudes, détails intimes, tout cela est saisi, un peu par son côté grotesque et avec un art plaisant de caricaturiste, mais assurément avec une irréprochable fidélité.