‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 107 sur 197 · DÉPART D'ÀLÉVY POUR LA COCHINCHINE · texte numérisé non relu

DÉPART D'ÀLÉVY POUR LA COCHINCHINE

province, des renseignements sérieux et tracer la ligne de conduite définitive qu'il convenait d'adopter. Une seule route restait libre pour nous rendre à Yun-nan : c'était celle de Ta-lan, Yuen-kiang et Ché-pin ; encore nous faisait-elle passer à très peu de distance des avant-postes musulmans.

Ce n'était d'ailleurs qu'après de longues hésitations que M. deLagrée parvenait à fixer le sens ou la portée des indications qu'il recueillait dans ses conversations avec les autorités chinoises. J'ai, dit que l'interprète adjoint à Alévy était peu capable de saisir et de rendre tout ce qui était relatif à la politique ou à la géographie; eteependant, c'était à lui seul que le chef de l'expédition allait être obligé d'avoir recours. Alévy ne voulait pas nous suivre plus loin dans un pays où les dangers semblaient devoir se multiplier sous nos pas, et M. de Lagrée s'était résigné à renvoyer un serviteur que sa mauvaise volonté et ses terreurs réelles ou simulées rendaient plus nuisible qu'utile. Le chef de l'expédition pouvait, il est vrai, entretenir avec les autorités chinoises des communications écrites par l'intermédiaire de l'Annamite Tei, qui était capable de figurer nos questions et d'en lire la réponse; mais, probablement pour ne pas compromettre aux yeux de l'escorte la dignité et les secrets de l'expédition, M. de Lagrée n'usa que trop rarement, à mon gré, de ce moyen d'éclairer ses doutes1.

Le 27 octobre, Alévy nous quitta définitivement, emportant une lettre de M. de Lagrée pourle gouverneur delà Cochinchine. llavaitleprojet de redescendre de nouveau le cours du Mékong et de revenir se fixer au Cambodge. 11 arriva en effet à Pnom penh quelque temps avant notre retour à Saigon.

La décision prise par le commandant de Lagrée d'abandonner la route du nord pour se diriger au nord-est, vers la capitale du Yun-nan, ne fut pas sans exciter un certain mécontentement au sein de la Commission. Nous étions tous jeunes et amoureux d'aventures : on est toujours plus hardi quand on n'encourt aucune responsabilité. M. de Lagrée s'aperçut de l'impression produite par sa résolution et m'en entretint amicalement3. Pour ma part, j'aurais vivement désiré qu'il m'autorisât à aller rejoindre le * Cambodge à l'ouest de Sé-mao. Seul, je ne compromettais aucun intérêt, et ne risquais que ma propre personne; je mettais un amour-propre sans doute excessif à reconnaître le cours du fleuve à une certaine distance audessus de Xieng Hong, point visité avant nous par l'Anglais Mac Leod

1. Pour bien comprendre ce passage, il faut se rappeler que récriture chinoise est «in usage dans l'Annani et que ceux des signes qui la composent, connus des Annuinites cl employés par eux, sont lus aussi facilement par les Indo-Chinois que par les Chiuois eux-mêmes, mais seulement avec une prononciation différente. En d'autres termes, le signe figuratif représente la même idée en Annam et en Chine, mais il n'est pas traduit par le même son. Voy. p. 452 eu note et p. 031). Voy. De Paris au Tibet, p. 381 et suiv., et le Pays d'Annim. p. 142 et 154.

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