CHAPITRE XVI
De Pmi-eut h Lin-ngan. — Les salines de Mo-hé, — Nous changeons de bassin. — Le Papien kiang el le Pou-kou Ictong* — Ta-lau. — Les mines d'or. — Yuen-kians et le fleuve du Tun« King. — Francis Garaiftf 88 sépare de lu Coin mission. — Description de Liti-n^an. — Une u;uasi-lapidalion. — Arrivée de la Commission à Lin-ngan, — Léanj: U-jcn. — Une nouvelle route commerciale française. — Départ de Lin-n^an,
Ce village dos salines avec sa fumée, ses maisons noires, le bruil sourd qui s'échappait des puits d'extraction, nous ramenait soudain en pleine civilisation, et nous pouvions nous croire dans une petite ville industrielle d'Europe. De nombreux convois d'Anes, de mulets, de bœuTs et de chevaux montaient et descendaient la longue rue en pente, eu bordure de laquelle s'échelonnaient les usines; ils apportaient du bois, du charbon, des cordages et remportaient le sel.
Peu de races sont douées d'une aussi grande énergie que la race chinoise. Les Mahométaus ont occupé pendant quatre ans le \illa-e des salines et ont presque entièrement détruit le matériel d'exploitation. Ils en ont été chassés il y a un an à peine, et déjà cette industrie s'est reconstituée cl est redevenue plus florissante que jamais.
Au sommet du village s élève une pagode qui le domine complètement, cl au pied de laquelle viennent mourir ses deruittres rumeurs. Le mandarin de
la localité nous y logea et s'empressa de nous envoyer du riz, des poules el des œufs. Quels que fussent les malheurs des temps, l'hospitalité chinoise a toujours été exercée envers nous d une façon correcte et courtoise, cl, co arrivant h une étape, nous n'avons jamais eu, comme dans le Laos, k nous préoccuper du repas du soir.
Le 1" novembre, nous nous remîmes en rouie et nous l rave rsa mes succès* si veinent plusieurs petites vallées. Les chaînes de collines qui les séparaient étaient couronnées de forets de pins, dans lesquelles la hache faisait chaque jour de rapides et profonds ravages. Dans un avenir prochain le voisinage des salines amènera rentier déboisement de celte jolie contrée, À onze heures du malin, nous aperçûmes la ville de Pou-eul, située au fond d'une petite plaine; nous n'avions rencontré sur notre route, comme les jours précédents, que des villages détruits, des rizières abandonnées, des scènes de désola lion de tout genre. Ce pays, naguère habité- par une population e\trèmenienl dense, avait atteint un degré de prospérité remarquable quand il a été ruiné par l'invasion desMahoniéians, La destruction sauvage, implacable, à laquelle s étaient livrés ces farouches sectateurs du Coran nous navrait de tristesse, et jusqu'alors aucun de nous n'aurait pu croire que la guerre, même faite par des barbares, produisit de si effroyables ravages. Qui nous cùl dit que nous retrouverions dans notre patrie le même spectacle et les mêmes ruines, et qu'en pleine civilisation nous assisterions aux barreurs et aux crimes donl nous avions élé témoins dans le Vun-nan l ?
A Pou-cul, nous fumes logés dans une pagode située a rexlr' la ville. Celle-ci est triste et presque entièrement déserte. Les maisons sont loin de remplir l'intérieur de l'enceinte, et il n'existe qu'un petit faubourg en avant de la porte sud. Pou-eul est le siège d'un fou ou préfet chinois, qui étend sa juridiction sur tout l'angle sud-ouest de la province. Cette ville doit son rang administratif plus à sa position centrale qu a son importance propre. Les villes principales placées sous sa juridiction sont Ouei-yuen, Sé-mao et Ta-lan; mais, comme je l'ai déjà dit, le délégué de Pékin n'a ici qu'une autorité restreinte, et le gouverneur à bouton rouge de Sé-mao, qui ne possède pas le moindre diplôme de lettré, est en réalité fort indépendant du mélancolique docteur à bouton bleu chargé, à Pou-eul, des fonctions de préfet. Celui-ci rendit immédiatement sa visite à M. de La grée, qui était allé le voir le lendemain de notre arrivée. Il nous pressa de quitter au plus vite une ville qu'il s'attendait à voir retomber sous peu entre les mains des Mahomélans. Lui-même ne paraissait y rester que fort à contre-