‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 113 sur 197 · I. Voy. p. 189 et · texte numérisé non relu

I. Voy. p. 189 et

M PA-P1ËN KIANG. fff

intéressa ni problème géographique, Los rivières en Chine changent «le nom lotîtes les vingt lieues, et comme celle dont il s'agissait ne tarde pas a sortir du Yun-nan pour couler dans des contrées inconnues des Chinois, ceux-ci ne pouvaient nous dire avec quelque certitude à quel bassin elle apparlcnail. Il fallait laisser au lemps le soin de dissiper nos doutes.

Arrivée au Pu-pien kiaug. — Dessin d« Th. Wcbi:r, J'aprc? un croquis Je M. Delapurtu.

Nous couchâmes le soir à Pa-pien, pauvre village silué sur la rive gauche delà rivière que nous avions du traverser cd bateau. Le mandarin a hou ton blanc et & queue de renard qui depuis Pou-cul commandait notre eseorle su! donner de nous une assez haute idée pour que les notables du village crusseut devoir nous combler de présents. Ce n'était qu a regret que nous acceptions les cadeaux de gens ruinés par la guerre, mais il fallait, sous peine de perdre lout prestige* nous plier aux usages d'un pays ou Timpor-

tance des voyageurs se mesure surtout au vide qu'ils laissent dans lu lioursr el le garde-manger de leurs holes.

Le lendemain, nous suivîmes pend uni quelque temps la rive gauche du Pa-pien kiang, puis nous gravîmes de nouveau 1rs hauteurs au pied desquelles il roule, pour remonter sur cet immense plaleau du Yun-mmt qui s'élève de plus en plus dans la direction du nord et qui* ravine ut si profondément les grands cours d'eau qui le traversent.

Nous passâmes le 7 novembre à Tong-kounn. H y avait une grandir agglomération de troupes dans celte localité, mais noire mandarin d'escorte sut nous y faire une large place, La curiosité des soldats chinois provoqua quelques conflits entre eux et nos Annamites, spécialement chargés de veiller ii nos bagages et de défendre rapproche de nos personnes. Un pelit mandarin de l'endroit qui avait cru que son rang l'autorisait à être indiscret fut mis dehors h coups de crosse et alla s'en plaindre au chef militaire qui commandait les troupes de passage. Celui-ci l'amena devant M. de Lagrée en lui ordonnant de faire des excuses; AL de Lagrée se borna h lui donner le conseil d'agir plus adroitement à l'avenir pour satisfaire sa curiosité*

Tnng-kouan, dont le nom signifie" Forteresse de l'Est occupe une position dominante au milieu d'une vaste plaine admirablement cultivée, où s'élèvent de nombreux villages; c'est un point culminant du massif qui sépare la vallée du Pa-pien kiang de celle du Pou-kou kiang. Les troupes qui y étaient réunies partirent le lendemain de notre arrivée et, comme tPha* bilude, au bruit de nombreux pétards. C'était un spectacle fort pittoresque que la vue de cette longue file de soldats aux coslumes éclatants, déroulant au loin leurs innombrables bannières et faisant étinceler au soleil leurs armes, à formes variées et étranges. Chaque officier marchait précédé de guitaristes, de porteurs de guidons et de grands et de petits tam-tams, que des domestiques battaient à intervalles inégaux. Aucun ordre ne présidait à la marche, et chaque soldat ne se préoccupait que de choisir la route la plus commode ou le compagnon de voyage le plus agréable. A chaque détour, des groupes nombreux s'arrêtaient pour causer, fumer ou boire, et la colonne s'allongeait démesurément sans qu'aucune surveillance fût exercée par les chefs. Cent hommes déterminés auraient mis en déroute tout ce corps d'armée *. Son commandant, mandarin militaire à bouton

1. Malgré les améliorations que la Chine a introduites dans l'armement de ses soldats, qui possèdent aujourd'hui 1rs fusils à tir rapide et les canons à longue portée des constructeurs européens les plus renommés, malgro les efforts dos instructeurs engagés spécialement par le gouvernement chinois, il est probable que l'armée chinoise actuelle ne vaut, en général, pas beaucoup mieux que les bandes décrites par Francis darnior, car elle est recrutée parmi la classe la plus pauvre de la population, peu ou point payée, et manque essonlielleuicut de

LK POL km: KIANG. — AFUUVKK A TA LAN. 475

bleu, avait tenu p pour nous faire honneur, à resler a Tong-kouan jusqu* à noire départ. 11 escorta M, de Lagrée à cheval pendant près d'un kilomètre, et nous sortîmes du village enlre deux haies de soldats et de banderoles, et au bruit de la mousqueterie.

Le 8 novembre, nous franchîmes en barque le Pou-kou kiang, rivière presque aussi considérable que la précédente et que, fidèle à sa première impression, M, de Lagrée croyait être le Nam Hou, autre affluent du

Tfi-J,iu, — Dr^in île Th. YYeUr. ■ l . i ju * ^ nu n-mpiis rjr M. [Vluporti».

Cambodge, dont nous avions rencontré l'embouchure un peu au-dessus de Lu an g Prabang. Pour nia pari, je persistais à y voir Tun des cours d'eau qui forment le fleuve du Tong King

Nous remontâmes la vallée d'un affluent du Pou-kou kiang jusqu'au village de Tchang-lou-pin, on nous trouvâmes un petit mandarin envoyé de Ta-lnu a notre rencontre. Nous armâmes d;in^ crllr v ille le lendemain, a deux heures. Il semblait que la courtoisie des autorités chinoises croissait

l'organisation ni vaille, <Jr la discipline rigouri -n<r .1 -nrt mi! .1- jV-prit militant-, sans lesquels uni- aruiéu nVxiste pas, au su- us moderne tlu mot. |, On v<-rr« plu? hm\ que le? présomptions de Kranns Garni r élaimt fond

pénètriun* phi* avant dan* la Chine. Le n afait pas rendu la vi#iltî que lui ai ait faite le igrée; le préfet de Pou-cul n avait pas cru pouvoir se dispenser de cet acte de politesse; le premier mandarin de Ta-lan, qui était bouton rouge, devança M. de Lagrée et vint le voir, dans la pagode hors murs où nou* étion* installés, dès le lendemain de ootre arrivée. Ta-lan est située dans k nllée d'un affluent du Pou-kou kiang; la fille est moins considérable que Pou-cul; elle n'a pour toute fortification qu'une simple muraille en terre* Quoiqu'elle ail été occupée pendant quelque temps par les Slahomélan», elle a beaucoup moins souffert que Sé-mao et Pou-cul, et le commerce y est encore florissant. Toutes les pentes des montagnes avoUnitnï sont admirablement cultivées, et les fruits et les céréales de l'Europe viennent s'ajouter ici aux fruits des tropiques. Ce fut à Ta-lan que nous retrou* vàmes pour la première fois la pomme de terre : les noi\ et les châtaignes étaient mêlées, sur le marché! au* goyaves, aux mangues, aux coings, aux cédrats, aux oranges, aux pèches, auipoires, au* pommes. Une période de paix et quelques perfectionnements agricoles feraient de ce pays, si favorisé de la nature, l'un des plus riches du globe,

Toutes les denrées > sont cependant fort chères, conséquence naturelle d'une pierre de dévastation, Le riz se vend de S à 7 francs le pic ul, et Ut misère doit être grande. Nous reçûmes avec reconnaissance les magnifiques cadeaux dont le gouverneur Tin la-jen se fit accompagner;

it en un cochon, un bouc, trois chapons et un sac de riz. mandarins subalternes suivirent l'exemple de leur supérieur, et. pendant presque toute la durée de notre séjour, nous n'eûmes rien à demander au marché de la ville.

Nous reçûmes à Ta-lan la visite d'un mandarin récemment arrivé de Pékin et qui déjà avait été en relations avec les Européens à Tien-tsin. Nous échangeâmes avec lui une poignée de mains à la française. Combien regrettions-nous que la légation n'eût pas eu l'heureuse idée de remettre pour nous à ce fonctionnaire un résumé des nouvelles d'Europe! Il y avait plus d'un an que nous en étions privés !. Nous avions enfin appris à Pou-eul que Kosuto n'était autre? qu'un missionnaire, qui prêtait au vice-roi du Yun-nan un concours fort actif dans sa lutte contre les Musulmans; mais il avait été obligé, nous disaii-on, de se retirer dans le Roui-tchéou à la suite de l'explosion de la maison où il fabriquait de la poudre. Cette circonstance allait nous empêcher d'avoir de longtemps encore ces nouvelles de

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