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3. Le Uo-ti kiang, branche principale du fleuve du Tong King, et dont il vient d'être parlé.
RÉCEPTION A YUEN-KIANG. iH3
ou jaunâtre ; le riz est moissonné, mais ses gerbes d1or s'élèvent encore ça et là en meules arrondies. Seuls quelques champs de canne à sucre, des bois d'aréquiers et d'orangers verdissent, par places, le paysage. En face de cette ville qui, de loin, apparaît comme endormie dans une sieste nonchalante, s'étend sur la rive opposée du fleuve un vaste champ des morts, ou se dressent, au-dessus de tombeaux presque tous semblables, de hautes plaques de marbre blanc couvertes d'inscriptions. Les têtes sveltes des palmiers, les vapeurs chaudes planant sur les eaux, le soleil resplendissant, le ciel bleu, qui succédaient aux pluies des jours précédents, nous indiquaient qu'une fois encore nous allions revoir les produits et retrouver le climat des tropiques. Une magnifique réception nous avait été préparée à Yucn-kiang : les mandarins en grande tenue vinrent nous attendre aux portes de la ville; deux cents soldats ou porteurs de bannières formèrent la haie sur noire passage; l'artillerie, la musique jouèrent à notre approche. Nous n'avions jamais été si fort pris au sérieux. Nous traversâmes une rue interminable où la population s'entassait à flots pressés ; devant nous cheminaient de nombreux gamins, portant sur le dos d'énormes écrileaux où s'étalait un compliment de bienvenue. On nous logea dans une belle papule bâtie sous khang-hi, et située â l'extrémité nord de la ville. Sa construction est antérieure a l'époque où Yuen-kiaog devint une ville chinoise. Car Yuen-kiang s'appelait, il y a un siècle et demi, Muong Cboung, et était gouvernée par les Thaï. Le style du bouddha de la pagode se rapproche, en effet, des formes laotiennes, 11 en diffère par la loupe qui orne son front; les mains à demi jointes sur la poitrine tiennent un objet qu'on ne peut préciser; le vêtement est drapé a la chinoise. Peut-être ce bouddha est-il l'œuvre de sculpteurs chinois travaillant sous l'inspiration des Thaï. Cette pagode remonterail â trois cents ans environ. J'y ai relevé une inscription chinoise datée de la cinquantième année de Khang-hi (1712), C'est sans doute l'époque de la prise de possession de ce Muong par les Chinois, Yueu-kiang, quoique fille de second ordre, forme une circonscription indépendante, directement rattachée à Yun-nan. 11 existe dans les environs une race particulière appelée Pa-y, qui n'est qu'une branche de la grande famille thaï. Les Pa-> deviennent de plus en plus nombreux et sont presque indépendants lorsqu'on se rapproche de la frontière du Tong Kiug. Les Chinois les citent toujours les premiers quand ils énumèrent les sauvages de la contrée : Pa-y, Honhi, Kha-to, Chanzou, Pou-la, Lope, Lolos. Les dialectes de ces dernières tribus diffèrent peu et dérivent d une même langue. Le dialecte des Lolos est peut-être celui qui présente les plus grandes différences de langage et qui parait se rapprocher, plus que de tout autre, de celui des Kouys de la
«i VOYAGE D'EXPLORATION EN INDO-CHINE,
rive droiio du fleuve. La langue des Kouys a de nombreux rapports avec celle des tribus qui, sous le nom de Man-tse, habitent le nord du Yun-nan. Ces populations semblent d'ailleurs avoir quelque parenté avec les Mous, qui depuis une époque très reculée ont peuplé le Pégou. Les Aka, les Abors, les Chendou, seraient les principaux anneaux de la chaîne ethnographique qui relierait les Pégouans aux Loi os du Yun-nan.
Les Pa-y ont des traits d'une douceur et d'une régularité remarquables. La toilette de leurs femmes, tout en conservant beaucoup de parties communes avec celle des sauvages de Paléo et de Sicmlap, en offre de caractéristiques- Elles portent autour du cou une sorte de collier haut de trois doigts environ et composé d'une étoffe rouge ou noire sur laquelle de petits clous d'argent assemblés forment des dessins. On croirait voir de loin le collier hérissé de pointes d'un boule-dogue. Une sorte de pinslion, agrémenté de la même manière, s'étale sur la poitrine. Des boucles d'oreilles, d'un travail quelquefois délicat, ressemblent souvent h Ai simples cercles, mais consistent surtout en un anneau supportant un petit plateau carré auquel sont fixées de nombreuses pendeloques. De longues épingles de tête, aux extrémités desquelles est at lâchée une collection de ces mêmes pendeloques, complètent les ornements du costume, ornements exclusivement en argent, et dont les pierres, les perles, le verre, sont exclus. En somme, rien de plus élégant que les jeunes filles pa-y avec leur petite veste, leurs jupons bordés d'une large bande de couleur et leur corset serré. Quelques-unes sont jolies. Les hommes portent un petit turban aplati; leur fine mouslache et leur figure inaigre les font beaucoup ressembler au* Annamites. Ne seraient-ils pas les successeurs de ces tribus des montagnes dont parle l'histoire du Tong King et qui, dès le onzième siècle avant notre ère, se séparèrent des tribus de la mer, devenues aujourd'hui la race ton gki noise proprement dite, et vécurent avec elles dans un état permanent d'hostilité ?
Au dire des Chinois, les Laotiens habitant cette zone n'ont plus de pagodes et, à l'inverse de ce qui se passe chez les Does, paraissent sur le point de redevenir sauvages. Chez quelques-uns on retrouve le pur type annamite. Les conquérants rendent du reste justice à leur bon naturel et les considèrent comme beaucoup plus doux que les sauvages.
Les cadeaux que nous reçûmes des autorités locales furent à la hauteur de la réception qu'elles nous avaient faite. Le premier mandarin, qui était bouton bleu, nous montra, entre autres objets européens en sa possession, une longue-vue, une montre et un stéréoscope approvisionné de photographies d'une moralité douteuse; il nous dit qu'à Yun-nan les produits européens existaient en grand nombre. Il devenait difficile de faire des cadeaux
PRODUCTIONS DU PAYS. 485 A des gens qui pouvaient apprécier la véritable valeur de la plu pari des débris de noire pacotille. Nos armes seules restaient inestimables a leurs ycu* ; malheureusement il n'était encore pas prudent de nous en défaire.
La vie était moins chère à Yuen-kiang que dans les villes que nous venions de traverser; la pomme de terre, beaucoup moins estimée que la patate par les habitants, ne coulait qu'un sou la livre1 et nous fournil
Nmvug<s des environ» de Munug Pang, Ta-hm H (;h«*-|ûii. - M- -m »!■■ Liuih' tl.ivanl,
d'après une photographie
un supplément de provisions fort apprécié. Les oies et les canards abondaient dans les basses-cours, mai* la \iande de porc élail la seule qui li-nrilt à Tétai des bouchers. En ce pays le porc se multiplie en quantité prodigieuse et forme d'immenses troupeaux. Au nombre des fruit* de la contrée il faut citer les oranges, qui sont délicieuses et se donnent pour rien. Duhalde1 signale aussi, parmi les richesses du pays, la soie et le boisdebéne: je n'ai pas eu l'occasion de vérifier cette assertion.
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EXPLORATION EN INDÛ-CHÏ
La plaine de Y uen-kiang produit aussi beaucoup de sucre et de coton. Nous retrouvons ici la petite machine à égrener des Annamites ; on tisse le coton sur les lieux mêmes en étoffes grossières, teintes de couleurs éclatantes. Dans les montagnes qui avoisinent Yuen-kiang on chasse le cher rotin porte-musc. Le gouverneur nous fit cadeau <le deuv poches de ce précieux parfum. AL Joubert alla visiter, à quelques kilomètres au nord de la ville, la mine de cuivre de Tsin-long; c'est un des gisements les moins considérables de toute cette province» qui en possède de si nombreux et de si riches *.
Vis-à-vis de Yueii-kian^, le llo-ii kiaug 2 a 250 ou 300 mêlrcs de large; ses eaux sont cal mes et peu profondes, et de nombreux bancs de sable apparaissent cà et là sur les bords* L'altitude de la vallée du fleuve n'est ici que de 500 mètres, ce fjui explique la végétation tropicale et la chaude température que nous avions rencontrées en descendant du plateau élevé sur lequel se trouvent Sé-mao, Pou-eul et Ta-Ian,
Nous quittâmes Yuen-kiang en barque, le 26 novembre. Les autorités de la ville, réunies en corps, assistaient sur la plage à notre départ, Nous Je\ ion descendre le Heine pendant quelques heures pour rejoindre la route de Chépin qui, plus bas, part de la rive gauche. Au-dessous de Yuen-kiang, la vallée ne tarde pas à se rétrécir, et des murailles arides et rocheuses, d'un aspect peu pittoresque, se dressent sur les bords de la rivière, dont le cours devient plus sinueux et les eaux plus rapides, Au bout de trois heures de navigation, nous arrivâmes à Pou-pio, village pa-y, à toits plats et h doubles ternisses. Il est situé sur la rive gauche du fleuve, auprès d'un rapide infranchis pour les barques. L'expédition y reprit la route de terre pour se dirige Ché-pin et Lin-ngan. Je me séparai d'elle pour continuer seul à redescendre en barque le Ilo-ti kiang. M. de Lagrée ne limitait nullement ma reconnaissance du fleuve, et se contentait de me donner rendez-vous à Linngan : le premier arrivé devait attendre l'autre!
Comme tous les villages de cette région, Pou-pio est entouré d'une muraille en terre; car ces montagnes sont peu sûres: un malheureux sauvage qui était venu le matin nous vendre des comestibles nous était revenu le soir, sanglant et dépouillé ; on lui avait enlevé sa pauvre bourse et désarticulé le bras. Les portes du village sont fermées le soir et l'on y monte la garde pendant toute la nuit. Les maisons sont construites en terrasse, ce qui donne aux maisons un aspect arabe que leur teinte grise contribue à accentuer encore; cette forme de toit, adoptée soit pour économiser la charpente, soit en raison de la difficulté de cuire les tuiles, a l'avantage, dans