‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 117 sur 197 · VALLÉE DU HOTI K1ÀNG, 4H · texte numérisé non relu

VALLÉE DU HOTI K1ÀNG, 4H

ces pays montagneux, de donner plus de place aux habitants, que la rapidité des pentes force à se rapprocher les uns des autres. Une seconde terrasse s'étage en effet au-dessus de la première comme une haute marche

Sauvage pa-y du Yuu-Dau. — De&rin <ltf Jaui*L-Luugcf d'après un croquis de M. Ddiiportc*

d'escalier; elle est recouverte d'un toit léger sous lequel ou fait sécher la uoix d'arec.

Au-dessus de Pou-pio, on remarque, le long des assises de la montagne, une ligne de verdure presque horizontale qui tranche vivement sur la

EN 1XD0-CH1N& nue : c est la trace d'un canal d irrigation qui va prendre leau à une iode hauteur dans l'un de* torrent* à forte pente se déversant dans le fleuve. Ce canal distribue: leau aut divers villages de la vallée, el la frai* cheur et fa végétation renaissent sur son passage. Il est solidement empierré, muni d'un chemin de ronde, el il a dû coûter un énorme travail. Il eût éié moins pénible d'élever l'eau du fleuve qu'on avait à ses pieds ; mai* le* Chinois préfèrent au travail continu que demandent les machines élévaloires Teflort plus considérable sans doute, mais Tait une fois pour toutes, que nécessite la construction d'un canal îrrigatoîre. Apres lavoir établi, il n'y a plus en efFet a se préoccuper de rien; Teau arrive où Ton veut, quand on veut et en quantité toujours suffisante. On relrouve ces Ira* vaux d'irrigation, exécutes sur une échelle grandiose, dans toutes les parties montagneuses de la Chine.

Le 27 novembre, je m'embarquai dans un léger canot au-dessous du rapide de l'ou-pto. Je redescendis la rivière en compagnie de quelques barques de marchands. Le Ho-ti kiang s'encaisse de plus en plus; les lia u leurs qui l'enserrent atteignent bientôt de 800 à 1000 mètre». Des schistes, des calcaires, des poudingues, forment les parois de ces immenses murailles, où ils alternent en couches très inclinées. Chaque torrent qui vient déchirer leurs flancs rocheux en détache une énorme quantité de galets et de cailloux qui vont obstruer le lit dri fleuve et y former un rapide* À celle époque de I année, ces torrents sont sans eau, et la stérilité rougeAtres qui dominent le voyageur est complète, Pour trouv e, un buisson, une touffe d'herbes, l'œil est ol" jusqu'aux plus hauts sommets des falaises entre lesquelles on se trouve emprisonné; c'est à peine si Ton réussit à découvrir quelques pins, que la dislance rend microscopiques. Quelquefois cependant un filet d'eau, sur le point de tarir, filtre à travers les pierres, puis, parvenu à la surface des rochers à pic qui forment la berge immédiate du fleuve, tombe en pluie irisée dans les airs. Cette humidité suffit; des arbres surgissent sous cette pluie bienfaisante, un rideau de mousse s'étend. sous leur feuillage et pend sous la cascade en festons étincelants de rosée. A quelque distance d'une de ces petites oasis de verdure s'ouvre la vallée du Siao Ho-ti, l'affluent le plus considérable de la rive gauche du fleuve. Cette vallée est aussi sombre, aussi encaissée que celle du Ho-ti kiang; on dirait deux immenses couloirs qui se croisent à angle droit et dont la voûte s'est écroulée.

Nous franchîmes plusieurs rapides qui nous obligèrent à quitter nos barques. Un seul batelier y restait; les autres, debout sur la rive, retenaient avec une corde la barque ainsi allégée, puis, quand le pilote avait jugé le

FRANCIS GARNIEIl RECONNAIT LE HO-Tl KIANG. 489 moment convenable et que l'embarcation se présentait bien dans le sens du courant, ils lâchaient l'amarre, et le léger esquif franchissait comme une flèche le passage dangereux ; l'homme qui le dirigeait accostait de nouveau la rive pour reprendre son chargement et son équipage. Les tribus sauvages des environs fournissent un certain nombre d'hommes dont l'unique métier consiste à transporter sur le bord de l'eau les marchandises entre l'amont et l'aval du rapide. Ces transbordements ne sont nécessaires que pendant la saison sèche; ils seraient d'ailleurs impossibles à l'époque des hautes eaux : le fleuve remplit alors complètement son lit et, recouvrant ses bords, n'y laisse libre aucun passage qui permette de circuler à pied sec le long de l'immense fossé dans lequel il coule.

Je m'arrêtai le soir à une douane chinoise placée au point d'intersection du fleuve et d'une route qui relie Lin-ngan à quelques centres de population pa-y situés plus au sud. Un bac sert à faire passer les voyageurs et les marchandises; et, des deux côtés de l'eau, un sentier en zigzag gravit des pentes moins abruptes que les précédentes et qui forment en ce point comme les flancs d'un vaste entonnoir dont le fleuve occupe le fond. La circulation paraissait assez active et je crus qu'il me serait facile de remplacer la barque de Pou-pio, dont l'équipage ne consentait pas à me conduire plus loin. Le Chinois préposé à la douane me promit en effet une barque nouvelle pour le lendemain matin.

J'étais atteint d'une toux horriblement sèche qui m'empêchait presque de parler; les yeux me sortaient de la tête; j'avais une intolérable migraine. Le douanier eut pitié de moi et me fit signe de me coucher sur son lit de camp. Il disposa à mes côtés une longue pipe et une petite lampe, plongea une grosse aiguille dans un pot rempli d'une substance noirâtre, en retira une goutte épaiss.e qu'il fit fondre à la flamme de la lampe et la jeta ensuite toute brûlante dans le godet, à ouverture étroite et à large base, de la pipe. J'aspirai deux ou trois bouffées. Il recommença l'opération plusieurs fois de suite et je sentis bientôt l'irritation de ma gorge et les élancements de ma tête se calmer comme par enchantement. C'était la première fois que je fumais aussi longuement de l'opium, et cette expérience personnelle me démontra qu'administrée à propos celte drogue peut devenir un précieux remède; l'abus seul la transforme en un mortel poison *.

Le lendemain, je ne parvins qu'à grand'peine à décider quelques Pa-y, qui comprenaient un peu de laotien, à me louer une barque pour continuer la descente de la rivière; j'avais avec moi quatre ou cinq soldats d'escorte

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