UNE NOUVELLE ROUTE COMMERCIALE
pendant tout notre séjour le long des frontières aucun sujet de Tu Duc. Une large bande de terrain habitée par les tribus sauvages, Pa-y ou Lolos, paraît s'interposer de ce côté entre la Chine et TAn-nam. Les troubles el les révoltes qui ont accumulé les ruines et la misère dans les provinces méridionales du Céleste-Empire sont venus compliquer encore la situation politique de cette intéressante contrée. Les Cantonnais, en possession depuis longtemps du commerce de Mang-ko, n ont pas tardé à se porter en masse vers ce pays riche, fertile et tranquille, où ils peuvent échapper aux bouleversements incessants dont leur province est le théâtre. Depuis quelques années, un chef cantonnais s'est établi avec une nombreuse colonie de ses compatriotes à Lao-kay, s'est proclamé indépendant et vit des revenus considérables de la douane qu'il a installée sur le fleuve.
Il y avait donc là à étudier une question commerciale d'un grand avenir et d'un intérêt exclusivement français, puisque le Tong King se trouve directement placé sous notre influence politique par suite des traités qui nous lient à la cour de Hué *.
La pacification du Yun-nan rendra a ces belles contrées la vie commer-" ciale et la richesse que leur assurent leurs produits si variés et si précieux et le débouché si facile et si économique que leur offre le fleuve du Tong King. Si une politique jalouse et exclusive a su détourner jusqu'à présent de leur écoulement naturel vers la mer les denrées qui vont chercher à Canton ou à Shang-haî un marché éloigné et onéreux, il nous appartient d'user de notre influence auprès des cours de Pékin et de Hué pour faire cesser cet état de choses et pour plaider la cause de ces intéressantes populations. Notre colonie de Cochinchine est légitimement appelée, par la force même des choses, à recueillir l'héritage de Canton, et Saigon, qu'un cabotage actif relie aux embouchures du fleuve du Tong King, offrira aux produits du Yun-nan et de Tlndo-Chine septentrionale un marché plus avantageux e| un point de chargement mieux situé pour leur échange contre des marchandises européennes '.
Malheureusement le manque d'interprètes, et par suite la difficulté de recueillir des renseignements plus précis et plus complets, empêchèrent M. de Lagrée de pousser ses investigations de ce côté aussi loin qu'il eut été nécessaire3.
1. Voy. dans le Bulletin de la Société de géographie du moi» de février 1872 l'étude publiée par Francis CJarnier sur « les nouvelles routes de commerce avec la Chine ».
2. Pour bien se rendre compte de la valeur de ces considérations et de leur caractère quasi prophétique, il ne faut pas oublier qu'elles ont été écrites en 18G8 et publiées en 1871.
3. 11 n'est pas inutile de remarquer que Francis Garnier, obéissant aux convenances hiérarchiques et faisant une fois de plus preuve de déférence envers la mémoire de M. de Lagrée, attribue
Âu\ environs immédiats de Lin-ngan nous visitâmes un gisement de lignite, dont 1 c%ploititfon est assez active. Ce combustible est if un emploi général; li plaine de Lin-ngan est entièrement déboisée, et le peu de bote que I on brûle y est apporté de fort loin par les sauvages. Leitraction du lignite se fait au moyen de deux puits vertieaux, d'une profondeur de IG a 17 mètres; ils donnent accès à des galeries horizontales d'un grand développement, pratiquées à l'intérieur de la couche combustible, qui parait avoir une épaisseur variant de i mètre à 30 centimètres. L exploitation est monopolisée par Tadministralion chinoise. De nombreuses voitures se pressant autour dos puits et attendent leur tour de chargement On paye sur les lieux mêmes. Ces voitures, les premières que nous eussions rencontrées depuis bien longtemps, sont de petits chariots fort bas, porlés sur deux roues pleines et traînés par un bœuf ou un bu file* On fabrique également h Lin-ngan ce papier commun dont on fait en Chine une si grande consommation en guise d allumettes. Iluhaldc cite le miel et la cire parmi les productions importantes de la contrée,
Nous partîmes de Liiwigan le décembre. La plaine que nous travers:! mes en remontant la rivière présente une immense étend uct toute imitai h *<m chat seul tant le mérita d1nvi4tig*tiôaj dottfl il avait lui-même été I instrument et dont ritimnimr lui revenait pour La plus grande part- Tl sufïlt d'ailleurs île citer ta pussop* in rapport adressé a celle époque au venir ur de lu Coclniieliine par M. de L«»rée pour apprécier comme il convient lu pari de chacun dan» une aussi imposante découverte.
« G janvier 1868.
th commence h
Coï? Peut-il mtvît dfl fûîfl de communication commerciale entre le Tong Kîug cl te Yunnan ? Afin de résoudre cette question, pendant que la Commission se dirigeait directement sur Liu-ngan, j'envoyai M. Garnier en exploration sur la rivière, avec ordre de prendre des informations et de nous rejoindre a Lin-ngan. Par suite du mauvais vouloir des populations, cet officier n'a pu descendre que jusqu'à une distance de quarante milles; mais les renseignements qu'il a pris et ceux que j'ai recueillis moi-même nous suffisent. A six journées du S.-S.-E. de Lin-ngan se trouve le marché renommé de Mang Kho à partir duquel le Song Coï est navigable jusqu'à la mer.K ce marché, qui est encore sur le territoire de Yun-nan, et à quelques autres situés en aval, sur la terre tongkinoise, affluent des Laotiens, des habitants du Kouang-si et du Yun-nan, des indigènes des montagnes et des Chiuois de Canton, qui y apportent par la voie de mer des marchandises européennes. L'affirmation de cette route sera sans doute Vun des plus
utiles résultats de notre voyage » « De Lagrée. »
Nous citons le texte de ce rapport tel qu'il existe dans la dépêche officielle, mais du vivant de Francis Garnier nous avons eu sous les yeux le petit registre de la correspondance avec le gouverneur de la Cochinchine, où se trouvait la minute même du rapport, écrite de la main de M. de Lagrée, et nous avons pris une copie minutieuse de cette pièce. Elle renfermait plusieurs corrections, et le rédacteur avait quelquefois atténué sa pensée première en la raturant et eu remplaçant une affirmation sans restriction par une allégation moins formelle.
Ainsi par exemple au lieu d'écrire : « mais les renseignements qu'il a pris et ceux que j'ai recueillis moi-même nous suffisent », M. de Lagréo avait écrit : « nous suffisent pour résoudre fa question posér. » Or la question était précisément de savoir si le Ho-ti kiang, ou le Song Coï, pouvait servir de voie de communication entre le Yun-nan et la mer.
Il nous a paru qu'il y avait là une nuance qui méritait d'être signalée. M. de Lagrée a craint sans doute d'être trop aflirmatif , niais au fond et de son premier mouvement il croyait la question résolue.
ItEMAKUUABLËS TltAYAUX D'IKHIGATIOX. SOI
melonnée de collines el couverte de tombeaux. Les ponls, les pni-li<f ues do marbre, les quelques bouquets d'arbres qui s'élèvent auprès des pagodes évoquent comme un vague souvenir de la campagne de Rome. Ce qui frappe le plus, après cette physionomie singulière du paysage, ce sont les gigantesques travaux exécutés par les habitants pour préserver leurs champs des cailloux que charrient les torrents ; ceux-ci ont été endigués, sur tout leur parcours dans la plaine, entre deux énormes murailles de pierres sèches; chaque génération élève ces murailles d'une assise ou deux, afin de suivre l'exhaussement progressif que subit le lit du torrent après chaque saison pluvieuse; les galets que les eaux entraînent à celle époque, ainsi retenus dans d'étroites limites, s'accumulent rapidement. Aujourd'hui, tous ces cours d'eau sont comme suspendus au-dessus de la plaine et leur élévation facilite l'irrigation des rizières avoisinantes. En quelques endroits, les talus des rizières sont eux-mêmes construits en pierre* On ne saurait s'empêcher d'admirer tant d'ingéniosité et de prévoyance, et Ton regrette de ne pas les retrouver h un égal degré dans des pays plus civilisés. Quiconque en France a traversé la vallée du Rhône est resté frappé d'étonuemenl à la vue de l'immense quantité de terrain que stérilisent les cailloux arrachés des pentes des Alpes ou des Cévennes parles affluents de ce fleuve, La plaine de la Crau est un attristant exemple de notre impuissance à égaler l'agriculture chinoise. Si, comme les Chinois, nous savions endiguer nos rivières, nous ne verrions pas leur lit occuper une surface centuple de celle qui est nécessaire, et des avalanches de cailloux détruire nos moissons sur d'immenses espaces, comme il arrive parfois dans le Gard ou dans TArdèchc.
tl aprèa uti croquis <\o M. DftnporU».
As&aut de la pagode du Tong-huï. —
Dessin d6 K. Bavard, d'après une photographie.