‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 122 sur 197 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Ché»pin et son lac. — Mines de fer, — Tong-haï, — Les premières neiges. — Eifflgr tchoueii el le lac de Tchin-kiang, — Historique de la rébellion mahométane. — 14 plaine, le lac et la ville de Yun - nan. — Rencontre de compatriote^. — Ma t a-jeu, — Arrivée d'une lettre de l'ambassadeur de France a Pékin. — Commerce el richesses métallurgiques du Yun-nau, — Effets de la culture du pavot, — La pagode du roi Ou,

Une heure après notre départ de Lin-ngan, deux cavaliers nous rejoifuirent an galop el nous annoncèrent de la part de Lèang la-jen que le malheureux qui avait jeté une pierre dans notre logement et qui avait été mis â la cangue auprès d'une porte de la ville venait d'être décapité. On nous avait prévenus que tel serait son sort. Nous n'avions pu y croire, et celle incrédulité avait été la cause de la perte du coupable. M. de La grée, qui avait le cœur extrêmement bon, aurait sans doute demandé et obtenu sa grâce, s il avait pensé que la peine capitale lui fut réservée.

Nous arrivâmes dans l'après-midi sur les bords du lac à l'extrémité duquel s élève la ville de Ché-pin. Ce lac a environ 14 kilomètres de longueur et sa direction générale est t'est-sud-est, Nous nous embarquâmes dans une grande chaloupe, pendant qu'une parlie de nos porteurs continuaient leur

roule ptf terre rl suivaient la rive nord du lac, que nous côtoyions* a peu de distance. Une ligne continue de montagnes entoure le lac de toute part el forme dans le sud une série de golfes où la nappe d'azur se prolonge en lointaines perspectives. Les croupes nues et rougeàtres des promontoires qui découpe ni la rive méridionale son! sillonnées de roules qui indiquent un pays peuplé. Au bout de t rois heures de navigation, nous arrivâmes à Ché-pin. C'était jour de grand marché. Une quantité innombrable de bar* tjues sillonnaient dans tous les sens les eaux du lac, et ramenaient h leurs villages les sauvages des environs venus à la ville pour vendre leurs deorv< Dece côté, les rives du lac sont cultivées en rizières. La patience et l'industrie des agriculteurs ont conquis sur les eaux une étendue considérable de lerre limoneuse, et la surface inondée des rizières, sillonnée de minces talus, vient insensiblement se marier et se confondre avec le calme miroir du lac. De longues chaussées, qui s'avancent perpendiculairement aux rives, fournissent un point de débarquement commode aux marchandises et aux Mivii^eurs, Prés de leur extrémité, deux petites Mes couvertes de \erdmr surgissent de Veau où elles mirent les toits courbes et les clochetons élancés des pagodes qui les couronnent. Coquettement assise sur les bords du lac, Ché-pin arrondît autour de ses maisons pressées sa blanche enceinte de pierre. Derrière la ville s'étend une vaste plaine admirablement cultivée.

L'intérieur de Ché-pin présente un aspect plus confortable que les villes que nous avons visitées jusqu'à présent; on n'y trouve ni ruines ni maisons abandonnées, et les pittoresques costumes des populations mixtes qui habitent son voisinage donnent une physionomie brillante et originale à ses rues. Celles-ci sont entièrement pavées en marbre. Aux races Lolo et Pa-y, que j'ai déjà décrites, se joignent ici quelques sauvages petits et noirs appelés Poula, qui paraissent originaires du territoire de Yuen-kiang.

Je remarquai au marché de Ché-pin : du fer qui venait de mines situées à peu de distance dans le nord et qui se vendait environ trois sous la livre; des poteries venant de Ning-tchéou et qui remplissaient d'immenses magasins ; du soufre venant d'Ho-mi tchéou, ville située à lest de Lin-ngan ; du thé venant de Pou-cul, qui se vend par paquets de six cercles pesant environ 3 livres et demie, et valant de 4 à 5 francs. Le sel vaut 80 centimes les 10 livres et vient, paraît-il, en partie de Mang-ko, et par conséquent du Tong King ; le coton est apporté par les sauvages et se vend de 200 à 280 francs le picul *. Le riz est à bon marché et ne vaut guère que 2 sous la livre. Je ne puis m'empêcher de comparer encore ici

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