DE CHÉ-PIN A TONG-HAÏ
les solides campagnardes qui passent dans les rues à ces pauvres Chinoises à la figure peinte, à la coiffure haute et raide, et qui, malgré leurs parures de fête, ressemblent à des invalides à jambes de bois. Dire que presque tout le beau sexe est ainsi martyrisé et estropié dans une nation de 400 millions d'âmes !
A quelque distance de la porte nord de la ville est une source qui dégage de l'acide carbonique. Les habitants, qui n'en font d'ailleurs aucun usage, l'ont enfermée dans une pagode fort ancienne, au milieu de laquelle on a fait à l'eau mystérieuse un beau bassin de marbre. Du petit pont jeté sur le bassin, on voit bouillonner les bulles de gaz au milieu de la mousse qui recouvre les eaux croupissantes.
Nous quittâmes Ché-pin le H décembre. Après la visite qu'avait cru devoir nous faire Léang ta-jen, tous ses subordonnés étaient tenus de nous rendre les plus grands honneurs. Le mandarin de Ché-pin nous devança de bonne heure dans la plaine que nous devions traverser, et, au milieu de ses troupes sous les armes, nous adressa, en grande cérémonie, ses souhaits d'heureux voyage. Nous nous dirigeâmes droit au nord, dans la direction de Yun-nan, et nous ne tardâmes pas à quitter la plaine pour chevaucher au travers de hauteurs inégales et de gorges étroites encombrées de cailloux. Les schistes calcaires dont toutes ces montagnes sont formées se brisent avec une facilité extraordinaire et sont entraînés par les pluies le long des pentes sur lesquelles ne les retient aucune végétation. On marche partout sur un océan de pierres. Le 12, nous fîmes halte dans un petit vallon qu'arrose un mince filet d'eau; nous visitâmes là deux ou trois forges qui traitent un minerai de fer très riche, que l'on extrait à peu de distance. Le mode de traitement est assez primitif. Je n'ai à signaler qu'un soufflet hydraulique que fait mouvoir une roue horizontale frappée par une chute d'eau. On trouve le même moteur employé, avec des dimensions plus considérables, pour le décorticage du riz. Sur toute notre route nous rencontrions des détachements des troupes de Léang ta-jen qui, prévenues de notre passage, venaient à notre rencontre ou nous escortaient le matin.
La végétation avait perdu tout caractère tropical, et de grands cyprès donnaient au paysage une physionomie alpestre. Le 13, nous visitâmes, au village de Lou-nang, une sorte d'usine où l'on fabriquait ces chaudières en fonte que l'on trouve dans toutes les cuisines du Céleste-Empire, et ces bassines en fer qui servent spécialement à la préparation du sel. On les coule dans des moules en terre composés de deux parties, qui laissent entre elles un vide égal à l'épaisseur de métal que doit avoir la paroi de la chaudière. La pièce est moulée renversée, et la coulée se fait par un orifice qui
VUTAGK D'EXPLORATION EN 1NDO-C.
correspond au fond de h bassine. Le mon
pour laisser s'échapper la vapeur produite par le contact de la fonte tirùl sur ks parois humides du moule ; I ultérieur est enduit d «nr espêci* d'huile bitumineuse, destinée à empêcher 1 adhérence du métal C est, à peu de c h ose p rès , 1 e p rocé d é e u roj *ée n »
Nous couchâmes ]- ?-i a N^pou-lchiong, grand village situé sur les bords d'une rhjere qui appartient au bassin du fleuve de Canton, Nous quittions, pour ne plus y revenir, le bassin du fleuve du Tong Kiog1. À partir de ce point, la population revêt une physionomie plu» nettement chinoise. Les villages lolos disparaissent, et les maisons a terrasse font place au* toits courbes et aigu*.
Le 14, après avoir cheminé quelque temps sur des hauteurs arides courérfet de tombeaux, nous aperriimes à nos pieds la ville de Toog-haï, construite sur les bords d'un lac plus étendu mais moins pittoresque que de celui Ché-pïn et qui se prolongeait à perte de vue dans la direction du nord-nord-csl. De riches cultures, parmi lesquelles dominaient celles du pavot et du tabac, couvraientses rives et s'avançaient souvent fort loin dans ses eaux. Ces conquêtes de I agriculture sur les bas-fonds du lac le faisaient ressembler en certains points a une mare ; mais cette plaine paraît si riche, les villages s y pressent si nombreux, les cultures sont tellement soignées et d'un si riant aspect, qu'on ne regrette point ces légères imperfections perdues dans l'ensemble d'un admirable paysage»
et une partie de la garnison de la ville nous attendaient
irsde peuple. On
en grande pompe à une pagode située dans l'intérieur de l'enceinte ; mais les hautes murailles qui entouraient de tous côtés notre nouveau domicile nous isolaient trop de la foule pour que celle-ci y trouvât son compte. Elle ne tarda pas à se ruer à nos portes; personne ne put entrer ni sortir sans* qu'un ilot de curieux se précipitât dans les cours et nous rendit tout travail impossible. Sur nos réclamations, une garde nombreuse fut installée devant notre logement; les curieux ne purent même plus s'aventurera regarder par nos portes quand elles s'entre-bâillaient, sans recevoir des volées de coups de bâton. La foule s'exaspéra et tenta d'escalader les murs. Les maisons voisines furent prises d'assaut, et leurs toits servirent d'ouvrages avancés pour parvenir jusqu'à nous. Il fallut recourir aux grands moyens. Des soldats montèrent sur nos toits et repoussèrent les envahisseurs à coups de lance; dans les cours, les fusils furent chargés et les
I . M. île Lagrée, après avoir eu un moment la pensée de revenir par l'est, adopta l'avis de Francis (iarnier et, conformément aux instructions officielles, se dirigea vers le nord. Voy. la note p. 269.