EXPLOITATION EN ]ND(H:H1M
papa proclamé empereur. Ce fui alors que Mathieu, iju i sVlail distingué h plusieurs reprises dans les combats maire les Mahoinélans, prit le euiumandeuient des troupes chinoises, pénétra dans Yun-nan, ou il installa Lao ta-jen, nommé ffcfi-mi en rem pincement de Pan g, et fil rentrer dan* l'ombre Lao papa, ee souverain d'un jour (18(31}- Nommé H-iat, c'eM-àdiiv général en chef de toutes les troupes de. la province, MA ta-jen essaya «le rétablir partout l'autorité de Pékin ; mais, dans le sud de la proviu- > Léang ta-jeu se refusa toujours à obéir h ses ordres, et les troupes de ces deai rivaux en vinrent aux mains prés de Kouang-si tehéuu. Ma la -jeu fui même un instant retenu prisonnier dans Liii-ngan, nii il était venu pour faire ircou naître nu commandant militaire nommé par Pékin, et il dut
recourir à la priei-e | obtenir sa liberté. C'est A son retour de Lin-n^in
qu i! chassa les Mabomélaris de Yun-nan.
Profila ut de ces discordes, les Ma boni élans ont repris leur œuvre de conquête, el, après s élre solidement fortifiés dans Ta-ly, devenue leur capitale, ils ont avancé lentement, mais sûrement, consolidant leur autorité daos les pt}S annexés avant de faire de nouvelles entreprises, enrôlant de pré ou *i, force les populations dans leurs armées, et ayant la précaution de faire coruballre toujours loin de leur pays d'origine les soldats ainsi levés. \uvsj la partie chinoise de l'armée mahométaue, de beaucoup la plus nombre. pilli\ rûléî brolé el ravage sans scrupule,
Toti-uen-sio, tdifé chef des révoltes, avait pris le titre de roi le premier 3ii i- de Tannée chinoise (5 février 1867) *. Au moment où nous séjournions à Kian^-tehouen, la ville de Tchoo-bioni: était investie parles Mahomélans ; Sin-hing, située à l'ouest et à peu de distance de Kiang-tchouen, était entre leurs mains. Nous apprenions à chaque instant les progrès que faisaient leurs armées. Elles n'étaient plus qu'à il lieues au nord et à 9 lieues à l'ouest de Yun-nan. Le gouvernement de Pékin ne paraissait guère se préoccuper d'une province qui depuis di\ ans ne lui avait payé aucun impôt, et il s'en remettait à l'énergie du Ma ti-laï el à l'habileté du Tscn fan-taï, grand trésorier de la province,
1. On verra plus loin que Francis Garnier, a la téte de la Commission du Mékong, réussit à pénétrer à Ta-ly fou au mois de janvier 1808, et que nos explorateurs y coururent de grands dangers. Plus tard, en 1873, à l'époque où Ma ta-jen assiégeait encore cette ville, Francis Gurnier, revenu en Chine avec l'intention de pénétrer au Tibet, voulait faire de Ta-ly sa première étape et deveuir momentanément l'auxiliaire du ti-laï. Le vice-amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, qui se rendait bien compte du prestige qu'une semblable intervention donnerait à l'influence française et des facilités qu'elle assurerait aux projets de voyage de Francis Garnier, devait lui fournir deux canonnières démontables, destinées à être mises à flot sur le lac de Ta-lv et portant chacune un obusier de marine dont les feux auraient suffi à réduire la capitale du nouveau royaume musulman. i Voy. dans le livre posthume De Paris au Tibet les notes des pages Gô et 114.)
LA PLAINE DES TOMBEAUX. 517 qui résidait à Kiu-lsing, et a qui Ton devait de nombreux et intelligents efforts de réorganisation des troupes chinoises.
Non* qui tînmes Kiang-tchouen le 20 décembre. À peu de distance de la ville s'offrait un lugubre spectacle. Surtout)» l'étendue d'une plaine inculte qUi allait mourir en pente douce sur les bords du lac, de nombreux cercueils
Eu route .1 fi-M\>r* Jes louibcatix. — Demiii *Jr M, Ddapurl<\ d'après nature,
posés sur le sol attendaient une sépulture fjuc les bras des vivants semblaient impuissants | leur donner. Là, comme dans le sud de la province, nue épidémie de choléra s'était abattue sur la contrée a la suite de la guerre, avec un degré d'intensité <jui avait Happé la population d'épouvante. D'après les superstitions locales, il fallait attendre des jours plus favor ibles pour donner une sépulture complète aux victimes. Les bières chinoises sont heureusement plus solides et plus hermétiquement closes que
lr* nôtres et c est a peine si de cet amoncellement de cadavre* s'échap-
plient de temps a autre quelques miasmes putrides. Ce fut avec un véritable
de collines. Noos arrivâmes bientôt a an col élevé de 2200 mètre» audessus du niveau de la mer, et de 400 à 500 mètres au-dessus du niveau des lac*- Oc là on découvrait un panorama magnifique: à Test, la vaste étendue du lac de Tcbin-kiang; au sud, la plaine et la ville de kiang-tcbnuen : au nord, I levtrémité des vallées étroites et bien cultivées qui descendaient du col oti nous nous trouvions pour aller se perdre dan* une immense plaine, ou apercevait, par une échappée large et profonde, le lac dt* Yun-nau. Ce dernier lac nous apparut comme une véritable nier, dissimulant partout ses rivages sous les brames d'un lointain horizon.
Le lendemain, nous descendîmes dans la plaine qui entoure celle nappe d'eau cl à l'entrée de laquelle s élève la ville de Tsin-ning tchéou. Elle présentait un terrifiant exemple de la désolation que, d'une extrémité du monde à l'autre, 1rs Musulmans excellent à répandre sur leur passage : des pan* de murs noircis, en guise de maisons; des ombres baves et déguenillées, en guise d'habitants* Les autorités vinrent à notre rencontre, avec une pompe qui, au milieu de ces ruines, ou plulùt de cette implacable destruction, nous parut plus triste encore que ridicule, On nous logea dans une maison sur laquelle on avait établi à la hâte un (oit en paille. C était la seule qui offrit un tel confort! Des troupes chinoises occupaient militairement les environs et campaient sous la tente ou dans des gourbis. Quelques échoppes, construites au centre delà ville, avec des planches tirées des ruines, tenaient lieu de marché, et Ton y retrouvait, non sans stupéfaction, cette animation particulière aux villes chinoises, cette âpreté au gain que ne lassent ni l'incendie ni le carnage, et que n'effrayent ni la famine ni l'épidémie.
Nous nous hâtâmes de quitter ce triste séjour. Une route bien pavée et bien entretenue suit à une assez grande distance les bords du lac et, de kilomètre en kilomètre, traverse un grand village. Peu à peu les traces de dévastation disparurent; l'activité de la circulation, la beauté des cultures, l'élégance des constructions, témoignaient à la fois du voisinage d'une grande capitale, et de la richesse que cette fertile et admirable plaine départit à ses habitants. Le 22 au soir, nous couchâmes à Tchen-kong, jolie ville située sur un petit mamelon dominant le lac et la plaine, et qui est aussi peuplée et aussi riante que sa voisine est déserte et lugubre. La curiosité chinoise n'eût pas manqué de s'exercer aux dépens de la Commission française et de renouveler ses assauts, si nous étions arrivés moins tard et repartis de moins bonne heure. Nous fûmes cependant
ARRIVÉE A YUN-NAN. 519 escortés à notre dépari par une nombreuse population. La route ellemême ne tarda pas à devenir une rue presque ininterrompue, où de nombreuses caravanes de bêtes de somme se croisaient dans tous les sens. A chaque instant des canaux admirablement entretenus portaient dans les champs environnants la fraîcheur et la fertilité. Des rivières canalisées, aux berges régulièrement plantées de grands arbres, fournissaient de distance en distance le motif d'un de ces ponts en pierre dont le premier spécimen avait si vivement excité notre surprise et notre admiration à Muong Long. Jamais la puissante civilisation dont nous étions devenus les hôtes ne s'était révélée à nous avec autant d'enchantement et sous d'aussi riches apparences. La nouveauté de ce spectacle, marqué dans tous ses détails de ce caractère étrange qui est spécial au Céleste-Empire, le souvenir des forêts et de la barbarie au milieu desquelles nous avions si longtemps vécu, nous faisaient parfois croire à un rêve, et nous nous surprenions à rougir de nos allures misérables et de nos costumes informes et souillés, en croisant un palanquin ou en frôlant les robes de soie des bourgeois qui se pressaient sur le seuil de leurs maisons pour voir passer les étrangers.
Vers midi, on apercevait déjà les créneaux de la ville de Yun-nan se découper dans l'azur du ciel, quand un petit mandarin à cheval accourut à notre rencontre et remit une lettre à M. de Lagrée. Elle était en français! M. de Lagrée la parcourut, puis me la tendit. Ce fut avec un véritable battement de cœur que j'en dévorai le contenu. Elle était signée du P. Prottcau, missionnaire apostolique français, et contenait un « à bientôt », court souhait de bienvenue, qui nous fit tous tressaillir d'aise. Nous savions vaguement que nous allions trouver des missionnaires à Yun-nan, mais nous ignorions leur nationalité; rencontrer des compatriotes était donc pour nous une double joie, et ce moment effaça le souvenir de bien des souffrances. Nous commencions à recevoir notre récompense. Pour comprendre la valeur de pareilles jouissances, il faut avoir connu le poids de l'isolement, avoir été privé pendant de longs mois de tout contact avec le monde civilisé. Ceux qui ont subi ce long exil peuvent seuls apprécier à leur valeur les joies du retour..
Nous entrâmes dans Yun-nan au milieu d'un immense concours de peuple, aggloméré sur notre passage dans le long et populeux faubourg qui précède la ville au sud-est. L'enceinte est plus haute, plus épaisse et construite avec plus de soin que celle des villes que nous avions déjà rencontrées. Nous éprouvâmes une sensation nouvelle en suivant la longue rue marchande qui aboutit à la porte sud de la ville : ces magasins régulièrement alignés, ces étalages propres, coquets, souvent riches, cette animation
Stf YOYAGtë D'EXPLOIUTION EN 1MDO-CHINK.
tumultueuse, ces mille enseignes aux lettresdW suspeudues au fronton des boutiques, cette sourde clameur qui sVlewiil .l'une foule immense, uous donnèrent une haute idée de la capitale du Yuu-uun. On nous logea dans un vaste vaincu, en partie dévasté et dont un ou deux hAliments seulement étaient en étal de nous recevoir* Ce va m en est situé sur un mon tien le d'où la vue est fort étendue et très pittoresque. C'était le palais où Ton passait les
■ '\; 'lis pour h- l.areahuirval Peiidaul dix ans, ri par suite des troubles de
la province, celle importante fonction de la vie chinoise avait été suspendue dans le Yun-nan. Mais, drus omis auparavant, un examinateur cnvnyé «!«■ Pékin s'était aventuré jusqu'à Yun-nan, et c'était h l'occasion de son passage qu'on avait restauré a la hâte quelques parlas du yamen. Ce haut [bûCiïoa* naire avait poussé le courage jusqu a se rendre à la ville voisine de Tchiukiang, et son voyage avait paru un acte héroïque digne des plus grands éloges; mais l altitude prise par Le an g La-jen à l'égard du pouvoir central avail empêché l'examinateur impérial de pousser sa tournée jusqu'à Lin- «gan.
Dèa notre arrivée, le l\ Protleau, que je reconnus bien vite pour uu Français, malgré son costume et ses allures chinoises, vint se mettre a la disposition du commandant de Lagrée, Je laisse à penser si l'excellent prêtre fut fêté, entouré, questionné. H ne pouvait, hélas! nous donner aucune nouvelle dTairope plus récente que celles que nous avions nous-mêmes : le Yun-nan était loin de la cote, et les courriers sont chers pour la hourse rmnaires; mais il nous mit au courant de la situation de la prendre tout ce que le manque empêchés de hien saisir jusque-là. Nous apprîmes ainsi que le fameux Kosuto, dont on nous avait si souvent entretenus à Sé-mao et à Pou-eul, n'était autre que le P. Fenouil, provicaire apostolique de la mission du Yunnan ; il résidait à Kiu-tsing depuis l'explosion de la maison où il fabriquait de la poudre pour le vice-roi Lao, dont il avait été le confident et l'ami. Son active intervention dans la lutte contre les Mahométans le désignait naturellement à leur animadversion, et il attribuait à leur malveillance l'accident dont il avait failli être victime 4. Song ta-jen lui avait dépêché un courrier pour qu'il vînt nous servir d'interprète officiel dans nos relations avec les autorités chinoises. Nous n'allions donc pas tarder à faire sa connaissance.
C'était le P. Fenouil qui, d'accord avec le vice-roi, nous avait expédié,
I. La inaction discrète de ce passopr* caractérise suffisamment le rôle joué et l'attitude prise parfois par nos missionnaires et explique les représailles dont ils deviennent les victimes. Voy. dans l'ouvrage de Francis (Jarnier qui a pour titre : De Paris au Tibet, p. 227 a 229, 244 a 266 et 388 a 411, la critique en même temps que la défense des missions françaises.
LE PÈRE PROTTEAU. 521
en même temps que la lettre chinoise qui avait causé tant d'émoi à Xieng Hong, cette lettre en caractères européens qu'on n'avait pas voulu nous montrer et qui nous eût expliqué tout cet imbroglio. Le vice-roi Lao, prévenu par Pékin de notre arrivée prochaine, avait cru devoir nous informer de l'état troublé de la province, des dangers que Ton courait en traversant des routes infestées par les brigands, et il nous engageait à différer notre entrée en Chine jusqu'à ce que, prévenu de notre arrivée à la frontière, il pût nous envoyer une escorte suffisante. Le P. Fenouil nous confirmait en français tous ces renseignements, en même temps que le bon vouloir des autorités chinoises et le vif désir qu'elles avaient de nous voir arriver sains et saufs à Yun-nan. La lettre chinoise, mal traduite par des gens inexpérimentés dans l'art de déchiffrer des hiéroglyphes, avait été prise pour une défense d'entrer en Chine; de là les difficultés que nous avions rencontrées et qu'avait seule pu lever la lecture de nos passeports. L'ignorance, et non les ruses birmanes ou la mauvaise foi chinoise, avait causé les difficultés que nous avions eu à vaincre à Muong Long et à Xieng Hong 4.
Le P. Protteau nous montra aussi une lettre du P. Lcguilcher, autre missionnaire, qui résidait dans les environs de Ta-ly, dans laquelle celui-ci rapportait un bruit qui, en d'autres circonstances, nous eût vivement intrigués : c'était la présence à Ta-ly d'un certain nombre d'Européens qui fabriquaient de la poudre et des ustensiles de guerre pour le compte du gouvernement rebelle. S'agissait-il d'une expédition anglaise qui, des frontières de la Birmanie, aurait pénétré jusqu'en Chine et dont on dénaturait le rôle? A vrai dire, nous nous en préoccupâmes alors médiocrement; le succès de notre voyage nous permettait de nous réjouir du succès des autres. Nous étions, d'ailleurs, tellement habitués aux fables de toute nature, que nous crûmes devoir attendre une confirmation de cette nouvelle, qui ne nous était d'ailleurs rapportée que comme un simple on-dit.
Après le P. Protteau, le Tché-hien de la ville vint à son tour nous rendre visite et s'informer de nos besoins. Des vivres nous furent fournis en abondance, et des officiers subalternes mis à notre disposition pour nous faire respecter de la foule. Mais l'autorité a beaucoup perdu de son prestige à Yun-nan, et les Musulmans y sont encore trop nombreux et trop redoutés pour qu'on s'expose à en mécontenter quelqu'un en rudoyant la foule. Nous fîmes nous-même la police de notre yamen, et, après quelques tentatives pour pénétrer dans notre intérieur, les curieux, toujours victorieusement repoussés, finirent par nous laisser tranquilles.