‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 130 sur 197 · SONG TA-JEN ET MA TA-JEN · texte numérisé non relu

SONG TA-JEN ET MA TA-JEN

soient littéralement criblés de halles. Autour de lui vil un état-major mahométan1, dont le costume et la physionomie tranchent étrangement sur l'extérieur habituel des Chinois* On devine que cesgens-là sont habitués à être craints, et se sentent revêtus aux yeux de la foule du prestige qui enloure leur terrible maître. Soil jalousie, soit que la conduite de Ma ta-jen ait réelle-

Intérieur de la maison d< - pl.iis.uirt- Ma la-jen, -ur h> hnrds du lue df Yun-iian. Dessin de M. De la porte, d'après nature.

ment donné prise aux soupçons, les Chinois fidèles à Pékin all'ectent de suspecter sa conduite et l'accusent de ménagcnunls coupables pour les ennemis de l'empereur. Il est certain que la communauté de croyance est un lien très puissant aux veux des Musulmans, d que, tout en combattant dans des rangs opposés, ils font preuve les uns a l'égard des autres d'une courtoisie dont

I. \a < MuhuiiP i in l'onniir I. verra plus loin, formaient deux partis, I un hostile et Taulro fidèle au guuvcrueiiu»til central.

52i VOYAGE D'EXPLORATION EN INDO-GUINIS.

les Chinois sont incapables envers leurs adversaires. Mais îl faut ajouter que celte courtoisie s'exerce aux dépens de la masse de la population, qui porte, hélas ! toutes les représailles, toutes les exactions* toutes les réquisitions des deux partis, et â laquelle le nom seul des Mahométans inspire une terreur folle, que leurs violences de toute sorte ne justifient que trop. On nous parla d'excès indignes sur des femmes de soixante dix ans; on nous Ntëoota que des mures, cachées dans des broussailles, pendant que passaient des soldats musulmans, avaient, de leurs propres mains, étouffé des enfants tineofei la mamelle, pour empêcher que leu rscris ne trahison t leur présence 1 L'incertitude où Ton était sur les projets de M;i ta-jen êlait lùen faite pour entretenir les frayeurs de la population et des fonctionnaires de Yun-nan, Les Maliometans étaient nombreux dans la ville. Quel parti prendraient-ils, >i les Blancs (c'est ainsi que Ton désigne les rebelles, d'après la couleur de leurs drapeaux; les impériaux sont appelés Routes pour une raisoû semblable) réussissaient à l'investir? .Nous apprîmes, sur ces entrefaites, qu'ils venaient de s'emparer de Teliou-hiong et des villes encore plus voisines de Ou4inget dcLo-tse. Les craintes étaient vives; on pressentait que l'arrivée à Yun-nan des premiers fuyards y causerait une panique universelle. Depuis longtemps déjà tous les gfltt* riches et les plus gros marchands avaient abandonné la ville, où affluaient au contraire les gens de la campagne. J'ai assisté depuis à Paris a un spectacle analogue1. Le P. Prolteau songeait a retourner dans la montagne, où il a coutume de se cacher pendant les grandes

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revenir ensuite faire sa soumission aux Blancs, une fois qiTi

dlés dans la capitale de la province. Quant au P. Fenouil, !

situation était plus compromise, et il n'avait en pareille occurrence qu'à fuir le plus rapidement possible les Maliometans.

Depuis la mort du vice-roi Lao, Ma ta-jen avait demandé au provicaire de la mission de nombreux services que celui-ci n'avait pas osé refuser. Telle était du moins la version du P. Protteausur le rôle politique joué par son confrère. C'est ainsi que, sur la requête du général chinois, le P. Fenouil avaitécrit *\ l'ambassadeur de France à Pékin une lettre désignant Mâ ta-jen comme le seul homme capable de pacifier le Yun-nan, et priant la légation de France de le recommander chaudement au gouvernement chinois. Cette

1. En 1870, au début du siège de Paris. — A cette époque Francis Garnier était attaché au Dépôt des cartes et plans de la marine, où il préparait la Publication officielle du Voyage en Indo-Chine. Les terribles événements qui se succédèrent en quelques semaines lui firent quitter cette position sédentaire pour le service actif. 11 fut d'abord nommé au commandement d'une canonnière sur le Ithin, puis d'une chaloupe-vedette sur la Seine; enfin, malgré sa jeunesse et l'infériorité relative de son grade, il devint le premier aide de camp, et bientôt après le chef d'état-major de M. le contre-amiral Méquet ^aujourd'hui vice-amiral), commandant le 8* secteur de l'enceinte de Paris (Montrouge), l'un des plus exposés au bombardement.

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